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Articles avec #comedie dramatique tag

Le Genou de Claire

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1970)

Le Genou de Claire

"Le Genou de Claire", cinquième des six contes moraux est un film que je trouve admirable, l'une des incontestables grandes réussites de Éric ROHMER, son conte moral le plus célèbre avec "Ma nuit chez Maud" (1969). Ce n'est cependant pas un film aimable et encore moins attachant mais je dirai que c'est souvent le cas chez Rohmer: beaucoup de ses héros ou héroïnes sont agaçants voire tête à claques (pas étonnant qu'une Arielle DOMBASLE ou un Fabrice LUCHINI qui apparaît âgé de seulement 19 ans dans "Le Genou de Claire" aient fait une belle carrière chez ce cinéaste).

Si "Le Genou de Claire" est si admirable, c'est qu'il s'agit d'un palimpseste. En apparence c'est un huis-clos à ciel ouvert et une tranche de vie façon journal de bord se déroulant sur un mois d'été, scandé par des cartons énumérant les différentes dates dans lesquelles prennent place les événements montrés. En réalité c'est un film qui réussit à nous faire voyager dans le temps:

- Au XVIII° siècle tout d'abord. Les jeux de l'amour et du hasard qui forment le coeur de l'intrigue renvoient à Marivaux d'autant plus que le cadre a quelque chose de très scénique. Mais les personnages eux, entretiennent des conversations mondaines comme on le faisait dans les salons bourgeois de Mme Geoffrin qui accueillait les philosophes des Lumière et ont quelque chose du roman épistolaire de Choderlos de Laclos. Aurora (Aurora CORNU) bien que ses motivations soient très différentes de Mme de Merteuil est une manipulatrice hors pair. Pour les besoins de son roman, elle attise l'ego de Jérôme (Jean-Claude BRIALY) en le poussant à flirter avec deux nymphettes de 16-17 ans. Un jeu de séduction quelque peu pervers qui fait penser à celui de Valmont avec Cécile de Volanges d'autant que pour parvenir à ses fins, il doit séparer Claire de son amoureux, Gilles. Il y a même un alter ego de Mme de Volanges en la personne de la mère de Claire et de Laura qui ne voit rien de ce qui se déroule sous son propre toit. Ne manque que Mme de Tourvel et l'équivalence serait parfaite.

- Le XIX° siècle est présent au travers de l'esthétique particulièrement réussie du film. Le travail sur la lumière et les couleurs confère une ambiance impressionniste au film qui se déroule pour l'essentiel en extérieurs, dans des cadres naturels enchanteurs (les Alpes et le lac d'Annecy) et le canotier que porte sur la tête un Jérôme barbu renforce encore l'impression d'être dans un tableau animé de Auguste Renoir. Et pour enfoncer encore le clou, une scène entière, la plus emblématique puisque totalement silencieuse dans un film par ailleurs très bavard se réfère elle à Renoir fils, plus précisément à "Une partie de campagne" (1936) quand les éléments se déchaînent en relation avec l'explosion sensuelle qui se produit à ce moment-là en pleine nature.

