Les amateurs des sixties adeptes du "who's who" ne peuvent qu'apprécier le film de Clive DONNER qui aligne les célébrités de l'époque comme les perles d'un collier: Romy SCHNEIDER, Ursula ANDRESS, Peter O TOOLE, Paula PRENTISS, Peter SELLERS, CAPUCINE et dans des petits rôles voire des cameos, Françoise HARDY, Daniel ÉMILFORK, Jacques BALUTIN, Richard BURTON etc. Tout ce beau monde s'agite en roue libre dans une intrigue vaudevillesque tournée dans une France "bourgeoise rive gauche", couronnée par une dernière séquence complètement folle au "Château Chantelle" qui est celle que je trouve la plus drôle. Le tout est emballé par le célèbre tube de Tom JONES qui porte le même titre (en VO) que celui du film "WHAT'S NEW PUSSYCAT ?" (1965). Une allusion paraît-il à une expression employée par Warren BEATTY qui devait à l'origine jouer dans le film mais qui s'est défilé quand il a compris qu'il s'agissait de tourner en dérision les obsédés sexuels ^^^^.
Mais le film ne se distingue pas seulement par son casting cinq étoiles, il a également son importance dans la filmographie de Woody ALLEN. En effet il s'agit de sa première apparition sur grand écran (ceux qui se demandent où et quand il a pu embrasser Romy SCHNEIDER ont ainsi la réponse ^^^) et de son premier scénario. Le producteur du film l'avait en effet repéré pendant l'un de ses spectacles de cabaret et lui avait proposé d'en écrire l'histoire. Le film porte donc sa signature avec le thème de la psychanalyse, Paris version artistes de la rive gauche, le motif de la chambre de plus en plus remplie de monde (un hommage évident à la scène de la cabine de "Une nuit à l'opéra" (1935) avec les Marx Brothers) ou encore une séquence au bord de la Seine qui préfigure celle avec Goldie HAWN dans "Tout le monde dit I love you" (1996).
A l'origine, "Ocean Waif" qui est divisé en cinq parties devait être un long métrage mais il n'est parvenu que partiellement jusqu'à nous. Il reste donc environ 40 minutes de film avec des images parfois très abîmées. L'équipe qui a restauré le film a remplacé les sections manquantes par des photos du tournage et des explications tirées de revues spécialisées de l'époque. De même, le film comprenait des scènes teintées qui ont été recrées à partir d'autres films semblables de la Solax qui ont servi de modèle. Ce gros travail de restauration permet aujourd'hui de visionner un film qui se tient.
"Ocean Waif" est un film de commande que Alice GUY a réalisé mais qu'elle n'a ni écrit, ni produit. Il s'agit d'un mélodrame stéréotypé avec une jeune fille martyrisée par un ogre et sauvée ensuite par un romancier (!) prince charmant (qui ne se salit pas les mains au passage, l'ogre est terrassé par l'idiot du village). Quelques passages humoristiques allègent l'ensemble comme le quiproquo autour de la maison où la jeune fille s'est réfugiée pour échapper à son tortionnaire et que le romancier et son valet croient hantée. L'intérêt du film ne réside pas dans son histoire mais dans de petits détails comme l'accoutrement de la jeune fille, Millie Jessop (Doris KENYON) qui outre une crinière de sauvageonne et des pieds nus, porte une salopette. Une image subliminale censée rappeler qu'en 1916, les femmes remplacent les hommes partis au front dans les usines d'armement? Cependant dès que Millie tombe amoureuse, elle redevient parfaitement féminine selon les critères les plus traditionnels. Beaucoup de chemin restait à parcourir avant que les femmes ne puissent complètement s'émanciper, y compris sur le plan vestimentaire. D'autre part on peut remarquer que Roberts, l'écrivain (Carlyle BLACKWELL) fréquente un milieu social très supérieur à celui de Millie et que si finalement il finit avec elle, c'est parce qu'il est accusé (à tort) du meurtre du beau-père de Millie (William MORRIS) et qu'il est aussitôt lâché par son entourage. La fiancée bourgeoise de Roberts lui écrit d'ailleurs qu'elle est sûre qu'il sera reconnu innocent mais que c'est le fait même d'être compromis dans une histoire de meurtre qui le rend persona non grata (elle en profite d'ailleurs pour se fiancer aussitôt avec un comte, on voit quelles sont ses priorités). Cette attitude préfigure celle d'Hollywood lâchant ses poulains dès que ceux-ci étaient éclaboussés par un scandale, qu'ils soient ou non reconnus innocents.
