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Le Beau Serge

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1958)

Le Beau Serge

"Le Beau Serge", le premier film de Claude CHABROL est également considéré comme le premier film de la nouvelle vague. Ce qui est inexact: "La Pointe courte" (1954) de Agnès VARDA, réalisé quatre ans plus tôt avait ouvert la voie. Mais "Le Beau Serge" a posé des jalons permettant de caractériser le mouvement. Ce qui frappe incontestablement dans ce film, c'est son aspect documentaire très brut, presque naturaliste. On se retrouve ancré dans un terroir même si celui-ci se meurt. En 1958, les villages creusois étaient encore remplis d'enfants mais l'horizon, matériel comme moral est bouché. Entre François le citadin qui revient dans son pays natal avec une maladie pulmonaire, Serge qui noie son désespoir dans l'alcool et Marie qui vit avec un beau-père incestueux, le portrait qui est fait de cette jeunesse provinciale est particulièrement sombre. Si la sociologie à la Zola de ce microcosme est saisissant d'âpreté et révèle plusieurs talents promis à marquer le cinéma notamment de la nouvelle vague (Jean-Claude BRIALY, Gerard BLAIN, Bernadette LAFONT), l'aspect christique du film semble plaqué artificiellement. C'est sans doute parce que le désir qui sous-tend l'obsession de François pour Serge n'est pas clairement assumé. Mais aussi parce que Claude CHABROL est bien meilleur en sociologue, que ce soit de la ruralité (la même que celle où il situera plus tard "Le Boucher") (1970) ou plus tard de la bourgeoisie qu'en cinéaste bressonien ou rossellinien. En bref, il se cherche et le film, bien que prometteur est le fruit de ces tâtonnements.

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Un Monsieur de compagnie

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1964)

Un Monsieur de compagnie

Quatrième et dernier film du tandem Philippe de BROCA/Jean-Pierre CASSEL, "Un monsieur de compagnie" bien qu'adoptant certaines de recettes de "L'Homme de Rio" (1964) (le technicolor, les lieux de tournage internationaux, l'aspect BD) s'est fait complètement éclipser par le succès du film avec Jean-Paul BELMONDO. C'est peut-être la raison de la rupture avec celui qui était jusque là son alter ego. Mais de toutes façons, il aurait fallu y mettre un terme, la recette commençait sérieusement à sentir le réchauffé. D'autant que contrairement aux premiers films, les aspects les plus charmants du personnage joué par Jean-Pierre CASSEL à savoir ses qualités d'acrobate et de danseur sont mises en sourdine ou presque (lorsqu'il pose nu, c'est un spectacle plutôt agréable à regarder) au profit de facettes beaucoup plus discutables. On comprend dès les premières images que Philippe de BROCA rejette le modèle social dominant de son époque, le "métro-boulot-dodo", le travail à l'usine et la vie de famille encasernée dans de grands ensembles. Mais pour lui substituer quoi? L'existence d'un oisif qui utilise ses charmes et une bonne dose de culot (avec des recettes éprouvées déjà testées dans les films précédents) pour s'immiscer dans la vie de gens naïfs ou frivoles, hommes nantis et femmes légères pour profiter d'eux (essentiellement pécuniairement et sexuellement) et se défiler dès qu'il est question d'engagement. Avec parfois un humour franchement douteux. Aujourd'hui, la blague consistant à faire croire à l'homme qui l'héberge qu'il a possédé toutes ses filles y compris celles qui ont moins de 12 ans ne fait plus rire du tout, elle créé le malaise. Et la fin, franchement nihiliste rend explicite ce que "Les Jeux de l'amour" (1959) ou "Le Farceur" (1960) ne faisaient que suggérer: l'homme est coincé dans un ruban de Moebius, autrement dit dans une impasse qu'incarne parfaitement le personnage de Catherine DENEUVE alors à son prime: hyper désirable tant qu'elle reste à l'état d'apparition inaccessible puis rebutante une fois le désir accompli. Il était grand temps d'injecter du sang neuf dans le système, venu de la nouvelle vague avec laquelle Philippe de BROCA entretenait un certain cousinage (Jean-Paul BELMONDO mais aussi Raoul COUTARD qui est le chef opérateur du "Monsieur de compagnie").