- Enfin le XX° siècle est présent au travers d'une étude de moeurs doublée d'une discrète étude sociologique qui ancre en dépit des apparences le film dans son époque: les années 1970. La scène de conflit entre d'un côté Jérôme, les Walter et Gilles et de l'autre les campeurs renvoie à la lutte des classes transposée dans un cadre estival. Les premiers font partie de ces touristes privilégiés qui ont hérité d'un important patrimoine de villégiature issu du XIX° siècle alors que les seconds, issus des classes moyennes et populaires incarnent le tourisme de masse des Trente Glorieuses. Quant à la relation entre Jérôme et les deux soeurs, Claire (Laurence de MONAGHAN) et Laura (Béatrice ROMAND, l'une des égéries du cinéaste dont on peut suivre l'évolution de film en film de son adolescence dans "Le Genou de Claire" à l'âge mûr 27 ans plus tard dans "Conte d automne" (1997)), elle illustre à quel point à cette époque le désir d'un homme adulte pour une adolescente n'était pas questionné, il était même encouragé. Celui-ci pouvait se livrer à des gestes déplacés tels qu'un baiser volé ou un long attouchement (certes sans aucune vulgarité, la distinction étant le maître mot du comportement des personnages) en toute impunité. Et pour cause, car c'est son point de vue que le film adopte. Que la fille soit aguicheuse comme Laura ou froide et indifférente comme Claire n'a aucune importance. Ce sont des corps-objets, jeunes et frais exposé à la concupiscence du mâle dominant, le plus âgé et le plus velu. Seul le carcan éducatif, la haute opinion qu'il se fait de lui-même et une faiblesse de caractère qui en fait la proie de femmes matures (dont sa future épouse) empêche Jérôme s'exercer pleinement son "droit de cuissage" sur la chair fraîche mise à sa disposition. Car il y a évidemment une grande ironie chez Éric ROHMER. Dans nombre de ses films, les personnages se grisent de mots raffinés pour se persuader qu'ils contrôlent la situation alors qu'ils sont le jouet de leurs pulsions. Parfois ils finissent par découvrir la vérité en lâchant prise (c'est par exemple le thème majeur de "La Marquise d O...") (1976). Parfois ils continuent à s'aveugler comme Jérôme qui pense avoir satisfait son désir alors qu'il l'a fui en courant.

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Antoinette dans les Cévennes

Publié le par Rosalie210

Caroline Vignal (2019)

Antoinette dans les Cévennes

Pour mon premier film en salle depuis le déconfinement, je me suis offert la comédie qui avait fait le buzz juste avant qu'il ne soit plus possible d'aller au cinéma. Franchement, j'ai été déçue. Non que le film soit désagréable, il se regarde avec plaisir, on ne s'ennuie pas du tout mais je trouve le résultat conformiste et inconsistant. En fait c'est une question de dosage. J'aime bien les contes, le western,Éric ROHMER, le "road movie" à pied et à dos d'âne avec une touche biker mais je trouve qu'il n'y a pas assez de tout cela. Ces pistes existent mais à peine entrevues, elles se referment aussitôt: frustrant! J'aurais aimé que la réalisatrice se perde et nous perde sur l'un de ces chemins de traverse. Par exemple en suivant cette énigmatique cowgirl sortie de nulle part qui vient soigner la cheville foulée de Antoinette, sans contact, juste par l'énergie rassemblée dans ses mains à la manière du Qi-Gong. Associée à la chanson "My rifle, my Pony and me" interprétée par Dean MARTIN dans "Rio Bravo" (1959) qu'on entend en générique de fin ça aurait vraiment eu de la gueule car les paysages majestueux des Cévennes se prêtent à cette atmosphère. Ou bien, autre piste possible, celle de Marie RIVIÈRE dont la présence rappelle "Le Rayon vert" (1986), l'un de mes films préférés de Éric ROHMER dans laquelle son personnage, Delphine errait comme une âme en peine d'un lieu de vacances à l'autre, boule de solitude mal-aimable parce que ne se sentant nulle part à sa place mais ayant assez de force de caractère pour refuser de se couler dans un rôle social préétabli. Ou encore, tiens, la petite Pauline, triste héroïne de la Comtesse de Ségur victime d'une mauvaise mère et n'ayant pour seul confident et ami que l'âne Cadichon, la sagesse même, à rebours du "bonnet d'âne". Des portraits de femmes sortant des sentiers battus, ayant une véritable identité que ce soit dans le genre "Johnny Guitar" (1954) ou "La Marquise d O..." (1976) ou "Thelma et Louise" (1991) et sa fin sans compromis. Que nenni. "Antoinette dans les Cévennes" prend bien soin de rester sur le sentier balisé du bon gros vaudeville qui tache avec sa maîtresse aux rêves de pacotille dont la situation est en réalité plutôt sordide (elle fait partie à son insu d'une tractation conjugale, son amant est le père de l'une de ses élèves de CM2, bref c'est malsain) et l'émancipation, toute relative. Certes, elle trace son chemin toute seule mais l'image qu'elle renvoie est quand même celle de la pauvre fille perdue qu'on regarde avec condescendance et qu'il faut aider, soigner, porter. Quant à la fin, elle est ambigüe (comme ça, zéro risques). Va-t-elle guider à son tour ou bien retomber dans ses vieux travers?

