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Articles avec #comedie dramatique tag

Stranger than paradise

Publié le par Rosalie210

Jim Jarmusch (1984)

Stranger than paradise

Deuxième long-métrage de Jim JARMUSCH, "Stranger than Paradise" narre l'errance de trois jeunes immigrés hongrois à travers une Amérique tout aussi grisâtre et vide de sens que le pays communiste en crise qu'ils ont quitté au milieu des années 80. Leur périple à travers un New-York délabré puis un Cleveland glacé et enfin une Floride réduite pour l'essentiel à une miteuse chambre de motel traduit l'impasse existentielle de ces jeunes gens trop neurasthéniques pour s'arracher véritablement à leur condition de déracinés. Willie (John LURIE) et Eddie (Richard EDSON) sont deux minables qui cherchent l'argent facile alors que la cousine de Willie, Eva (Eszter BALINT) se retrouve cloîtrée entre deux déplacements. Aucun véritable lien ne parvient à éclore entre ces trois paumés fatigués de la vie avant même de l'avoir commencé.

Si techniquement, le film est très beau avec sa photographie noir et blanc travaillée et ses plans-tableaux superbement composés au millimètre, il lui manque le souffle de vie qui animerait ce bel album de photographies tendant vers l'abstraction. C'est trop plat car uniformément gris et sordide (malgré quelques touches d'humour et la récurrence du hit rythm and blues "I put a spell on you" de Screamin' Jay Hawkins). L'absence d'enjeux historiques ou humains (à la différence des errances chez Wim WENDERS auxquelles "Stranger than Paradise" a été souvent comparé) en fait un constat un peu vain, limite poseur (regardez ce spleen esthétisant et essayez de ne pas bailler d'ennui au bout de deux minutes sinon vous aurez perdu) sur la jeunesse immigrée aux USA dans la dernière phase de la guerre froide. Cette grosse lacune essentiellement scénaristique sera corrigée dans le film suivant de Jarmusch, "Down by Law" (1986) avec l'apport décisif de Roberto BENIGNI pour secouer les losers tristounets avec sa jovialité exubérante et son optimisme à toute épreuve. De quoi revivifier et réenchanter un monde qui en avait bien besoin.

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Punch-drunk love: Ivre d'amour (Punch-drunk love)

Publié le par Rosalie210

Paul Thomas Anderson (2003)

Punch-drunk love: Ivre d'amour (Punch-drunk love)

"Punch-Drunk love" (joli titre au passage) est une comédie décalée qui se situe au carrefour d'au moins trois genres: la comédie romantique (histoire d'amour), la comédie musicale (ballet millimétré en cinémascope et technicolor) et la comédie burlesque (corps en folie dans l'espace). Paul Thomas ANDERSON réussit à marier la rigueur géométrique de sa mise en scène avec la flamboyance des couleurs et la douce dinguerie de son personnage principal, Barry (Adam SANDLER, transcendé par la direction d'acteur). Doux et dingue à la fois c'est à dire possédant l'hybridité de nombre de personnages du burlesque muet: l'innocence enfantine mais aussi la violence destructrice dont les décors se souviennent toujours. La mise en scène fait de Barry un petit personnage enfermé dans d'immenses décors qui l'écrasent et dont il tente de s'extraire à coups de crises de rage destructrice. Couloirs d'hôtels et d'immeubles interminables, rayons de supermarchés répliquant les mêmes produits manufacturés à l'infini façon Andy WARHOL, immenses entrepôts, le décor de la vie moderne deshumanise les personnages ce que la bande-son expérimentale assez mécanique renforce. L'influence (revendiquée) de Jacques TATI qui luttait lui aussi contre la déshumanisation du paysage et la réification de l'humain par la société de consommation grâce à la force subversive du corps burlesque se fait sentir. Mais aussi celle de Charles CHAPLIN et de ses "Les Temps modernes" (1936) où le fracas des objets rend inaudible la parole humaine. Barry semble donc fou au premier abord mais tout suggère que c'est l'environnement autour de lui qui l'est et que son attitude consistant à empiler les boîtes de pudding pour gagner des miles en avion (et s'échapper donc...) est plutôt saine. Cela explique sans doute que Léna (Emily WATSON) l'ait élu, elle qui semble passer sa vie entre deux avions. Leur amour est symbolisé par le seul objet qui s'oppose à la logique fordiste (il est unique, il est gratuit puisque ramassé dans la rue): l'harmonium dont la musique mélodieuse vient contrer le brouhaha ambiant.