Je n'avais pas trop accroché au premier long-métrage de Thomas CAILLEY la première fois que je l'avais vu peu de temps après sa sortie. Le revoir m'a permis de le réévaluer. Il était sans doute un peu en avance sur son temps car en 2014 on ne parlait pas autant de fin du monde et de survivalisme. Encore que l'on puisse rapprocher "Les Combattants" d'un film comme "Take Shelter" (2011) qui est sorti dans la même période.
"Les Combattants" est assez difficile à cerner parce qu'il s'agit d'un film "gender fluid" au sens propre comme au sens figuré. Il joue avec de nombreux genres du cinéma en glissant de l'un à l'autre de manière imperceptible. Ce n'est pas par hasard que le poisson et l'élément aquatique (piscine, pluie, rivière, neige) occupent une place si importante dans le film. On a donc plusieurs films en un: une chronique sociale avec les frères menuisiers, une screwball comédie new look/âge, un film de bidasses, une robinsonnade et enfin un film catastrophe flirtant avec l'iconographie du récit post-apocalyptique. Et à ce mélange des genres cinématographiques correspond une inversion carabinée des stéréotypes assignés aux genres sexués. Arnaud (Kevin Azaïs) est un garçon très doux et féminin qui n'a pas encore quitté le nid familial et n'a pas d'idée claire de son avenir. Le voilà confronté à une fille rebelle et musclée aux yeux mitraillettes (Adèle HAENEL) et au caractère mal embouché qui veut faire un stage dans l'armée pour apprendre à survivre dans un monde qu'elle pense sur le point de s'effondrer. Une adepte de la collapsologie avant la lettre (ou du moins avant que celle-ci n'occupe le devant de la scène médiatique). Lui est fasciné par sa rage et sa détermination (c'est à dire tout ce qui lui manque). Elle pense qu'elle n'a besoin de personne mais une fois plongée dans le grand bain (tant social qu'environnemental) elle va se prendre veste sur veste. Entre eux cela fait des étincelles et leurs échanges, parfois très drôles sont tout à fait dans la lignée des screwball comédies de Howard HAWKS et George CUKOR (la scène du maquillage est un must). Mais il s'agit aussi d'un récit initiatique où chacun se révèle différent de ce qu'il paraissait. Arnaud l'altruiste s'adapte mieux aux attentes de l'armée que Madeleine l'individualiste. Mais comme il n'est là que pour elle, il la suit dans son rêve/cauchemar d'île déserte bientôt soumise à un véritable déchaînement apocalyptique. Et c'est lui qui l'aide à traverser toutes ces épreuves, elle qui finit par s'abandonner et reconnaître qu'elle ne peut pas tout affronter toute seule.
Alice GUY a réalisé 1000 films dans sa carrière qui s'étire de 1896 à 1920 environ. La majorité ont été perdus sans parler des difficultés d'identification (la plupart des films de cette époque n'étaient pas signés). Cependant, grâce aux efforts des archivistes et conservateurs, de plus en plus de films de la réalisatrice sont retrouvés (plus de 130 à ce jour alors qu'il y a dix ans il n'y en avait que 40).
