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Articles avec #comedie dramatique tag

On connaît la chanson

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (1997)

On connaît la chanson

"On connait la chanson" est le plus gros succès public de Alain RESNAIS en plus d'avoir raflé une pluie de récompenses. L'histoire très boulevardière est heureusement doublement transcendée, d'une part par le brillant jeu sur le contraste entre la norme sociale bourgeoise et l'intériorité et de l'autre par le dispositif ludique consistant à insérer des bribes de chansons en play-back au milieu des dialogues. Ce double effet donne de la profondeur à ce qui sinon n'aurait été qu'un médiocre vaudeville à base d'adultère et de questions de patrimoine. Mais le spectateur est intelligemment invité à participer à la pièce qui se déroule sous ses yeux. Il a souvent un coup d'avance sur les personnages tout en se joignant musicalement à eux. Le film est basé sur un festival de mensonges et de malentendus. Ainsi Camille (Agnès JAOUI) tombe amoureuse de Marc (Lambert WILSON) parce qu'elle le croit en souffrance alors qu'il a un rhume et parle au téléphone de transaction immobilière et non d'amour (ce qui définit bien le personnage). Au restaurant, une jeune femme en pleurs (Charlotte KADY, ex-présentatrice de Récré A2) envie le couple qui est derrière elle, prenant un geste de rectification d'une imperfection pour une marque de tendresse. A l'inverse, la femme du couple, Odile (Sabine AZÉMA) envie ce qu'elle croit être la conversation de deux amies alors que son couple n'a plus rien à se dire. Plus tard, elle voit son ex, Nicolas (Jean-Pierre BACRI) en compagnie d'une femme et croit à tort à son adultère alors qu'elle croise juste après son mari Claude (Pierre Arditi) embrassant une autre femme dans une voiture mais s'aveugle en pensant qu'il s'agit d'un sosie. Bref, tout le monde en dépit des apparences est un peu à côté de la plaque, aveugle, escroc, rongé
par la culpabilité, dépressif ou hypocondriaque et exprime ses états d'âme en chanson.

Alain RESNAIS est un formidable expérimentateur, il aime croiser les arts (théâtre, opérette, BD) et invite régulièrement des familles d'artistes à se joindre à sa troupe. Le couple Bacri-Jaoui alors à l'apogée de sa créativité ne se contente pas de jouer dans le film, il l'a scénarisé et le choix des chansons mixe l'époque de la jeunesse de Resnais (airs populaires des années 30-40) et celle des Jabac (tubes des années 60 à 80). Si pour le spectateur lambda d'aujourd'hui, les airs anciens à une ou deux exceptions près sont des découvertes (mais qui impriment bien car judicieusement insérés et répétés), ceux de la période la plus récente ont imprégné de façon durable la mémoire collective et font partie du patrimoine universel. Enfin comment ne pas souligner la formidable prestation de André DUSSOLLIER qui n'a pas volé son César? Il joue le rôle de l'intrus qui tente de compenser par son érudition son infériorité sociale (Quoi ma gueule? Qu'est ce qu'elle a ma gueule? Ou l'invention du tube sur le délit de faciès par Johnny HALLYDAY ^^). Bien que mentant par omission sur son métier, il est le seul personnage fondamentalement honnête de l'histoire, faisant surgir la vérité chez les autres, notamment pour la fragile Camille, une brillante intellectuelle qu'il est le seul à vraiment reconnaître*. Enfin on oubliera pas de sitôt sa délirante rêverie autour des "Vertiges de l'amour" de Alain BASHUNG.

* Parmi les running gags du film, il y a le sujet hyper-pointu de la thèse de Camille devenu culte "Les chevaliers paysans vers l'an 1000 au lac de Paladru".

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Bananas

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1971)

Bananas

"Bananas", le troisième film de Woody ALLEN et l'un de ses plus oubliables. L'influence du stand-up où le réalisateur a fait ses débuts y est très forte si bien qu'on a davantage une succession de sketches vaguement reliés entre eux qu'un véritable scénario. On s'ennuie donc ferme parce qu'il est complètement décousu et que la plupart des gags, démodés, tombent à plat. Trop léger, pas assez maîtrisé, vieillot, le film n'est pas une comédie cynique de référence sur la politique sud-américaine des USA durant la guerre froide comme peut l'être par exemple "Docteur Folamour" (1963) de Stanley KUBRICK.