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Les Jeux de l'amour

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1959)

Les Jeux de l'amour
Les Jeux de l'amour

Premier long-métrage de Philippe de BROCA, "Les jeux de l'amour" est comme son titre l'indique un marivaudage entre trois amis inséparables: Victor, Suzanne et François. Les deux premiers vivent ensemble depuis deux ans mais Victor refuse de se marier et de fonder une famille. Il préfère de son propre aveu papillonner dans les caves de Saint-Germain des Prés. Victor, c'est le bondissant Jean-Pierre CASSEL appelé à devenir le double de Philippe de BROCA dans la première partie de sa filmographie. Il compose un personnage dérivé de la screwball comédie, elle-même dérivée du burlesque. Une sorte de zébulon souple et gracieux, toujours en mouvement qui dicte le tempo aux autres et à la mise en scène elle-même. Certains passages de "Les jeux de l'amour" se rapprochent d'ailleurs de la comédie musicale (c'est la première collaboration avec Georges DELERUE qui deviendra le compositeur attitré du cinéaste). C'est également dans ce film que l'on réalise le mieux la parenté entre Philippe de BROCA et la nouvelle vague même si par d'autres aspects (les dialogues par exemple) on est plus proche du théâtre. Le film est co-produit par Claude CHABROL pour qui Philippe de BROCA a travaillé en tant qu'assistant-réalisateur et Claude CHABROL fait même une courte apparition dans le film. La parenté avec la nouvelle vague, c'est aussi le tournage en extérieurs, une caméra qui à l'image du personnage principal a la bougeotte, la mise au premier plan d'une "culture jeune", l'influence du cinéma américain et le refus des conventions bourgeoises qu'incarne François (Jean-Louis MAURY). Entre le peintre inconséquent mais libre comme l'air et le terne agent immobilier terre-à-terre, Suzanne (Genevieve CLUNY) qui réclame à Victor de prendre ses responsabilités tout en fuyant François par le mouvement et la fantaisie cherche à concilier le beurre et l'argent du beurre. Autrement dit elle peut encore chercher longtemps.

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Le Farceur

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1960)

Le Farceur

Il danse, il saute, il court, il virevolte dans un tourbillon permanent, l'infatigable Edouard Berlon alias Jean-Pierre CASSEL. Mais pourquoi, pourquoi n'a-t-il pas pu davantage déployer ses évidentes qualités d'acrobate et de danseur au sein du cinéma hexagonal? Il aurait pu être notre Fred ASTAIRE ou notre Gene KELLY national. Après avouons que les débouchés étaient minces, la comédie musicale n'étant pas une spécialité dans notre pays mais je j'aurais bien vu dans "Les Demoiselles de Rochefort" (1966), il a d'ailleurs chanté quelques années plus tard en duo avec Michel LEGRAND "La chanson de Maxence".

Même si on peut nourrir quelques regrets, il déploie un sacré abattage dans "Le Farceur" qui tourne autour de cet "amoureux de l'amour" immature toujours en quête de nouvelles conquêtes, toujours insatisfait et condamné donc à courir pour le restant de ses jours sur un ruban de möbius. Mais Philippe de BROCA a construit autour de lui un véritable petit univers familial déjanté d'artistes amateurs en tous genres (musique, photo, danse, écriture, dessin) vivant en vase clos qui m'a rappelé "Vous ne l'emporterez pas avec vous" (1938). Surtout que par contraste avec ce joyeux capharnaüm, la femme du moment que cherche à séduire Edouard est une grande bourgeoise (jouée par Anouk AIMEE) qui s'ennuie avec son mari industriel caricaturé comme dans un film de Jacques TATI. Celle-ci est partagée entre d'un côté l'ennui abyssal de son quotidien et de l'autre une réserve qu'elle ne parviendra jamais à abolir avec Edouard et son monde qui pourtant ne ménage pas ses efforts pour la séduire, jusqu'à ce qu'il passe à autre chose. C'est mené tambour battant avec l'excellente musique de Georges DELERUE et un tempo qui ne faiblit jamais. Tiens, une autre référence américaine me vient en matière de comédie loufoque mettant en scène une famille déjantée vivant en vase clos, celle de "Arsenic et vieilles dentelles" (1941): nul doute que Philippe de BROCA connaissait ses classiques et notamment un certain Frank CAPRA!