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Atypical

Publié le par Rosalie210

Robia Rashid (2017)

Atypical

Étant souvent déçue par les séries qui même lorsqu'elles sont bien pensées au départ ont tendance à s'essouffler sur la durée, je n'ai jamais eu particulièrement envie de m'abonner à Netflix. La production ou le rachat de films de cinéastes importants a changé la donne car si le long-métrage demande plus d'effort au spectateur que la série (qui comme tout feuilleton, des sérials aux manga se dévore), il est aussi souvent plus nourrissant à l'arrivée.

Néanmoins en ayant accès à Netflix, j'ai eu la curiosité de voir comment était traité l'autisme dans les séries produites par une plate-forme qui constitue une énorme caisse de résonance pour les jeunes générations (du moins dans les pays développés où l'accès à internet est massif). Et je ne peux que me réjouir du succès de "Atypical" qui constitue une sacrée bonne mise à jour par rapport à la référence du grand public qui reste "Rain Man" (1988).

"Atypical" déroge justement à la loi de la majorité en ce que sur ses trois saisons (à ce jour, une quatrième est prévue en 2021) non seulement elle ne s'essouffle pas mais elle a même tendance à monter en puissance. Elle joue en effet sur plusieurs tableaux et touche plusieurs publics ce qui fait sa force. En effet elle emprunte les codes de la teenage comédie américaine pour emmener le spectateur au pays de Sam (Keir GILCHRIST) c'est à dire en Antarctique. Ce lieu symbolique de l'autisme (comme l'espace ou les fonds marins) car synonyme de solitude va finir par devenir celui de tous les personnages de l'histoire. Tous vont connaître à un moment ou à un autre une traversée du désert et une remise en cause de leur identité. La série n'est pas en effet centrée que sur Sam mais accorde tout autant d'importance aux membres de sa famille et à leurs proches. Tous sont écrits avec une remarquable cohérence et il est signicatif que la personnalité de Sam soit un révélateur de vérité pour ceux qui le côtoient. Quant à la représentation de l'autisme, elle est plus réaliste car si Sam est un asperger (il n'a pas de déficience intellectuelle) il n'est pas un génie pour autant. Qu'on se le dise une fois pour toutes, la majorité des asperger ont une intelligence qui se situe dans la moyenne. Sam est juste un jeune homme en difficulté sensorielle et relationnelle avec des intérêts spécifiques restreints (les manchots) et des bizarreries comportementales (montrées par petites touches et souvent sous un angle humoristique ce qui a un effet dédramatisant) qui aspire à s'insérer dans la société et à avoir une vie amoureuse et sexuelle. Bref, ses aspirations sont celles de tout un chacun ce qui ne va pas de soi quand on est autiste (dès le 1er épisode, un chiffre évoqué par la psy de Sam avance que 90% des autistes restent célibataires et d'autres études avancent que 70% des autistes sans déficience intellectuelle sont au chômage). L'intérêt du scénario de la série est de combiner le récit initiatique classique et la résilience par rapport à un handicap de façon honnête tout en montrant les répercussions sur l'entourage. Elsa la mère (Jennifer JASON LEIGH) surprotectrice a d'autant plus de mal à accepter que son fils grandisse et veuille conquérir son autonomie qu'elle s'est définie comme mère à vie d'un enfant handicapé. Le parcours du combattant de Sam la plonge dans une crise identitaire profonde qui ébranle également son couple, le père Doug (Michael RAPAPORT) plutôt passif et fuyant jusque là étant sommé de prendre ses responsabilités. C'est une configuration familiale très fréquente lorsqu'un enfant est atteint de handicap: la mère envahit tout l'espace et le père ne trouvant plus sa place quitte le foyer. Et s'il est déjà difficile pour des parents d'enfants normaux d'accepter qu'ils deviennent adultes et quittent le nid, c'est encore plus vrai quand ceux-ci ne le sont pas d'autant que la sexualité des handicapés reste par ailleurs largement taboue. La petite sœur de Sam, Casey (Brigette Lundy-Paine) est également un personnage très important de la série, cohérent avec le reste de la famille. Forte personnalité qui pallie la faiblesse du père (elle est plus masculine que lui!) et s'oppose à la toute-puissance de la mère, elle se sent également obligée de protéger son grand frère ce qui la bride dans sa construction personnelle. L'évolution de Sam est donc une libération pour elle aussi au moment où elle est confrontée à des choix épineux pour son avenir.