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Garçon!

Publié le par Rosalie210

Claude Sautet (1983)

Garçon!

« Je suis un musicien refoulé, pour moi le cinéma n’est ni démonstratif ni explicatif, il est d’ordre expressif, donc beaucoup plus près de la musique, donc beaucoup plus près de ce qui concerne la musique, c’est-à-dire, le rythme, le lyrisme, le mouvement interne … L’écriture d’un film, le scénario, c’est un peu comme les signes d’une partition qui sont incompréhensibles pour les profanes. Je ne peux pas expliquer le cinéma plus que je ne peux expliquer la musique… » (Claude SAUTET).

Avoir en tête cette citation permet d'apprécier d'autant plus l'incroyable ballet qui se déploie dans la brasserie au début du film. Avec Claude SAUTET dans le rôle du chef d'orchestre (hors-champ), Yves MONTAND dans celui du chef de rang évoluant avec sa fluidité de danseur d'une table à l'autre et les autres serveurs se démenant dans ce qui s'apparente à une chorégraphie bien huilée rythmée par la voix de stentor de Bernard FRESSON dans le rôle du chef de cuisine râleur. D'ailleurs dans ce qui s'apparente à une mise en abyme, Alex, le personnage joué par Yves MONTAND est lui-même un ancien danseur et son travail de serveur n'est qu'une transition d'un état à un autre puisqu'il finit par exaucer son rêve qui est d'ouvrir un parc d'attractions au bord de la mer: une autre forme de spectacle, un autre microcosme. Claude SAUTET navigue avec beaucoup d'aisance entre les scènes de groupe et les portraits individuels, entre les plans larges et les plans serrés: celui, central, d'Alex, celui de son ami et collègue Gilbert (Jacques VILLERET) ou celui d'habitués qui semblent eux aussi en transit dans leur vie personnelle ou professionnelle. Alex navigue entre différentes femmes de différents âges et lorsqu'il semble fixer son choix, c'est Claire, l'heureuse élue (Nicole GARCIA) qui s'avère être instable et n'être que de passage dans sa vie. Il n'empêche que la relation entre eux est décrite avec beaucoup de finesse et de pudeur, par de simples regards, des sourires que la caméra de Claude SAUTET sait mettre en valeur. Les autres femmes ne sont pas pour autant des figurantes, elles représentent différentes strates sociales et générationnelles. Gloria (Rosy VARTE) une bourgeoise mariée aide financièrement Alex dans ses projets alors que c'est lui qui aide Coline (Dominique LAFFIN), une jeune femme qui se retrouve dans la plus grande précarité. Elle fait ainsi mentir Gilbert qui reprochait à Alex de ne pas s'occuper des autres. Celui-ci l'épaule beaucoup dans son travail et dans sa vie personnelle car Gilbert aussi est en transit entre deux boulots et deux femmes. Dans son registre propre, Jacques VILLERET est très touchant et complète parfaitement par son côté lunaire le solaire Yves MONTAND.

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Jojo Rabbit

Publié le par Rosalie210

Taika Waititi (2019)

Jojo Rabbit

"Jojo Rabbit" se présente comme une sorte de satire du nazisme vu à hauteur d'un enfant endoctriné puis désendoctriné au fur et à mesure que la réalité qui se présente à lui diffère du discours que le régime lui sert. Le ton est résolument celui d'une comédie voire d'une farce grotesque, on voit bien que Taika Waititi lorgne du côté de "La vie est belle" de Roberto Begnigni mais un tel sujet réclamait tout de même un peu plus de subtilité, surtout traité de cette façon. Plusieurs choses m'ont profondément gênée et m'ont empêché de croire à ce film:

- Le fait qu'il soit tourné en anglais alors qu'on parle de l'Allemagne nazie. Comment croire un instant à la reconstitution de ce régime sans la langue qui y est associée et la terreur qu'elle pouvait inspirer lorsqu'elle était aboyée par les fanatiques de la peste brune? 

