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Articles avec #comedie dramatique tag

Les palmes de M. Schutz

Publié le par Rosalie210

Claude Pinoteau (1997)

Les palmes de M. Schutz

Film de Claude Pinoteau (le réalisateur de la Boum!), Les palmes de M. Schutz est un titre assez trompeur. Le fameux M. Schutz (joué par Philippe Noiret) est en effet une sorte de M. Loyal au service des véritables héros de l'histoire que sont Pierre et Marie Curie (joués par Charles Berling et Isabelle Huppert). L'histoire de la découverte des propriétés de l'uranium puis du radium est assez romancée mais elle a le mérite d'être pédagogique, permettant de comprendre le principe de la démarche expérimentale. Quant au film lui-même, il ressemble à du théâtre filmé (et pour cause, il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre) et est donc assez figé et académique dans sa mise en scène. Mais le scénario plutôt subtil et l'interprétation, remarquable relèvent l'ensemble.

Chaque personnage a en effet une approche différente de la science. Pierre Curie est un puriste et un idéaliste. Il envisage son travail comme un sacerdoce, refusant la richesse, les honneurs, le mariage, la vie de famille. Même après sa rencontre avec Marie Curie qui est son gémeau, il a bien du mal à s'accommoder des contraintes terrestres. Son collaborateur Gustave Bémont est tout son contraire. Son approche est pragmatique, il s'intéresse avant tout aux applications industrielles de la science et n'oublie jamais de faire breveter son travail. D'autre part comme il l'explique à Pierre Curie il est d'origine modeste et ressent le besoin de gagner de l'argent. Enfin c'est un charmeur qui drague les femmes (son attitude vis à vis de Marie pousse d'ailleurs Pierre Curie à sortir du bois pour ne pas se faire doubler). Marie aussi flamboyante que Pierre est réservé ressemble néanmoins à son mari dans sa passion jusqu'au-boutiste à laquelle elle sacrifie tout: sa santé, sa vie de famille, ses finances. Elle est également marquée par ses origines polonaises et le désir d'aider ses compatriotes à s'émanciper de la tutelle russe. Enfin son statut de femme de sciences à une époque où la femme est infériorisée fait d'elle un être à part. Schutz, le directeur de l'école où travaillent les 3 scientifiques est comme le titre l'indique obsédé par la reconnaissance de ses pairs, la gloire et les honneurs. Ce qui ne l'empêche pas de prendre des risques pour protéger ceux en qui il a reconnu des génies.

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La rose pourpre du Caire (Purple Rose of Cairo)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1985)

La rose pourpre du Caire (Purple Rose of Cairo)

Annie Hall et Manhattan sont considérés comme les plus grands chefs-d'oeuvre de Woody Allen, ce sont en effet les films de sa filmographie qui reviennent le plus souvent dans les anthologies du cinéma. Mais les films qu'il a réalisés dans les années 80 avec Mia Farrow comptent également parmi ses plus belles réussites. Avec cette interprète (qu'il rend?) exceptionnelle, il réalise de bouleversants et magnifiques portraits de femme. La Cécilia de la Rose pourpre du Caire en fait bien évidemment partie.

Cécilia vit dans deux mondes. Comme beaucoup de gens insatisfaits de leur vie, elle s'évade en allant au cinéma. Un cinéma exotique, kitsch, romantique à des années lumières de la vie réelle. C'est un fait avéré que plus la réalité est sombre, plus l'imaginaire a la cote (les chômeurs des années 30 se ruaient sur les comédies musicales, les cinémas et spectacles parisiens faisaient le plein pendant la guerre). Inversement de nos jours, la grande bourgeoisie se repaît de sordides drames sociaux pseudo-réalistes (double palme à Ken Loach, double palme aux frères Dardenne, palme d'interprétation masculine à La Loi du marché...)

Au cinéma, Cécilia oublie la grisaille de sa vie. Trop rêveuse, elle n'est pas assez réactive pour répondre correctement aux demandes des clients dans le snack où elle est serveuse. Elle se fait sans cesse houspiller avant d'être congédiée. Son mari est un chômeur alcoolique qui vit à ses crochets, la trompe et la bat. Le contexte, celui de la crise des années 30 brise toute perspective. La seule issue semble bien être le rêve. Jusqu'à ce que le héros imaginaire du film "crève" l'écran et entre dans sa vie, créant la pagaille et la confusion au point de faire intervenir dans l'histoire l'acteur qui l'interprète en chair et en os.

