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Articles avec #comedie dramatique tag

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the kingdom of the crystal skull)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2007)

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the kingdom of the crystal skull)

Je n'avais jamais eu envie de voir le quatrième épisode des aventures d'Indiana Jones bien qu'il ait fait couler beaucoup d'encre, plutôt négativement. Au final, sans atteindre la dimension mythique du premier ou l'intensité du troisième, c'est un film qui se regarde avec plaisir, même s'il est trop bavard et un peu longuet. Le poids des ans se fait ressentir et il est difficile d'anticiper le vieillissement des effets spéciaux numériques qui sont très présents dans le film. Mais la scène d'ouverture est tout aussi brillante que celle des opus précédents et nous plonge en immersion dans les années cinquante ou plutôt dans l'immense cinémathèque consacrée à cette période. Steven SPIELBERG et George LUCAS voulaient conserver l'aspect "série B" de leur saga en mixant l'aventure dans la jungle à la manière des aventures de Bob Morane avec les histoires de science-fiction souvent à connotation paranoïaque dans un contexte de guerre froide. Alors ils s'en donnent à coeur joie, parfois en s'auto-citant, de "American Graffiti" (1973) à "E.T. L'extra-terrestre" (1982) en passant par "Rencontres du troisième type" (1977) ou en citant les amis avec l'allusion à la première version du scénario de "Retour vers le futur" (1985) dans lequel la machine à voyager dans le temps fonctionnant à l'énergie nucléaire était un réfrigérateur. D'ailleurs le film de Robert ZEMECKIS transportait le héros dans les années cinquante et citait "L'Invasion des profanateurs de sépultures" (1956) également mentionné dans le film de Steven SPIELBERG. Quant à la cité maya construite par des aliens, elle aussi constitue un thème important de l'ufologie des années cinquante, soixante et soixante-dix dont on trouve l'héritage dans ce qui est un de mes souvenirs d'enfance "Les Mystérieuses cités d'or" (1983). Donc, respect vis à vis de tout ce travail d'assimilation et de restitution qui est d'une grande cohérence tout comme d'ailleurs l'autre aspect majeur du film, la saga familiale, amorcée dans le deuxième, affirmée dans le troisième et pleinement exploitée dans le quatrième. Steven SPIELBERG et George LUCAS sont tout autant mythologues que cinéastes et Harrison FORD est loin d'avoir rendu son dernier soupir. Même s'il doit faire équipe avec un petit jeune aux faux airs de James DEAN et de Marlon BRANDO joué par Shia LaBEOUF, aucun ancien, vivant ou non n'est oublié que ce soit Karen ALLEN (Marion Ravenwood), Sean CONNERY (Henry Jones senior) ou Denholm ELLIOTT (Marcus Brody) remplacé par Jim BROADBENT dans le rôle du doyen de l'institut où enseigne encore Indiana Jones qui lui aussi a vu sa retraite repoussée puisqu'il doit reprendre du service cette année pour un cinquième volet.

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Fifi martingale

Publié le par Rosalie210

Jacques Rozier (2001)

Fifi martingale

"Fifi martingale" est le film invisible de Jacques Rozier. Réalisé quinze ans après "Maine Océan" en 2001, il n'est jamais sorti en salles et n'a été diffusé qu'en de rares occasions sur Canal + qui l'a co-produit. Le décès du cinéaste a conduit la chaîne à proposer le film sur sa plateforme de vidéos à la demande.

