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Articles avec #comedie dramatique tag

Anomalisa

Publié le par Rosalie210

Charlie Kaufman et Duke Johnson (2015)

Anomalisa

Ah là là mais que ce film est déprimant, froid et misogyne! Au moins dans "Lost in translation" (2004) qui possède une trame proche, la fraîcheur et l'énergie du personnage féminin joué par Scarlett JOHANSSON, la drôlerie et la tendresse désabusée du personnage masculin interprété par Billy MURRAY qui lorgnait du côté de Charles CHAPLIN équilibrait le récit, les rapports entre les personnages, apportait du piment. Mais "Anomalisa" baigne dans une tonalité monocorde, celle de la grisaille soulignée par la voix identique de tous les personnages à l'exception du héros, Michael Stone qui pourtant leur ressemble et de Lisa qui finit par leur ressembler. Cette convention-intention brouille bien plus le récit qu'elle ne le clarifie d'ailleurs car dans un premier temps, j'ai cru que Michael Stone aimait les trans. Ceci étant, ça aurait été original au moins. Mais Stone représente au contraire le mâle occidental bourgeois hétérosexuel en crise tout ce qu'il y a de plus plan-plan et Lisa est une cible idéale. Tous deux sont des êtres que la solitude accable et qui donc ont besoin de s'illusionner sur leur rencontre, rencontre balisée de bout en bout par la soumission de l'une qui semble passer son temps à s'excuser d'exister et le comportement de séducteur (très) fatigué du second qui prend et puis jette, une fois obtenu l'objet de son désir qui en perd alors tout intérêt. Inutile de dire que l'empathie pour des personnages aussi médiocres est limitée. Par ailleurs, le choix de raconter cette histoire somme toute d'une grande banalité en animation stop-motion me laisse perplexe. Je ne vois pas la plue-value qu'elle apporte. Il n'y a pas besoin de cette technique pour dépeindre un monde robotisé et uniformisé dans lequel un col blanc occidental riche et célèbre but so so unhappy cherche une aventure entre deux avions. Elle rend l'atmosphère encore plus cafardeuse et déshumanisée. C'est triste de voir que l'animation pour adulte doit pour trouver sa légitimité et son public singer les films live qui se prennent au sérieux: on y fait donc une gueule d'enterrement et on y baise le plus platement du monde alors que dans ce domaine, il y aurait tant de territoires à explorer. Et je ne pense pas tant au kamasutra en disant cela qu'à ce que l'imagination peut produire pendant l'acte. Pedro ALMODÓVAR en donne une petite idée dans "L'Amant qui rétrécit" (le film muet inséré dans "Parle avec elle") (2002) qui n'est pas un film d'animation mais qui utilise des trucages permettant de vivre cette expérience d'une autre façon qu'illustrative. Charlie KAUFMAN me déçoit beaucoup, il avait montré une toute autre envergure dans "Eternal sunshine of the spotless mind" (2004). Peut-être est-il davantage fait pour être scénariste que réalisateur.

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Cow boy

Publié le par Rosalie210

Delmer Daves (1958)