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L'Amant de cinq jours

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1961)

L'Amant de cinq jours

Sur le papier, "L'Amant de cinq jours" avait l'air "so boring" avec son intrigue de vaudeville bourgeois (le mari, la femme, l'amant et la deuxième maîtresse). Mais le casting réunit des acteurs brillants à qui le cinéma n'a pas souvent donné des rôles à la hauteur de leur talent: Jean-Pierre CASSEL, Francois PERRIER, Jean SEBERG et Micheline PRESLE. Ne connaissant pas les premiers films de Philippe de BROCA, je ne savais pas que son premier double à l'écran avait été Jean-Pierre CASSEL avant que Jean-Paul BELMONDO ne prenne la relève. Il joue le rôle d'Antoine, un homme entretenu qui s'attribue les largesses que lui dispense Madeleine, sa maîtresse (Micheline PRESLE) pour briller auprès de sa nouvelle conquête, Claire (Jean SEBERG), une amie de Madeleine. Claire lui ment également, se faisant passer pour une femme de diplomate alors qu'elle est l'épouse d'un rat de bibliothèque (Francois PERRIER). En résumé, l'adultère est vécu comme un échappatoire à une vie sans relief, une illusion qui ne résiste pas à la soirée que donne Madeleine pour se venger de la trahison de son amant et de son amie. Claire n'a en effet aucune envie de quitter son mari pour retomber dans la même routine conjugale avec un autre partenaire. Georges (Francois PERRIER) et Antoine sont en effet montrés comme de braves bougres interchangeables et un peu dépassés face au désarroi qui se lit dans les yeux de Claire qui ne sait pas comment combler le vide de sa vie. Ainsi, derrière le vaudeville perce une certaine angoisse existentielle portée également par une Madeleine vieillissante qui se rassure en s'offrant un gigolo volage.

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Le Roi de coeur

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1966)

Le Roi de coeur

Décidément, la filmographie de Philippe de BROCA réserve bien des surprises. Après "Chere Louise" (1972), un autre film méconnu de lui (parce qu'ayant été un échec à sa sortie) est remis en lumière, "Le roi de coeur". Même si j'ai trouvé que les acteurs surjouaient et que le film comportait des longueurs, l'intrigue me paraissant davantage convenir à un moyen qu'à un long métrage, le pas de côté antimilitariste effectué par le cinéaste ne manque pas de charme. Le film a pour cadre le théâtre d'un village abandonné que les allemands ont décidé de faire sauter à la fin de la première guerre mondiale (Marville en réalité Senlis). Un soldat britannique, francophone et colombophile (manière de souligner son pacifisme foncier, comme dans le très beau "Les Fragments d'Antonin") (2006) est envoyé en mission (suicide) pour désamorcer la bombe. Mais celui-ci réussit à échapper aux allemands en se réfugiant chez les fous et en se faisant passer pour l'un d'entre eux. C'est ainsi que naît le roi de coeur (Alan BATES) aux côtés du duc de trèfle (Jean-Claude BRIALY) et de monseigneur marguerite (Julien GUIOMAR). Ce n'est qu'un petit échantillon de ce qui constitue selon moi la plus belle scène du film, lorsque les aliénés décident d'investir la ville désertée dans un mouvement carnavalesque. Chacun fouille dans les lieux, revêt les habits de son personnage et l'on découvre alors Micheline PRESLE sous les traits d'une tenancière de bordel, Mme Eglantine, Michel SERRAULT sous celui d'un coiffeur maniéré qui préfigure "La Cage aux folles" (1978) ou encore Pierre BRASSEUR dans le rôle du général géranium. Bref, deux ans avant mai 1968, Philippe de BROCA a inventé le flower power des patronymes. L'idée est fort belle, de même que la parade colorée qui illumine les rues grises un peu à la manière d'une comédie musicale (avec la BO de Georges DELERUE et la photographie de Pierre LHOMME). J'ai pensé à "Le Joueur de flute" (1971) de Jacques DEMY qui montrait des saltimbanques comme une bouffée d'oxygène dans un bourg sclérosé par la haine antisémite d'autant qu'en s'enfuyant, les habitants de Marville ont laissé une ménagerie de cirque (celle de Jean RICHARD) qui a également l'occasion de s'échapper de sa cage. Tandis que l'une des filles de Mme Eglantine, Coquelicot (Genevieve BUJOLD dix ans avant "Obsession") (1976) s'essaie au funambulisme sous les yeux de Charles alias le roi de coeur avec lequel elle entame une idylle. Mais comme dans "Le Joueur de flute" (1971), la parenthèse enchantée n'est pas destinée à durer. Charles dont on peut imaginer qu'il est le double de Philippe de BROCA a quant à lui définitivement choisi son camp et la fin repose également sur une belle idée paradoxale de liberté en cage après que chacun se soit dépouillé des insignes qui l'encombrait.