"A Fool and His Money" est un court-métrage de Alice GUY qui n'a été retrouvé et restauré que récemment. Et tant mieux car en plus d'appartenir à la filmographie de la pionnière du cinéma c'est aussi un véritable morceau d'histoire. En effet il est considéré à ce jour comme le plus ancien film mettant en scène un casting 100% afro-américain, qui plus est pour une distribution nationale et non pour des cinémas réservés aux noirs. Pour mémoire les conventions (racistes) de l'époque faisaient que les métiers du cinéma étaient fermées aux non-blancs aux USA. Certes l'esclavage était aboli depuis la fin de la guerre de Sécession mais en 1912 la ségrégation régnait alors en maître dans les anciens Etats esclavagistes et aussi dans les têtes de la majorité des WASP (white anglo-saxons protestants). Ils avaient la phobie du métissage et ne supportaient pas l'idée du moindre contact avec les noirs. Lorsqu'il fallait faire intervenir un personnage de couleur dans les films (réalisés par des blancs), l'usage consistait donc à grimer des blancs en noirs. C'est justement parce que ses acteurs blancs refusaient d'apparaître à l'écran avec des noirs que Alice GUY eu recours à un casting 100% afro-américain. On peut d'ailleurs constater que le film reproduit tout de même les préjugés à l'endroit de la couleur de la peau que l'on trouve par exemple dans le célèbre roman antiesclavagiste de 1852 "La case de l'oncle Tom" de Harriet Beecher Stowe. En effet si ces œuvres mettent en scène un casting noir au sens où aux USA une seule goutte de sang noir fait de vous un noir, phobie du métissage oblige, le fait est que plus vous aviez la peau claire (autrement dit plus vous avez de sang blanc dans les veines) mieux vous vous en sortiez. Ainsi dans le film, Lindy qui est métisse appartient à une classe sociale supérieure à Sam qui a la peau beaucoup plus foncée. Dans "La case de l'oncle Tom", le noir foncé c'est Tom qui en dépit de sa noblesse d'âme est sacrifié et la métisse c'est Elisa qui est sauvée avec son mari et son fils. Ces conventions ne valent que pour les œuvres favorables aux "colored people". Car par exemple dans "Naissance d une Nation" (1915) de D.W. GRIFFITH, le méchant absolu c'est le métis Silas Lynch qui traduit la peur viscérale des blancs de se mélanger (par erreur…) à des noirs à la peau si claire qu'ils pourraient se faire passer pour blancs. Il suffit d'écouter les phrases récitées comme des mantras par les néo-nazis américains tirées d'une interprétation dévoyée d'un passage de la Bible ("Dieu a créé les races pour qu'elles ne se mélangent pas") pour comprendre où réside les racines du fléau raciste qui gangrène le pays depuis sa naissance.
Comme "Falling Leaves" (1912), "L'Américanisé" est un court-métrage emblématique de Alice GUY. Il traite avec humour à la fois des problèmes d'immigration et d'intégration combinés au féminisme, des sujets qui touchaient de près Alice GUY. La réalisatrice d'origine française avait en effet émigré aux USA où elle avait fondé son propre studio, la Solax (d'abord basé à Flushing puis à partir de 1912 à Fort Lee dans le New Jersey). Son film qui se présente comme éducatif montre un paysan rustre d'Europe de l'est qui traite sa femme comme une bête de somme. Il la rudoie, la bat et l'accable de travail pendant que lui se la coule douce. Une fois émigré aux USA, il persiste dans son comportement mais celui-ci est jugé inacceptable dans son nouveau milieu et il reçoit quatre leçons d'américanisme censées lui apprendre les manières civilisées de la part des citoyens puis des institutions américaines. Après six mois de travaux forcés, il a compris la leçon et devient doux comme un agneau. Le fait que son assimilation passe par une rééducation de sa relation avec l'autre sexe est un point de vue extrêmement moderne, je dirais même d'actualité car dans la réalité, même aux USA, les relations entre les hommes et les femmes ne sont pas toujours aussi idylliques. Et que dire de la France où une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint!