Cow boy

Jack LEMMON dans un western (ce sera d'ailleurs le seul de sa carrière), voilà qui surprend. Pourtant en réfléchissant un peu, ce n'est pas complètement absurde. Et ce pour deux raisons. D'abord parce que la comédie burlesque étant très physique, Jack LEMMON a les qualités lui permettant d'être crédible dans le far-west et ensuite parce que le film fonctionne comme une démythification du métier de cow-boy. Frank Harris (Jack LEMMON) est au début du film un réceptionniste d'hôtel qui pose un regard enfantin sur les cowboys durs à cuire qui viennent y prendre du repos. L'un d'eux, Reece (Glenn FORD, excellent) se charge de le ramener à la réalité, d'abord avec des paroles qui résonnent comme une douche froide puis avec des actes quand Frank Harris décide de s'engager à ses côtés pour convoyer du bétail. Le film qui commence comme une comédie devient alors un récit initiatique d'abord assez drôle (les déboires de Harris avec sa monture en particulier) puis le ton se durcit lorsque le réalisateur adopte un point de vue quasi-documentaire pour nous montrer l'étendue de la rudesse du métier de cowboy: la poussière, la chaleur, le confort plus que spartiate, les difficultés de la tâche consistant à convoyer un troupeau de milliers de bêtes, les multiples dangers (serpents, indiens voleurs de chevaux, emballement du troupeau). Mais le plus marquant reste l'état de deshumanisation voire de sauvagerie des cowboys qui adoptent des comportements individualistes révoltants voire dangereux. En dépit d'un final qui revient à la comédie de façon quelque peu artificielle lorsque Glenn FORD et Jack LEMMON deviennent amis en déteignant l'un sur l'autre, ce qu'on retient, c'est plutôt l'autodestruction de l'ex-shérif qui ne sait plus gérer les relations humaines autrement qu'avec un flingue. Peut-être aurait-il fallu davantage assumer ce ton sans concessions pour que le film atteigne sa pleine puissance au lieu de la désamorcer avec ce final conventionnel bien peu crédible. Il n'en reste pas moins que s'il n'est pas le meilleur western de Delmer DAVES, "Cow-boy" n'est pas non plus un film médiocre, il est rempli de scènes fortes et bien filmées (s'il y a si peu de films de convois de bétail c'est justement parce que c'est une gageure pour un cinéaste), pose un regard intéressant sur la réalité du métier de cow-boy et a un discours pertinent sur la question. Il n'est juste pas complètement abouti.

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Escrocs mais pas trop (Small time crooks)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2000)

Escrocs mais pas trop (Small time crooks)

"Escrocs mais pas trop" de Woody ALLEN ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable mais le fait de le revoir s'est avéré une bonne surprise. J'ai effet trouvé que le film s'était bonifié avec le temps (il a tout de même aujourd'hui plus de vingt ans!) Le thème balisé depuis "Le Pigeon" (1958) des bras cassés préparant un casse n'est en fait qu'un prétexte dissimulant le vrai sujet du film, celui du choc socio-culturel entre nouveaux riches bling-bling mais incultes (style Tuche à la sauce américaine bien que la référence de Woody ALLEN soit une série des années cinquante "The Honeymooners") et bourgeoisie mondaine et intello, incarnée par le so british Hugh GRANT. Et il s'avère qu'entre les deux mondes, le plus escroc n'est pas forcément celui que l'on croit. Si Woody ALLEN fait le service minimum en profiteur dépassé par les événements mais qui reste fidèle à sa nature de voleur à la ramasse, celle qui joue sa femme, Tracey ULLMAN et qui est à l'origine de leur succès avec son entreprise de cookies manifeste un bel abattage comique tout en nuançant son personnage en recherche de reconnaissance sociale et de capital culturel.

A noter également un casting rendant hommage aux acteurs de comédie anglo-saxonne sous toutes ses formes avec Tracey ULLMAN, star comique de la télévision américaine appariée à Hugh GRANT et à Elaine MAY, elle-même ancienne star comique en duo avec Mike NICHOLS (le réalisateur de "Le Lauréat" (1967), elle-même ayant réalisé plusieurs films dont "Ishtar" (1987) avec Isabelle ADJANI et "Mikey et Nicky" (1976) avec John CASSAVETES et Peter FALK). Enfin citons la présence parmi les hommes de la bande de "braqueurs", de Michael RAPAPORT, le futur Doug de la série "Atypical" (2017) dont la quatrième saison sort le 9 juillet 2021 sur Netflix. Pour l'anecdote, Woody ALLEN a par la suite employé une autre actrice jouant dans la même série, Brigette Lundy-Paine dans "L Homme irrationnel" (2015).