Bien interprétée, juste, tendre, bienveillante et pleine d'humour, la série fait du bien et offre un regard positif et inclusif sur l'imperfection et la diversité du comportement humain. L'origine américaine de la série est un plus car la connaissance de l'autisme y est bien plus développée qu'en France, handicapée par le prisme psychanalytique avec lequel elle a interprété le problème pendant 50 ans. La psychanalyse dans "Atypical" est délicieusement tournée en dérision, les psy étant renvoyés aux imperfections de leur propre humanité voire animalité (Sam finit par parler... à un lapin).

PS: Cet avis a été écrit avant la quatrième saison qui hélas, s'avère de trop et ternit l'ensemble de la série pour au moins deux raisons. La première, c'est qu'elle radote, n'ayant plus rien de neuf à apporter à l'histoire et la seconde, c'est qu'elle considère désormais Sam comme un objet encombrant dont elle se débarrasse en le mettant à l'arrière-plan et en le normalisant au point qu'il n'a plus rien d'un autiste. L'identité de la série s'en retrouve profondément altérée.

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Once Upon a Time in Hollywood

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (2019)

Once Upon a Time in Hollywood

 Quentin Tarantino fait partie de ces cinéastes qui suscitent soit une adhésion idolâtre, soit un rejet tel que ceux qui font partie de la seconde catégorie lui dénient même sa qualité de cinéaste ce que personnellement je trouve très violent. Ce n'est pas parce que Quentin Tarantino est un grand recycleur d'images et de sons qu'il n'a pas de point de vue ou que son cinéma n'a pas d'âme.* En fait Quentin Tarantino est une sorte de justicier qui utilise la magie du cinéma (dans lequel tout est possible contrairement à la vie réelle) pour réécrire l'histoire afin de donner aux vaincus une revanche symbolique sur les vainqueurs. Ce n'est donc pas seulement un cinéma nostalgique comme je l'ai souvent lu mais un cinéma de la revanche. Ce pouvoir rédempteur fonctionne d'ailleurs à plusieurs niveaux, il peut être intra-diégétique comme dans ses films uchroniques ("Inglourious Basterds", "Django Unchained" et celui-ci) ou extra-diégétique (la revanche éclatante d'acteurs oubliés ou de seconde zone comme John Travolta, Pam Grier, Robert Forster ou Kurt Russell).