- Le manque absolu de justesse des personnages et des situations. Tout paraît forcé, surjoué. Pour qu'une satire ait une quelconque portée, il faut autre chose que des nazis d'opérette tous plus ridicules (et ridiculisés) les uns que les autres donc inoffensifs quand ils ne sont pas des héros qui s'ignorent (sans parler que montrer que le "gentil nazi" est gay est so cliché, le réalisateur devrait revoir "Les Damnés" de Visconti pour mieux comprendre la relation entre nazisme et homoérotisme). Jojo a beau dire des horreurs, il ne peut même pas faire de mal à une mouche (ou plutôt à un lapin). Les propos de sa mère (totalement discordante avec son fils mais le problème que cela pose est évacué) disant ensuite qu'il est "un fanatique" m'ont fait pitié. On est à des années-lumière de "L'histoire des trois Adolf" de Osamu Tezuka dans lequel le passage aux jeunesses hitlériennes du héros se soldait par une scène d'initiation du même type mais qui celle-là marquait au fer rouge. Parlons-en d'ailleurs de ces jeunesses hitlériennes d'Epinal de "Jojo Rabbit". Le rapprochement avec les scouts est justifié car c'est effectivement le modèle qu'ont copié tous les régimes totalitaires. Le plagiat de "Moonrise Kingdom" de Wes Anderson en revanche m'a semblé complètement hors de propos. Wes Anderson a un univers bien à lui qui n'est pas récupérable. Quant à la scène d'inspection, elle est fondée sur un gag repris de Chaplin dans "Le Dictateur" (les saluts qui n'en finissent pas), réalisé en 1940, époque où il fallait un vrai courage pour dénoncer le nazisme alors qu'aujourd'hui cela consiste à enfoncer des portes ouvertes.

- Dans le même ordre d'idées, la fin semble faire un clin d'oeil à "Allemagne année 0" avec un paysage urbain en ruines et des enfants perdus sauf que la rue de Jojo elle reste toute pimpante et nickel tout comme sa maison d'ailleurs. Pas une égratignure! Et à peine le nez dehors, la première idée des enfants est de chanter "Heroes" de David Bowie (chute du mur oblige). C'est bien connu, les petits orphelins allemands en 1945 dans leurs villes en ruines ne manquaient de rien, ils chantaient et dansaient, tellement ils étaient heureux d'êtres libres. Il n'y avait pas du tout de nouvelles occupations ni une nouvelle guerre à venir...

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Harold et Maude (Harold and Maude)

Publié le par Rosalie210

Hal Ashby (1971)

Harold et Maude (Harold and Maude)

Harold et Maude est une véritable pépite, un film merveilleux d'une profondeur et d'une liberté qui seraient impensables aujourd'hui. Ceci étant il n'a pas tout de suite rencontré le succès, surtout dans son pays d'origine et il s'est imposé comme une oeuvre culte avec le temps. Mais il représente ce que l'esprit libertaire et contestataire des années 70 avait de meilleur: la capacité à faire voler en éclats toutes les barrières sociales et morales pour raconter l'amour à l'état pur, sans tabou et sans jugement.

