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Articles avec #comedie dramatique tag

La Condition

Publié le par Rosalie210

Jérôme Bonnell (2025)

La Condition

"La Condition" fait partie de ces films qui sous couvert de reconstitution historique s'inscrit dans les interrogations de notre époque. Néanmoins il ne faut pas croire que la question de l'oppression des femmes et la double oppression des femmes pauvres n'a pas été questionnée dans les romans, pièces de théâtre et nouvelles du passé. Par exemple dans le "Mariage de Figaro", c'est bel et bien déjà une sororité "transclasse" qui venait à bout de la tyrannie du comte. Sauf qu'il s'agit d'une oeuvre de la fin du XVIII° siècle, époque où les femmes avaient encore des marges de manoeuvre (comme le montre aussi, même pour le pire "Les liaisons dangereuses" qui fait de Merteuil l'égale d'un Valmont). Avec le code Napoléon de 1804, les femmes perdent le peu de liberté qu'elles possédaient et passent sous le contrôle des "chefs de famille" dotés de pouvoirs absolus par le droit mais aussi par la religion catholique (ce que le film montre très bien dans la séquence de la confession). Un siècle plus tard, rien ne semble avoir vraiment changé par rapport à ce que racontent à longueur de romans les Zola, Hugo, Flaubert et Maupassant: des femmes mariées soumises et frigides, des bonnes engrossées par les soins du patron ou de ses fils, obligées de se faire avorter ou d'avoir recours en désespoir de cause à l'infanticide, des filles-mère mises au ban de la société, réduites à la prostitution etc.

Le film de Jerome BONNELL qui est l'adaptation d'un roman de Léonor de Récondo "Amours" publié en 2015 est donc un huis-clos étouffant à l'intérieur d'une maison bourgeoise. Un seul homme y règne en maître: André (Swann ARLAUD) qui est -ce qui ne surprend guère- un notaire. En apparence, tout s'y déroule selon la loi du patriarcat: il harcèle sa femme (frigide et corsetée comme il se doit) jusqu'à ce qu'elle se résigne à accomplir son devoir conjugal, il trousse la bonne qui en a vu d'autres et se laisse faire sans un mot, il tient sa mère alitée sous sa coupe. Mais en fait le film démontre d'où vient cette obsession des hommes à contrôler le corps des femmes: il vient justement du fait que ce ne sont pas eux qui détiennent les principales clés de la procréation. Le personnage de la mère (Emmanuelle DEVOS), rendue muette et quasi-impotente par deux AVC en témoigne: aussi diminuée soit-elle, elle semble en réalité omnipotente et tient son fils en échec sur ses origines véritables. De même, il ne parvient pas à créer d'intimité avec sa femme qui se refuse à lui et encore moins avec sa bonne qui s'enferme dans son silence. Ses accès de violence sont en réalité des signes d'impuissance. La scène où il cherche querelle à sa femme sur ses anciennes amours est l'expression typique d'une jalousie venue de l'impossibilité de contrôler totalement l'autre. C'est qu'une révolution silencieuse se trame dans son dos. L'intimité, elle finit bien par advenir mais entre la maîtresse de maison (Louise CHEVILLOTTE) et la bonne (Galatea BELLUGI) autour de l'enfant que cette dernière a eu de son patron. Irréaliste? Victoire lit "Madame Bovary" et fait un choix semblable à celui de "L'Enfant" de Guy de Maupassant. Seul le rapprochement entre maitresse et servante semble à première vue anachronique mais pouvait-on exprimer sentiments et désirs de cet ordre au XIX° siècle ou au début du XX° siècle? Le film d'ailleurs suggère et ne montre rien, il se construit dans le secret et dans le silence, tout en clair-obscur (la photographie est magnifique) et c'est ce qui fait sa force.

