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La vie de Bohème

Publié le par Rosalie210

Aki Kaurismäki (1992)

La vie de Bohème

"La vie de bohème" est l'adaptation toute personnelle par Aki KAURISMÄKI du livre "Scènes de la vie de bohème" de Henry Murger publié en 1851 dont la postérité est surtout due à la popularité de l'opéra de Puccini (ce qui explique sans doute que Aki Kaurismäki ait inséré dans son film une scène où les compagnes des artistes, Mimi et Musette vont à l'opéra, même si c'est pour y écouter du Mozart et faire dire à leurs homme que l'opéra est mort). On peut y ajouter également les allusions explicites à des poètes français ayant vécu ou célébré la vie de bohème (Baudelaire et Rimbaud en premier lieu).

Henry Murger disait que la bohème était impossible en dehors de Paris. Pourtant, il a bien fallu que Aki KAURISMÄKI délocalise son film en banlieue (plus précisément à Malakoff) afin de donner à son film l'esthétique des années cinquante qu'il affectionne particulièrement. Hommage à la France et aux cinéastes français qui l'ont inspiré (René CLAIR, Marcel CARNÉ, Jacques BECKER etc.) "La vie de bohème" est ainsi un étonnant mélange spatio-temporel (comme le sera vingt ans plus tard "Le Havre" (2011)) traitant de problématiques contemporaines à travers un filtre résolument nostalgique et réunissant un casting franco-finlandais dans lequel on distingue André WILMS et Evelyne DIDI que l'on retrouve tous deux dans "Le Havre" (2011). André WILMS dont c'était la première collaboration avec le cinéaste finlandais y interprète d'ailleurs le même personnage, Marcel Marx, un écrivain-philosophe désargenté qui se reconvertira ensuite dans le cirage de chaussures. Les thématiques de l'immigration et de la maladie sont communes au deux films (au travers de son ami peintre Rodolfo et sa compagne Mimi dans "La vie de bohème"). Autre acteur commun, Jean-Pierre LÉAUD qui joue le rôle d'un collectionneur (dans "Le Havre" il se fera délateur). L'humour absurde débité sur un ton pince-sans-rire est savoureux (le "C'est ma mère" dit par un Rodolfo albanais joué par l'acteur finlandais Matti PELLONPÄÄ devant son autoportrait vaut bien Marcel Marx se dépeignant en albinos africain dans "Le Havre") rehaussant un mélodrame résolument mélancolique et sans perspectives autre que la survie au jour le jour mais qui célèbre l'amitié, la solidarité et l'idéalisme un peu fou de ces artistes qui comme le chantait si bien Anne Sylvestre "passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté".

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Juha

Publié le par Rosalie210

Aki Kaurismäki (1999)

Juha

Une décennie avant Michel HAZANAVICIUS et Pablo BERGER, Aki KAURISMÄKI a eu l'idée de réaliser "le dernier film muet du XX° siècle". Tous les éléments formels y sont: noir et blanc de rigueur, jeu et mise en scène expressionniste, cartons et musique remplaçant la parole, format court, intrigue "primitive" qui renvoie à de nombreux grands classiques, en premier lieu D.W. GRIFFITH et F.W. MURNAU (on pense à "L Aurore" (1926) sauf que c'est la fermière qui est ici séduite par un homme de la ville). Cependant, ce n'est pas pour autant un pastiche se contentant de recycler les codes du passé. D'abord parce que la bande-son variée et moderne est en complet décalage avec les images désuètes. D'ailleurs on retrouve l'une des signatures du cinéaste finlandais avec un extrait de concert lorsque l'un des personnages chante en français "Le Temps des cerises" pour suggérer le grand bain de sang à venir. Ensuite parce que les clins d'oeil vont bien au-delà de la période du muet. C'est comme si Aki KAURISMÄKI parvenait à harmoniser le début de "Angèle" (1934) et la fin de "Taxi Driver" (1976) avec un passage progressif d'une histoire "de terroir" ancrée dans une ruralité (presque) intemporelle à un univers urbain de film noir à l'américaine en version stylisée. On peut ajouter aussi l'allusion aux mélodrames de Douglas SIRK qui avait commencé sa carrière en Allemagne sous le nom de Sierk, nom qui est apposé sur la plaque d'immatriculation du véhicule du séducteur-proxénète (André WILMS dont c'était déjà la troisième collaboration avec le cinéaste finlandais). Quant à l'épouse naïve du fermier qui se laisse séduire par les mirages de la vi(lle), elle est interprétée par Kati OUTINEN, l'actrice fétiche du réalisateur.