Avec cette histoire de film dans le film, Woody Allen célèbre la magie du cinéma et le pouvoir consolateur de l'art sans pour autant en dissimuler le caractère parfaitement illusoire. Ainsi Cécilia préfère choisir l'homme réel et prendre le risque d'être trahie que son rôle fictif qui quelles que soient ses qualités "Je vous aime, je suis fidèle, homme de parole, courageux, romantique et j'embrasse comme un dieu" n'est qu'un fantôme. Il n'en reste pas moins que ceux qu'Allen exalte sont les losers et les marginaux: "Alors que les années frics, les années 80, ne cessent de faire l'apologie, du réel, de la responsabilité tout autant que du cynisme économique, Allen, parfaitement inactuel, exalte les perdants, les honnêtes, les faibles et les victimes ; ceux pour lesquels il fait du cinéma." (Jean-Luc Lacuve)

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Jacquot de Nantes

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1991)

Jacquot de Nantes

La force de Jacquot de Nantes réalisé par Agnès Varda en 1990 vient du fait qu'il raconte l'enfance de Jacques Demy alors que celui-ci est en train de mourir. C'est aussi en creux l'histoire d'un couple qui après une longue séparation s'est retrouvé et uni face à la maladie et à la mort. Jacquot de Nantes est en effet le premier et le dernier film qu'ils ont fait ensemble. Jacques Demy écrivait ses souvenirs pendant qu'Agnès Varda les mettait en forme et les réalisait. Un film-transbordeur en quelque sorte de la rive du cinéma de Demy à celle du cinéma de Varda:

" A Varda, dont l'oeuvre est depuis l'origine hantée par la mort, Jacques Demy fait le cadeau du plus joyeux de ses films et du plus vibrant de confiance en la vie. A Demy dont le sable coule trop vite entre ses doigts, Varda offre d'arrêter le temps, de réinventer cette enfance dont il n'a jamais perdu la nostalgie, de devenir ce film qu'il n'aura plus le temps de faire. Jacquot de Nantes défie la mort et dit plus fort que tout l'amour de la vie et du cinéma". (JP Berthomé)

Le film reconstitue l'enfance et l'adolescence de Demy, souligne les influences biographiques de ses films (dont on voit des extraits), montre sa créativité à l'oeuvre ("l'évocation d'une vocation" dit le film). Mais il montre aussi la mort au travail dans toute sa crudité: "Dans la difficulté, dans ce chemin très dur qu'il parcourt, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre sinon être au plus près de lui? Au plus près serré comme on dit." (Agnès Varda)
Des plans magnifiques et dérangeants jalonnent ainsi le film, des plans rapprochés de son visage, de ses mains et de ses yeux, des plans comme autant de caresses et de témoignages (on les retrouve aussi dans les Plages d'Agnès, réalisé en 2008).

"Il y a du sacré, dans Jacquot de Nantes, parce que l'amour y tend vers l'universel, vers l'union mystique. Il y a de la dévoration dans le rapport de Varda à Demy, mais parce que cette dévoration est exigée par le don de son corps, consenti par Demy. Il abandonne ses dernières forces à la caméra, mais c'est pour que celle-ci le fasse à son tour film, lui qui n'a jamais rêvé d'autre chose. Et derrière cette caméra qui le crucifie et le promet à l'éternité à la fois, l'épouse, la soeur, la mère, la compagne." (JP Berthomé)

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Model Shop

Publié le par Rosalie210

Jacques Demy (1969)

Model Shop

Le succès international des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort a ouvert à Jacques Demy la possibilité de réaliser son rêve d'enfance: tourner aux USA. Mais le malentendu est total. Les producteurs de la Columbia attendent de lui une comédie musicale hollywoodienne à gros budget alors que Demy souhaite prendre le pouls du Los Angeles de 1968, faire une oeuvre quasi documentaire et en décors naturels.

Le film, proche de la nouvelle vague et des films néoréalistes de Rossellini prend la forme d'une déambulation, celle de George, un chômeur désoeuvré et angoissé à la perspective de devoir aller au Vietnam. Sur son chemin, il croise une femme vêtue de blanc qui le fascine et qu'il décide de suivre. Il découvre alors qu'elle travaille dans un Model Shop, une sorte de peep-show où les hommes prennent en photo dans des poses suggestives des jeunes femmes choisies sur catalogue. Il noue avec cette femme une relation aussi intense qu'éphémère.