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Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

Publié le par Rosalie210

John McTiernan (1999)

Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

D'ordinaire, l'original est meilleur que la copie. Mais dans le cas de Thomas Crown, c'est l'inverse. La copie est meilleure que l'original. Le film de Norman JEWISON a beau être culte, il est dévoré par les tics et les clichés. Celui de John McTIERNAN s'amuse avec le film d'origine tout en le dépoussiérant. Les hommages sont multiples allant de la reprise de la chanson-titre "Les moulins de mon coeur" composée par Michel LEGRAND à l'apparition de Faye DUNAWAY dans le rôle de la psychanalyste de Thomas Crown. Même Pierce BROSNAN dans le rôle-titre est un hommage car le premier choix pour incarner le personnage en 1968 était Sean CONNERY, Thomas Crown ayant plusieurs points communs avec James Bond (l'élégance, le raffinement, le goût de l'aventure). Enfin le film conserve son caractère de polar ludique hérité de Alfred HITCHCOCK et l'accent mis sur le marché de l'art et en particulier celui des tableaux de maître renforce le lien avec "La Mort aux trousses" (1959) (pour rappel Eva Marie SAINT était la première star pressentie pour jouer Vicki). Mais John McTIERNAN qui est assez prodigieux dans les mises en scène d'escape game nous propose une nouvelle partie à l'intérieur d'un musée qui préfigure le revival de "Lupin : dans l'ombre d'Arsene" (2020) avant de se manifester dans le monde réel avec le tout récent casse du Louvre. John Mc Clane n'étant pas assez classe pour de tels lieux, il est remplacé par le célèbre milliardaire blasé en quête de sensations fortes. Plus que le jeu de séduction avec Rene RUSSO qui n'apporte pas grand-chose de plus à l'original, c'est la virtuosité du spectacle d'illusionnisme offert par les toiles de maître qui donne au réalisateur ses plus brillantes idées de mise en scène. La séquence des chapeaux melon est tellement virtuose et jubilatoire qu'elle est devenue culte à son tour et ajoute une pierre à l'édifice bien garni des oeuvres de René Magritte qui ont inspiré le cinéma. Par-delà ce jeu d'illusionnisme, le "fils de l'homme" devient une métaphore de Thomas Crown lui-même qui en possède une copie même si la scène de démultiplication fait également penser à "Golconde". Ces tableaux dressent le portrait d'un homme sans identité qui se nourrit du désir des autres comme le montre le vol du tableau de Monet "Saint-George-Majeur au crépuscule". Ce n'est pas parce qu'il lui plaît qu'il le vole mais à cause de la valeur pécuniaire que les autres lui accordent, supérieure à celle de toutes les autres oeuvres du musée. Il en va de même avec le Manet qu'il vole juste parce qu'il plaît à la femme dont il est amoureux. A travers ces tableaux, c'est aussi à une mise en abyme que nous invite John McTIERNAN puisque le jeu entre original et copie est tel qu'il déborde même du film, toutes les oeuvres représentées possédant des doubles, des homonymes ou des variantes dans la réalité ce qui est renforcé par des dialogues qui entretiennent volontairement la confusion sur leurs titres et leurs auteurs. Quant aux versions que l'on voit dans le film, ce sont toutes des copies conservées dans un musée imaginaire créé spécialement pour le tournage* d'un film qui par son caractère réflexif rappelle qu'il est lui-même la déclinaison d'une oeuvre originale.

* A ce propos, je recommande l'article de Jean-Philippe Trias, "Le musée imaginaire de Thomas Crown" dans l'ouvrage collectif Muséoscopie, fictions du musée au cinéma édité aux Presses universitaires de Nanterre en 2022. Un chapitre est également consacré à Alfred HITCHCOCK.