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Bergman island

Publié le par Rosalie210

Mia Hansen-Love (2021)

Bergman island

Il n'y a selon moi que deux ou trois choses à sauver dans ce film: la musique, les paysages (très bien photographiés) ... et la bibliothèque de Ingmar Bergman. Pour le reste, il s'agit d'un exercice de style calibré pour plaire à la critique cannoise c'est à dire à une élite bourgeoise internationale ayant par le passé déjà sacré un film qui tournait autour du réalisateur suédois ("Les meilleures intentions" de Bille August en 1992). Mais pour vraiment le connaître, mieux vaut passer son chemin que de regarder ce film prétentieux et creux qui n'est même pas capable de restituer correctement ce qui fait le génie du réalisateur. On a droit au contraire à une vision caricaturale, sinistre et nombriliste qui évacue la part de magie et d'enfance de son oeuvre ("La Flûte enchantée" et "Fanny et Alexandre" en étant les plus beaux exemples) et plus généralement, tout son versant lumineux (la comédie "Sourires d'une nuit d'été" n'est même pas évoquée sans parler des baladins, comédiens et jeunes menant la vie de bohème pleins de joie de vivre qui peuplent nombre de ses films. Quant à "Scènes de la vie conjugale", le film le réduit à un cliché, celui des divorces que celui-ci aurait entraîné alors qu'il est bien plus complexe que cela). Et si le but était de faire de l'ironie sur le culte du cinéaste, c'est raté: Ingmar Bergman n'est certainement pas quelqu'un qui génère un tourisme de masse!

L'aspect inauthentique du prétendu hommage à Ingmar Bergman (hormis la beauté des lieux qui l'ont inspiré) est ce qui m'a le plus agacé tant il sent la posture à plein nez. Si on l'enlève, il n'y a plus grand-chose à se mettre sous la dent. Le couple de scénaristes américains interprétés par Tim Roth et Vicky Krieps est lui aussi l'objet d'une enfilade de clichés (paraît-ils, autobiographiques. Mais on ne fait pas des films que pour soi ou pour l'entre-soi, surtout que ni Mia Hansen-Love, ni Olivier Assayas son ancien compagnon ne sont Ingmar Bergman): la différence d'âge déjà entre les deux (la deuxième pourrait être la fille du premier), leur très vague crise conjugale à peine effleurée, leurs scénarios bidons (comme l'est celui du film qui ouvre des pistes sans les explorer). De celui de monsieur, on ne saura absolument rien sinon qu'il contient des dessins copiés sur le Kamasutra (ou inspirés de Sade?) Quant à celui de madame, il fait l'objet d'une double mise en abyme totalement inutile au vu de la vacuité de son sujet (un couple qui se sépare, se retrouve, se sépare à nouveau etc. joués par Mia Wasikowska et Anders Danielsen Lie, ce dernier tout aussi monolithique que dans "Oslo 31 août" de Joachim Trier) Tout cela se termine en queue de poisson, logique puisqu'il n'y avait rien à dire.  

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L'amour l'après-midi

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1972)