Dans "Fifi martingale", Jacques Rozier a voulu se faire plaisir en filmant sa compagne, Lydia Feld (dont le nom de scène est Lili Vonderfeld) et en rendant hommage à Jean Renoir, aux Marx Brothers et à Marcel Carné. Le résultat est déconcertant car on se retrouve avec un film qui se résume pour l'essentiel à du (mauvais) théâtre filmé dont on assiste aux répétitions hasardeuses jusqu'à plus soif avec un fil conducteur tout aussi nébuleux et une écriture remplie de jeux de mots assez pitoyables. Rien à voir avec le sens des répliques d'un Carné ou d'un Renoir. Au milieu du film a lieu une échappée en voiture et on croit alors avoir retrouvé le Rozier que l'on aime. Sauf que c'est pour mieux retourner au théâtre où l'on assiste cette fois à la répétition d'une opérette avec Luis Rego. Bref, n'en jetez plus ce film de plus de deux heures est dans l'ensemble assez indigeste et fait penser à "au théâtre ce soir" avec en plus un côté amateur dû au style Rozier qui s'avère incompatible avec le film de chambre et des acteurs qui semblent tout aussi peu dirigés. Jean Lefebvre semble être à la ramasse et on imagine ce que le film aurait pu donner si Bernard Tapie (le premier choix de Jacques Rozier) avait interprété son rôle. Le tournage chaotique du film, interrompu à plusieurs reprises qui a conduit l'acteur-entrepreneur à jeter l'éponge explique sans doute ce résultat décevant.

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Emma

Publié le par Rosalie210

Jim O'Hanlon (2009)

Emma

A l'exception de "Raison et Sentiment" (2008) qui souffre de sa comparaison avec le film de Ang LEE scénarisé et interprété par la divine Emma THOMPSON, j'ai systématiquement préféré les adaptations des romans de Jane Austen en mini-série pour la BBC aux déclinaisons cinématographiques de ces mêmes romans. Je n'avais pas aimé l'adaptation sans relief de "Emma" réalisée par Douglas McGRATH avec Gwyneth PALTROW dans le rôle-titre qui correspondait à un filon commercial exploité par la Weinstein et cie dans les années 90. Rien à voir avec la mini-série en quatre épisodes scénarisée par Sandy WELCH déjà à l'oeuvre sur la formidable adaptation de "Jane Eyre" (2006) réalisée par Susanna WHITE. Le résultat est d'une grande fidélité au roman tout en maintenant l'intérêt du spectateur sur la durée. "Emma" est comme la plupart des livres de Jane Austen un récit initiatique de passage à l'âge adulte mais d'un point de vue féminin. Les contraintes qui pèsent sur les jeunes filles de la gentry (petite noblesse rurale, milieu social auquel elle appartenait) ont une très grande importance. Comme dans "Jane Eyre" autre récit initiatique au féminin (mais plus sauvage, Charlotte Brontë considérait les romans de sa consoeur comme un jardin trop bien ordonné), l'héroïne compense l'impossibilité d'apprendre en se déplaçant par un voyage intérieur. Jane s'évadait dans les livres, Emma se fait des films à partir des gens qui l'entourent, imaginant des intrigues amoureuses entre les uns et les autres qu'elle aide à se concrétiser afin d'avoir un rôle actif et valorisant. Mais sans expérience de la vie et nourrie de préjugés de classe, Emma manque de discernement et multiplie les maladresses et les bévues au point de compromettre sa propre situation à force d'aveuglement. Ce que j'ai aimé dans la série, c'est le regard bienveillant sur Emma (très bien interprétée par Romola GARAI) qui agace certes au début ("la petite fille gâtée qui croit mieux savoir ce qui est bon pour les autres qu'eux") mais évolue très vite. Bien que ses agissements relèvent de la manipulation, elle est trop naïve pour maîtriser les tenants et aboutissants de ses actes et c'est elle qui finalement devient une victime (d'elle-même mais aussi de prétendants plus aguerris). A cela s'ajoute le fait qu'après la mort de sa mère et les mariages de sa soeur et de sa gouvernante, elle se retrouve seule à tenir compagnie à un père particulièrement anxieux qui n'aime pas qu'elle s'éloigne de lui (Michael GAMBON, le Albus Dumbledore de la saga Harry Potter à partir de l'épisode 3). Heureusement, elle a un ami et mentor en la personne de son voisin et beau-frère, George Knightley (Jonny LEE MILLER), plus âgé qu'elle et ayant une meilleure connaissance des codes sociaux et du coeur des hommes mais qui contrairement à Frank Churchill ou à Mr. Elton ne cherche pas à profiter d'elle mais à lui ouvrir les yeux sur ses erreurs. Pour un spectateur qui ne connaît pas le roman et qui donc va s'identifier à Emma, il n'est pas si simple de démêler le vrai du faux et donc de comprendre ce qui se trame vraiment entre les uns et les autres. Et pour celui qui le connaît, il peut une fois de plus admirer la profondeur de l'étude de moeurs de Jane Austen qui nous met face à une galerie de personnages écrasés par leur condition sociale qui dicte souvent leurs actes ce qui fait penser à la phrase de Jean RENOIR, "chacun a ses raisons".