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Jay Kelly

Publié le par Rosalie210

Noah Baumbach (2025)

Jay Kelly

Heureusement que Noah BAUMBACH est là pour relever le niveau des longs-métrages produits et diffusés par Netflix. Parce que de ce côté-là, le bilan est plutôt maigre. On arguera que la place du cinéma est en salles. Je suis bien évidemment d'accord mais sans Netflix, Alfonso CUARON n'aurait pas pu réaliser "Roma" (2018) à cause notamment de l'usage de la langue espagnole. On a assez vu dans l'histoire du cinéma des longs-métrages se faire avorter ou massacrer pour se réjouir quand une nouvelle voie s'ouvre leur permettant d'exister sans se faire dénaturer et d'être diffusés à grande échelle. L'idéal serait évidemment que Netflix trouve son compte dans l'exploitation en salles de ses longs-métrages ce qui lui offrirait sans doute en retour plus d'opportunités.

Ce préalable étant posé, j'ai trouvé "Jay Kelly" excellent. Plus ambitieux narrativement et géographiquement que les films auxquels Noah BAUMBACH nous a habitués. Alors certes, on dira qu'une fois de plus le monde du cinéma se regarde le nombril mais le film séduit par ses pas de côté. Comme dans la série "Dix pour Cent" (2014), l'agent de la star est aussi important dans l'intrigue que la star elle-même. Alors que le film dépeint la déroute d'une vedette vieillissante qui achève de faire le vide autour de lui par son comportement égocentrique et inadapté, Ron apparaît comme le dernier des fidèles. Pourtant sa position, très ambigüe est rappelée à de maintes reprises: il n'est ni un parent, ni un ami mais un employé qui empoche 15% (et non 10% comme en France) des gains de la star. Ce mélange entre l'argent et les sentiments, le travail et l'intime, Ron le paye au prix fort en étant vampirisé par la star pour laquelle il doit se rendre totalement disponible au détriment de sa propre famille. Et ce sans pour autant être autorisé à franchir le cercle de ses intimes puisqu'il est payé pour ça. C'est la leçon que lui rappelle crûment le personnage joué par Laura DERN, ancien crush de Ron mais qui a préféré y renoncer pour se préserver. Autre surprise, le choix de faire jouer Ron par un Adam SANDLER parfait dans un contre-emploi (il l'était déjà, parfait dans le rôle déjà décalé de "Punch-Drunk Love : Ivre d'amour" (2002) de Paul Thomas ANDERSON, film dans lequel je l'ai découvert). De même, dans le rôle principal, celui de Jay Kelley, George CLOONEY surprend dans un registre bien plus mélancolique que d'habitude. A travers des flashbacks parfaitement dosés, on mesure l'étendue du désastre de la vie intérieure de cet homme qui coche toutes les cases de la réussite selon l'idéologie de l'American way of life mais ne peut rien faire seul, ni garder quiconque auprès de lui. Là-dessus, le film s'avère brillant dans sa mise en scène en commençant par nous faire croire à l'existence de relations familiales et amicales autour de lui (comme il le croit d'abord lui-même) avant de dissiper l'illusion avec une certaine cruauté. Au-delà de l'image dans laquelle il s'est enfermé, Jay Kelly n'est qu'un ensemble vide. Le rapport de Jay Kelly au réel est le fond du problème et se manifeste soit par des scènes morbides (Jay Kelly confronté au décès de son mentor et à la perspective de sa propre fin), soit au contraire par un humour déjanté qui culmine lors d'une très longue séquence complètement surréaliste à bord d'un train de la SNCF en partance pour l'Italie dans laquelle Jay Kelly tente de se mêler à la plèbe pour retrouver sa fille (sans se soucier en enfant capricieux qu'il est des soucis qu'il donne à son équipe). N'ayant jamais pris cette ligne (qui ressemble à un TGV à l'extérieur mais à un intercité à l'intérieur), je ne sais si la vision donnée du train est réaliste mais la séquence "panne de climatisation", ça m'est arrivé pas plus tard que cet été!