L'amour l'après-midi

Le dernier des six contes moraux est le seul que je n'avais jamais vu. Et c'est à mon avis l'un des plus beaux. Avec un titre quelque peu trompeur qui m'a fait penser aux films que réalisait Agnès Varda dans les années 60 "Cléo de 5 à 7" et "Le Bonheur". "Cléo de 5 à 7" parce qu'en le lisant, on pense inévitablement à un adultère. Et "le Bonheur", parce que "L'amour l'après-midi" présente une configuration semblable quoique dans un milieu social différent. Un homme qui a tout pour être heureux mais qui se sent enfermé dans sa routine professionnelle et conjugale s'évade en imagination: d'abord par les livres, puis en regardant les autres femmes (dont toutes celles des précédents "Contes moraux" dont il rêve qu'elles tombent dans ses bras -enfin, presque toutes-). Jusqu'à ce qu'une possibilité d'aventure très concrète ne se propose lorsqu'une ancienne amie refait surface dans sa vie, bien décidée à le séduire. Mais la suite est différente du film de Agnès Varda. En effet, Chloé (et pas Cléo ^^) représente tout ce que Frédéric n'est pas: elle est libérée, instable, fantasque, aventureuse. Elle a de quoi le fasciner et il est inévitablement tenté d'autant qu'elle sait y faire pour susciter et entretenir son désir. Pourtant, et c'est là que réside toute la richesse du film, la manière dont Chloé lui assigne une identité de bourgeois conformiste ayant besoin d'aller voir ailleurs, la façon dont elle planifie à l'avance son rôle sans lui demander son avis (elle compte se servir de lui comme amant et géniteur en l'excluant par ailleurs de sa vie) finit par ressembler à sa vie conjugale marquée par l'absence de communication entre lui et sa femme. Et on le voit très bien par le fait que plus les choses se précisent entre Frédéric et Chloé et plus le cadre les entourant devient étroit et étouffant. Si bien que lorsque Frédéric se dérobe in extremis, on peut voir cette fuite montrée en plongée le long des escaliers qu'il dévale à toute vitesse de deux façons: soit comme une lâcheté, celle de n'avoir pas été jusqu'au bout de son désir et de ce fait, d'être condamné à nourrir des regrets. Soit au contraire comme un moyen d'échapper à l'emprise qu'elle exerçait sur lui. En se refusant au dernier moment, Frédéric reprend le contrôle de sa vie et de lui-même. Il rejette la proposition de Chloé qui le traitait de bourgeois mais lui proposait une double vie tout aussi voire encore plus conformiste. Il préfère rester intègre et tenter de concilier en une seule personne les caractéristiques de l'épouse et celles de l'amante tout en se donnant la possibilité de continuer une double vie, en rêve...

"L'amour l'après-midi" est un film dont le charme réside aussi dans la mesure où bien que se déroulant dans la grisaille parisienne, il est encore bien plus érotique que "Le genou de Claire". D'abord parce que Chloé (Zouzou) dévoile beaucoup plus de son anatomie (mais avec élégance: la manière dont elle pose avec puis sans serviette fait penser à la Vénus de Milo puis à un tableau d'Ingres). Et ensuite parce que Frédéric (et l'acteur qui l'interprète, Bernard Verley) est le moins antipathique des personnages masculins des "Six contes moraux". Certes, il s'illusionne en paroles comme les autres mais il est plus du genre à rêver en solitaire qu'à s'écouter parler devant un auditoire faire-valoir. Sa douceur toute féminine est à la fois rafraichissante et sensuelle. Il a de nombreux gestes tendres envers Chloé mais aussi sa femme. On le voit faire du shopping à plusieurs reprises, se laissant notamment conseiller par une vendeuse qui lui fait essayer une chemise plus seyante que ce qu'il porte habituellement. Bien que cadre, il se comporte avec ses secrétaires comme si elles étaient ses égales, n'hésitant pas à prendre leur place au besoin et ne cherchant pas à les séduire (alors qu'elles sont pourtant jolies, sexy et que la promiscuité du bureau est propice aux rapprochement des corps tout comme la cabine d'essayage du magasin où il se retrouve avec la vendeuse lorsqu'elle lui ajuste la chemise).

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BigBug

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Jeunet (2022)