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Maman a cent ans (Mama cumple cien anos)

Publié le par Rosalie210

Carlos Saura (1979)

Maman a cent ans (Mama cumple cien anos)

C'est la deuxième fois que je vois un diptyque cinématographique ayant pour pivot central un événement historique majeur étant survenu entre le premier et le deuxième volet. Le premier exemple, c'est "Les Ailes du désir" (1987)/ "Si loin, si proche!" (1993), l'un tourné avant et l'autre après la chute du mur de Berlin et la réunification allemande. Le deuxième, c'est "Anna et les loups" (1972)/"Maman a cent ans" (1979), l'un tourné avant et l'autre après la mort de Franco. Comme Wim WENDERS avec l'Allemagne, Carlos SAURA a repris les mêmes personnages, les mêmes acteurs, les mêmes décors pour ausculter les débuts de l'Espagne post-franquiste et peut-être enfin, passer à autre chose. "Maman a cent ans" est donc une sorte de film bilan de cette période de crépuscule du franquisme dans laquelle le cinéaste devait utiliser des métaphores pour déjouer la censure.

Selon l'interprétation que l'on a de la fin de "Anna et les loups" (1972), "Maman a cent ans" peut-être considérée comme une suite ou bien comme une variation uchronique. Toujours est-il que Anna (Geraldine CHAPLIN) est bien vivante alors que José, l'aîné et plus virulent représentant du franquisme est "mort depuis trois ans". L'acteur étant lui-même décédé, Carlos SAURA ne pouvait le faire revenir ce qui finalement coïncide avec la réalité historique. Sans son gardien de la loi et de l'ordre, la maison que retrouve Anna, si elle n'a guère changé en apparence tremble sur ses fondements. D'étrangère symbolisant la modernité venue semer la zizanie parmi la sainte trinité franquiste vivant en autarcie (armée, famille, religion), Anna, attendue un peu comme le messie devient la médiatrice voire la réconciliatrice entre les deux Espagne: l'ancienne, celle des nostalgiques de Franco qui se recueille sur sa tombe et la nouvelle qui soit transfère ses frustrations sur "l'argent de la vieille" (c'est bien connu, la cupidité sert de substitut au sexe) soit entend mener une vie "libérée" dans l'esprit Movida. Juan le fils libidineux a largué les amarres pour satisfaire ses besoins et sa fille aînée, sensuelle et provocatrice suit le même chemin. Inutile de dire que ça fait tache avec le reste de la famille restée très conservatrice, surtout Luchy, aigrie par le fait d'avoir été abandonnée et sa deuxième fille, Carlota qui semble suivre le même chemin que José. La grand-mère et Fernando (resté une sorte d'enfant attardé ayant troqué ses élans mystiques pour l'envie de voler et un désir assumé pour Anna) se situent au milieu du gué. Cela donne de belles scènes de comédie, parfois teintées de surréalisme. L'Espagne s'est bidonnée devant le film qui est effectivement léger et drôle tout en conservant un regard féroce sur cette Espagne en transition très charognarde.

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Une femme est une femme

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1960)