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Nouvelle chance

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2006)

Nouvelle chance

Déception pour ma part avec ce dernier volet de la trilogie d'Augustin. Le début était pourtant prometteur avec Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC racontant l'histoire de la princesse Kaguya déguisé en Gheisha: de quoi être d'emblée plongée dans le bain asiatique d'autant que la femme et les enfants que l'on voit à l'écran sont les vrais membres de la famille de l'acteur. On pardonne donc le manque de cohérence avec le précédent film, "Augustin, roi du kung-fu" (1998) où il finissait expatrié en Chine et marié à une chinoise. Et ce d'autant que dans la salle, se trouve une spectatrice de choix: Danielle DARRIEUX alias Odette Saint-Gilles, une ancienne vedette de l'opérette. Enthousiasmée par la performance d'Augustin, elle lui propose d'adapter une pièce de théâtre qu'elle adore, "Les Salons" élaboré à partir de la correspondance entre deux femmes d'esprit, Mme Du Deffand et Julie de Lespinasse. On pense alors qu'on va être téléporté dans un univers à la "Mademoiselle de Joncquieres" (2017) ou dans celui de "Les Liaisons dangereuses" (1988). Au lieu de quoi, on se retrouve dans la piscine du Ritz où travaille Augustin qui y recrute une actrice de télévision, Bettina puis un ami comédien joué par Christophe VANDEVELDE finalement jugé trop poilu (!) pour le rôle de l'amant de Julie qui échoit à l'employé de la maison de retraite où vit Odette, un éphèbe blond aux dents longues joué par Andy GILLET. Si l'idée de faire jouer Julie par Arielle DOMBASLE ne manque pas de sel tant l'actrice rohmérienne s'amuse d'elle-même et de son image de "sirène bimbo" dans cet univers décalé où elle déclame une belle phrase pleine de sens "un sort qui me délivrerait de moi-même", le courant ne passe pas vraiment avec Danielle DARRIEUX si bien que chacune joue sa partition dans son coin. Plus généralement, en dehors du fait que jalousies, ambitions et rivalités minent la troupe, les éléments éparts ont bien du mal à former un tout harmonieux et face à ces deux actrices qui prennent beaucoup de place, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC ne parvient pas à faire exister son personnage qui apparaît brusquement privé de tout son caractère. Soit l'exact opposé de son formidable duo avec Darry COWL dans "Augustin, roi du kung-fu" (1998). Quant à la pièce, on en reste aux répétitions dans une chambre d'hôtel ou un jardin, c'est dire si c'est passionnant! Pourtant, c'est l'occasion d'admirer combien à 88 ans, Danielle DARRIEUX était encore en pleine possession de tous ses moyens, chantant même encore devant la caméra.

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Augustin

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1995)

Augustin

Le principal intérêt de ce film très court (1h) réside dans le personnage d'Augustin, joué par le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui fait sa première apparition à l'écran. Pour le reste, la réalisation fait très cheap et très amateur. On a affaire à un collage plutôt décousu de scénettes proche du film à sketches: Augustin à son bureau, Augustin et la directrice de casting, Augustin garçon d'hôtel, Augustin et la femme de chambre (déjà chinoise!), Augustin tourne un bout d'essai avec Thierry LHERMITTE dans son propre rôle, Augustin passe la soirée avec un pote amateur d'autographes de vedettes de music-hall etc. Les acteurs semblent improviser ce qui n'est pas pour rien dans l'impression d'amateurisme que dégage le film. L'idée qui se cache derrière ce dispositif est de mettre les interlocuteurs d'Augustin mal à l'aise face à ce personnage sans filtre et parfois sans limites, c'est pourquoi Anne FONTAINE étire les scènes jusqu'à ce que cela devienne gênant (ou franchement ennuyeux). Pour tenter d'aérer le film, Anne FONTAINE fait circuler à vélo son personnage dans les rues de Paris (une référence à "Mon oncle" (1957)?) sur des airs traditionnels portugais (en référence à l'origine d'Augustin) ce qui est plutôt sympa et termine sur une scène à la campagne totalement ratée.
En bref, on sent le potentiel du personnage, notamment les caractéristiques de "l'autiste savant". On est pas encore dans l'apprentissage instantané des langues mais l'obsession pour les chiffres et la mémorisation des détails est éloquente "Je suis employé depuis 10 ans au crédit central d'île de France. Je travaille au service du contentieux. Je suis le numéro quatre du comité d'imputation qui traite les dossiers d'impayés. Nous enregistrons chaque année 800 cas de faillite, 6200 décès et 20 mille divorces. Grâce au mi-temps, je ne travaille que 3h38 par jour et je gagne 4500 francs par mois, primes comprises, sans compter le treizième mois (...) Il est 11h38. J'ai terminé ma journée." Reste à construire à côté du phrasé et du comportement décalé un corps burlesque et une vraie intrigue, ce sera "Augustin, roi du kung-fu" (1998).