BigBug

Le dernier film de Jean-Pierre JEUNET sorti sur Netflix le 11 février 2022 s'est fait étriller par la presse et de nombreux internautes. Et bien, mon avis sera à contre-courant. Déjà parce que j'ai préféré ce film à la majorité de ceux qu'a réalisé Jean-Pierre JEUNET (je l'ai préféré à "Micmacs à Tire-Larigot" (2009) à "L Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet" (2013) et même à "La Cité des enfants perdus") (1994). Je l'ai préféré aussi et largement au film dystopique comparable qu'a réalisé Terry GILLIAM, "Zero Theorem" (2013) que j'ai trouvé lui complètement raté. En fait je l'ai aimé comme j'avais aimé sa version de Alien, film également très décrié et dévalorisé parce qu'avant tout je l'ai trouvé très drôle! Très drôle mais aussi bien joué, pertinent et agréable à l'oeil. "Bigbug" est une satire rétrofuturiste aux couleurs acidulées de notre monde aliéné par la technologie et le consumérisme se situant quelque part entre "Brazil" (1985) et "Retour vers le futur II" (1989). Un monde dominé par la domotique et la robotique qui enferme les humains sous cloche et les humilie sans que ceux-ci n'aient l'air de s'en apercevoir (sinon ce ne serait plus une comédie). Il faut dire que ces humains-là ne sont préoccupés que par une seule chose: leur libido! Mais sous des formes socialement acceptables que les robots ont la capacité de décoder ce qui créé un décalage très amusant entre le numéro de séduction de Max, feignant d'être intéressé par l'art (Stéphane De GROODT) ou les occupations créatives et romanesques à l'ancienne (lecture, calligraphie, scrapbooking) que Alice lui montre (Elsa ZYLBERSTEIN) alors que tous deux ne pensent qu'à "ça" durant tout le film étant donné qu'ils ne parviennent pas à conclure. Les autres personnages sont à l'avenant, depuis les adolescents jusqu'au couple contrarié dans sa lune de miel (on pense à "Scènes de ménage" en voyant apparaître la cruche hystérique de la série de M6 jouée par Claire CHUST) en passant par la voisine propriétaire d'un chien cloné et d'un robot sextoy (Isabelle NANTY). C'est ce mélange de haute-technologie et d'animalité qui est détonnant dans le film. Bien plus que les allusions (superficielles) au réchauffement climatique ou au covid-19, elles donnent à voir un être humain soumis à une double servitude: celles de ses pulsions primitives et celle des besoins artificiellement créés à son intention par la société moderne qui finit par se retourner contre elle lorsque les Yonix (robots-fachos à l'image de François LEVANTAL) décident de les ravaler au rang d'animaux. Mais il existe une autre sorte de robots, ceux qui servent la famille et qui cherchent au contraire à les aider en s'humanisant: un robot nettoyeur, un robot-jouet, un robot-penseur à l'image d'Einstein et doté de la voix de André DUSSOLLIER, un habitué du cinéma de Jeunet et enfin une androïde bonne à tout faire jouée par Claude PERRON, autre actrice récurrente du cinéma de Jeunet mais aussi de Albert DUPONTEL qui fait une rapide apparition de type caméo ainsi que Nicolas MARIÉ. A la manière de qui? A la manière de Terry GILLIAM dans les films de Albert Dupontel bien sûr, histoire de rappeler que lui et Jeunet sont ses héritiers français directs.

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Logan Lucky

Publié le par Rosalie210

Steven Soderbergh (2017)

Logan Lucky

Pas très cliente du genre du film de casse en général mais celui-ci (par l'auteur de la série des "Ocean") est vraiment pas mal. D'abord le plan est ingénieux (il s'agit de mettre en place une "pompe à fric" genre gros aspirateur pour vider le coffre de la recette d'une course automobile). Ensuite il y a pas mal de traits d'humour. Le plus évident est d'avoir pris au pied de la lettre l'expression "équipe de bras cassés" puisque les frères Logan sont respectivement boiteux (pour Jimmy alias Channing TATUM) et manchot (pour Clyde alias Adam DRIVER). J'avoue avoir éclaté de rire quand le faux bras de Clyde est aspiré dans la pompe à fric, quand la bombe n'éclate pas car Joe "Bang" (Daniel CRAIG totalement à contre-emploi) le spécialiste de l'explosif (^^) a juste un peu trop entortillé le sac plastique qui la contient (mais avec un flegme olympien, il l'ajuste, la relance et ça fait "bang") ou encore quand le directeur de la prison empêche son employé de sonner l'alerte en mode autruche car il a décidé qu'il n'y avait jamais de révolte dans sa prison et qu'on ne s'y évadait jamais (ça fait penser à une institution bien de chez nous qui a pour mot d'ordre "pas de vagues"). Enfin, le côté Robin des bois/revanche sociale du film a quelque chose de bien senti (et s'il fait mouche, comme pour l'humour c'est que le film est particulièrement bien construit). Jimmy et Clyde sont des éclopés, des laissés pour compte de la société américaine qu'ils ont pourtant servi (Clyde a perdu son bras en Irak, Jimmy est un ancien champion de football) et j'adore le passage où leur marginalisation se retourne contre les agents du FBI (dont Hilary SWANK) venus enquêter sur le casse. Ils ne peuvent en effet tracer Jimmy car celui-ci n'ayant pu payer ses factures, il se retrouve dépourvu de mouchard numérique ^^. Au vu de la façon dont il se fait jeter au début du film de son travail juste à cause de son handicap ou bien le fait que sa relation à sa fille soit menacée par son ex-femme* qui ne jure que par un homme plein aux as, on se dit que c'est bien fait et que tel est pris qui croyait prendre**.