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Indiana Jones et la dernière croisade (Indiana Jones and the last crusade)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1989)

Indiana Jones et la dernière croisade (Indiana Jones and the last crusade)

Deux Jones pour le prix d'un dans cette dernière croisade au rythme échevelé, aux rebondissements incessants et aux ressorts comiques imparables. Ce troisième volet d'Indiana Jones est aussi pour moi le meilleur car le  plus personnel de Steven SPIELBERG. On retrouve ainsi les ennemis absolus, les nazis à la recherche d'un nouvel objet sacré, le saint graal dont ils espèrent s'emparer pour obtenir la toute-puissance. S'y superpose une histoire familiale qui était maladroitement esquissée dans "Indiana Jones et le temple maudit" (1984) mais qui trouve dans cet opus une expression magistrale. D'abord en la personne de River PHOENIX dans le rôle d'Indiana adolescent lors une scène d'ouverture d'anthologie qui n'est autre que la Genèse du personnage (son chapeau, son fouet, sa cicatrice, sa phobie des serpents et... sa relation difficile avec son père). Ensuite avec Sean CONNERY qui forme un duo irrésistible avec Harrison FORD en père indigne qui concurrence son fils aussi bien sur le plan scientifique que dans le domaine des conquêtes féminines. De toutes manières, cette confusion des rôles est entretenue par le fait qu'ils ont le même prénom. D'où le surnom "Indiana" auquel le père préfère "junior" pour se placer en position de supériorité, alors qu'il agit comme un vieux gamin. La première scène où ils jouent ensemble donne le ton, Henry Jones se souciant davantage du vase qu'il a cassé en frappant par erreur Indiana que de l'état de santé de celui-ci. Le saint graal devient alors la quête du lien père-fils qui n'a jamais pu s'établir jusque là. Et bien que l'on reste toujours dans une atmosphère légère et bondissante, c'est le film qui des trois ressemble le moins à une BD. On est plus proche du style James Bond (Sean Connery oblige!) avec un fort caractère parodique qui sera repris plus tard par Michel Hazanavicius pour ses OSS 117. 

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Indiana Jones et le temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1984)

Indiana Jones et le temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom)

La suite des aventures de "Indiana Jones" est en réalité ce que le jargon hollywoodien appelle aujourd'hui une préquelle. L'histoire se déroule en effet en 1935 soit un an avant "Les Aventuriers de l'arche perdue" ce qui permet en réalité de ne pas avoir les mains liées par un scénario préexistant et rapproche encore plus la saga des serials, cartoons et autres comics dont elle s'inspire avec une succession de morceaux de bravoure ébouriffants. L'introduction est aussi magistrale que celle du premier opus avec ses hommages simultanés aux comédies musicales et aux films de gangsters des années 30, une ambiance très "Lotus bleu", un clin d'oeil à "Star Wars" (le club s'appelle "Obi Wan"!), un autre à James Bond et encore une autre à "19413 (1979) (le gong qui se détache comme le faisait la grande roue) et cette incroyable mise en scène où les personnages courent après un diamant et un antidote qui ne cessent de se dérober au moment où ils vont les attraper: un véritable ballet! Il en annonce un autre, celui de la course-poursuite en wagonnet qui fait de ce "Temple maudit" un film "rollercoaster" qui sera ensuite décliné à Disneyland (tout comme Star Wars). S'y ajoute la scène du pont suspendu qui est également spectaculaire.