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Augustin, roi du kung-fu

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1999)

Augustin, roi du kung-fu

Quelle découverte ce film! Un vrai cadeau-surprise étant donné que j'étais loin de me douter du contenu. Or dans ce contenu, il y a tout ce que j'aime:

- Un personnage burlesque qualifié de "pierrot lunaire" ou de "doux rêveur" mais qui a surtout de nombreux traits neuro-atypiques le rapprochant de l'autisme: ignorance totale des codes sociaux, phobie du contact, hyper-sensibilité, phrasé particulier, raideur corporelle et relative inexpressivité du visage, intérêts spécifiques, haut potentiel intellectuel à la "Rain Man" (1988) (son apprentissage express de la langue chinoise).

- Un attrait affirmé pour l'Asie qui fait penser à d'autres oeuvres évoquant implicitement ou explicitement l'autisme telles que "Astrid et Raphaelle" (2018) avec le Japon ou "Le Theoreme de Marguerite" (2022) qui se déroule tout comme "Augustin, roi du kung-fu" en grande partie dans le quartier chinois de Paris. J'ai aussi pensé spontanément à "Cherchez Hortense" (2011) de Pascal BONITZER si bien que je n'ai pas du tout été surprise de le voir débouler dans le rôle d'un metteur en scène, de même que Bernard CAMPAN en prof de chinois m'a fait penser à Jean-Pierre BACRI qui est également prof de civilisation chinoise dans le film de Pascal BONITZER. Cet attrait des neuro-atypiques pour l'Asie s'explique au moins en partie par la codification plus claire (et donc plus explicite et plus rassurante) du fonctionnement de ces sociétés ainsi que leur retenue (pour ne pas dire leur introversion), notamment émotionnelle (pas d'épanchements gênants, pas de familiarité déplacée, pas de contacts physiques perçus comme intrusifs etc.)

- J'ai failli le mettre dans le paragraphe précédent mais je me suis retenue (^^) pour celui-ci: un neuro-atypique se sent comme un poisson dans l'eau dans l'univers de "In the Mood for Love" (2000). Alors même si ce film est antérieur au chef d'oeuvre de WONG Kar-Wai, il n'est guère surpris de voir son égérie, Maggie CHEUNG surgir dans le rôle d'une acupunctrice fraîchement immigrée et donc tout aussi déphasée que Augustin qui semble tombé de la lune.On ne le dira jamais assez, Maggie CHEUNG est tout simplement merveilleuse avec son regard profond et son sourire chaleureux et mélancolique à la fois.

- Autre acteur qui accomplit une performance inoubliable dans ce film: Darry COWL. Son personnage n'est autre que le prolongement de celui que Jacques DUFILHO incarnait dans "Un mauvais fils" (1980) de Claude SAUTET sauf qu'au lieu de prendre Patrick DEWAERE sous son aile, c'est le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui devient son protégé. On a cette même impression de radar intérieur qui lui fait détecter un "frère" en la personne de cet être si décalé et l'empathie qui se dégage de son visage lorsqu'il le regarde reste en mémoire. Le choix de cet acteur est aussi peut-être un clin d'oeil au rôle qu'il interprétait dans "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) de Philippe de BROCA.