Une femme est une femme

"Une femme est une femme", le troisième film de Jean-Luc GODARD (mais le deuxième sorti sur les écrans à cause de la censure de "Le Petit soldat") (1960) est aussi son premier en couleur. Et comme son contemporain et "collègue" de la Nouvelle vague, Jacques DEMY avec son troisième film "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), Godard donne avec "Une femme est une femme" son interprétation toute personnelle de la comédie musicale qu'il s'amuse à déstructurer tant du point de vue du montage des images que celui du son. Il multiplie d'ailleurs les clins d'oeil à ses amis de la Nouvelle vague (Jacques DEMY n'ayant pas encore tourné "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), c'est "Lola" (1960) qui sert de référence, notamment pour les scènes de cabaret avec Anna KARINA sans parler de l'emprunt de Michel LEGRAND et ses airs jazzy si reconnaissables mais on trouve aussi des allusions à "Tirez sur le pianiste" (1960) de François TRUFFAUT, à "L'Opéra-mouffe" de Agnès VARDA et à "À bout de souffle (1959) son premier film, c'est d'ailleurs Jean-Paul BELMONDO qui veut comme par hasard "ne pas le louper" à la TV) mais aussi aux grands noms de la comédie musicale hollywoodienne (Cyd CHARISSE, Gene KELLY future vedette des "Les Demoiselles de Rochefort" (1966) à Bob FOSSE). L'exercice de style est fort réussi, notamment en ce qui concerne l'usage de la couleur qui m'a fait penser à un détonnant mélange de portraits polychromes de Andy Warhol et de chauvinisme cocorico bleu blanc rouge! Le fond en revanche est bien léger et l'intrigue tient sur un timbre-poste. Il ne suffit pas de citer Ernst LUBITSCH pour avoir sa subtile "touch". Même si le badinage à trois reste charmant et élégant, Anna KARINA et surtout Jean-Claude BRIALY surjouent par rapport à un Jean-Paul BELMONDO qui reste parfait de naturel. Bref c'est rafraîchissant et récréatif, innovant et audacieux mais un peu plus de charpente aurait été bienvenu.

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Foutaises

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Jeunet (1989)

Foutaises

"Foutaises" qui signifie "chose insignifiante, sans intérêt" est un petit concentré de sept minutes de tout ce qui fait la magie du cinéma de Jean-Pierre JEUNET. Son générique est le parfait prototype de celui de "Delicatessen" (1990) (bien que la première phrase soit "j'aime pas les étalages de boucherie" on retrouve des acteurs tels que Marie-Laure DOUGNAC et Chick ORTEGA) et son contenu ressemble beaucoup au début de "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) puisqu'il est construit sur le principe d'une liste binaire en forme de "j'aime" et "j'aime pas" renvoyant à Georges Pérec. Dit comme cela, ça paraît simpliste mais en fait, pas du tout car ce langage renvoie à celui de l'enfance et l'inventaire nostalgique qui suit fait penser à la petite boîte-madeleine de Dominique Bretodeau, ce quinquagénaire qui par le biais des traces matérielles de son passé, renouait avec son enfance, les émotions qui allaient avec et pouvait enfin communiquer avec son petit-fils. Là c'est "la muse" de Jean-Pierre JEUNET qui s'exprime face caméra, Dominique PINON (j'ai lu ce terme dans un article et j'ai trouvé le détournement de ce terme tellement amusant que je le place ici), avec son éternel faciès d'enfant-clown qui se remémore depuis le décor neutre de sa chambre ce qu'il aime (ou n'aime pas) aujourd'hui mais surtout ce qu'il aimait (ou n'aimait pas) hier. Et c'est là qu'intervient le plus l'aspect proustien du cinéma de Jean-Pierre JEUNET. Car comme Amélie Poulain, le héros de "Foutaises" se connecte au monde par les sensations et se remémore le passé par elles, le petit beurre ayant remplacé la madeleine à l'heure du goûter "Quand j’étais gosse, j’aimais l’odeur du pain grillé, le matin, le plastique à recouvrir les livres, à la rentrée, et puis les petits pots de colle blanche, à l’école. J’aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée. Mais j’aimais pas, et j’aime toujours pas, les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier." Les images qui accompagnent les propos de Dominique PINON accentuent cette nostalgie par leur effet rétro, aspect présent dans tout le cinéma du réalisateur. Dans "Foutaises" on est plongé dans les années trente et soixante (époque de l'enfance du réalisateur) au travers de l'évocation des départs en vacances en train qui sentent fort les premiers congés payés et aussi via des images abîmées de vieux films français tels que "Le Quai des brumes" (1938), d'anciens acteurs tels que Richard WIDMARK ou de vieilles séries comme "Thierry la Fronde" (1963) ou encore d'images de BD franco-belges.