"Bananas" fonctionne cependant comme un brouillon des oeuvres à venir avec son héros complexé et sa relation névrosée avec une petite amie qui n'est autre que son épouse de l'époque Louise LASSER (cette façon d'entremêler fiction et réalité est caractéristique du réalisateur). D'autre part il y a un passage amusant où intervient un jeune acteur inconnu à l'époque qui galérait alors dans le milieu du cinéma: Sylvester STALLONE. Sa confrontation avec Woody ALLEN est assez réjouissante. Mais si vous n'êtes pas un inconditionnel de Woody ALLEN désireux de voir tous ses films ou un fan de Sylvester STALLONE (qui n'apparaît cependant que durant quelques minutes) vous pouvez passer votre chemin... et relire "Tintin et l'Oreille cassée" ou "Tintin et les Picaros" pour avoir une satire réussie de la géopolitique en Amérique du sud durant la guerre froide.

 

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La Mégère apprivoisée

Publié le par Rosalie210

Franco Zeffirelli (1967)

La Mégère apprivoisée

Le principal défaut de cette adaptation de la pièce de Shakespeare est son absence de point de vue.  Franco Zeffirelli est un cinéaste très conventionnel qui semble illustrer plutôt que proposer une vision du patrimoine littéraire qu'il adapte. Par conséquent le film est très impersonnel ce qui est dommageable car ce qu'il en ressort au final, c'est un ringardisme absolu dans la manière d'aborder les rapports hommes-femmes comme une lutte de pouvoir dans laquelle l'homme, mû par l'appât du gain et l'orgueil doit mater la femme colérique (une émotion considérée comme indésirable dont l'éradication justifie la maltraitance et donne du crédit à ce que l'on appelle aujourd'hui la culture du viol). Cette vision misogyne et mercantile des rapports amoureux flatte les pires instincts de ceux qui n'envisagent les relations humaines qu'en terme de rapports de force*. Reste le plaisir pour l'œil de regarder des costumes vraiment magnifiques et les prises de bec entre Elizabeth Taylor et Richard Burton qui en font des tonnes au point que le film est limite un documentaire sur leur relation mouvementée ^^^^. Inutile de préciser que les personnages secondaires sont parfaitement inexistants, le film se focalisant sur ces deux monstres sacrés qui "bouffent la caméra" dès qu'ils apparaissent à l'écran.

* Je n'apprécie pas non plus les versions "féministes" de la pièce qui font de Catherine une Lady Macbeth comique. C'est le rapport de forces en lui-même qui est problématique, le fait d'envisager une relation en terme de dominant/dominé.

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Les 101 Nuits de Simon Cinema

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1995)

Les 101 Nuits de Simon Cinema

Hommage au centenaire du septième art (surtout français et américain mais avec des incursions dans le cinéma italien et japonais), "Les 101 Nuits" est un assez ahurissant catalogue de références et de cameos en forme de who's who. Tout le ban et l'arrière-ban du cinéma français accompagné de quelques stars américaines est convoqué au chevet de Simon Cinéma (Michel Piccoli), un très riche vieux monsieur croulant mythomane censé personnifier le cinéma qui vit dans un château à St-Rémy les Chevreuse (bien relié par le RER B à la rue Daguerre où vivait Agnès Varda depuis les années 50) avec sa domesticité dont un majordome qui rappelle un certain Erich von Stroheim. Si l'approche éclatée et surréaliste (avec des clins d'oeil appuyés à Luis Bunuel) amuse au départ, si le film contient son lot de moments savoureux, son étirement sur 1h41 finit par lasser tant le procédé fondé sur une accumulation-collection de vignettes décousues paraît répétitif et vain. Les stars sont là en tant que signes et symboles, parfois au sens littéral (les frères Lumière sont représentés entourés d'ampoules!) et le film se voulant en surface festif et ludique, les analyses filmiques sont forcément ultra-survolées même si ça fait toujours plaisir de revoir ou d'évoquer des moments iconiques comme le plan-séquence inaugural de "La Soif du mal", le match des séducteurs Michel Piccoli versus Marcello Mastroianni via la comparaison entre les scènes de baignoire tirées des films "Le Mépris" et "Huit 1/2", celui des plus belles morts à l'écran de Gérard Depardieu ou la scène finale de "King-Kong".  Et puis, Agnès Varda ne pouvait évidemment pas le savoir en 1995 mais le choix de donner le rôle de la cinéphile censé entretenir la mémoire de Simon Cinéma à Julie Gayet et de l'apparier de façon gémellaire (ils ont le même prénom à l'écran) à son fils, Mathieu Demy qui joue le réalisateur d'un premier film ne peut que faire sourire étant donné que Julie Gayet est aujourd'hui systématiquement associée à un autre genre d'acteur ^^^^. Plus gênant, leur jeu consternant (celui de Julie Gayet personnifie le cliché de la "blonde idiote" alors qu'elle est censée être une intellectuelle ah ah ah) et leur malhonnêteté (ils veulent s'emparer de l'héritage de Simon Cinéma en lui présentant un faux héritier) donne une vision assez nihiliste de l'avenir du cinéma, hanté comme toujours chez Varda par la figure de la grande faucheuse (laquelle prend les traits de Romane Bohringer). Cette finalement pas si joyeuse féérie pour initiés-érudits (contradiction inhérente à Agnès Varda) qui sombre parfois dans le ridicule (Des pointures comme Alain Delon, Jean-Paul Belmondo ou Robert de Niro ne sont franchement pas bien servis) aurait mérité d'être plus structurée et moins inégale.