Dans "Once upon in time in Hollywood" qui fait sans nul doute allusion au film de Sergio Leone "Il était une fois dans l'Ouest" (1968), Quentin Tarantino ressuscite une période clé de l'histoire d'Hollywood, celle qui vit la fin de l'âge d'or des studios au profit de la télévision et du cinéma d'auteur dans ou hors du système des studios (ou les deux comme Cassavetes, acteur principal de "Rosemary's Baby", le premier film américain de Roman Polanski qui a fait de lui une célébrité hollywoodienne, film par ailleurs évoqué dans le film de Tarantino qui se situe en 1969). Cette résurrection n'est pas pour autant une reconstitution fidèle mais une réécriture avec introduction de personnages fictifs dans des événements réels ayant une influence déterminante sur leur déroulement. La villa des étoiles montantes Polanski et sa femme d'alors, Sharon Tate (Margot Robbie) est mitoyenne d'une (fictive) star déclinante du cinéma de genre, Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) qui a de plus en plus de mal à décrocher des contrats. Heureusement il peut compter sur sa doublure et homme à tout faire, le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt) alors que son producteur (Al Pacino) essaye de le convaincre d'aller tourner à Rome des western spaghetti (ce qui ressemble à une déchéance à une époque où ceux-ci sont tournés en dérision). Les deux univers qui se côtoient sans se mélanger pourraient bien finir par se rencontrer à la faveur de la virée meurtrière de la secte hippie satanique de Charles Manson qui sous la caméra de Tarantino n'est plus une tragédie mais un morceau de bravoure jubilatoire. Celui-ci se livre à un jeu amusant à la Woody Allen ou à la Robert Zemeckis de manipulation d'images ayant réellement existé ou de recréation de fac-similés afin d'y insérer ses protagonistes. Toute une batterie de stars d'époque joués par des comédiens d'aujourd'hui viennent pimenter la sauce comme Bruce Lee, Steve McQueen ou bien sûr le couple Polanski/Tate. Mais même si le film est riche et emporte le morceau avec son grandiose bouquet final, il aurait gagné à être resserré car il est tout de même souvent mou du genou et décousu. Un reproche que je fais aux films de Tarantino depuis "Inglourious Basterds" mais qui ne semble pas être corrigé de sitôt alors que la dramaturgie de "Pulp Fiction" et de "Jackie Brown" frôlait la perfection.

* Je pourrai dire la même chose de Brian de Palma, autre grand cinéaste recycleur (dans le style "palimpseste") qui suscite beaucoup d'incompréhension voire de mépris (j'ai lu une critique qui le considérait comme un "perroquet").

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Deux Moi

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (2019)

Deux Moi

"Deux Moi" c'est "Chacun cherche son chat" (1995) remis à jour en version "2.0". En effet les deux films dressent le portraits de jeunes parisiens plus ou moins dépressifs (et égocentriques) en quête de l'âme sœur. Evidemment dans "Chacun cherche son chat", cela passait par des sorties nocturnes dans les bars du 11° arrondissement alors qu'en parallèle, Cédric Klaspisch faisait le portrait d'un quartier attachant et bigarré en pleine mutation sociologique. Dans "Deux Moi", les rencontres sont montrées comme virtuelles, du moins dans un premier temps. Il y a encore un peu de musique, de fumée de cigarette et même un chat blanc pour rappeler l'opus précédent de Klapisch mais en mode mineur. L'univers dépeint, celui du 18° en 2019 est beaucoup plus froid et désincarné que ne l'était le 11° en 1995 en dépit de l'îlot de chaleur que représente l'épicerie tenue par le personnage joué par Simon Abkarian. Les quelques traits d'humour du film proviennent de lui et de ses employés. Les remarques sur le bio par exemple où se téléscopent la vision des bobos et celle des immigrés où celles évoquant les salons de coiffure antillais tenus par des maliens (ou pour le massage thaï, par des chinois) rappelle le talent de Klapisch pour croquer le cosmopolitisme des métropoles mondiales. Mais cela ne suffit pas à animer un film tristounet qui se traîne sur un rythme mollasson. Le rapprochement des deux solitudes incarnées par Mélanie (Ana Girardot) et Rémy (François Civil) est plutôt lourdement souligné par la mise en scène alors que les dialogues sont eux parsemés de clichés gros comme une maison. La palme revient de ce point de vue à la psy jouée par Camille Cottin qui les enfile comme les perles d'un collier. On se demande d'ailleurs pourquoi Mélanie perd son temps à la payer alors qu'elle trouverait la même liste de phrases toutes faites dans un manuel de développement personnel à 25 euros. Mais bon, elle manque tellement de personnalité qu'il n'est guère étonnant qu'elle morde à tous les hameçons consuméristes de notre époque*. De toutes façons le parcours des personnages est tellement balisé que les quelques bons moments finissent par s'évanouir en fumée dans l'esprit du spectateur pour ne laisser place qu'à un vide intersidéral.