Et c'est là que "Foutaises" prend tout son sens. Car en fait c'est une antiphrase. Jean-Pierre JEUNET laisse entendre à travers son catalogue poétique que ce qui fonde notre identité se trouve dans l'enfance et que celle-ci construit son rapport au monde par les sensations, ces fameux "tout petits plaisirs" qui semblent insignifiants alors qu'ils sont la clé du bonheur qu'on peut emporter partout avec soi à l'image du sable de la plage que l'on retrouve des mois après à l'intérieur des pages du livre lu à ce moment-là. Le fait d'en conserver la mémoire fait de nous des êtres humains à part entière alors que ceux qui l'ont oublié sont coupés d'eux-mêmes et des autres.

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Les Carabiniers

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1963)

Les Carabiniers

Fable antimilitariste presque abstraite tant elle est distanciée et décontextualisée qui semble réalisée à l'arrache avec trois francs six sous et des acteurs inconnus, "Les Carabiniers" vit dans l'ombre des deux grands films de Godard qui l'ont précédé et lui ont succédé "Vivre sa vie" (1962) et "Le Mépris" (1963). Pourtant, je le trouve personnellement assez réussi car il m'évoque à la fois le "Affreux, sales et méchants" (1976) de Ettore SCOLA à cause du cadre dans lequel vivent les personnages (terrain vague et bidonville) ainsi que leur comportement "ras du front" et la pièce "Ubu roi" de Alfred Jarry à cause du ton résolument absurde des situations, de la crédulité enfantine de Ulysse et Michel-Ange contrastant avec leur comportement meurtrier et du fait que l'une de leurs femmes ne cesse de dire "merdre" à tout bout de champ. Rempli d'autodérision avec ses quatre crétins vivant dans une cabane mais se faisant appeler par de grands noms (Ulysse, Michel-Ange, Venus et Cléopâtre), le film dénonce l'absurdité de la guerre en mélangeant des images d'archives et des images de fiction dans lesquelles on voit les deux paysans, manipulés par les carabiniers qui les ont enrôlé en leur promettant de devenir riches comme Crésus commettre toute une série d'exactions et de crimes avant de ramener dans une valise ce qu'ils croient être leur trésor de guerre: en fait on découvre qu'ils n'en ont rapporté que les images (lors d'une séquence en hommage aux frère Lumière, on voyait déjà l'un des compères incapable de discerner la différence entre l'image et la réalité puisque comme les premiers spectateurs, il croyait qu'il allait se prendre le train dans la figure et pouvoir vraiment caresser une femme nue dans son bain) et qu'ils sont en réalité les dindons d'une sinistre farce dont leur cerveau épais n'a pas compris qu'ils finiraient par en être les victimes "qui vit par l'épée périra par l'épée". Bref, "Les Carabiniers" a quelque chose d'une blague de sale gosse un peu je m'en foutiste sur la forme qui adopte un ton burlesque (et des clins d'oeil à Charles CHAPLIN, celui de "Les Temps modernes" (1934) et celui de "Le Dictateur") (1940) mais sur le fond, la violence est montrée ou évoquée de façon très réaliste avec l'évocation d'épisodes de la Shoah en URSS ou des exécutions d'otages reconstituées de façon très crédible.