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Coup de Torchon

Publié le par Rosalie210

Bertrand Tavernier (1981)

Coup de Torchon

Jugement dernier d'une communauté de dégénérés servant de parabole à une humanité sur le point de basculer dans l'horreur du second conflit mondial (comparable en cela à "La Règle du jeu" de Jean Renoir), "Coup de torchon" est un film déconcertant, inclassable qui marque l'esprit par son contraste de noirceur et de drôlerie, son atmosphère déjantée, surréelle et cynique, son humour pince-sans-rire, registre dans lequel Philippe Noiret et Isabelle Huppert s'illustrent particulièrement, ses répliques magistrales ("ce n'est pas parce qu'on met la tentation à portée de main qu'il faut se laisser tenter"; "s'en prendre à vous c'est comme qui dirait un devoir civique!"; "T'es ombrageux, tu commences à m'ombrager, tu mets les gens à l'ombre" etc.), ses plans séquences remarquables. Bref en tous points un film qui ne ressemble à aucun autre. Si dans mon cœur, c'est "La Vie et rien d'autre" qui demeure mon Tavernier préféré, "Coup de torchon" est certainement celui que je trouve le plus brillant.

Les séquences d'ouverture et de fermeture du film qui se répondent le situent sur un plan métaphysique avec l'apparition d'un justicier vengeur (Philippe Noiret) près d'un groupe d'enfants souffrant de la faim et du froid. Une éclipse solaire souligne le caractère messianique du personnage. Pourtant à la fin il est devenu tellement nihiliste qu'il en arrive à menacer les enfants eux même après avoir repoussé sa seule chance de salut (l'amour de l'institutrice, seul personnage non corrompu du film). Il faut dire que Lucien (Lucifer?) Cordier est un piètre représentant de l'ordre, un policier d'une affligeante médiocrité, veule et laxiste, à l'image de sa communauté où ne règnent que les pulsions les plus viles, la bêtise la plus crasse. L'atmosphère est parfaitement résumée par les latrines qui se trouvent sous son balcon: ça pue en lui, chez lui et autour de lui. Entre sa femme (Stéphane Audran) qui le méprise et le cocufie sous son nez avec son prétendu frère (Eddy Mitchell), son supérieur macho et raciste (Guy Marchand) qui lui donne des coups de pied aux fesses, les proxénètes du coin (Jean-Pierre Marielle et Gérard Hernandez) qui en ont fait leur souffre-douleur, l'autorité qu'est censé représenter Cordier ne cesse d'être humiliée. C'est en s'autoproclamant le bras armé d'une autorité supérieure que Cordier se métamorphose de paillasson en tueur et manipulateur diabolique, réussissant à tous les coups à faire endosser ses crimes par d'autres que lui. Tout cela sur fond de colonialisme (l'histoire se déroule au Sénégal en 1938) et de marche à la guerre (avec une allusion aux accords de Munich). Et si le fond de l'affaire est éminemment tragique, son traitement est proche d'une bouffonnerie à la lisière du fantastique. L'idée la plus dingue de ce point de vue est de faire jouer à Jean-Pierre Marielle deux rôles, celui du maquereau victime de Cordier et plus tard celui de son frère jumeau qui fait figure de revenant. Mais n'est-ce pas finalement le reflet du dédoublement de Cordier lui-même, ce pauvre type inoffensif en apparence qui cache dans ses entrailles un dangereux assassin illuminé?