Le film est bâti sur des contrastes qui font toute sa saveur. Un jeune homme d'une vingtaine d'années issu d'un milieu fortuné qui a donc a priori tout ce qu'il faut pour aimer la vie passe l'essentiel de son temps à simuler son suicide et à courir les enterrements à bord de son corbillard personnel. Cette obsession morbide se comprend comme un moyen de combler un manque (obliger sa mère indifférente à s'intéresser à lui) mais c'est aussi une manifestation d'une authentique dépression. Harold est mélancolique, solitaire et son visage est d'une pâleur cadavérique. Bref c'est un mort-vivant. Il rencontre une vieille dame pétillante qui est tout son contraire: elle croque la vie à pleine dents en se moquant ouvertement des règles et des lois (il faut voir comme elle se joue des forces de l'ordre et bafoue le droit de propriété sur les véhicules qu'elle "emprunte"). Son goût pour les chemins de traverse anarchistes n'a d'égal qu'un appétit de vivre qui se moque complètement des normes qui veulent que les dames âgées soient invisibles aux yeux des hommes. Elle au contraire suscite le désir ce qui est somme toute logique car contrairement à une idée reçue, celui-ci carbure plus à l'énergie qu'à l'apparence. Et elle irradie d'énergie érotique. Elle pose donc nue pour un peintre et c'est d'elle qu'Harold s'éprend ce qui revient à dire que c'est par elle, avec elle qu'il découvre le goût de la vie. Celui des sensations (elle le fait sentir, toucher etc.), celui de l'art et de la beauté (elle lui fait découvrir la musique et l'esprit de bohème et sa créativité semble sans fin), celui de l'amour et de l'érotisme (Hal Ashby n'a pu filmer la sexualité comme il l'aurait voulu alors il l'a suggéré au travers d'un plan elliptique et d'une sculpture en bois évocatrice que Harold caresse). Mais Maude tire cet incroyable don pour la vie de sa proximité avec la mort. Pas seulement parce qu'elle a choisi de mourir le jour de ses 80 ans, pas seulement parce qu'elle rencontre Harold aux enterrements où elle se rend elle aussi. Mais surtout parce qu'elle est une exilée de la feu Mitteleuropa et une survivante de la Shoah. Il suffit d'une scène bouleversante dans lequel elle évoque son passé à Vienne et d'un seul plan sur le numéro tatoué sur son bras pour que l'on comprenne d'où elle tire sa force de caractère exceptionnelle.

Cet amour hors-norme, admirablement interprété par deux acteurs en état de grâce (Bud Cort et Ruth Gordon) est raconté au travers de scènes enlevées d'une drôlerie irrésistible qui font penser à un road-movie (l'ivresse de la liberté). Il est mis en parallèle par la mise en scène de Hal Ashby avec des figures patriarcales surmontées de leur figure tutélaire (Freud, Nixon, le Pape) dans des plans fixes et solennels qui tentent de ramener Harold dans le "droit chemin" sur un ton moralisateur (sa mère est filmée de la même façon et en l'absence du père, joue le même rôle). Celui-ci leur dit ce qu'il en pense en allant faire valdinguer sa voiture avant de s'éloigner en jouant sur le banjo que lui a offert Maude l'hymne à la liberté de Cat Stevens qui innerve tout le film "Il you want to sing out".

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Billy le menteur (Billy liar)

Publié le par Rosalie210

John Schlesinger (1963)

Billy le menteur (Billy liar)