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Ma nuit chez Maud

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1969)

Ma nuit chez Maud

Avoir vu à deux jours d'intervalle "La Sonate à Kreutzer" (1956) et "Ma nuit chez Maud", le troisième et le plus célèbre conte moral de Éric ROHMER s'est avéré éclairant en ce que ces deux oeuvres présentent des personnages masculins assez similaires. En effet dans les deux cas, on a affaire à des hommes qui "présentent bien" en terme de réussite sociale, bref ce qu'on appelle des "gendres idéaux" ou encore des "bon partis". Autre point commun, le fait d'adopter leur point de vue nous fait comprendre que ces hommes agissent comme des stratèges qui ont planifié leur vie à l'avance. Tous deux veulent se marier, non parce qu'ils en ont réellement envie mais parce que cela fait partie du CV qu'ils veulent arborer en guise d'identité. Dans le cas de Jean-Louis (Jean-Louis TRINTIGNANT) il lui faut une catholique parce que lui-même se prétend tel et qu'il cherche une femme assortie à ses propres critères de valeur ou plutôt à l'étiquette qui leur correspond. En creusant un peu, on découvre, chez lui comme chez la fille sur laquelle il a jeté son dévolu, Françoise (Marie-Christine BARRAULT) que cette prétendue foi n'est qu'un palliatif à l'absence de personnalité (ou plutôt au refus de la laisser éclore), qu'il n'y a chez l'un comme chez l'autre ni spiritualité réelle, ni mysticisme, juste de la mauvaise conscience liée à un comportement marqué par le conformisme et la médiocrité. Tout cela ne ressortirait pas avec autant de relief si Éric ROHMER n'avait pas eu l'idée de confronter Jean-Louis à la perspicace Maud (Françoise FABIAN) à croire que ce prénom s'attache aux femmes les plus libres penseuses et les plus vraies du cinéma occidental (évidemment je fais allusion ici à "Harold et Maude") (1971). Par contraste avec Jean-Louis et Françoise qui semblent vieux avant l'âge et de nos jours, complètement moisis, Maud est éclatante de modernité. Alliant vive intelligence, sensualité débordante et authenticité émotionnelle, elle est complètement avant-gardiste. Et pas seulement par le fait d'être divorcée (en 1969), d'élever seule sa fille ou d'avoir eu un amant qu'elle aimait et pour qui elle aurait quitté son mari volage s'il n'avait eu une fin tragique. Elle a tout compris à Jean-Louis en qui elle semble lire comme dans un livre ouvert et dont elle va tenter de décrisper l'esprit mais aussi le corps (on disserte mieux philosophie et théologie allongé dans un lit dans le plus simple appareil qu'engoncé dans un fauteuil, c'est bien connu ^^). Ceux qui croient que Éric ROHMER est un cinéaste purement intellectuel ont-ils vu "Ma nuit chez Maud"?: outre les tenues sexy mettant bien en évidence ses gambettes, Maud-Françoise FABIAN dormant nue sous une couverture évoquant de la fourrure, c'est carrément "caliente" (idée que l'on retrouve aussi chez son contemporain Jacques DEMY, dans "Peau d âne" (1970) et "Une chambre en ville") (1982). D'ailleurs aussi "freak control" soit-il, Jean-Louis vacille au moment où il est le plus vulnérable c'est à dire le petit matin au réveil. Mais ça ne dure qu'un instant, il se reprend très vite et enfile son costume de "séminariste" qui sonne tellement faux! Dans ses contes moraux des années 60-70 comme plus tard dans ses comédies et proverbes des années 80, Éric ROHMER se joue des apparences et des faux semblants comme personne, notamment en confrontant les discours bien huilés de personnages pleins de certitudes à une vérité intime trouble sur laquelle ils n'ont pas prise et qu'ils préfèrent fuir, c'est tellement plus facile!

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Le Genou de Claire

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1970)

Le Genou de Claire

"Le Genou de Claire", cinquième des six contes moraux est un film que je trouve admirable, l'une des incontestables grandes réussites de Éric ROHMER, son conte moral le plus célèbre avec "Ma nuit chez Maud" (1969). Ce n'est cependant pas un film aimable et encore moins attachant mais je dirai que c'est souvent le cas chez Rohmer: beaucoup de ses héros ou héroïnes sont agaçants voire tête à claques (pas étonnant qu'une Arielle DOMBASLE ou un Fabrice LUCHINI qui apparaît âgé de seulement 19 ans dans "Le Genou de Claire" aient fait une belle carrière chez ce cinéaste).