Or cette femme c'est Lola mais une Lola vidée de son énergie par les épreuves qu'elle a subi depuis le premier film: divorce d'avec Michel qui la trompait avec Jackie Demaistre de la Baie des anges, mort de Frankie, départ du petit Yvon pour la France... Demy revisite ses premiers films pour leur donner un tour funèbre, tragique.

Le film est une rupture dans la carrière de Demy. Il a été son premier gros échec commercial aussi bien aux USA qu'en France où sa sortie a été confidentielle. Il marque aussi la fin de ses tentatives pour créer un univers balzacien de personnages récurrents, trop complexe à mettre en oeuvre. Bref Model Shop est le film des rêves fracassés contre le mur de la réalité. D'autant que les américains n'accorderont pas une seconde chance à Demy: son projet d'un Cendrillon en patins à roulette (la mode de L.A en 1978-79) tombera à l'eau.

A noter qu'à l'origine, Demy voulait engager Harrison Ford (alors inconnu) dans le rôle de George mais la Columbia lui a imposé Gary Lockwood tout juste sorti de 2001 l'Odyssée de l'espace. Harrison Ford a conservé une reconnaissance éternelle vis à vis de Demy qui est le premier à avoir cru en lui.

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Ma Loute

Publié le par Rosalie210

Bruno Dumont (2016)

Ma Loute

Ma Loute est une proposition de cinéma cohérente mais déconcertante. On revient à la quintessence du cinéma qui est de filmer des corps dans l'espace. Le contraste est saisissant entre le grotesque des corps tous plus difformes les uns que les autres (et les voix qui en sortent tout aussi distordues) et la majesté des paysages dans lesquels ils évoluent. Ces corps sont lourds, empêtrés (mots rares et qui ont du mal à sortir, nombreuses scènes de chute, de marche entravée par le sable ou l'eau) ce qui donne une impression de grande pesanteur sauf à la fin où ils se mettent à léviter sous l'effet de la "grâce" divine. On pense au cinéma de Tati et au surréalisme (Magritte notamment) voire au Pasolini de Théorème. Tout cela au service d'une histoire qui met en scène deux familles de monstres. D'un côté de la baie les bourgeois incestueux dégénérés dont la signature est le rejeton hermaphrodite (comme dans le roman Middlesex où le héros/héroïne découvre que ses grands-parents étaient frère et sœur.) De l'autre les prolétaires bruts de décoffrage où on grogne, on frappe et on mange de la chair humaine. C'est dérangeant, troublant, parfois drôle et ça touche souvent juste derrière l'outrance! Les compositions de Luchini et Binoche sont particulièrement étonnantes et savoureuses.

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Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1986)

Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters)

Le chef-d'oeuvre de Woody Allen est un film choral. Il nous présente une famille d'artistes qui se réunit pour fêter Thanksgiving. Celle-ci est un avatar de la famille Ekdahl qui dans Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman fêtait noël. Le titre s'explique par le fait qu'Hannah (Mia Farrow) est le pilier de cette famille. Elle est un modèle de patience et d'équilibre qui prend tout le monde en charge (y compris ses parents) au détriment de ses propres besoins. Elle fournit argent et maris à ses sœurs malchanceuses. L'aînée Holly (Diane Wiest) est une paumée loser et borderline, la plus jeune Lee (Barbara Hershey) se morfond en compagnie d'un peintre misanthrope (Max von Sydow) qui attend tout d'elle. Le mari d'Hannah, Elliot (Michael Caine) se sent inutile auprès de sa femme et est très attiré par Lee qui craque également pour lui. L'ex-mari d'Hannah, Mickey joué par Woody Allen fait partie des meilleurs autoportraits du réalisateur, Sa quête consumériste de spiritualité et son hypocondrie donnent lieu à des scènes hilarantes. Mais aussi à une fine réflexion sur le pouvoir de l'art à donner du sens à l'existence. L'amusant étant que c'est en regardant un film des Marx Brothers (maîtres du non-sens) qu'il a cette pensée qui le détourne du suicide et lui donne un avenir. Un avenir avec Holly qui a entre-temps enfin trouvé sa voie.

A noter la présence de Carrie Fisher (alias la princesse Leia) dans le rôle d'April la rivale chanceuse de Holly!