* Le psy de Rémy est tout aussi cliché mais comme son patient, il est plus taiseux et François Berléand arrive avec sa sobriété à s'en tirer à peu près.

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Le Reptile (There Was a Crooked Man...)

Publié le par Rosalie210

Joseph L. Mankiewicz (1970)

Le Reptile (There Was a Crooked Man...)

Avant-dernier film de Joseph L. Mankiewicz, "Le Reptile" est aussi sa seule incursion dans le genre du western, genre qu'il revisite à sa sauce et dont il déconstruit les codes avec jubilation. Le contexte "nouvel Hollywoodien" s'y prêtait, ce sont d'ailleurs les scénaristes de "Bonnie and Clyde" de Arthur Penn qui ont écrit celui du "Reptile". On a donc un western en forme de scène de théâtre ou plutôt de fosse aux serpents: le pénitencier où se déroule l'essentiel de l'histoire. Celui-ci est dominé par deux anciennes gloires du western fordien et hawksien transformés en figures parodiques: un gredin faux derche égoïste et cupide, Paris Pitman (Kirk Douglas) et un donneur de leçons constipé, Woodward Peterman (Henry Fonda) à barbe de patriarche. Bref on est loin des héros du western classique, "sa-tire" dans tous les coins et le film comporte de ce fait quelques morceaux de bravoure jubilatoires. J'en citerait deux que j'ai trouvé particulièrement savoureux: la servante cliché tout droit sortie de "Autant en emporte le vent" qui joue la comédie de la "brave négresse battue et contente" à la famille qu'elle sert tout en leur tirant dans le dos (au sens figuré) et l'inauguration du réfectoire de bienfaisance pour les détenus avec discours lénifiants des autorités locales transformé par Paris Pitman en joyeuse pagaille où tous les faux-semblants explosent. Ironiquement, la bouffe insipide finit contre les tableaux coquins recouverts à la demande du très puritain Peterman alors que la dame de charité finit par perdre ses vêtements au passage. Et ce n'est pas le seul élément sexuel perturbateur, l'homosexualité se taillant une part notable dans les agissements de certains des personnages alors que d'autres comme Pitman ne sont mus que par l'appât du gain qui les conduit à se jouer de tout le monde.  Néanmoins le film comporte des longueurs  et manque de profondeur, la pirouette finale étant même franchement grossière. John Huston a fait preuve de beaucoup plus de finesse dans "Le Trésor de la sierra madre" alors que Mankiewicz s'en tient à des masques grimaçants totalement cyniques et misanthropes, sans une once d'ambiguité. Dommage. 

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Coup de foudre

Publié le par Rosalie210

Diane Kurys (1983)