* Alors qu'à plusieurs reprises, Jimmy rencontre des femmes indépendantes dont une médecin de campagne (Katherine WATERSTON) qui semble ne pas le laisser indifférent.

** Il y a du "Hana-Bi" (1996) dans ce film-là même s'il n'atteint pas le niveau du chef-d'oeuvre de Takeshi KITANO.

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La vie est un long fleuve tranquille

Publié le par Rosalie210

Etienne Chatiliez (1988)

La vie est un long fleuve tranquille

Je n'avais pas spécialement l'intention de revoir ce film un jour. Mais la nouvelle du décès d'André WILMS que j'aimais beaucoup, notamment dans "Le Havre" (2011) m'a rappelé qu'il avait joué dans ce film (je l'avais totalement oublié en effet, l'ayant vu il y a si longtemps!) Il y est évidemment brillant en bourgeois coincé, sa force comique étant de sortir des énormités en conservant un visage aussi impassible que celui de Buster KEATON ("je suis l'albinos de la famille" [du petit africain qu'il protège] dans "Le Havre", "Vous me faites bander, Marielle" dans "La Vie est un long fleuve tranquille"). Mais toute la distribution est au diapason. Hélène VINCENT qui joue son épouse, Mme Le Quesnoy s'est mainte fois illustré depuis dans des rôles de bourgeoises très BCBG qu'un petit grain de sable (ou de folie) vient faire dérailler ("Marie-Francine" (2017), "Le Sens de la fête" (2016) etc.) Entre eux, l'objet de tous les regards, c'est Maurice, leur fils biologique élevé par une famille des antipodes socialement parlant, les Groseille, des prolos vulgaires vivant à la limite de la marginalité. C'est en effet le rôle qui a révélé Benoît MAGIMEL alors tout jeune adolescent. Par delà l'hilarante satire* des deux milieux que tout oppose et que le destin réunit (de façon un peu forcée, il faut bien le dire), il est intéressant de constater deux manières de réagir face à ce qu'on peut qualifier de double identité. Alors que Maurice fait preuve de grandes capacités d'adaptation, se coulant facilement dans sa nouvelle position sociale privilégiée sans renier pour autant le milieu dans lequel il a été élevé, Bernadette, la fille biologique des Groseille élevée par les Le Quesnoy connaît à l'inverse une crise d'identité, se repliant sur elle-même et sombrant dans la dépression en rejetant les deux milieux.

Enfin que serait la comédie de Étienne CHATILIEZ sans son "hit" devenu culte, "Jésus revient" chanté par Patrick BOUCHITEY tout comme le film en lui-même dont le concept d'échange de bébés à la naissance a fait florès depuis dans le monde entier (dernièrement "Madres paralelas" (2021) mais aussi "Tel père, tel fils") (2013).

* Celle des Le Quesnoy est particulièrement bien sentie à chaque fois que le couple se retrouve empêtré dans les contradictions inhérentes à l'hypocrisie de la morale catholique. C'est particulièrement flagrant dans la scène où la bonne Marie-Thérèse (Catherine JACOB) prétend que sa grossesse est une "immaculée conception" (on retrouve le même mensonge dans "L Événement" (2021) montrant à quel point le tabou de la sexualité était puissant dans les mentalités imprégnées de catholicisme). Autre scène absolument jouissive, quand la plus jeune des Le Quesnoy avoue benoîtement à sa mère outrée mais piégée par l'éducation qu'elle lui a donné (la fameuse "charité chrétienne") avoir échangé sa belle poupée contre une autre en piteux état car "c'est une bonne action de donner à une petite fille pauvre".