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Zelig

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1983)

Zelig

Zelig fait partie des pépites méconnues de Woody Allen avec une proposition originale sur la forme (le "documenteur") au service d'une histoire plus fine qu'elle n'en a l'air servie par des acteurs inspirés. Mia Farrow, l'actrice la plus sensible que Woody Allen ait employée trouve avec Eudora Fletcher l'un de ses plus beaux rôles avec celui de Cecilia (La rose pourpre du Caire), Hannah (et ses soeurs), Hope (Une autre femme) et Alice dans le film éponyme.

Zelig raconte l'histoire d'un homme qui dans les années 20 défraie la chronique parce qu'il est capable de se fondre dans son environnement au point qu'on le surnomme "l'homme-caméléon." Avec des gros il grossit, des noirs il noircit etc. La psychanalyste Eudora Fletcher le traite sous hypnose et découvre qu'il souffre d'une insécurité affective très forte. Pas difficile de comprendre pourquoi un garçon juif a une telle soif de conformisme. L'ironie de l'histoire étant qu'en voulant se fondre dans la masse, il devient un phénomène de foire célébré un jour, lynché le lendemain. On croirait presque entendre Eléphant man dire "je ne suis pas un animal, je suis un être humain."

Bien avant l'apparition du numérique, Woody Allen réussissait le tour de force d'insérer ses personnages de fiction dans des archives d'actualités avec des techniques quasi indécelables. Il en profite pour pasticher les émissions TV consacrées à la vie de personnalités (avec archives et experts) comme il l'avait fait pour son premier film (Prend l'oseille et tire-toi) et comme il le fera plus tard avec Accords et Désaccords, un autre faux biopic donnant l'illusion du vrai.

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Café society

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2016)

Café society

Une belle lumière (grâce au directeur de la photographie d'Apocalypse now), une mise en scène élégante, des acteurs de premier plan plutôt convaincants (cela n'a pas toujours été le cas, dans le calamiteux Melinda et Melinda par exemple), des décors et des costumes raffinés permettent de compenser les faiblesses. Un scénario guère original (les altermoiements d'un triangle amoureux), un arrière-plan vite expédié (passé les 20 premières minutes on oublie qu'on est à Hollywood. New-York reste également assez abstraite. Quant à l'agent surbooké campé par Steve Carell, il ne reçoit plus un seul coup de fil et devient subitement sentimental et disponible!) sans parler des blagues vues et revues (notamment sur la religion juive.) De même on peut regretter que le personnage féminin soit si conventionnel alors qu'il est joué par une actrice qui ne l'est pas (Kristen Stewart). Heureusement il y a de la mélancolie, des regrets qui donnent lieu à de beaux passages mais rien n'est creusé, c'est dommage. Ce café society trop léger fait un peu exercice de style vain comme beaucoup d'autres films de ce réalisateur.

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Docteur Folamour (Dr. Strangelove)

Publié le par Rosalie210

Stanley Kubrick (1964)

Docteur Folamour (Dr. Strangelove)

Grand joueur d'échecs (et donc passionné par la géostratégie sans parler de son sens de la géométrie de l'espace) et brillant compositeur d'images grâce à ses débuts comme photographe Kubrick n'a quasiment réalisé que des chefs-d'oeuvres dont beaucoup liés aux conflits contemporains (1ere guerre mondiale, guerre froide, guerre du Vietnam...)

"Messieurs, vous ne pouvez pas vous battre ici voyons! Nous sommes dans le salon de la guerre!", "Mein Führer, je marche!", "Nous avons un petit problème avec la bombe", " "Je suis résolu à ne pas tolérer l'infiltration communiste, la propagande communiste, la subversion communiste, l'intoxication et le complot communiste qui sappent et qui putrifient tous nos plus précieux fluides corporels." Voici quelques-unes des répliques cultes d'une comédie grinçante qui ne l'est pas moins.

Ce bijou d'humour noir a été réalisé peu après la crise des missiles de Cuba qui faillit provoquer une apocalypse nucléaire mondiale. Kubrick ridiculise avec brio américains et soviétiques secondé par Peters Sellers dans un triple rôle étourdissant. Les américains en prennent tous pour leur grade: général fou paranoïaque ("Jack D. Ripper" est une allusion à peine voilée à Jack l'éventreur) ou stupide (Buck "Turgidson" un nom à connotation sexuelle), major "King Kong" à mi chemin entre le cowboy et le gorille, président impuissant et pusillanime. Quant au docteur Folamour, inspiré par le scientifique allemand Werhner Von Braun, il souligne le cynisme des USA (et des autres vainqueurs) qui n'ont pas hésité à exfiltrer 1500 cerveaux nazis à la fin de la guerre lors de l'opération Paperclip pour se servir de leurs compétences (Von Braun a travaillé pour la NASA et joué un rôle clé dans le programme Apollo).