Si "Le Genou de Claire" est si admirable, c'est qu'il s'agit d'un palimpseste. En apparence c'est un huis-clos à ciel ouvert et une tranche de vie façon journal de bord se déroulant sur un mois d'été, scandé par des cartons énumérant les différentes dates dans lesquelles prennent place les événements montrés. En réalité c'est un film qui réussit à nous faire voyager dans le temps:

- Au XVIII° siècle tout d'abord. Les jeux de l'amour et du hasard qui forment le coeur de l'intrigue renvoient à Marivaux d'autant plus que le cadre a quelque chose de très scénique. Mais les personnages eux, entretiennent des conversations mondaines comme on le faisait dans les salons bourgeois de Mme Geoffrin qui accueillait les philosophes des Lumière et ont quelque chose du roman épistolaire de Choderlos de Laclos. Aurora (Aurora CORNU) bien que ses motivations soient très différentes de Mme de Merteuil est une manipulatrice hors pair. Pour les besoins de son roman, elle attise l'ego de Jérôme (Jean-Claude BRIALY) en le poussant à flirter avec deux nymphettes de 16-17 ans. Un jeu de séduction quelque peu pervers qui fait penser à celui de Valmont avec Cécile de Volanges d'autant que pour parvenir à ses fins, il doit séparer Claire de son amoureux, Gilles. Il y a même un alter ego de Mme de Volanges en la personne de la mère de Claire et de Laura qui ne voit rien de ce qui se déroule sous son propre toit. Ne manque que Mme de Tourvel et l'équivalence serait parfaite.

- Le XIX° siècle est présent au travers de l'esthétique particulièrement réussie du film. Le travail sur la lumière et les couleurs confère une ambiance impressionniste au film qui se déroule pour l'essentiel en extérieurs, dans des cadres naturels enchanteurs (les Alpes et le lac d'Annecy) et le canotier que porte sur la tête un Jérôme barbu renforce encore l'impression d'être dans un tableau animé de Auguste Renoir. Et pour enfoncer encore le clou, une scène entière, la plus emblématique puisque totalement silencieuse dans un film par ailleurs très bavard se réfère elle à Renoir fils, plus précisément à "Une partie de campagne" (1936) quand les éléments se déchaînent en relation avec l'explosion sensuelle qui se produit à ce moment-là en pleine nature.

- Enfin le XX° siècle est présent au travers d'une étude de moeurs doublée d'une discrète étude sociologique qui ancre en dépit des apparences le film dans son époque: les années 1970. La scène de conflit entre d'un côté Jérôme, les Walter et Gilles et de l'autre les campeurs renvoie à la lutte des classes transposée dans un cadre estival. Les premiers font partie de ces touristes privilégiés qui ont hérité d'un important patrimoine de villégiature issu du XIX° siècle alors que les seconds, issus des classes moyennes et populaires incarnent le tourisme de masse des Trente Glorieuses. Quant à la relation entre Jérôme et les deux soeurs, Claire (Laurence de MONAGHAN) et Laura (Béatrice ROMAND, l'une des égéries du cinéaste dont on peut suivre l'évolution de film en film de son adolescence dans "Le Genou de Claire" à l'âge mûr 27 ans plus tard dans "Conte d automne" (1997)), elle illustre à quel point à cette époque le désir d'un homme adulte pour une adolescente n'était pas questionné, il était même encouragé. Celui-ci pouvait se livrer à des gestes déplacés tels qu'un baiser volé ou un long attouchement (certes sans aucune vulgarité, la distinction étant le maître mot du comportement des personnages) en toute impunité. Et pour cause, car c'est son point de vue que le film adopte. Que la fille soit aguicheuse comme Laura ou froide et indifférente comme Claire n'a aucune importance. Ce sont des corps-objets, jeunes et frais exposé à la concupiscence du mâle dominant, le plus âgé et le plus velu. Seul le carcan éducatif, la haute opinion qu'il se fait de lui-même et une faiblesse de caractère qui en fait la proie de femmes matures (dont sa future épouse) empêche Jérôme s'exercer pleinement son "droit de cuissage" sur la chair fraîche mise à sa disposition. Car il y a évidemment une grande ironie chez Éric ROHMER. Dans nombre de ses films, les personnages se grisent de mots raffinés pour se persuader qu'ils contrôlent la situation alors qu'ils sont le jouet de leurs pulsions. Parfois ils finissent par découvrir la vérité en lâchant prise (c'est par exemple le thème majeur de "La Marquise d O...") (1976). Parfois ils continuent à s'aveugler comme Jérôme qui pense avoir satisfait son désir alors qu'il l'a fui en courant.