Coup de foudre

Troisième et dernier volet de la trilogie autobiographique de Diane Kurys, "Coup de foudre" ne puise pas son inspiration dans l'histoire de sa propre jeunesse comme dans les deux premiers films ("Diabolo menthe" et "Cocktail Molotov") mais dans celle de ses parents, même si elle y apparait brièvement sous les traits d'une petite fille, Sophie. "Coup de foudre", c'est l'histoire romancée de la mère de Diane Kurys et de sa meilleure amie qui se rencontrent dans les années cinquante et développent une amitié amoureuse émancipatrice puisqu'elle les conduit à se libérer de leurs mariages malheureux respectifs et à envisager de travailler et de vivre ensemble. Un choix iconoclaste dans une époque où les liens du mariage étaient sacrés, où la femme se devait d'être avant tout une bonne épouse et une bonne mère, éventuellement selon son rang social une bonne maîtresse de maison. Si Léna (Isabelle Huppert) en petite bourgeoise frustrée colle bien à ce modèle, Madeleine (Miou-Miou) est une artiste passionnée dont l'énergie vitale déborde largement son mariage de convenances même si l'intensité de ses sentiments l'entraîne dans des épisodes dépressifs durant lesquels elle retourne chez ses parents. Une introduction se situant pendant la seconde guerre mondiale évoque les circonstances dramatiques qui ont conduit Léna à épouser un homme qu'elle n'aimait pas et Madeleine, à perdre celui avec lequel elle vivait une passion amoureuse. Si Madeleine se débarrasse facilement de son deuxième mari (joué par un Jean-Pierre Bacri assez désopilant dans son rôle de comédien raté et de combinard aux plans plus foireux les uns que les autres), il n'en va pas de même pour Léna qui est engluée depuis 1942 dans une relation patriarcale avec Michel Korski (Guy Marchand), scellée par le fait qu'il l'a sauvée de la déportation en l'épousant. Celui-ci fait d'ailleurs une composition touchante en homme d'hier dépassé par l'évolution de sa femme puis anéanti par sa décision de le quitter. A noter la distorsion entre trois époques, celle de l'action du film (années 50), celle de sa réalisation (années 80) et celle de sa réception aujourd'hui qui donnent à certains aspects un caractère franchement daté (le fait que les deux femmes se vouvoient jusqu'au bout, le mariage obligatoire et le divorce difficile ainsi que le fait que leur relation reste platonique alors qu'il est assez évident qu'elle va au-delà comme le ressent d'ailleurs Michel qui est fou de jalousie) alors que d'autres rattachent bien le film à un contexte post-soixante-huitard (l'évocation du plaisir féminin que Léna découvre dans les bras d'un soldat en permission interprété par François Cluzet sous l'œil de ses deux camarades dont l'un est joué par Denis Lavant).

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Quelques jours avec moi

Publié le par Rosalie210

Claude Sautet (1988)

Quelques jours avec moi

"Quelques jours avec moi" est un tournant dans la carrière de Claude Sautet qui cherchait à renouveler son inspiration après un passage à vide à la fin des années 70 et au début des années 80. S'entourant de nouveaux scénaristes et d'un casting rajeuni, il livre une œuvre dont la tonalité diffère de ses précédentes tout en conservant un ADN identifiable entre mille et qui annonce les grands films de la fin de sa carrière.

