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Articles avec #comedie dramatique tag

Brodeuses

Publié le par Rosalie210

Eléonore Faucher (2004)

Brodeuses

Joli film dont l'esthétique m'a fait penser à celle de "Y aura-t-il de la neige a Noel ?" (1996) avec son attention particulière aux sens, principalement les couleurs et les textures ce qui est normal pour un film traitant de broderie. Mais le mot lui-même est polysémique. Rattaché dans l'imaginaire collectif à une activité typiquement féminine, les travaux d'aiguille, il devient dans le film la métaphore d'une filiation matriarcale en construction dans un monde rugueux mais fertile. Le cadre de l'histoire est en effet rural et les premières images, au ras du sol montrent Claire récoltant des choux dans un champ. Je ne sais si c'est intentionnel mais cela m'a fortement rappelé le premier film de Alice GUY, "La Fee aux choux" (1896) et sa variante "Sage-femme de premiere classe ou la naissance des enfants" (1902). Or Claire est enceinte et son ventre ballonné fait penser à un chou (en plus de la vieille légende selon laquelle les garçons sortent des choux et les filles des roses). Seulement cette grossesse est non désirée et par ailleurs Claire qui est caissière dans un supermarché est en rupture avec sa famille. Pour fuir la curiosité de son environnement de travail, elle trouve refuge chez Mme Mélikian qui est brodeuse pour le marché de la haute-couture mais qui est anéantie par le décès accidentel de son fils. Claire dont la broderie est la passion se fait embaucher au noir par elle et les deux femmes retissent du lien, au propre, comme au figuré. Lola NAYMARK dont les tenues tricotées semblent être le prolongement de son opulente chevelure rousse et bouclée est incroyablement photogénique et fait la paire avec Ariane ASCARIDE toute vêtue de noir. Toutes deux appartiennent d'ailleurs à la même famille de cinéma, celle de Robert GUEDIGUIAN. C'est peut-être pour cela que Eleonore FAUCHER donne à au personnage de Ariane ASCARIDE un nom arménien dans ce premier film féministe très maîtrisé dont la BO est bercée par les titres du groupe Louise Attaque.

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Médecin de campagne

Publié le par Rosalie210

Thomas Lilti (2015)

Médecin de campagne

"Médecin de campagne" est un film sympathique mais qui survole son sujet. La faute sans doute à une dispersion du scénario en une multitude de petites scénettes illustratives des carences et des problèmes de l'exercice de la médecine à la campagne à la manière d'un catalogue. Les personnages sont trop nombreux pour être approfondis, y compris le duo vedette, celui de Jean-Pierre Werner (Francois CLUZET), le médecin du coin qui se découvre atteint d'un cancer et sa suppléante, le docteur Delezia (Marianne DENICOURT). La manière dont est traitée la maladie du docteur Werner n'est pas réaliste: pour quelqu'un atteint d'une tumeur au cerveau avec des métastases, il apparaît étonnamment fringuant et très disponible alors qu'il est censé subir un traitement lourd aussi chronophage qu'épuisant. Nathalie Delezia fait plus tapisserie qu'autre chose. Quant aux patients, ils forment une farandole d'archétypes (l'autiste non diagnostiqué qui végète dans son intérêt spécifique pour la guerre de 14, la jeune fille enceinte sous emprise d'un compagnon toxique, le vieil homme en fin de vie...) Le tout est emballé dans une atmosphère joviale de "fête au village" tout à fait inappropriée à ce qu'est censé raconter le film. Bref c'est superficiel et convenu. De la part du réalisateur de "Hippocrate" (2014), j'attendais mieux.

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Mon gâteau préféré (Keyke mahboobe man)

Publié le par Rosalie210

 Maryam MOGHADDAM, Behtash SANAEEHA (2025)

Mon gâteau préféré (Keyke mahboobe man)

 