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Les Tribulations d'un chinois en Chine

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1965)

Les Tribulations d'un chinois en Chine

Philippe de BROCA a voulu prolonger le succès de "L'Homme de Rio" (1964) avec "L'homme de Hong-Kong" mais "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) librement adapté du roman de Jules Verne ne parvient pas à la cheville de son prédécesseur. Le démarrage est particulièrement poussif et par la suite, en dépit de quelques moments amusants, le film, rempli comme un oeuf et brouillon ne parvient jamais à trouver un rythme de croisière satisfaisant. Pour ne rien arranger, Jean-Paul BELMONDO qui est en roue libre cabotine tant qu'il peut et c'est d'ailleurs cette caricature qui a ensuite été pastichée et parodiée par les humoristes au point de recouvrir son véritable talent d'acteur. D'autres sont sous-exploités, je pense particulièrement à Maria PACOME et à Jess HAHN qui passent une grande partie du film assis sur un fauteuil à attendre que ça se passe. Mais au moins ils ont droit à une scène d'action où l'on retrouve fugacement le talent du réalisateur. L'actrice qui joue leur fille, Valerie LAGRANGE reste une vraie potiche du début à la fin. Et Ursula ANDRESS est une fausse bonne idée, elle ne parvient pas à s'imposer autrement que l'actrice ayant joué dans "James Bond 007 contre Dr. No" (1962). Le seul acteur qui réussit à faire une composition savoureuse, bien qu'un peu répétitive est Jean ROCHEFORT dans le rôle d'un Passepartout guindé jusque dans les situations les plus extrêmes.

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Chère Louise

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1972)

Chère Louise

Si "Chère Louise" est un film inattendu (et méconnu) dans la carrière de Philippe de BROCA (il faut dire qu'il fut un échec critique et commercial à sa sortie), il ne l'est pas dans le contexte du cinéma français des années 70 où il en rappelle d'autres: "Les Valseuses" (1974) (pour la transgression de l'attirance que de jeunes hommes peuvent éprouver pour une femme d'âge mûr jouée par Jeanne MOREAU et le désir que celle-ci exprime), "Le Genou de Claire" (1970) (pour le choix de la ville, provinciale et bourgeoise d'Annecy comme cadre du film et là aussi des histoires de désir entre personnes d'âge différents), "Mourir d aimer" (1970) (pour la condamnation morale et sociale de ce type d'amour lorsque c'est la femme qui est la plus âgée), les films contemporains de Claude SAUTET (en raison du fait que le scénariste de "Chère Louise" n'est autre que Jean-Loup DABADIE). Si l'on se délocalise temporellement et géographiquement, on pense bien évidemment, leur "ancêtre" à tous, "Tout ce que le ciel permet" (1955) de Douglas SIRK d'autant que Rainer Werner FASSBINDER a justement rendu hommage à ce film dans "Tous les autres s appellent Ali" (1973) où comme dans "Chère Louise", le jeune homme est aussi un immigré.

Longtemps invisible, "Chère Louise" a été récemment restauré et projeté au festival de Cannes 2021 dans la sélection Cannes Classics ce qui lui donne actuellement une seconde vie dans les cinémas d'art et essai. Voilà l'occasion de découvrir un film intimiste et sensible dans lequel on reconnaît la patte du réalisateur dans le personnage instable et bondissant de Luigi (Julian NEGULESCO) ainsi que dans quelques moments de fantaisie mais où la mélancolie l'emporte largement*. La lucidité aussi. Jamais Louise (Jeanne MOREAU) ne s'illusionne sur sa relation avec Luigi qu'elle traite d'ailleurs bien plus comme un enfant que comme un homme, celui-ci s'avérant attachant mais insouciant et irresponsable. Elle le materne, elle l'éduque, elle tente de contrôler le moment inévitable où il partira. Car cette lucidité ne l'empêche pas pour autant de souffrir. Louise est montrée comme une femme profondément seule dès la première image (une tombe) et qui est vouée à le rester. Mais cette solitude (renommée tranquillité) est aussi sa force. La photographie brumeuse comme ouatée, la musique de Georges DELERUE et les lainages colorés portés par une Jeanne MOREAU en majesté (tout fan de cette actrice doit absolument avoir vu ce film) participe du climat doux-amer du film.

* Le générique est d'ailleurs très significatif: il se déroule pendant le voyage de Louise en train mais le mouvement est sans cesse interrompu par des arrêts sur image. Ce caractère haché de "stop and go" est bien différent du mouvement perpétuel et étourdissant auquel le cinéaste nous a habitué et annonce la rencontre de Luigi le perpétuel aventurier immature et de Louise, la bourgeoise quadragénaire à la vie triste et routinière.