Cependant, des trois Indiana Jones que j'ai vu, c'est celui que j'aime le moins. Autant "L'Empire contre-attaque" (1980) réussit à avoir des accents de tragédie shakespearienne (merci Akira KUROSAWA!) autant les pérégrinations souterraines de Indiana Jones et de ses amis m'ont paru relever du grand guignol bien plus que d'une descente aux enfers (les effets spéciaux vieillis n'arrangent rien). Et si Willy Scott (Kate CAPSHAW) en chanteuse de cabaret perdue dans la jungle façon "la ferme célébrités" ou confrontée à des plats exotiques peu ragoûtants ou encore assaillie de bestioles plus que jamais "Ford Boyard" est drôle au début, sa mue est ratée: elle devient tout simplement une potiche lambda pendue au cou de son aventurier préféré. Dommage car on reconnaît à travers le trio du film une ébauche de la famille dysfonctionnelle chère à Steven SPIELBERG avec un père immature voire défaillant qui annonce la relation père-fils de "Indiana Jones et la dernière croisade" (1989). Il y a même un petit côté "Joueur de flûte de Hamelin" dans le film en ce sens que Indiana Jones à la recherche d'un artefact magico-mystique doit choisir entre ses réflexes d'archéologue occidental pilleur de trésor et sa promesse de le rendre aux villageois à qui il a été dérobé, leur permettant par là même de retrouver leurs enfants eux aussi volés, donc leur avenir.

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Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders Of The Lost Ark)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1980)

Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders Of The Lost Ark)

J'avais sept ou huit ans quand j'ai vu "les Aventuriers de l'Arche perdue" (1980) pour la première fois dont la fin m'avait terrifiée à l'époque! Mais cette touche d'horreur ne doit pas occulter que Indy est l'héritier de toute une série d'oeuvres l'ayant précédé et d'un genre qu'il a contribué à relancer. Principalement des BD et des films de série B mais aussi l'aventure avec un grand A incarnée par le film de John HUSTON "Le Trésor de la Sierra Madre" (1947), le look de Harrison FORD s'inspirant de celui de Humphrey BOGART. Ou encore la comédie de Philippe de BROCA, "L'Homme de Rio" (1964) qui s'inspire des aventures de Tintin ce qui explique la parenté entre le célèbre reporter belge (que ne connaissait pas à l'époque Steven SPIELBERG, il s'est rattrapé depuis) et l'archéologue intrépide. Mais des références ne font pas un film, encore moins un film culte à l'origine d'une saga mythique. Alors forcément, "Les Aventuriers de l'arche perdue" innove aussi. Avec d'abord un héros d'un nouveau genre, certes très physique mais également intellectuel, même si ce n'est pas son érudition qui semble fasciner ses étudiantes. Surtout Indy est cool et attachant, vulnérable et plein d'autodérision en harmonie avec ce que dégage Harrison FORD (et dont on sent qu'il a fait école avec "À la poursuite du Diamant vert" (1984), "Allan Quatermain et les mines du roi Salomon" (1985), Bruce WILLIS pour la saga "Die Hard" ou encore bien sûr les OSS 117 de Michel HAZANAVICIUS entre Le Caire et Rio et ses nazis d'opérette). Et le film est à l'unisson. Un rythme haletant, ponctué de morceaux de bravoure qui préfigurent "Ford Boyard", ses mygales et ses serpents, ses coffres et "La Boule" ^^ mais laissant des espaces pour la comédie comme le célèbre gag improvisé du pistolet tueur de sabre dicté par un épisode de dysenterie qui obligeait Harrison FORD à boucler la prise entre deux passages au toilettes. Enfin on ne peut pas faire l'impasse sur la partition mythique de John WILLIAMS qui est à l'aventure ce que celle de "Star Wars" est à la science-fiction.