J'ai trouvé ce film magnifique par sa simplicité comme par son talent à nous faire ressentir l'intimité qui se déploie naturellement entre deux personnes âgées et esseulées qui pourtant ne se connaissaient pas quelques heures plus tôt. Une fois de plus, l'Iran parvient à nous raconter une histoire d'une portée universelle sans pour autant gommer le contexte spécifique dans laquelle celle-ci se déroule. La chape de plomb de l'intégrisme religieux est d'autant plus mal vécue par les personnes âgées qu'elles ont connu la période qui a précédé la révolution islamiste. Ainsi, Mahin se souvient de fêtes où elle pouvait se rendre en tenue décolletée et Faramarz a été emprisonné pour avoir joué d'un instrument traditionnel, le târ (une sorte de luth) avec un groupe et n'a été libéré que parce qu'il est un vétéran de guerre (il ne précise pas laquelle mais probablement la guerre Iran-Irak de 1980-1988). Le récit est centré sur Mahin car c'est elle qui en est le moteur. Insatisfaite par sa vie solitaire (des enfants vivant à l'étranger et peu disponibles, des amies vues à des intervalles trop espacés, un mari décédé), on la voit se mettre en quête d'un compagnon, d'abord dans un parc où elle ne rencontre que la sinistre police des moeurs puis dans un restaurant réservé aux vétérans et aux veuves de militaires comme elle. Elle y repère bientôt un homme seul, Faramarz qui travaille comme chauffeur de taxi et c'est elle qui l'aborde en lui demandant de la reconduire chez elle. A partir de là, le charme de cette rencontre agit tout seul comme si Mahin et Faramarz se connaissaient depuis toujours. Leur capacité à se fabriquer des bulles d'intimité et de bonheur au coeur d'un régime hostile (incarné par une voisine inquisitrice façon "oeil de Moscou") émerveille. Chaque instant qu'ils passent ensemble est une ode aux plaisirs de la vie et un défi lancé au régime: plaisir de boire du vin (et d'expliquer comment le fabriquer soi-même dans un pays qui l'interdit), d'écouter de la musique, de danser (le moment le plus enivrant du film), de renouer avec son corps et avec ses désirs, sans fausse pudeur (d'autant que Mahin ne porte pas de foulard à l'intérieur de sa maison, comme dans la réalité). Et c'est parce que les deux amoureux communient dans une intimité totale que Faramarz peut enfin se laisser aller: parce qu'il sait qu'il ne sera plus jamais seul. Bouleversant.

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Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan

Publié le par Rosalie210

Ken Scott (2025)

Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan

Un titre qui définit les trois forces tutélaires sous l'égide desquelles a grandi l'avocat Roland Perez (le film est tiré de son livre autobiographique) ainsi que leur hiérarchie dans sa vie. "Ma Mère Dieu et Sylvie Vartan" m'a fait penser en plus réussi à "Le Dernier des Juifs" (2022). L'amour fusionnel et dévorant d'une mère juive marocaine pour son fils dans le huis-clos d'un appartement HLM est en effet au centre du récit et montré dans toute son ambivalence. Dans la première partie du récit qui se déroule pendant l'enfance de Roland, il est montré comme salvateur. On y voit Esther se battre comme une lionne avec son fils dans les bras contre à peu près tout le monde (son mari résigné, les services sociaux incarnés par une Jeanne BALIBAR raide comme une trique, le voisinage, les médecins) en remuant ciel et terre pour que Roland s'intègre socialement en tant que valide et non en tant que handicapé affligé d'un pied bot. Tous les moyens sont bons, y compris les plus farfelus pour parvenir à ses fins, y compris croire au miracle (puisque les médecins s'avèrent impuissants) sous l'égide de Sylvie VARTAN, l'enfance de Roland se déroulant pendant les années 60, théâtre de l'émergence des idoles yé-yé et de la télévision qui est sa seule fenêtre sur le monde. Finalement la bonne fée s'incarne dans le personnage de la veuve d'un rebouteux (Anne LE NY) qui grâce à une technique traditionnelle nécessitant une longue immobilisation et beaucoup de patience parvient à redresser suffisamment le pied de Roland pour qu'il puisse marcher seul et presque sans boîter. Arrive alors la deuxième partie du film, celle où Roland adulte, joué par Jonathan COHEN doit s'émanciper de sa mère envahissante et de son avatar alias Sylvie VARTAN dont il est devenu l'avocat. Leila BEKHTI crève l'écran en déployant une énergie phénoménale et grâce à un vieillissement très réussi (contrairement au rajeunissement de Sylvie VARTAN via l'IA) nous fait oublier qu'elle est en réalité plus jeune que Jonathan COHEN. En prime on reconnaît Milo MACHADO GRANER, l'enfant de "Anatomie d'une chute" (2022) dans le rôle de l'un des frères de Roland.