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L'Homme de Rio

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1964)

L'Homme de Rio

L'Homme de Rio, deuxième collaboration entre Philippe de Broca et Jean-Paul Belmondo (après "Cartouche") c'est le film qui fait la liaison entre les aventures de Tintin et la saga Indiana Jones. Les emprunts aux albums du célèbre reporter sont légion et rappellent que L'Homme de Rio est issu d'un projet d'adaptation de l'oeuvre de Hergé: les statuettes dissimulant un secret? "L'Oreille Cassée". Les enlèvements d'ethnologues? "Les Sept boules de cristal". La superposition des trois parchemins? "Le Secret de la Licorne". Le héros suspendu juste au-dessus d'un crocodile affamé? "Tintin au Congo". Ou cascadeur le long d'un immeuble? "Tintin en Amérique". Les fléchettes empoisonnées? "Les Cigares du pharaon". Cette ligne claire par son extrême précision se combine avec une vitesse d'exécution sans pareille, d'immenses espaces à défricher (la jungle), ou à investir (Brasilia), les qualités athlétiques de Jean-Paul Belmondo qui ne cesse de courir, sauter, grimper, nager, se bagarrer du début à la fin du film à pied, en vélo, en voiture, en avion ou de liane en liane (mais toujours en ligne droite, de case en case!) et un zeste du rire unique de Françoise Dorléac. La dynamique de leur couple rappelle les meilleures comédies américaines, les séquences de saloon font penser au western, celle où le héros grimpe le long d'un mur et les bagarres où le décor est détruit aux burlesques muets et juste retour des choses, le film sera à son tour une source d'inspiration majeure pour Spielberg (qui découvrira ensuite par ricochet l'oeuvre belge d'origine et lui rendra hommage en 2011). L'ensemble défie les lois de l'apesanteur dans une esthétique bariolée proche de son modèle original, la BD mais aussi de la légèreté de la Nouvelle Vague (décors naturels, faux raccords privilégiant le rythme à la cohérence).

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Cartouche

Publié le par Rosalie210

Philippe de Broca (1961)

Cartouche

Philippe de BROCA est l'un des réalisateurs fétiches de Jean-Paul BELMONDO. "Cartouche" a été tourné à l'époque où celui-ci jouait indifféremment dans le cinéma de la Nouvelle vague et dans le cinéma populaire (tout comme Jess HAHN qui joue "La Douceur" après avoir interprété le rôle principal du premier long-métrage de Éric ROHMER, "Le Signe du Lion") (1959). "Cartouche" est toutefois un film assez déroutant car moins simple qu'il en a l'air. Certes, il s'agit bien d'un film de genre, fantaisie historique, film d'aventure et de cape et épée façon Robin des bois à la cour des miracles du début du XVIII° siècle au rythme bondissant avec des personnages truculents et des scènes d'action très cartoonesques dans lesquelles les méchants, ridicules à souhait tombent de concert à chaque nouvel assaut de Cartouche, le bandit redresseur de torts (et accessoirement grand séducteur) et de ses complices (dont Jean ROCHEFORT, classe mais en retrait). Certaines scènes de pillage de châteaux sont également irrésistibles. Mais dans ce film de divertissement léger, il y a en fait un autre film en arrière-plan, très cohérent des premières aux dernières images, plus grave et mélancolique. Dans les premières images, on voit Cartouche donner le bras à la femme du lieutenant de police, Isabelle de Ferrussac (Odile VERSOIS) comme son égal avant d'être brutalement repoussé par le mari de cette dernière, Gaston de Ferrussac (Philippe LEMAIRE) qui le ravale au rang de moins que rien. A la fin, on voit ce même Cartouche, poussé par son orgueil démesuré échapper de justesse à un traquenard pour avoir voulu séduire cette même femme, y perdant au passage sa ravissante compagne, la belle gitane Venus (Claudia CARDINALE, elle aussi actrice polyvalente et polyglotte) femme libre au caractère bien trempé. Les derniers plans, crépusculaires, funèbres et vengeurs m'ont fait penser à celle de "Que la fête commence" (1974) de Bertrand TAVERNIER avec Jean ROCHEFORT qui faisait le même lien entre la Régence et la Révolution. De même qu'un acteur peut échapper aux cases, un film peut en cacher un autre et c'est cette richesse de lecture qui fait selon moi tout l'intérêt de "Cartouche" encore aujourd'hui.

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