"Billy le menteur" est le deuxième film de John Schlesinger et le premier rôle marquant de Julie Christie (il lui offrira ensuite deux autres rôles dans "Darling" et "Loin de la foule déchaînée"). Son personnage, Liz apporte un vent de fraîcheur dans l'atmosphère d'une petite ville anglaise étouffant sous les conventions. Billy (Tom Courtenay, furur partenaire de Julie Christie dans "Le Docteur Jivago") aimerait bien faire comme cette jeune fille émancipée qui n'a pas peur de partir à l'aventure. Seulement, il n'en a pas le courage. Par conséquent, il s'échappe dans le rêve et la mythomanie dans laquelle il s'empêtre. Il faut dire que son quotidien est insupportable entre ses parents aigris et intrusifs, son employeur qui le retient littéralement prisonnier, ses deux fiancées Rita et Barbara dont l'une est toujours en train de râler quand l'autre est pudibonde à l'excès. Ironiquement, leur rencart a lieu dans un cimetière et Billy travaille aux pompes funèbres. Seule Liz apparaît vivante mais il s'avère impossible de vivre un quelconque amour authentique dans un lieu où tout le monde est sous le regard de tout le monde. On le comprend, le film est une satire des moeurs provinciales conservatrices britanniques alors qu'au début des années soixante, la jeunesse aspirait clairement à plus de liberté, jeunesse dont John Schlesinger faisait partie. C'est pourquoi sa trilogie anglaise ("Un amour pas comme les autres", "Billy le menteur" et "Darling") est une oeuvre phare de la nouvelle vague britannique. Hélas, Billy n'est pas à la hauteur de la situation. Certes, il rejette le modèle de ses parents et même le subvertit de façon amusante si l'on pense aux entourloupes qu'il commet à son travail ou à sa façon de mener en bateau ses deux fiancées. Mais ses rêves de grandeur mégalomaniaque relèvent davantage du narcissisme réparateur que d'une véritable envie de changer le monde ou même de changer sa propre vie ce que sa confrontation au réel ne fait que confirmer: Billy n'est qu'impuissance. Bref c'est l'anti bildungsroman, un "Faux mouvement" à l'anglaise.

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La famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaums)

Publié le par Rosalie210

Wes Anderson (2001)

La famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaums)

"La Famille Tenenbaum" est le troisième film de Wes ANDERSON et c'est celui qui lui a permis d'accéder à une reconnaissance internationale il y a tout juste vingt ans. Il est caractéristique du style de ce cinéaste singulier qui aime filmer comme on si l'on regardait un album d'images. Découpé en huit chapitres, le film s'attache à l'un des thèmes favoris du cinéaste, la famille dysfonctionnelle avec ses trois enfants dépressifs et névrosés, ex-génies englués dans un marasme tel qu'ils retournent se réfugier dans la maison de leur enfance. Leur apparence figée dans une panoplie infantile souligne leur incapacité à évoluer. Chas l'aîné (Ben STILLER dans un rôle décalé par rapport à son emploi habituel), ancien as de la finance traumatisé par un accident d'avion qui a coûté la vie à sa femme vit dans un état d'alerte permanent qui le rend complètement paranoïaque et qu'il répercute sur ses fils, semblables à lui en tous points et sommés d'agir comme si leur vie était en jeu à chaque instant. Ironiquement c'est lorsqu'il baisse sa garde que ceux-ci vont échapper à la mort grâce à l'intervention du père, Royal (Gene HACKMAN) qui tente de racheter des années et des années d'abandon du foyer conjugal et familial en transmettant un peu de légèreté et de folie à ses petits-fils. Margot (Gwyneth PALTROW) la fille adoptive douée pour écrire des pièces de théâtre s'est enfermée dans un culte du secret qu'elle cultive si bien que personne dans son entourage ne connaît son épais dossier, à commencer par son vieux mari, Raleigh (Bill MURRAY). Enfin Richie (Luke WILSON) est un ex-champion de tennis qui a complètement craqué le jour où il a découvert que sa soeur dont il est secrètement et obsessionnellement amoureux s'est mariée. Son régression est telle qu'il va aller jusqu'à offrir sa chambre à son père pour aller se replier sous une tente dans le salon.

Tout le talent du cinéaste est de nous présenter cette histoire comme un conte de fée désenchanté teinté d'ironie. Avec son esthétique de maison de poupée, son fétichisme du vêtement et de l'accessoire vus comme des déguisements (le tennisman, le cow-boy etc.), son style-vignettes, tout renvoie au monde de l'enfance mais ce sont bien des adultes en souffrance qui sont dépeints. L'élégance visuelle et sonore (la BO est fantastique et choisie avec autant de méticulosité que le reste), les traits d'humour pince-sans-rire et les quelques moments de bonheur servent à camoufler le fait que les personnages sont profondément seuls. Seuls dans le cadre comme dans la vie, le manque de communication étant le dénominateur commun de tous les membres de la famille. Les remords tardifs du père qui permet enfin à sa femme (Anjelica HUSTON) de refaire sa vie peuvent peut-être amorcer un espoir de changement. On peut cependant reprocher à ce film son excès de retenue qui le rend un peu trop froid et distancié par moments, défaut corrigé dans les films ultérieurs.