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Le Mari de la coiffeuse

Publié le par Rosalie210

Patrice Leconte (1990)

Le Mari de la coiffeuse

J'ai un avis extrêmement partagé sur "Le mari de la coiffeuse". D'un côté, cette rêverie ne manque ni d'originalité, ni de charme. J'ai aimé la sensualité qui se dégage du film, l'attention portée à la lumière, aux couleurs, aux goûts, aux odeurs, au toucher et à l'ouïe. C'est ce dernier sens qui m'a d'ailleurs le plus emporté. D'abord parce que la voix de Jean ROCHEFORT est un poème en soi et ensuite parce que toutes les musiques orientales que l'on entend dans le film constituent une source de dépaysement, un appel vers l'ailleurs. Le toucher occupe la seconde place à égalité avec la vue: la manière de photographier et de filmer la peau et les chevelures flamboyantes des femmes vont de pair avec l'orientalisme marqué du film. Seulement, ce qui ressemble à la projection d'un fantasme masculin a du mal à tenir sur la longueur. Au bout d'un moment, inévitablement, le film tourne en rond dans son tout petit périmètre. Car deuxièmement, à force de se répéter, le charme finit par se dissiper pour laisser place à une impression mortifère. Car le fantasme de cet homme consiste à épouser une coiffeuse, littéralement. Le bonheur dans l'amour fusionnel, replié sur soi-même et sa moitié dans le huis-clos d'un salon d'où chacun sort le moins possible, interagit le moins possible avec les autres ça finit par devenir étouffant et ça ressemble à une envie régressive de retourner dans le ventre de maman. Forcément, un tel amour est sans issue. Enfin, si écouter la voix de Jean ROCHEFORT est un délice, il y a un hiatus entre les fantasmes qui semblent émaner de l'esprit d'un adolescent en proie à ses premiers émois amoureux et sexuels et l'homme d'âge très mûr qu'il était déjà, sa partenaire érotique ayant évidemment l'âge d'être sa fille. Le film aurait pu jouer sur la nostalgie de ce bonheur perdu à l'aide de flashbacks où l'on aurait entendu Jean ROCHEFORT mais où son personnage aurait été joué par un autre acteur plus jeune. Cela aurait peut-être également permis de trouver une vraie fin au film qui se termine en queue de poisson.

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Deux soeurs (Hard Truths)

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2024)

Deux soeurs (Hard Truths)

"Deux soeurs" est un film puissant, empreint de cette pâte humaine dont Mike LEIGH a le secret. Près de trente ans après "Secrets et mensonges" (1996), il retrouve Marianne JEAN-BAPTISTE pour interpréter le rôle de Pansy, une anti-héroïne que l'on est pas prêt d'oublier. Dès la première séquence, le ton est donné: Pansy se réveille en criant et en sursautant, comme si le retour à l'état conscient était un traumatisme. Et c'est le cas. Le rapport que Pansy entretient au monde est conflictuel. En proie à une colère inextinguible, elle passe son temps à déverser sa bile sur tout ce qui bouge. Ceux qui croisent son chemin subissent ses foudres ce qui donne une série d'esclandres au ton tragi-comique (car la dame a le sens de la formule qui pique). On a donc la version irascible d'un échantillon des albums de Martine avec "Pansy au supermarché", "Pansy chez le dentiste", "Pansy chez le médecin", "Pansy veut acheter un canapé" etc. Evidemment, ces anonymes qui réagissent à son agressivité avec plus ou moins de flegme ne sont que les boucs-émissaires d'une rage qui remonte à l'enfance. C'est là qu'intervient la soeur de Pansy, Chantelle (Michele AUSTIN) qui est son antithèse: solaire, joyeuse, bienveillante. Tout chez elle respire la joie de vivre, son salon de coiffure, son appartement coloré, sa complicité avec ses deux filles alors que l'appartement de Pansy est aseptisé par sa maniaquerie et que son mari (qu'elle ne supporte pas) et son fils (qui la désespère) s'isolent dans leurs bulles ou la fuient le plus possible. Désemparée par la négativité de sa soeur qui lorsqu'elle n'éructe pas ne cesse de se plaindre de tous les maux, elle tente de lui venir en aide, tente de comprendre pourquoi celle-ci est à ce point fâchée avec la vie, tente de la sortir de son marasme et de son isolement en organisant une réunion de famille (comme dans "Secrets et mensonges") (1996). Ce qui est fort, c'est que l'on ressent parfaitement la terrible souffrance qui se cache derrière le caractère impossible de Pansy et la rend aussi asociale que dépressive. Un malheur qui lui vient de son histoire personnelle (Mike LEIGH ne donne pas toutes les clés mais il semble qu'elle ait servi de paratonnerre) et qui est donc transmissible. Son fils Moses qui est obèse, désocialisé et sans situation semble porter sur ses épaules tout le malheur familial. Cependant, avec l'aide de Chantelle, Pansy comprend qu'elle n'en peut plus et qu'elle doit peut être enfin songer à déposer les armes.