Le salon de la guerre devient ainsi un festival de bêtise, d'ego surgonflé et de frustrations sexuelles en tout genre. Le film est truffé d'allusions qui montrent que la guerre froide est une démonstration de puissance virile. L'apocalypse nucléaire et les perspectives de "sélektion" qui en résultent (les meilleurs éléments seraient emmenés sous terre et encouragés à se reproduire) excitent tant Folamour par exemple qu'il ne peut s'empêcher d'ériger son bras en l'honneur d'Hitler sans parler du fait qu'il se redresse pour marcher!

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Cléo de 5 à 7

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1962)

Cléo de 5 à 7

Cléo de 5 à 7 , réalisé en 1961 est l'un des films les plus célèbres d'Agnès Varda. Il est emblématique de son oeuvre à la fois lumineuse et hantée par la mort. Durant la réalisation du film, Agnès Varda avait en tête un tableau d'Hans Baldung Grien intitulé La jeune fille et la mort et dont une reproduction est affichée dans l'appartement de Cléo. De même le titre est volontairement équivoque. Moi-même j'ai longtemps cru avant de le voir que Cléo avait un rendez-vous galant alors que le tirage des tarots par la cartomancienne au début du film annonce d'emblée que son rendez-vous est avec la grande faucheuse. Ce "5 à 7", c'est en effet le temps (filmé en temps réel) qui sépare la séance de tarots du résultat des examens médicaux qui doivent confirmer si oui ou non Cléo est atteinte d'un cancer.

Durant ces quatre-vingt dix minutes d'attente, Cléo va effectuer un parcours dans Paris où toutes sortes de messages subliminaux disséminés dans la ville lui envoient des signaux qui ravivent son angoisse: "Rivoli deuil", "Bonne santé", "Pompes funèbres", "Boulevard de l'hôpital". Ce cheminement reflète le parcours intérieur de Cléo qui va se métamorphoser, passant de la jeune fille frivole obsédée par le reflet du miroir à la jeune femme tournée vers les autres et empreinte de gravité. D'image factice modelée par des fantasmes masculins standardisés, elle devient une "belle" personne autonome qui regarde et qui agit.


L'un des moments les plus forts du film se situe dans le parc Montsouris. Cléo a réalisé dans la première partie du film que sa vie était vide et son entourage, indifférent. Sous la cascade, elle rencontre Antoine, un soldat permissionnaire sur le point de repartir dans l'enfer de la guerre d'Algérie, contemporaine de la réalisation du film. Parce qu'ils sont tous deux en danger de mort, les jeunes gens ont des échanges paisibles et dépourvus de tout artifice. Cléo révèle ainsi à Antoine son véritable prénom: Florence. Cléo est le pseudonyme d'une chanteuse de variétés périssables. Florence renvoie à la Renaissance. Les sculptures comme toutes les oeuvres d'art authentiques gravent pour l'éternité la beauté de ce qui est fragile, éphémère et mortel. Elles sont le fruit d'un vrai regard et non d'un miroir aux alouettes.

Les deux jeunes gens se soutiennent mutuellement dans l'épreuve: Antoine accompagne Cléo à l'hôpital puis elle se rend avec lui à la gare. N'étant enfin plus seule, elle n'a plus peur. L'angoisse, la souffrance et l'amertume débouchent sur un état de grâce: "La lumière ne se comprend que par l'ombre et la vérité suppose l'erreur. Ce sont ces contraires qui peuplent notre vie, lui donnent saveur et enivrement. Nous n'existons qu'en fonction de ce conflit dans la zone où se heurtent le blanc et le noir alors que le blanc ou le noir relèvent de la mort." (Agnès Varda)

A noter la présence d'un court-métrage burlesque muet au milieu du film "les fiancés du pont mac donald ou méfiez-vous des lunettes noires" avec le couple vedette de la Nouvelle vague: Jean-Luc Godard et Anna Karina. Agnès Varda joue sur les lunettes de Godard qui lorsqu'il les met lui font voir tout en noir. Godard jeune sans lunettes a des faux airs de Buster Keaton.

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