"Quelques jours avec moi" a surpris à l'époque de par le contre-emploi de Daniel Auteuil qui était alors davantage associé à des rôles comiques du type "sous-doués". Mais même si le rôle de Daniel Auteuil est dramatique, le film détone dans la carrière de Claude Sautet par son aspect tragicomique, satirique voire farcesque et bouffon, du moins dans sa première partie (la suite étant plus conforme au style Sautet des années 70). Le personnage joué par Daniel Auteuil n'en peut plus des faux-semblants de son milieu bourgeois. Après avoir sombré dans la dépression, il décide comme tant de personnages masculins de Sautet d'utiliser son retrait émotionnel du monde pour s'en jouer cyniquement. Il faut dire qu'il a été à bonne école avec sa grande simulatrice de mère (Danielle Darrieux) elle-même manipulée par son amant et sa femme Lucie épousée par intérêt avec laquelle il s'est embarqué dans un sordide ménage à 3 digne d'un mauvais vaudeville. Il décide donc de faire semblant d'obéir aux injonctions du conseil d'administration de la chaîne de supermarchés dont il est le PDG en allant visiter les succursales au bilan douteux en ayant en tête d'y semer la zizanie. Il atterrit dans une première ville, Limoges où dans un premier temps, tout se passe comme prévu. Il se retrouve au milieu d'un panier de crabes de bourgeois de province surmonté par un personnage pittoresque, Raoul Fronfrin, le directeur de la succursale (Jean-Pierre Marielle, irrésistible) qu'il a tôt fait de piéger en démasquant aussi bien la fausse cordialité à son égard que les trous dans sa comptabilité. Mais il se prend si bien au jeu qu'il n'arrive plus à s'arrêter, s'installant sur place et invitant la bonne des Fronfrin, Francine (Sandrine Bonnaire dans un rôle qui fait un peu penser à celui qu'elle tient dans "La Cérémonie" de Chabrol) à venir partager sa vie quelques jours. C'est à ce moment-là que le film atteint des sommets en matière de comique, jouant à fond la carte du choc socio-culturel avec le relooking extrême de Francine, l'arrivée de son copain Fernand (Vincent Lindon) vêtu d'une tenue en jean au beau milieu d'un restaurant de luxe (et commandant de la choucroute!) et surtout le grand moment de la soirée déguisée, morceau de bravoure de vingt minutes où sont invités à la fois les Fronfrin et leurs amis et ceux de Francine, des loubards et des prolos (dont Fernand lui aussi en mode "relooking extrême"). Moment très drôle et inattendu qui constitue le pivot du film en ce qu'il tombe paradoxalement les masques, en particulier celui du couple Fronfrin qui s'avère bien plus intéressant que ce qui avait été montré d'eux au premier abord. Irène (Dominique Lavanant) mêle extravagance et mélancolie alors que Raoul devient le principal artisan de la réussite de la soirée par son talent à désamorcer les tensions comme par son rapprochement avec Martial. De ce mélange des classes et des genres (à l'image du film au fond) naît un groupe qui va devenir un puissant soutien pour Martial, de plus en plus bousculé par Francine qui cherche à le faire sortir de son hibernation mortifère. On reconnaît bien en lui le Max de "Max et les ferrailleurs" qui manipulait son monde au travers d'une femme qu'il payait tout en ne demandant rien en échange avant de perdre tragiquement le contrôle sauf que Martial s'avère en capacité d'évoluer, annonçant Stéphane (joué aussi par Daniel Auteuil) et Pierre. 

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Vincent, François, Paul... et les autres

Publié le par Rosalie210

Claude Sautet (1974)

Vincent, François, Paul... et les autres

"Garder le calme avant la dissonance". Les épitaphes des tombes de grands cinéastes peuvent parfois en un seul ou en quelques mots définir leur univers. Car les films de Claude Sautet qui était mélomane sont très influencés par la musique. Par exemple, l'un de ses films les plus personnels "Un Cœur en hiver" peut être comparé à un concerto pour deux luthiers et une violoniste. Et "Vincent, François, Paul… et les autres" est un film choral ponctué de "couacs", les fameuses dissonances évoquées dans l'épitaphe inscrite sur sa tombe. C'est le portrait d'une précision chirurgicale d'une génération d'hommes (celles des quinquagénaires des années 70) qui ont cru bâtir leur vie sur du béton, celui des 30 Glorieuses et découvrent que celui-ci était n'était que du sable lorsqu'éclate la récession*. Tous sont confrontés à des situations de crise qu'elle soit professionnelle (symbolisée par la PME en faillite de Vincent, alias Yves Montand), idéologique et créatrice (l'embourgeoisement de François joué par Michel Piccoli, la panne d'inspiration de Paul l'écrivain interprété par Serge Reggiani) ou encore personnelle. Sur ce dernier plan, on retrouve le type d'homme muré en lui-même typique du cinéma de Claude Sautet incarné par François que sa femme ne supporte plus et trompe à tout-va ainsi que par Vincent que sa petite amie Marie (Ludmila Mikaël) plaque entre autre parce qu'elle lui reproche son désintérêt pour elle et le reste du monde ainsi que son incapacité à communiquer. Cette explication et l'accumulation des difficultés d'argent (et de santé) de Vincent le poussent néanmoins à se confier à son ancienne femme Catherine (Stéphane Audran) qui est la seule à l'écouter, le comprendre et le soutenir. Car lorsqu'il a le plus besoin d'eux, ses potes font la sourde oreille ce qui d'ailleurs créé l'une de ces dissonances majeures dans l'affichage amical et convivial du titre**. Mais il est trop tard pour la récupérer et ce trop tard a la saveur amère des regrets. Saveur amère à laquelle Vincent refuse de goûter, préférant se réfugier dans l'illusion***.