"Voyages avec ma tante" adapté d'un roman de Graham Greene est l'un des derniers films de George CUKOR. Au début, j'ai été déconcertée par l'étrange hybridité du film, classique hollywoodien assaisonné d'iconoclasme (comme si on avait réuni dans un même long-métrage "Le Crime de l'Orient-Express" (1974) et "Easy Rider" ^^) (1968), ainsi que son côté surjoué et puis au fil des minutes je l'ai trouvé de plus en plus épatant. Il s'agit en effet d'un film haut en couleurs à tous les sens du terme. Henry (Alec McCOWEN), tristounet vieux garçon anglais coincé et casanier assiste aux obsèques de sa mère (une façon de signifier qu'il est un peu mort lui aussi) quand déboule la sœur de celle-ci, Augusta (Maggie SMITH), une vieille femme extravagante (alors que Maggie SMITH était en réalité beaucoup plus jeune que Alec McCOWEN) qui l'entraîne dans un double voyage, dans l'espace à travers l'Europe et dans le temps avec des flashbacks sur ses aventures amoureuses bariolées de l'adolescence à l'âge adulte ^^^^. Le film est une merveille de beauté plastique, notamment dans l'utilisation de la couleur dans les décors et les costumes (la robe rose et les bougies assorties sont du plus bel effet, de même que le manteau patchwork à dominante rouge sur fond désertique ou les plans nocturnes de gondoles avec un horizon barré par le passage des trains). Cette manière de faire flamboyer les couleurs est à l'image de l'héroïne qui en dépit de son âge et de son apparence chic et glamour se comporte d'une façon que l'on pourrait qualifier de libertaire ce qui correspond à l'époque post-soixante-huitarde. Le panorama de ses amants successifs reflète bien d'ailleurs le changement d'époque puisqu'elle commence sa vie sexuelle et amoureuse avec Visconti (Robert STEPHENS qui était alors encore le mari de Maggie SMITH) après s'être enfuie du pensionnat et qu'elle la termine avec Wordsworth (Louis GOSSETT Jr.), médium sierraléonais consommateur de marijuana (qu'il camoufle d'ailleurs dans l'urne qui contenait les cendres de la mère de Henry ce qui choque celui-ci). Avec des passages obligés par le bois de Boulogne, les lupanars vénitiens et les ateliers d'artistes (elle a posé pour Modigliani et c'est d'ailleurs un travelling sur ce nu féminin semblable à un paysage qui sert de générique au film comme celui que fera une quinzaine d'années plus tard Agnès VARDA sur Jane BIRKIN). Augusta se livre également à divers trafics censés lui permettre de réunir la somme pour libérer Visconti qu'elle croit prisonnier et en proie aux pires tortures. Henry finit par se décoincer au contact de Tooley, une jeune femme enceinte en voyage pour Katmandou (Cindy WILLIAMS) et s'il s'offusque des manières de sa tante, il ne tarde pas à la percer à jour et à faire la différence entre elle qui cherche (en mode bulldozer certes) à lui "redonner la vie" et Visconti qui est juste un escroc minable. La fin laisse habilement planer le doute sur la route qu'ils emprunteront une fois le film terminé: celle de la raison ou celle du grain de folie?