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Une femme de ménage

Publié le par Rosalie210

Claude Berri (2001)

Une femme de ménage

C'est un film neurasthénique et dont le scénario est cousu de fil blanc. Une énième romance entre un quinquagénaire et une jeune fille de 20 ans qui traduit l'écrasante domination du masculin et de son fantasme de filmer des filles jeunes et jolies essentiellement pour leur physique. Si en plus ce sont des Cosette en détresse qui ont besoin d'un sauveur, c'est encore mieux. Le cinéma français a souvent mal employé Emilie DEQUENNE, notamment dans ce film où elle minaude à mort. Il faut dire que son rôle d'allumeuse/briseuse de coeurs un brin simplette et versatile est si cliché, si creux qu'elle ne peut faire autrement. Heureusement, Jean-Pierre BACRI tient le film à bout de bras. Il apporte à son personnage de dépressif qui veut croire en une histoire perdue d'avance et qui se retrouve plus seul que jamais une profondeur qui le rend touchant, particulièrement dans les dernières séquences du film où il se prend dans la figure l'amère réalité. Et bien qu'elles n'apparaissent que quelques minutes, Catherine BREILLAT dans un rôle à contre-emploi, Axelle ABBADIE et Brigitte CATILLON réussissent à camper des personnages en crise qui offrent un instantané marquant d'une génération dont les ratages sentimentaux confinent au désarroi le plus total. Mais il aurait fallu leur donner une vraie place dans le film, or les actrices de plus de 50 ans sont moins décoratives que celles de 20, CQFD.

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Pas son genre

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2014)

Pas son genre

Je suis loin de connaître la totalité de la filmographie de Emilie DEQUENNE, néanmoins pour ce que j'en ai vu, ce sont les belges qui ont su le mieux mettre en valeur son talent alors que le cinéma français l'a souvent sous-exploitée. Ainsi dans "Pas son genre", elle vole la vedette à son partenaire, Loic CORBERY et rayonne comme un soleil au point de faire émerger un autre thème que celui qui est présenté comme étant au coeur du film. Alors oui, bien sûr que "Pas son genre" raconte un impossible dépassement de différence de milieu socio-culturel à la manière d'autres films ayant traité le même sujet de façon plus ou moins subtile ("Le Gout des autres" (1999), "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013) etc.) Par-delà la différence de goûts, de références, d'activités qui n'est pas insurmontable (pas besoin d'être fusionnel pour former un couple viable) c'est le mépris de classe qui est le plus dévastateur. Rien de tel que le test de la rencontre inopinée entre le couple naissant et les amis de celui qui en constitue le membre le plus aisé pour s'en rendre compte: dans "Pas son genre" (2014) comme dans "Minnie and Moskowitz" (1971) ou "Les Amants du Capricorne" (1949), le plus défavorisé se retrouve brutalement éclipsé par une complicité de classe dont il est exclu, son partenaire, confus et honteux préférant l'ignorer. Une violence qui se traduit tellement bien sur le visage de Emilie DEQUENNE (dans une scène de carnaval qui n'a pas dû être choisie au hasard) qu'elle n'a pas besoin de l'exprimer par les mots. Et qui laisse la fin, celle où elle s'efface pour de bon du paysage ouverte à l'interprétation. Car comme je le disais plus haut, un autre thème émerge dans le film, celui qui questionne l'épanouissement dans le couple. Le personnage de Clément nous est présenté en amont de sa rencontre avec Jennifer comme un intellectuel de la rive gauche (ajoutant le parisianisme mondain considérant la province comme un exil punitif aux autres attributs de son appartenance bourgeoise) mais aussi comme un infirme émotionnel et relationnel. Un misanthrope froid, distant, taciturne, refusant de s'engager et de fonder une famille. A l'opposé, Jennifer, solaire et énergique est l'incarnation de la joie de vivre. Elle ne dégage que des ondes positives, que ce soit avec son fils, avec ses amis ou avec ses clients. Sa rencontre avec Clément agit comme un éteignoir. On la voit le porter à bout de bras, déployer de l'affection, de la tendresse pour deux (comme dans la scène du karaoké) mais à un moment donné, le manque de réciprocité la vide de son énergie d'autant qu'elle est suffisamment lucide pour comprendre qu'elle n'est pour Clément qu'un bouche-trou et que leur romance est surtout physique. Seulement voilà, elle a été façonnée par le mythe du prince charmant* comme l'ont été des générations de femmes avant elle et comme le sont encore trop de jeunes filles aujourd'hui, la rencontre amoureuse étant "vendue" comme l'horizon incontournable de l'accomplissement de soi. Ainsi, sous couvert d'analyse sociologique, c'est également à une analyse des rapports genrés aux résonances bien actuelles que se livre ce film d'une grande richesse et aussi d'une grande justesse. En disparaissant, Jennifer échappe à toutes les formes de domination que Clément, consciemment ou non lui impose et donc à son propre conditionnement de femme soumise, passive, ayant intériorisé son infériorité, si bien analysé dans le livre poignant de Christine ANGOT, "Un amour impossible" (2018). Ainsi contrairement aux apparences, le film de Lucas BELVAUX dépeint une émancipation féminine, bien aidé par une Emilie DEQUENNE impériale.