Enfin, last but not least, l'apparition brève mais elle aussi marquante de Paulette DUBOST, la Lisette de "La Regle du jeu" (1939) dans l'un de ses derniers rôles.

Comme "Augustin, roi du Kung-fu" est le second volet d'une trilogie, ne me reste plus qu'à découvrir les autres!

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La Kermesse héroïque

Publié le par Rosalie210

Jacques Feyder (1935)

La Kermesse héroïque

Vu il y a très longtemps, j'avais le souvenir d'un film délicieux et c'est effectivement toujours un délice que ce film alliant allégresse, vivacité et somptueuse reconstitution d'une bourgade flamande (située aujourd'hui au nord de la Belgique) du début du XVII° siècle sous domination espagnole. Les décors et les costumes s'inspirent de l'âge d'or de la peinture flamande (Van Eyck, Memling, Brueghel père et fils, Rembrandt, Rubens) et sont habités par une galerie de personnages truculents dominés par l'abattage de Francoise ROSAY, impériale dans le rôle de la femme du bourgmestre ainsi que par l'inénarrable chapelain joué par Louis JOUVET. Le film raconte comment, profitant de la couardise de leurs hommes partis se planquer à l'approche de l'ambassadeur espagnol et de son escorte, leurs femmes vont s'offrir du bon temps en compagnie d'un occupant qui va s'avérer autrement plus charmant (et ouvert d'esprit comme le montre une scène qui fait allusion à l'homosexualité) que leurs ventripotents et encombrants maris. Dès les premières images, le film montre que c'est elles qui charbonnent alors que leurs conjoints se comportent en grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le boeuf. Par conséquent, leur débandade à l'arrivée du prétendu ennemi leur fait pousser une paire de cornes sur la tête qui paraît amplement méritée tant on voit peu la différence quand ils ne sont plus là. Bref comme dans nombre de films de John FORD, Jacques FEYDER célèbre le courage et la puissance des femmes capables de désamorcer conflits et violence (fantasmée dans la tête du bourgmestre en une scène saisissante de viols et de pillage) en les convertissant en une nuit de festivités: les compositions sont si soignées, telles des tableaux vivants qu'on se régale autant de ce qui se passe au premier plan qu'en fond d'écran.

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On ira

Publié le par Rosalie210

Enya Baroux (2025)

On ira

Bonne pioche avec ce film que j'ai pourtant choisi par défaut. Je voulais voir comment Enya BAROUX allait traiter un sujet déjà abordé par Stephane BRIZE dans "Quelques heures de printemps" (2011) avec dans le rôle de la candidate au suicide assisté en Suisse la même actrice, Helene VINCENT. Et bien, elle fait mieux que lui qui était tombé dans le piège d'une atmosphère grisâtre et morose et avait sombré dans le didactisme et le convenu hormis dans le dénouement. Rien de tel dans "On ira" qui célèbre le mouvement et la fantaisie pour vivifier une atmosphère plombante. Comme son titre l'indique, "On ira" est un road-movie et a été justement comparé à "Little Miss Sunshine" (2005). Le but du voyage n'est pas le même et le personnage fédérateur est octogénaire au lieu d'être une fillette mais on ressent un peu la même atmosphère décalée avec des personnages hauts en couleur voyageant en camping-car. Autour de Marie, le personnage de Helene VINCENT gravitent en effet son fils quadragénaire mais totalement immature (David ALAYA) sa petite-fille adolescente au caractère bien trempé (jouée par une vraie découverte, Juliette GASQUET) et Rudy un auxiliaire de vie paumé interprété par Pierre LOTTIN qui squatte chez ses clients et ne semble avoir pour seule famille qu'un rat prénommé Lennon. Néanmoins, il est le seul à savoir le secret de Marie qui n'arrive pas à le dire à sa famille et invente un prétexte bidon pour les faire venir avec elle en Suisse. La difficulté à communiquer et le mensonge sont d'ailleurs partagés par le fils qui dissimule à quel point il est un raté criblé de dettes et la petite fille qui a ses règles pour la première fois mais n'en parle à personne. Cela donne lieu à des quiproquos amusants tout comme l'amour démesuré de Rudy pour Lennon qui n'inspire que dégoût aux autres. De belles idées ponctuent le trajet. Parmi elles, il y en a deux qui m'ont particulièrement plu: la partie de bowling, un moment de joie partagée qui se termine en psychodrame mais pour montrer que cet épisode a au final rapproché les quatre voyageurs, la réalisatrice leur fait garder aux pieds les chaussures de bowling, toutes identiques qu'ils ont emporté dans leur fuite. Et la rencontre avec une communauté gitane "miroir" d'eux-mêmes puisqu'ils sont en plein rite funéraire mais ce rite n'est pas du tout triste, au contraire, il est un acte de communion qui permet à la famille de passer ensemble un dernier heureux moment. Au final, sans édulcorer la douleur et la gravité du sujet, "On ira" aide à bien mourir et aussi à bien vivre.