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Antoinette dans les Cévennes

Publié le par Rosalie210

Caroline Vignal (2019)

Antoinette dans les Cévennes

Pour mon premier film en salle depuis le déconfinement, je me suis offert la comédie qui avait fait le buzz juste avant qu'il ne soit plus possible d'aller au cinéma. Franchement, j'ai été déçue. Non que le film soit désagréable, il se regarde avec plaisir, on ne s'ennuie pas du tout mais je trouve le résultat conformiste et inconsistant. En fait c'est une question de dosage. J'aime bien les contes, le western,Éric ROHMER, le "road movie" à pied et à dos d'âne avec une touche biker mais je trouve qu'il n'y a pas assez de tout cela. Ces pistes existent mais à peine entrevues, elles se referment aussitôt: frustrant! J'aurais aimé que la réalisatrice se perde et nous perde sur l'un de ces chemins de traverse. Par exemple en suivant cette énigmatique cowgirl sortie de nulle part qui vient soigner la cheville foulée de Antoinette, sans contact, juste par l'énergie rassemblée dans ses mains à la manière du Qi-Gong. Associée à la chanson "My rifle, my Pony and me" interprétée par Dean MARTIN dans "Rio Bravo" (1959) qu'on entend en générique de fin ça aurait vraiment eu de la gueule car les paysages majestueux des Cévennes se prêtent à cette atmosphère. Ou bien, autre piste possible, celle de Marie RIVIÈRE dont la présence rappelle "Le Rayon vert" (1986), l'un de mes films préférés de Éric ROHMER dans laquelle son personnage, Delphine errait comme une âme en peine d'un lieu de vacances à l'autre, boule de solitude mal-aimable parce que ne se sentant nulle part à sa place mais ayant assez de force de caractère pour refuser de se couler dans un rôle social préétabli. Ou encore, tiens, la petite Pauline, triste héroïne de la Comtesse de Ségur victime d'une mauvaise mère et n'ayant pour seul confident et ami que l'âne Cadichon, la sagesse même, à rebours du "bonnet d'âne". Des portraits de femmes sortant des sentiers battus, ayant une véritable identité que ce soit dans le genre "Johnny Guitar" (1954) ou "La Marquise d O..." (1976) ou "Thelma et Louise" (1991) et sa fin sans compromis. Que nenni. "Antoinette dans les Cévennes" prend bien soin de rester sur le sentier balisé du bon gros vaudeville qui tache avec sa maîtresse aux rêves de pacotille dont la situation est en réalité plutôt sordide (elle fait partie à son insu d'une tractation conjugale, son amant est le père de l'une de ses élèves de CM2, bref c'est malsain) et l'émancipation, toute relative. Certes, elle trace son chemin toute seule mais l'image qu'elle renvoie est quand même celle de la pauvre fille perdue qu'on regarde avec condescendance et qu'il faut aider, soigner, porter. Quant à la fin, elle est ambigüe (comme ça, zéro risques). Va-t-elle guider à son tour ou bien retomber dans ses vieux travers?

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