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Sherlock

Publié le par Rosalie210

Mark Gatiss et Steven Moffat (2010-2017)

Sherlock

Avant de voir La Vie privée de Sherlock Holmes" (1970) de Billy WILDER, je ne m'intéressais pas au célèbre détective du 221b Baker Street et à toute la mythologie qu'il traînait avec lui. Voir quelqu'un résoudre des enquêtes grâce à des pouvoirs cérébraux supérieurs à la moyenne, ça ne me fascinait pas du tout. En revanche enquêter sur l'homme, ça me passionne et c'est exactement ce qu'a fait Billy WILDER et son complice scénariste I.A.L. DIAMOND en humanisant le personnage créé par Arthur Conan Doyle en 1887. Le film de Billy Wilder est à la fois un hommage à l'auteur et au héros qui a bercé sa jeunesse et une transgression pleine d'irrévérence.

Or "La Vie privée de Sherlock Holmes" (1970) est le film préféré de Mark GATISS, co-créateur de la série "Sherlock" avec Steven MOFFAT. Tous deux ont donc conservé l'état d'esprit de la Wilder/Diamond's touch (tant sur le plan de l'hommage à Doyle, de l'iconoclasme que dans celui de l'art de la suggestion plutôt que de la démonstration) tout en modernisant le style (quitte à être dans la surcharge dans le rythme et les informations qui s'affichent à l'écran mais cela va avec l'état d'esprit du héros) et surtout en transposant personnages et intrigue de nos jours. L'état d'esprit, c'est donc de faire passer les enjeux humains avant les enquêtes pour raconter sur quatre saisons de trois épisodes d'une heure trente chacun (si on ajoute l'épisode spécial cela représente l'équivalent de treize films!) la métamorphose d'une machine à penser en être humain revenu des Enfers grâce une chaîne d'amour et de solidarité qui s'établit autour de lui et dont la pièce maîtresse est son colocataire, ami et frère de substitution John Watson (Martin FREEMAN) qui prend la place de son frère biologique étouffant, Mycroft (joué par Mark GATISS lui-même qui lui donne une ampleur remarquable). La complexité des personnages dont aucun n'est négligé, qu'ils soient hommes ou femmes donne beaucoup de profondeur à cette série redoutablement intelligente dans son caractère méta. C'est à dire qu'elle introduit une bonne dose de réflexivité qui oblige le spectateur à être actif en permanence pour déchiffrer des images-métaphores souvent énigmatiques, établir des liens entre elles et l'obliger à l'image du héros à en tirer des déductions (y compris sur sa position de spectateur ou de fan qui se projette, qui écrit ses propres scénarios). Le casting de haut vol rehausse encore le niveau avec des prestations remarquables, notamment de Benedict CUMBERBATCH (Sherlock) et Andrew SCOTT qui joue sa némésis, Moriarty.

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La Part des anges (The Angel's Share)

Publié le par Rosalie210

Ken Loach (2012)

La Part des anges (The Angel's Share)