On ne soulignera jamais assez l'importance de retrouver, restaurer, conserver et transmettre les courts-métrages muets d'avant 1914 tant ceux-ci ont servi de matrice aux longs métrages muets et parlants de l'entre-deux-guerres. C'est encore le cas avec ce "Matrimony's Speed Limit", le dernier film Solax d'une bobine de Alice GUY qui soit parvenu jusqu'à nous à ce jour. Il a en effet servi de base scénaristique à Buster KEATON pour son film "Les Fiancées en folie" (1925). Bien entendu, il est impossible en 15 minutes de développer l'intrigue comme dans un long-métrage mais le tempo de ce "mariage express" est extrêmement bien mené avec un montage dynamique alternant la chevauchée fantastique en voiture de la fiancée pour rejoindre son soupirant à temps, les efforts de ce dernier pour se marier avant midi et des inserts sur une montre révélant que le temps presse de plus en plus (par exemple "Le Train sifflera trois fois" (1952) utilisera le même procédé avec une horloge). Un télégramme envoyé au fiancé (Fraunie Fraunholz) lui annonce en effet que s'il ne se marie pas avant midi, il ne touchera pas l'héritage. Mais ce qu'il ne sait pas c'est qu'il s'agit d'une ruse de sa fiancée (Marian Swayne) pour lui faire accepter son argent. Il vient en effet d'apprendre qu'il est ruiné et comme il a le schéma patriarcal bien vissé dans le crâne, il ne supporte pas l'idée que ce soit elle qui finance leur mariage. Mais les femmes savaient comment s'y prendre pour mener la barque sans froisser l'orgueil de leur futur mari ^^^^. Néanmoins il est assez pathétique de voir celui-ci prêt à se jeter sur n'importe qui pour toucher le pactole. Enfin presque n'importe qui, il se fiche visiblement de l'âge ou de la condition sociale mais quand c'est une femme noire, il recule, et pour cause on est à l'époque d'un racisme virulent, très bien résumé dans "Naissance d une Nation" (1915) qui fait du métissage un tabou absolu.
"Crimes et délits" est l'un des meilleurs films de Woody ALLEN. Tout d'abord parce qu'il réussit à maintenir un équilibre parfait entre la comédie et la tragédie tout en réussissant à les faire se rejoindre dans la scène finale. La comédie, incarnée par Cliff (Woody ALLEN) se teinte alors d'une poignante amertume et la tragédie, incarnée par Judah (Martin LANDAU) disparaît au profit de la mascarade grinçante (celle des rapports conjugaux, familiaux et sociaux) qui était annoncée dès la première scène.
Ensuite "Crimes et délits" est le premier film de la veine dostoïevskienne du réalisateur, celle du crime sans châtiment que l'on retrouve aussi dans "Match point" (2005) et "Le Rêve de Cassandre" (2007). En effet les personnages sont tous confrontés à un moment ou à un autre à la nécessité de faire un choix entre leurs principes moraux (d'origine religieuse, plusieurs scènes évoquent la religion et la culture juive dans lequel ont grandi les personnages tout comme Woody ALLEN) ou le renoncement à ceux-ci. Ironiquement, les personnages intègres connaissent une destinée malheureuse (le rabbin adepte de la transparence et du pardon perd la vue, Cliff accumule les déboires sentimentaux et professionnels) alors que ceux qui ne le sont pas réussissent. Judah qui a commandité le meurtre de Dolorès (Anjelica HUSTON) et dont le frère Jack est un gros bonnet de la pègre est un notable à l'apparence respectable considéré comme un bienfaiteur de l'humanité, Lester (Alan ALDA) qui est un producteur imbu de lui-même séduit Halley Reed (Mia FARROW) qui fait passer sa carrière avant tout le reste et donc la richesse et la célébrité avant les sentiments et la sincérité etc.
On comprend que face à tant d'injustice le philosophe Louis Levy qu'idolâtre Cliff finisse par se suicider, brouillant encore un peu plus les repères de ce monde sans dieu (sans père?) qu'est l'univers de Woody ALLEN. Chacun est donc placé face à ses responsabilités: " Nous nous définissons par les choix que nous faisons ; nous sommes la somme de nos choix". Les idéalistes seront peut-être vertueux mais leur manque de réalisme et de sens pratique les entravera dans leur vie. A l'inverse les pragmatiques sauront se frayer un chemin dans la jungle mais y laisseront une part peut-être essentielle d'eux-mêmes au vestiaire.
"Drôle de missionnaire" est une comédie satirique écrite, produite et interprétée par Michael PALIN au début des années 80. A cette époque faste, il alternait en effet des projets en solo, les films mettant en scène la troupe des Monty Python ("La Vie de Brian" (1979), "Monty Python : Le Sens de la vie") (1982) et ceux réalisés par Terry GILLIAM qui entamait sa carrière de cinéaste avec le succès que l'on sait ("Bandits, bandits" (1981), "Brazil") (1985).