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Victoria

Publié le par Rosalie210

Justine Triet (2016)

Victoria

Après avoir vu et cordialement détesté le premier film de Justine TRIET, "La Bataille de Solférino" (2013) je m'étais dit que je ne remettrais plus les pieds dans son cinéma. Mais c'était il y a 10 ans et la récente Palme d'Or qu'elle a reçu m'a donné envie de voir son évolution. "Victoria" est encore bien trop hystérique pour moi (c'était ce que je reprochais à "La Bataille de Solférino") (2013) avec un personnage très proche de celui joué par Laetitia DOSCH. A savoir une jeune mère au bord de la crise de nerf à force d'être tiraillée entre un métier exigeant et des tâches domestiques trop lourdes à porter que les hommes et en particulier un ex toxique refusent de partager tout en essayant de saboter la vie professionnelle de leur ancienne compagne. S'y ajoute l'injonction inconsciente mais intégrée par Victoria (Virginie EFIRA) à avoir une sexualité épanouie qui se transforme en suite de rendez-vous stéréotypés et sordides par petites annonces dignes de "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles" (1975), l'aspect tarifé en moins. On peut y ajouter une autre injonction, celle consistant à aller bien et à avoir le contrôle de sa vie qui ne fait que faire courir davantage Victoria de son cabinet de psy à sa diseuse de bonne aventure sans qu'elle n'y voit plus clair pour autant dans sa vie. Conséquence, elle vit dans un tourbillon permanent comme le montrait déjà le générique de "La Bataille de Solférino" (2013) qui l'enfonce toujours davantage dans son aliénation.

La différence avec "La Bataille de Solférino" (2013) qui en restait au niveau des tripes avec une suite de scènes chaotiques remplies de disputes incessantes (et indigestes) jusqu'à l'épuisement c'est qu'il y a un début d'introspection dans "Victoria". Grâce principalement au personnage de marginal joué par Vincent LACOSTE qui parvient à instaurer un échange avec celui de Virginie EFIRA. Le spectateur voit tout de suite la différence alors que pour elle, il n'est qu'un élément du décor parmi d'autres et qu'elle n'a pas "deux secondes de calme intérieur" pour y réfléchir. Du moins jusqu'au dérapage de trop qui lui offre l'espace mental dont elle a besoin. La fin de "Victoria" se détache alors du reste du film, prend de la hauteur et offre à Virginie EFIRA l'occasion de libérer une palette d'émotions apaisantes et apaisées qui font du bien. Je l'ai tellement aimée que je l'ai regardée deux fois.

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Divorce à l'italienne (Divorzio all'italiana)

Publié le par Rosalie210

Pietro Germi (1961)

Divorce à l'italienne (Divorzio all'italiana)

J'avais oublié que je connaissais déjà "Divorce à l'italienne", le film le plus célèbre de Pietro GERMI puisque m'est revenu en mémoire la fin pendant que je le regardais. Une fin qui constitue le clou d'un film parfaitement maîtrisé de la première à la dernière image. Une comédie de moeurs satirique et cynique jouant avec un délicieux humour noir afin d'épingler l'hypocrisie d'une société rigide et arriérée (d'où la comparaison qui a été établie avec les comédies anglaises de la même époque qui s'en donnaient à coeur joie avec leur propre société corsetée). Peu de choses semblent avoir évolué en effet depuis que Roberto ROSSELLINI a montré dans "Stromboli" (1949) que l'obsession du mâle sicilien était d'être traité de "cornuto" (cocu) par ses congénères pour le simple fait de ne pas avoir réussi à cloîtrer sa femme étrangère. Pietro GERMI enfonce le clou au début des années 60 en montrant que le mariage est une prison dans laquelle s'engouffre la population parce que c'est la seule forme de sexualité autorisée par la religion catholique, les coutumes et les traditions qui parviennent encore à verrouiller la société. Une prison à perpétuité puisqu'au début des années 60 le divorce est interdit en Italie. En ce sens, on peut penser que le film de Pietro GERMI a contribué à faire évoluer la loi comme à la même époque dans un genre différent "La Victime" (1961) en Angleterre pour la dépénalisation de l'homosexualité.