J'ai tendance à fuir les films de Ken LOACH parce que je les trouve souvent pesants voire déprimants et pas toujours subtils à force de tout voir par le prisme binaire de la lutte des classes. Avec la "La part des anges", il change de registre sans renoncer à son identité de cinéaste. La comédie est en effet atypique dans sa filmographie mais elle n'en reste pas moins ancrée dans un lourd atavisme social. En témoigne l'ouverture avec ses jeunes délinquants aux gueules cassées qui défilent à la barre en comparution immédiate. Parmi eux, Robbie qui traîne de lourdes casseroles tant sur le plan de l'hérédité que sur celui de l'environnement sans parler de l'acte irréparable qu'il a commis et qui a brisé une vie innocente. L'horizon apparaît donc bouché de tous les côtés malgré la lueur d'espoir que lui donne sa compagne Léonie qui vient d'accoucher et qui lui vaut d'effectuer des TIG plutôt que de retourner en prison. Le fait est que Robbie est poursuivi par ses démons et son passé et que de quelque côté qu'il se tourne, il n'entrevoit pas d'issue. Jusqu'à ce qu'il fasse une bonne rencontre. Un petit coup de pouce du destin que certains trouvent invraisemblable mais on est au cinéma et pour une fois Ken LOACH assume la célèbre phrase de Alfred HITCHCOCK. A savoir qu'il s'agit de nous présenter non une tranche de vie mais une tranche de gâteau ou plutôt un bon verre de whisky millésimé plutôt que l'amère potion de la vie réelle. Certains trouvent que ça jure avec le réalisme social, moi pas, je trouve ça plutôt réjouissant et il vaut mieux pour une comédie. Alors voilà que Robbie et ses compagnons d'infortune, tous plus abrutis les uns que les autres (bon en fait il y en a un qui est plus abruti que les autres, c'est Albert dont la crétinerie nous vaut une scène d'introduction mémorable!) se retrouvent dans une distillerie de whisky puis dans une séance de dégustation et que Robbie se découvre (miraculeusement là aussi) un "nez" qui va le mener, lui et les autres, métamorphosés par le kilt au passage jusque dans les Highlands. Très belle idée d'avoir fait prendre l'air à ces jeunes et de les avoir transplantés dans les grands espaces à l'horizon ouvert. Là encore, le scénario offre des opportunités à Robbie pour transformer son larcin en success story avec l'idée sous-jacente qu'il vaut mieux que cela profite à des petits jeunes sans le sou qu'à de très gros bonnets-voyous à l'apparence respectable. Ca c'est le côté "Robin des bois" de Ken LOACH qui revient au galop sans trop de finesse mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse et de ce point de vue "La part des anges" est une comédie rondement menée, savoureusement dialoguée et très drôle par moments.

* Je connais d'ailleurs une association "Seuil" de réinsertion des jeunes délinquants qui fonctionne exactement sur ce principe. Les sortir de leur environnement habituel pour les faire marcher, seuls avec un accompagnateur dans les grands espaces afin de leur permettre de réfléchir à leur avenir.

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Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1991)

Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

"Ombres et Brouillard", avant-dernier film de Woody ALLEN avec Mia FARROW est un exercice de style raffiné doté d'un casting de rôles secondaires trois étoiles (John MALKOVICH, John CUSACK, MADONNA, Jodie FOSTER, Kathy BATES) du plus bel effet esthétique mais dont l'aspect fake et le déluge de références saute trop aux yeux pour convaincre pleinement. Mettre dans un même film "Nosferatu le vampire" (1922), "M le Maudit" (1931), "La Monstrueuse Parade" (1932), "Le Procès" (1962) et "Kafka" (1991) ça fait déjà beaucoup. Si vous rajoutez en plus une ambiance à la "Furie" (1936) avec des groupes d'autodéfense prêts à lyncher le premier juif venu, ça devient vraiment lourd, le titre faisant penser tout à coup à "Nuit et brouillard" (1956). Heureusement, Woody ALLEN y injecte une part de légèreté en faisant son habituel numéro d'autodérision et en célébrant (comme il le fera souvent à travers ses films) le cinéma comme art de l'illusion. Le contenu de "Nuit et Brouillard" n'est donc pas vraiment à prendre au sérieux, c'est un film avant tout ludique qui recycle d'ailleurs des poncifs des films antérieurs de Woody ALLEN (comme les prostituées au grand coeur qui s'éclatent dans leur bordel, un copié-collé de celles de "La Rose pourpre du Caire") (1985). Le film vaut donc surtout pour sa beauté formelle avec sa photographie noir et blanc très travaillée, ses décors Mitteleuropa et son atmosphère sombre et gothique particulièrement brumeuse.

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