* La jeune génération, incarnée par Jean (Gérard Depardieu) le contremaître de Vincent est incertaine quant à son avenir, plus pauvre que celle des quinquagénaires mais moins soucieuse du paraître social et donc plus heureuse dans l'espace d'intimité du foyer.

** Claude Sautet est moins le cinéaste du groupe que le cinéaste de la solitude au milieu du groupe, en réalité un agrégat de ratés égoïstes qui se raccrochent de façon pathétique à l'illusion de moments de bonheur partagé.

*** Au moins les épreuves ont donné à Vincent l'occasion de montrer sa vulnérabilité alors que François reste tout au long du film un mâle alpha odieux qui au lieu de tenter de comprendre pourquoi sa femme lui échappe cherche à la soumettre par la violence conjugale (coups et viols). Cercle vicieux qui ne fait qu'accroître son impuissance et sa frustration.

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César et Rosalie

Publié le par Rosalie210

Claude Sautet (1972)

César et Rosalie

Avec les films de Claude Sautet des années 70, on commence toujours par se prendre un "choc culturel" dans les dents. C'était l'époque où on fumait comme des pompiers, où on roulait comme des dératés et où personne ne s'offusquait que Rosalie (Romy Schneider) soit reléguée dans le rôle de la potiche qui sert le café (dans l'atelier de David alias Samy Frey) ou les glaçons (chez César alias Yves Montand) pendant que ces messieurs créaient leurs bandes dessinées ou jouaient au poker "entre hommes". Mais Claude Sautet est également un orfèvre des sentiments qui échappe au temps, de même que ses personnages échappent aux stéréotypes datés. Rosalie a l'air d'une poupée décorative mais sa valse-hésitation amoureuse montre qu'elle se cherche à s'affirmer entre ces deux hommes aux tempéraments opposés mais au fond pas si différents puisqu'ils finissent par devenir copains comme cochons après s'être "virilement" frottés l'un à l'autre. César, le prolo parvenu (le sens du détail de Sautet fait aussi merveille dans le domaine social, que ce soit le prix d'un tableau sous-évalué ou des chaussures mal assorties) en fait des tonnes dans la jovialité sans parler de sa tendance au bluff qui cache (mal) ses angoisses (relatives à la taille de sa bistouquette ^^) et une impulsivité qui ne cesse de lui faire perdre le contrôle de lui-même au point de tout casser. David est à l'inverse aussi flegmatique que César est sanguin mais il est froid, taciturne et fuyant. Il allume des feux sans en assumer les conséquences ensuite comme l'atteste le fait qu'il a séduit Rosalie par le passé avant de la laisser à un autre homme. On comprend que celle-ci, tyrannisée par la possessivité anxieuse du premier et maintenue à distance par l'égoïsme du second ait envie de fuir. Mais on comprend aussi pourquoi elle hésite. César a la générosité (matérielle mais aussi du cœur) qui manque à David et sa vulnérabilité d'enfant perdu est désarmante. David a le recul, la tendresse et la douceur qui manquent à César. Les deux hommes sont complémentaires et leur apprivoisement réciproque (celles de leurs peurs) est peut-être la clé qui fera revenir Rosalie.

En bref, le banal triangle amoureux cache quelque chose de bien plus profond: une quête de soi, par-delà le rôle social qu'on attend de soi (rôle défini par le genre ou le statut social). C'est tout le talent de Sautet de dépeindre des scènes de groupes conviviales et en même temps de faire ressentir l'irréductible solitude de chacun au milieu de tous, le contexte d'une époque et ce qui reste quand tout le reste a disparu, la mélancolie sous la jovialité, la peur sous l'apparente assurance. 

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