Le film de Pietro GERMI se place du point de vue de son personnage principal, Ferdinando Cefalù (Marcello MASTROIANNI) issu de la vieille aristocratie italienne (autre signe de l'arriération de cette société) qui ne cesse d'échafauder des stratagèmes pour se débarrasser de son épouse, Rosalia qu'il ne peut plus souffrir. Non seulement on le comprend tant Rosalia est disgracieuse et insupportable mais on entre en connivence avec lui ce qui souligne à quel point le puritanisme religieux est pervers puisque loin de rendre les gens meilleurs, il donne des envies de meurtre en les privant de leur libre-arbitre. Les différents "scénarios" totalement amoraux imaginés par Ferdinando pour en finir avec son mariage sont juste désopilants en plus de lui redonner un pouvoir sur sa vie. Tel un cinéaste, il choisit parmi plusieurs candidats celui qui pourra faire "fauter" Rosalia et créé les conditions de leur rapprochement afin de pouvoir agir au moment propice avec le maximum de circonstances atténuantes. En effet, si l'Eglise diabolise la sexualité, elle ferme les yeux sur les crimes d'honneur, surtout s'ils sont commis par un homme envers sa femme adultère en raison de sa misogynie foncière mais aussi de celle des communautés qu'elle contrôle et pour qui l'honneur se lave dans le sang. La présence de la jeune, belle et innocente cousine (Stefania SANDRELLI dont la carrière a été lancée par le film) dont Ferdinando tombe amoureux sert de catalyseur. Mais on sent dès le départ qu'il s'agit d'un mirage ce que la fin vient confirmer. Marcello MASTROIANNI est drôlissime dans le rôle avec son impayable tic inspiré de Pietro GERMI lui-même. Enfin, on assiste avec une délectation particulière aux anathèmes de l'Eglise envers "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) sorti un an auparavant et qui est projeté dans le village où tout le monde feint de s'offusquer mais se rince l'oeil devant Anita EKBERG appelant un certain Marcello qui reste invisible à l'écran et pour cause... une mise en abyme réjouissante de plus.

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C.R.A.Z.Y.

Publié le par Rosalie210

Jean-Marc Vallée (2005)

C.R.A.Z.Y.

Lorsque j'ai rendu hommage à Jean-Marc VALLÉE, j'ai écrit à l'époque que je souhaitais revoir "C.R.A.Z.Y." dont je n'avais presque plus aucun souvenir. J'ignorais alors que le film était invisible depuis six ans en raison de problèmes de droits sur sa bande musicale très riche qui est absolument essentielle au film, tant pour marquer le passage du temps que pour exprimer les doutes de Zach sur son identité. Heureusement, ces droits (qui n'avaient été accordés que pour dix ans, Jean-Marc VALLÉE ayant même rogné son salaire pour gonfler celui de la musique) ont été renouvelés sans limite de durée ce qui signifie que le film est désormais sauvé dans son intégrité ce qui a permis sa restauration et sa ressortie, en DVD et VOD notamment.

"C.R.A.Z.Y." est le film qui a propulsé Jean-Marc VALLÉE sur le devant de la scène en raison de son énorme succès au Québec mais aussi parce qu'il s'agit du premier teen-movie mainstream qui aborde la question de l'homosexualité, quelques années avant l'éclosion de Xavier DOLAN. "C.R.A.Z.Y." est une chronique familiale s'étalant sur une vingtaine d'années, son titre faisant référence à la chanson de Patsy Cline dont est fan Gervais, le père de famille (Michel CÔTÉ) au point que ses cinq garçons ont un prénom dont l'initiale se compose d'une de ses lettres, d'où découle le titre du film (Christian, Raymond, Antoine, Zac et Yvan). Si trois d'entre eux se réduisent à un seul trait de caractère qui en font juste des éléments du décor (encore un problème de budget apparemment), les deux autres, Raymond et Zach sont les "déviants" qui se détestent d'autant plus que chacun est le miroir de l'autre. En témoigne leurs goûts musicaux, leur look rebelle et leur difficulté pour trouver leur place. Zac, le personnage principal qui est symboliquement né le jour de noël (coïncidence, Jean-Marc VALLÉE est également décédé ce même jour) et qui est interprété enfant par le fils de Jean-Marc Vallée doit refouler très tôt ses inclinations en raison du regard désapprobateur de son père qui essaie de le remodeler en fonction des normes viriles qu'il incarne. Il faudra donc beaucoup de temps à Zac pour s'affirmer et se faire accepter par lui contrairement à sa mère qui le traite avec bienveillance depuis son plus jeune âge. Quant à Raymond qui incarne jusqu'à la caricature la virilité mal dégrossie, son parcours tragique symbolise l'échec des tentatives de normalisation de Zac qui ne peut se libérer que lorsque "l'ennemi intime" s'efface de la scène. "C.R.A.Z.Y." est un film attachant même s'il comporte un certain nombre de maladresses et de longueurs.