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Tokyo Shaking

Publié le par Rosalie210

Olivier Peyron (2021)

Tokyo Shaking

Voilà un film, sorti en juin 2021 qui ne paye pas forcément de mine mais pourtant qui vaut le détour. En effet il donne un bon aperçu de la diversité du comportement humain en situation de crise à l'échelle d'une entreprise. L'introduction adopte un ton satirique ("tout va très bien Madame la Marquise") pour signifier que dans leur tour d'ivoire (ou plutôt de verre et d'acier) les décideurs (dys)fonctionnent selon leur logique fictionnelle du "storytelling capitaliste" jusqu'à l'absurde. Absurde que va boire jusqu'à la lie Alexandra, cadre ambitieuse spécialisée dans la finance expatriée à Hong-Kong avec sa famille à qui l'antenne japonaise d'une banque française offre une promotion. Elle déménage donc avec ses enfants et découvre (première déconvenue) qu'au lieu de lui donner des tâches financières, on lui fait faire le sale boulot des RH: dégraisser le personnel. Et la voilà en train d'annoncer la mauvaise nouvelle à son stagiaire qu'elle avait pourtant promis d'intégrer alors que la terre se met à trembler. Mais pendant un certain temps, Alexandra comme le reste du personnel continuent comme si de rien n'était car rien ne doit arrêter la machine entrepreneuriale.

La suite relève de la même logique. Alors que le réel cogne de plus en plus fort à la porte des métropoles mondialisées qui dirigent le monde (séisme puis tsunami puis catastrophe nucléaire, le film reconstituant les événements ayant conduit à l'accident nucléaire de Fukushima), Alexandra n'entend autour d'elle que des discours "rassuristes" (ça ne vous rappelle rien?) sur le thème "tout est sous contrôle", doit préparer une évacuation collective du personnel de l'entreprise sur les ordres de son chef qui va s'avérer être une pure manoeuvre de diversion pendant que ce dernier s'enfuit en douce, découvre comment les traders spéculent sur la catastrophe, reçoit des consignes contradictoires qui la mettent dans une situation impossible (une mère de famille doit sauver ses enfants mais une cadre d'entreprise doit rester à son poste sous peine d'être licenciée, ça s'appelle la double contrainte et ça, notre société adore!) etc., etc. Et c'est ainsi que l'on découvre, ô surprise, que lorsque la bulle d'illusion créée par l'aveuglement collectif éclate (comme les bulles spéculatives), c'est le chaos du chacun pour soi qui l'emporte alors qu'on nous vante à longueur de temps notre capacité à gérer les risques et que les chances de s'en sortir varient selon votre place dans la hiérarchie sociale, votre niveau de revenus, la qualité de votre réseau, votre genre, votre nationalité etc. Bref que toutes les inégalités en temps de crise sont exacerbées. Dans cette nouvelle configuration, Alexandra se retrouve au final malgré elle du côté des victimes et devient solidaire d'eux. Une découverte de soi à travers une société des antipodes dont elle adopte les codes et qu'elle apprend à découvrir. Symboliquement à la fin du film, Alexandra quitte les lieux occidentaux dans lesquels elle était enfermée depuis son arrivée à Tokyo -une prison de verre que le film souligne particulièrement bien- pour aller à la rencontre de la vraie société japonaise.

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La Collectionneuse

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1967)

La Collectionneuse

Quatrième conte moral de Eric Rohmer (mais tourné avant le troisième "Ma nuit chez Maud"), "La Collectionneuse" se situe dans la continuité de "La Carrière de Suzanne" et annonce "Le genou de Claire". Deux insupportables goujats intellos imbus d'eux-mêmes (mais paresseux et misanthropes comme pas deux) déversent leur misogynie sur une fille qui les trouble et les exaspère par son comportement libéré. Comme dans "Le genou de Claire", tout ce petit monde se retrouve en villégiature, le temps d'un été à marivauder dans un langage très écrit (bien que se laissant volontiers aller à quelques "vulgarités") dans une villa inondée de soleil. Avec l'apparition de la couleur, Eric Rohmer fétichise le corps de Haydée dont le ventre, la nuque et les genoux apparaissent en gros plan quand elle est en maillot de bain au moment même où Adrien prétend ne pas être intéressé (l'hypocrite). Cette ironie s'observe dès le prologue: Haydée qui ne prononce pas un mot et se contente de marcher sur la plage est présentée avant tout comme un objet de désir alors que les deux hommes avec qui elle va partager son espace sont au contraire des moulins à parole. Cette inégale répartition des rôles théâtralise en apparence ce qui se joue dans la société à ceci près que Eric Rohmer en inverse le sens. Le jugement moral que les deux hommes portent sur Haydée qu'ils définissent comme une "collectionneuse" (d'amants) révèle leur peur d'être eux-mêmes transformés en objets (de collection). Prise dans le tourbillon de la vie, Haydée ne cesse au final de leur échapper, se joue d'eux, sème la zizanie et leur renvoie la balle de la moralité, eux qui adorent s'écouter parler plutôt que d'écouter leurs vrais désirs. 