* Mythe analysé notamment par le sociologue Jean-Claude Kaufman dans son livre "La femme seule et le prince charmant".

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18 ans après

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (2003)

18 ans après

C'est vraiment dommage que cette suite de "3 hommes et un couffin" (1985) soit si bâclée. Parce que l'énergie si communicative des films de Coline SERREAU est là mais gâché par un scénario paresseux et une mise en scène peu inspirée. Pour j'imagine faire plaisir au public du premier film, on reprend à l'identique le trio de pères conservé au congélateur pendant 18 ans dans leur appartement. Non mais qui peut croire que ces quinquagénaires (voire sexagénaire pour Roland GIRAUD) vivent encore comme s'ils étaient adolescents? De plus, si le trio d'acteurs est toujours aussi excellent, il est relégué à l'arrière-plan et n'a pas grand-chose à faire. Pourtant un trio d'hommes élevant ensemble un enfant, il y aurait eu de quoi dire mais le thème des nouvelles familles est à peine effleuré. Au contraire, il est recouvert par une intrigue censée plaire aux jeunes mais mal ficelée: celle du beau-père américain caricatural de Marie et de ses deux fils dont l'un est sa copie conforme et est donc un repoussoir et l'autre fait figure de vilain petit canard cachant évidemment en réalité un beau cygne. La métamorphose de Arthur n'est pas crédible car ce n'est pas avec quelques séances de musculation qu'on transforme un empoté en athlète (le rôle est tenu par James THIERREE qui n'est autre que le petit-fils de Charles CHAPLIN et cela se voit: non seulement il lui ressemble mais dans la dernière scène, il s'essaie au hip-hop avec une souplesse d'acrobate). Reste le personnage de la gouvernante (joué par Line RENAUD) et de l'amie de Marie flanquée de son petit frère mais ils sont sous-exploités. Le format numérique, censé apporter de la modernité au film ne semble pas non plus servir à grand-chose.

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Je rentre à la maison

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2001)

Je rentre à la maison

J'ai vu ce film d'une grande simplicité comme un "au revoir" de la part d'un réalisateur qui avait à l'époque déjà 93 ans (Manoel de OLIVEIRA est décédé à l'âge canonique de 106 ans en 2015!) Le thème de la mort et du deuil sont en effet omniprésents, de la première séquence, un long extrait de "Le roi se meurt" de Eugène Ionesco alors que trois oiseaux de mauvais augure arpentent les coulisses à la dernière, la plus belle de toutes, aussi muette qu'éloquente. Celle où un petit garçon observe son grand-père monter un escalier avec difficulté et comprend qu'il n'en a plus pour longtemps. Entre les deux, on voit Gilbert Valence, le vieux comédien joué par Michel PICCOLI se retirer discrètement du monde (d'où le titre, "Je rentre à la maison"), l'observant derrière une vitre, se faisant dépouiller de ses biens en pleine rue, chérissant ce qu'il appelle sa "solitudine" face à un agent qui insiste lourdement pour le (re)caser avec une jeune actrice après la mort brutale de ses proches*, prolongeant ses siestes, réalisant sur un plateau de tournage qu'il n'arrive plus à mémoriser son texte. Mais "Je rentre à la maison" fonctionne sur un paradoxe. Le fardeau du vieillissement et du deuil conduit Gilbert à se libérer de tout ce qui l'encombre si bien que le film est étonnamment léger, célébrant le bonheur des petites habitudes: déambuler dans Paris, boire un café, s'acheter des chaussures, discuter ici et là avec les passants, jouer avec son petit-fils, le regarder oublier systématiquement son goûter. Tout cela avec le même sens de l'épure que la scène finale et un grand talent pour faire passer l'émotion par l'image et non par la parole ce qui contraste radicalement avec les scènes théâtrales.

*La révolution #MeToo n'était pas encore passée par là et c'est l'aspect du film sans doute le plus daté.

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