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Magic in the Moonlight

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2014)

Magic in the Moonlight

Comédie romantico-philosophique possédant un charme fou (je me souviens en être sortie avec un grand soleil dans la tête ^^), "Magic in the Moonlight" représente dans la filmographie de Woody Allen une parenthèse légère, fraiche et pétillante entre deux films beaucoup plus sombres "Blue Jasmine" et "L'Homme irrationnel". Il se situe dans l'univers de la magie et des sciences occultes, un thème souvent abordé par Woody Allen ("Alice", "Le Sortilège du scorpion de jade", "Scoop", "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" etc.). L'ouverture sur un spectacle d'illusionnisme est une mise en abyme du film lui-même (et du pouvoir du cinéma en général). Ne nous fait-il pas croire que nous sommes dans les années 20, au bord de la Riviera, dans une luxueuse villa en compagnie d'une compagnie distinguée? La musique jazzy, les costumes et les véhicules classieux années folles, la magnifique photographie de Darius Khondji magnifiant les paysages provençaux, tout concourt à nous immerger dans une atmosphère enchanteresse. Pourtant c'est du pur fake (et ce d'autant plus que les films européens de Woody Allen ont un caractère de carte postale exotique ne montrant que luxe, calme, volupté, images d'Epinal touristiques etc.) Démasquer les fake, c'est la spécialité de l'illusionniste britannique Stanley Crawford (Colin Firth, un magicien du regard qui est fait pour ce genre de rôle de vieil aigri sarcastique qui voit tout d'un coup le monde autour de lui se réenchanter) plus connu sous son pseudonyme de Wei Ling Soo (une caricature de chinois à la Fu Manchu avec longues moustaches, natte et boule à zéro). Un personnage dérivé du magicien Houdini qui avait effectivement traqué dans les années 20 les escrocs détroussant de riches clients en se faisant passer pour des spirites. Stanley a une personnalité cynique, arrogante et misanthrope qui le porte à dénigrer tout le monde et à ne croire à rien (ses répliques pleines d'ironie sont un régal pour le spectateur). Mais il va se faire piéger par son meilleur ami (ou plutôt ennemi) et une pseudo medium de 19 ans, Sophie Baker (Emma Stone, craquante comme tout) dont le charme va le mener par le bout du nez alors même que tout est fait pour que le spectateur voit les artifices grossiers qu'elle emploie pour tromper son monde. Lui aussi en fait les voit mais il est tellement grisé par les délicieux moments qu'il passe avec la jeune femme qu'il préfère vivre dans l'illusion pour en profiter le plus possible. Ainsi même si l'existence d'un monde invisible est une porte définitivement close pour Woody Allen et qu'il s'interroge sur son pouvoir de cinéaste, il célèbre les joies de l'alchimie amoureuse (ou son illusion, la fin est volontairement ambigüe ^^), c'est déjà ça.

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Jeanne et le garçon formidable

Publié le par Rosalie210

Olivier Ducastel et Jacques Martineau (1998)