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Les 2 Alfred

Publié le par Rosalie210

Bruno Podalydès (2020)

Les 2 Alfred

Parce que j'adore "Playtime" (1967) de Jacques TATI et parce que je sortais tout juste d'un cours où l'on s'était amusé à traduire la novlangue des start-up avec ses "ASAP" (as soon as possible) "KPI" (indicateurs clés de performance) et autres "benchmark à forwarder" (étude comparative à faire suivre) avant la "deadline" (date limite) et le "conf-call" (la visioconférence), j'ai eu envie de voir "Les 2 Alfred" qui en constitue la satire réussie. Pour une fois, les tics qui me gênent tant dans d'autres films de Bruno PODALYDÈS (l'accumulation de gadgets technologiques par exemple) trouvent ici un emploi justifié. De même, l'intrigue est resserrée autour de trois personnages ce qui atténue l'effet de clan (même si les potes comme Michel VUILLERMOZ ou Isabelle CANDELIER sont présents dans de petits rôles). Et la résistance au "monde moderne déshumanisé 2.0" n'est plus à chercher cette fois dans une méga-fête où tout le monde se lâche étant donné que c'est justement ce que la start-up singe avec ses soirées "galette des kings" (anglicismes toujours) mais dans la reformation des liens que les nouvelles formes de travail en miettes cherchent à détruire. D'un côté l'usine digitale, sorte de "meilleur des mondes" sous serre où règne en maître l'injonction paradoxale (espace de travail organisé comme un espace de détente, jeunisme et infantilisation des salariés par ailleurs interdits d'enfanter, liberté d'organisation contredite par l'exigence d'être disponible 24h sur 24, transparence des lieux qui s'oppose à la nécessité de mentir pour ne pas être licencié). De l'autre, l'ubérisation, modèle dans lequel un actif offre ses services à qui veut veut bien les acheter, le rendant également taillable et corvéable à merci. Alexandre (Denis Podalydès) incarne ainsi un chômeur déclassé embauché à "The box" pour être "reacting process" (en réalité parce qu'il connaît le maire de la ville dont "The box" veut décrocher le marché) et Arcimboldo (Bruno PODALYDÈS), un précaire "entrepreneur de lui-même" mais qui squatte chez les autres comme le Llewyn Davis des frères Coen. Les éléments de langage servent de cache-misère à un travail en lambeaux privé de sens que seule la solidarité entre les deux amis (dont on sait qu'ils sont joués par des frères et symbolisés par deux peluches de singe nommées "les 2 Alfred") parvient à masquer. Le troisième personnage important est la supérieure d'Alexandre, Séverine Capulet (Sandrine KIBERLAIN) exécutive woman surbookée et matrixée puis dépassée par des technologies censées lui faciliter la vie et que les deux amis vont faire sortir de sa "boîte" et mettre de leur côté. On rit beaucoup devant les nombreux quiproquos et situations absurdes provoquées par le monde ubuesque dans lequel évoluent les personnages et en même temps le film sonne juste. Il est même prémonitoire en ce qu'il a été réalisé avant le covid et montre déjà le télétravail, la visioconférence et autres appareils se substituant à la présence humaine ou pénétrant dans sa vie privée tout en détournant leur usage. Mention spéciale à la voiture autonome légèrement capricieuse et à la reprise en version folk au banjo de "Da Funk" des Daft Punk. Finalement ce sont les machines qui s'humanisent et non l'inverse.

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