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Quai d'Orsay

Publié le par Rosalie210

Bertrand Tavernier (2013)

Quai d'Orsay

Le beau parleur au tempérament volcanique, les satellites azimutés, l'homme de l'ombre flegmatique et le scribouillard énarque mais novice composent le tableau du personnel du ministère des Affaires Etrangères tel qu'il est brossé dans la première "vraie" comédie de Bertrand Tavernier. Une comédie certes mais qui répond à ses préoccupations de filmer les coulisses de l'histoire en marche, du côté de ceux qui la produisent. La nouveauté réside plus dans le ton que dans le thème. Tavernier a adapté la BD de Blain et Lanzac (alias Antonin Baudry, diplomate et ex-plume de Dominique de Villepin qui s'inspira de son expérience entre 2002 et 2004 au Quai d'Orsay et qui est représenté dans le film par le personnage qu'interprète Raphael Personnaz) et offre une version qui ne manque pas de piquant. De façon assez déconcertante en effet, le film se compose d'un aspect documentaire (il a été tourné dans les lieux même du pouvoir, en France comme à l'étranger et montre d'une façon méticuleuse les coins et recoins de la machine ministérielle, nous en faisant découvrir tous les rouages) tout en y greffant un aspect burlesque (les portes qui claquent et les feuilles qui s'envolent à chaque passage du ministre, les conseillers tous plus farfelus les uns que les autres). Son origine bédéique se retrouve également dans les pseudo-pays imaginaires évoqués tels que l' "Oubanga" ou le "Lousdémistan" qui n'ont rien à envier à la Syldavie et la Bordurie des albums Tintin. Néanmoins tout le monde comprend qu'il s'agit de la période durant laquelle les néoconservateurs américains dirigés par George W Bush décidèrent de faire une guerre préventive contre l'Irak à laquelle s'opposa la France lors du célèbre discours prononcé par Dominique de Villepin à l'ONU en 2003.

Disons-le tout de suite, la prestation de Niels Arestrup dans le rôle du directeur de cabinet Maupas m'a bluffée dans le film et je n'ai pas du tout été étonnée du prix du meilleur acteur dans un second rôle qu'il a reçu aux César. Quand il s'endort au milieu des séances de blablas, quand il fait appel à tout son self-control pour désamorcer une situation étrangère explosive alors qu'il est dérangé toutes les cinq minutes ou quand il doit faire preuve de diplomatie et d'autorité pour orienter les décisions dans le sens qu'il souhaite, il est impressionnant. On découvre ainsi le rôle clé de celui qui tient les rênes du ministère et agit pendant que le ministre fait le show à l'avant-scène. Autrement dit on assiste à une édifiante (et instructive) répartition des rôles. D'un côté le roi de l'éloquence et ses sous-fifres chargés de le conseiller ou de lui (ré)écrire (10 mille fois) ses discours qui se tirent dans les pattes ou lui servent de souffre-douleur (ou plutôt de boules anti-stress). De l'autre le manoeuvrier de l'ombre, celui qui agit dans les coulisses mais laisse à d'autres le soin de monter en première ligne. Car le personnage du ministre (joué par Thierry Lhermitte qui avait déjà été Louis XIV chez Véra Belmont) est une pile électrique qui use son entourage à force d'extravagances et d'exigences mais c'est lui qui s'expose et se prend les coups comme le montre la séquence africaine où il est chahuté par une manifestation anti-française en "Oubanga" alias la Côte d'Ivoire (séquence inspirée d'un épisode réel durant lequel Dominique de Villepin fut bloqué pendant une heure par des manifestants pro-Gbagbo à Abidjan).

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