Jeanne et le garçon formidable

"Jeanne et le garçon formidable" est un alliage réussi entre l'héritage de la comédie musicale de Jacques Demy et l'actualité de l'époque, plus précisément l'épopée activiste d'Act Up telle qu'elle est racontée dans "120 battements par minute" de Robin Campillo. Jacques Martineau et Olivier Ducastel militaient chez Act Up et le deuxième avait été également assistant-monteur sur le dernier film de Jacques Demy "Trois places pour le 26". Leur premier long-métrage lui rend donc hommage de plusieurs manières tout en donnant aux chansons un caractère engagé Act Up. Mathieu Demy, fils de Jacques Demy et d'Agnès Varda interprète le rôle principal. Afin qu'il n'endosse pas le rôle de son père (homosexuel et mort du sida ce qui était tenu secret à l'époque mais était connu des protagonistes du film devant et derrière la caméra), il devient hétérosexuel et toxicomane dans le film, celui-ci pour citer Libération "consistant à goupiller le patois d'un genre (homo) dans le dialecte d'un autre (hétéro)" avec dans le rôle de la butineuse polyamoureuse, Virginie Ledoyen. "Jeanne et le garçon formidable" est par ailleurs une comédie musicale, genre tombé en désuétude dont les codes sont extrêmement proches de celles de Jacques Demy. On retrouve les personnages qui se ratent, qui dansent à l'arrière-plan ainsi que le prosaïsme et la légèreté de façade ("S'il te plait, donne-moi une tranche/ Attends je vais te la, je vais te la beurrer/ Je te mets de la confiture/ Ou bien du miel si tu préfères/ Je crois que j'aime autant nature/Passe-moi le sucre, c'est trop amer." etc.) derrière lesquels se dissimule un contexte social grave. Celui des malades du sida mais également celui de l'exclusion des homosexuels de la juridiction touchant la vie de couple (la chanson de François à propos de la mort de son compagnon rappelle qu'avant l'adoption du PACS en 1999 les conjoints n'avaient aucun droit et se retrouvaient parfois dans des situations dramatiques) et enfin les difficultés pour les immigrés et leurs enfants à accéder à la nationalité française, allusion aux lois Pasqua (une des bêtes noires des réalisateurs avec Edith Cresson pour leur rôle contre-productif dans la gestion de l'épidémie de sida). "Jeanne et le garçon formidable" est donc paradoxalement un film engagé sur la peur de l'engagement, le seul garçon pour lequel Jeanne est prête à s'impliquer étant justement celui qui se dérobe avant de disparaître définitivement. C'est aussi un film sur le consumérisme. Outre la chanson interprétée par Valérie Bonneton et Denis Podalydès (tous les acteurs chantent eux-mêmes sauf Virginie Ledoyen qui est doublée par Elise Caron) célébrant les joies du confort domestique de l'American way of life dont on ne sait si c'est du premier ou du second degré, le personnage de Jeanne est une croqueuse d'hommes qui en change comme de chemise et est toujours pressée avec un emploi du temps de ministre puisqu'elle mène de front plusieurs relations à la fois. Le marivaudage amoureux est un thème qui colle à la peau du cinéma de la nouvelle vague, on pense parfois à Eric Rohmer et surtout à Jeanne Moreau et son "tourbillon de la vie" dans "Jules et Jim" de François Truffaut.

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Les Grands Ducs

Publié le par Rosalie210

Patrice Leconte (1995)

Les Grands Ducs

Trois comédiens vieillissants qui courent le cachet et cabotinent à mort déguisés en sapin de noël ça pourrait être parfaitement pathétique. Sauf que ces trois là sont joués par Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle et qu'ils y vont à 200% dans l'outrance et le ridicule. Car la différence est infime entre le ridicule et le panache et il faut en avoir pour relever le défi de donner de la noblesse à ce qu'il y a de pire dans le milieu. A savoir un vaudeville-pudding que son producteur véreux aux abois (Michel Blanc) cherche par tous les moyens à saboter pour toucher les assurances. Mais nos trois "rôles de complément" se démènent si bien pour faire vivre la pièce, allant jusqu'à intégrer à l'intrigue les péripéties qui se déroulent en coulisses qu'ils finissent par devenir "les trois as" se partageant l'affiche avec la vedette interprétée par une Catherine Jacob perchée mais tout aussi déterminée qu'eux à ne pas lâcher l'affaire, quitte à (beaucoup) payer de sa personne. Bref, à travers ce film qui évoque les arrières cuisines pas toujours ragoûtantes du métier d'acteur, notamment pour les plus modestes d'entre eux, Patrice Leconte rend un hommage appuyé au métier et à ceux qui le font vivre des stars jusqu'au plus petit rôle de figuration. Quant aux trois "as" qui n'avaient plus tourné ensemble dans un film depuis "Que la fête commence" de Bertrand Tavernier 20 ans auparavant, ils affichent une complicité à l'écran qui fait plaisir à voir et nous régalent, chacun dans un registre différent. Philippe Noiret joue le gros bébé gourmand et mort de trac, Jean Rochefort a la moustache qui frise en séducteur obsédé sexuel, enfin Jean-Pierre Marielle, grandiose, fait monter les enchères (et la mayonnaise) autour de sa prestation à coups d'explosions de colère imprévisibles. C'est cette générosité, ce plaisir du jeu, cet amour du public transpirant de chaque scène qui donne au film toute sa saveur et sa valeur en dépit de son apparence tellement grotesque et grand-guignolesque qu'elle en paraît rebutante de premier abord.