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L'Année Juliette

Publié le par Rosalie210

Philippe Le Gay (1995)

L'Année Juliette

C'est avec "L'année Juliette" que j'ai cerné pour la première fois à sa sortie au cinéma il y a trente ans le personnage inventé par Fabrice LUCHINI dès ses premiers films ("Les Nuits de la pleine lune" (1984) et "La Discrete" (1990) surtout): un séducteur lunaire, mythomane et bonimenteur à l'imagination prolifique et romanesque et qui finit toujours par s'empêtrer dans sa confusion entre le réel et la fiction. Cependant, contrairement à nombre d'autres films, il ne joue pas ici un rôle d'intellectuel cultivé ou d'amoureux des lettres mais celui d'un séducteur immature et indécis menant de front deux relations qui pour ne pas s'engager tombe dans la mythomanie en s'inventant une petite amie imaginaire: la fameuse Juliette du titre. Non à partir d'un livre mais d'un nom entendu à l'aéroport, d'une confusion de valises (comme dans "Frantic") (1988), d'une affiche de concert et de la description d'un mélomane par lequel on apprend qu'elle porte une longue tresse noire. Même si nombre de situations créé par Camille font sourire (l'achat de vêtements par exemple), ses mensonges finissent par se retourner contre lui en même temps que son fantasme s'évapore dans un final aussi absurde que dramatique. Notons que "L'année Juliette" est pour Fabrice LUCHINI le premier film d'une fructueuse collaboration avec le réalisateur Philippe LE GUAY.

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Tout peut arriver (Something's Gotta Give)

Publié le par Rosalie210

Nancy Meyers (2004)

Tout peut arriver (Something's Gotta Give)

Le décès de Diane KEATON m'a fait connaître ce film, souvent cité pour lui rendre hommage. En dépit de longueurs dans sa partie médiane et de clichés romantiques (villa luxueuse, plage immense, "Paris, ville des amoureux" sur l'air de "La vie en rose" interprété par Louis ARMSTRONG et un final conçu comme un dépliant touristique) le film ne manque pas de piquant et m'a fait beaucoup rire. Cela tient bien sûr à son formidable duo d'acteurs principaux épaulés par quelques personnages secondaires sympathiques mais sous-exploités (Keanu REEVES dans le rôle de la roue de secours, Frances McDORMAND dans celui de la soeur un peu peste) mais aussi à une écriture incisive qui tacle la misogynie et les idées reçues sur les femmes de plus de cinquante ans. Jack NICHOLSON se délecte dans l'autodérision avec son rôle de gros mufle queutard porté sur les jeunettes qui voit l'âge le rattraper et quant à Diane KEATON, elle n'a pas perdu une once de sa vis comica et y va à fond, notamment lorsqu'elle rédige sa pièce très fortement inspirée de son expérience personnelle en pleurant à grandes eaux: comique de répétition assuré! On passe un agréable moment en leur compagnie et on regrette plus que jamais que Diane KEATON ait tiré sa révérence.

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