"Drôle de missionnaire" a été relativement oublié au milieu de tous ces films passés à la postérité, sans doute parce qu'il a du mal à trancher entre la farce burlesque et l'intrigue romanesque si bien que l'on reste sur sa faim dans les deux registres. Pourtant son argument ne manque pas de sel puisqu'il s'agit d'un prêtre qui donne son corps en toute bonne foi non à la science mais aux bonnes œuvres, lesquelles consistent à ramener les prostituées sur le droit chemin. Celles-ci n'acceptent en effet de jouer le jeu qu'à condition de communier physiquement avec lui. De même, pour débloquer les fonds nécessaires à l'accomplissement de sa mission, il doit payer de sa personne. Bien entendu en dépit de son succès l'Eglise finit par s'offusquer de ses méthodes bien peu orthodoxes, dévoilant ainsi l'étendue de son hypocrisie. Michael PALIN égratigne au passage comme chez les Python de nombreuses tares de la société britannique: le colonialisme, le puritanisme, le paternalisme, la cupidité. Mais il le fait avec une tendresse liée au caractère lunaire de son personnage et à la personnalité humaniste du réalisateur, Richard LONCRAINE. La comédie légère en apparence est franchement subversive: le missionnaire conquérant des âmes se retrouve dans la position inverse d'un objet du désir féminin, lequel s'incarne notamment au travers de Lady Isabel Ames (Maggie SMITH), beau personnage en quête d'émancipation. C'était sans doute un présage, une des scènes du film a été tournée à Highclere Castle, devenu célèbre par la suite avec la série "Downton Abbey" (2010) dans laquelle joue justement Maggie SMITH.
En raison des accusations d'agression sexuelle dont a fait l'objet Woody Allen, "Un jour de pluie à New-York" qui a été tourné en 2017 a mis deux ans à sortir en France. Aux USA où on ne pardonne aucun faux-pas dans le milieu du cinéma depuis l'affaire Arbuckle, (que les accusations soient fondées ou non d'ailleurs), plus aucun film de Woody Allen ne devrait pouvoir être visible dans les salles. Cela ne semble d'ailleurs pas le décourager car contrairement aux prévisions des médias "Un jour de pluie à New-York" n'est déjà plus le dernier film de sa prolifique carrière. Il a tourné en effet un nouveau long-métrage en Espagne, ce qui démontre si besoin était que l'Europe s'est toujours montrée plus accueillante que son pays d'origine.
"Un jour de pluie à New-York" est une comédie charmante et légère, typiquement allénienne mettant en scène les étoiles montantes du moment qui considéraient alors encore que tourner avec Woody Allen était un tremplin pour leur carrière. Leurs rôles sont d'ailleurs en décalage avec leur jeune âge tout comme l'atmosphère rétro tant par les références littéraires ("Gatsby le magnifique" en tête) que par la musique jazzy. Timothée Chalamet a pris un abonnement pour les rôles de fils de bonne famille tendance intello-bobo (il faut dire qu'il a la tête de l'emploi) alors que Elle Fanning joue avec conviction les apprentis journalistes surexcitée par ses aventures dans le monde fermé du cinéma où elle rencontre successivement un réalisateur dépressif (Liev Schreiber), un scénariste cocu (Jude Law) et un acteur dragueur (Diego Luna). Le caractère vaudevillesque du film n'occulte pas le fait qu'il s'agit un peu comme dans "Minuit à Paris" de confronter un couple mal assorti aux "jeux de l'amour et du hasard" dans un dédale urbain afin que chacun, séparé de l'autre puisse y trouver sa vérité. Manhattan est comme toujours superbement filmé et l'intrigue, rythmée et pleine de rebondissements se suit avec beaucoup de plaisir.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)