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L'Auberge espagnole

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (2002)

L'Auberge espagnole

Ingénieux film-mosaïque générationnel qui établit un parallèle entre la construction de l'Europe et celle du héros, Xavier (Romain Duris, le Antoine Doinel de Cédric Klapisch), fils à papa qui pour peaufiner son plan de carrière doit partir un an à Barcelone dans le cadre du programme Erasmus. La première partie du film nous montre d'une façon alerte et amusante son parcours du combattant pour parvenir à ses fins: le dédale kafkaïen des formalités administratives, le stress du départ, la galère pour trouver un logement. Il ne faut pas oublier que le film date du début des années 2000 où les déplacements intra-européens n'étaient pas aussi faciles qu'ils le sont aujourd'hui. Internet ne s'était pas encore répandu, le téléphone mobile n'en était qu'à ses balbutiements (l'essentiel des appels se faisait encore sur téléphone fixe chez soi ou en cabine), l'euro n'était pas encore entré en application (le film a été tourné juste avant sa mise en service). La deuxième partie montre son intégration progressive dans une petite communauté de jeunes symbolisant la diversité des nationalités, des langues, des cultures (y compris à l'intérieur des Etats-nations avec les clivages catalan/castillan et wallon/flamand) et des sexualités. Il multiplie les expériences: amicale avec Isabelle (Cécile de France, excellente), sexuelle avec Anne-Sophie (Judith Godrèche) alors qu'il rompt avec sa petite amie restée en France, Martine (Audrey Tautou). Ses colocataires ne sont pas plus au clair que lui dans leur vie personnelle, laquelle ressemble de plus en plus à un "joyeux bordel". Isabelle qui est lesbienne trompe sa copine avec sa prof de flamenco, Wendy (Kelly Reilly) fait de même avec un américain (Olivier Raynal), suscitant une scène hilarante au cours de laquelle son copain Alistair (Iddo Goldberg) vient lui rendre visite à l'improviste et trouve le frère de Wendy (Kevin Bishop) qui veut lui sauver la mise au lit avec ledit américain. L'avenir tout tracé de Xavier se déglingue sous l'influence de ce parfum de liberté et d'exubérance qu'il respire en compagnie de ses colocataires. Il en revient transformé et incapable de se conformer à ce que l'on attend de lui.

La mise en scène de Cédric Klapisch colle parfaitement au contenu léger, coloré et allègre du film avec une esthétique de film-collage qui fait penser aux pages d'un album photo. Les split-screen, les images-mosaïques et les incrustations sont légion. L'utilisation de la caméra numérique donne également parfois un cachet de vidéo amateur au film.

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Persuasion

Publié le par Rosalie210

Adrian Shergold (2007)

Persuasion

Il y a beaucoup de maladresses dans ce téléfilm produit et diffusé par la BBC en 2007 qui semble avoir été réalisé avec des bouts de ficelle. Des maladresses scénaristiques tout d'abord avec une histoire qui fait la part belle au couple principal en laissant trop dans l'ombre les intrigues secondaires au point qu'on a du mal à identifier de nombreux personnages. Ceux-ci sont à peine esquissés alors qu'un vrai travail de fond permet toujours de rehausser le niveau d'ensemble. En découle un ton mélancolique voire amer assez monocorde qui peine à maintenir l'intérêt. Ensuite, la mise en scène qui manque d'élégance abuse des gros plans. Le gros plan, ça peut être merveilleux quand il s'agit de traquer des émotions sur le visage d'un personnage, dévoiler des vérités intimes dans les échanges. Mais là, cela devient un procédé systématique, vide de sens et donc lassant. Sans parler de la qualité d'image qui laisse à désirer (elle est granuleuse et tremblotante). Et que dire de la fin, trop longue, où l'héroïne court à droite et à gauche avec une caméra à l'épaule qui ne sait pas trop ou se placer (un procédé qui revient plusieurs fois et dont le rendu est particulièrement laid et brouillon). L'interprétation n'est pas non plus très convaincante, voire pas du tout, celle de Sally Hawkins excepté. C'est le premier film où je l'ai vue jouer et j'ai tout de suite été touchée par sa fragilité et sa sensibilité. Hélas, son costume et sa coiffure ne la mettent pas en valeur. Il ressort donc du visionnage du film une impression de travail bâclé à tous les niveaux. C'est dommage car "Persuasion", le dernier roman de Jane Austen, moins connu que "Orgueil et Préjugés" et "Raison et Sentiments" et bien que de tonalité plus grave que ces deux derniers méritait une adaptation plus soignée qui permette de mieux le découvrir. Ainsi Anne, l'héroïne peut être considérée à certains égards comme une lointaine cousine du Bingley de "Orgueil et Préjugés". Elle manque en effet de caractère et de "fermeté" d'âme" et de ce fait, se laisse influencer par les autres (d'où le titre "Persuasion") ce qui compromet ses chances de bonheur.

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