La bande-annonce m'avait donné envie de voir le film qui avait l'air drôle sauf qu'en réalité il est absolument navrant. J'ai pour principe de ne jamais quitter la salle en cours de route mais j'avoue qu'à deux ou trois reprises, ça m'a démangé car il ne faut que dix minutes pour comprendre le problème: les différents éléments de la sauce ne se raccordent jamais entre eux. On a donc des ch'tis du cru qui vivent leur vie en toile de fond et de temps en temps viennent balancer une ou deux blagounettes sans se soucier de l'histoire SF mise au premier plan avec une touche de polar et d'érotisme, ici et là. Visiblement, Bruno DUMONT a pensé qu'il pouvait se passer d'un scénario et qu'il lui suffirait de juxtaposer les différents éléments de son film pour que ça fonctionne. Or ce n'est pas le cas. On décroche d'autant plus vite que le rythme est extrêmement lent pour ne pas dire contemplatif et qu'il ne se passe quasiment rien. On comprend vaguement que les deux empires galactiques représentent le bien et le mal et qu'ils vont se bouffer entre eux, l'un dirigé par Fabrice LUCHINI qui n'est absolument pas drôle et l'autre par Camille COTTIN qui n'a droit qu'à une scène où elle peut jouer normalement, le reste du temps, elle est une sorte d'ectoplasme parlant une langue inconnue (sous-titrée heureusement). Leurs émissaires sur terre se disputent un bébé dont on ne comprend pas bien ce qu'il représente (Jésus? Satan? Les deux?) mais surtout batifolent dans les prés, les deux filles, Jane et Line (Anamaria VARTOLOMEI et Lyna KHOUDRI) avec leurs crop tops et leurs jupes au ras des fesses servant surtout à taquiner le goujon du pseudo-héros, un pêcheur-cavalier qui joue comme une brêle. La seule qualité du film est esthétique, ce sont les paysages de la côte d'Opale, superbement filmés et le design des vaisseaux spatiaux, une cathédrale et un château volants.
En regardant "Just a kiss" (2004), j'ai pensé à "My Beautiful Laundrette" (1985) de Stephen FREARS qui racontait également une histoire d'amour (gay de surcroît) entre deux jeunes, l'un d'origine britannique et l'autre d'origine pakistanaise cherchant à réussir, le tout dans un contexte difficile (les années Thatcher pour Stephen FREARS, les retombées du 11 septembre pour le film de Ken LOACH). Les premières images joyeuses de "Just a kiss" (2004) sont assez éloignées de l'univers habituel de Ken LOACH et de fait, "Just a kiss" est atypique dans sa filmographie même si à y regarder de plus près, le cinéaste s'est essayé à employer un ton plus léger dans d'autres réalisations ("La Part des anges" (2012) par exemple). De fait, "Just a kiss" peut être rangé dans la catégorie des comédies romantiques même si le film a également une portée sociale et critique. En témoigne des gags très efficaces comme celui du moyen inventé par le père de Casim pour empêcher les chiens d'uriner sur la réclame située devant son épicerie, la parenthèse espagnole où les amoureux batifolent en toute liberté et les scènes festives de boîte de nuit. C'est tout à fait adapté à l'âge des personnages principaux qui par ailleurs sont issus de la classe moyenne et non du prolétariat, c'est frais et agréable à suivre. Néanmoins, Ken LOACH n'a pas oublié ses combats et s'en prend avec virulence aux communautarismes et à l'intolérance religieuse. Et ce dès l'introduction de son film où la soeur cadette de Casim, Tahara refuse qu'on la réduise à sa confession. Son discours ressemble à celui de Sidney POITIER qui voulait que l'on prenne en compte les autres facettes de sa personnalité (artiste, américain etc.) et pas seulement sa couleur de peau. Tahara doit se battre sur deux fronts, le racisme blanc d'un côté, le patriarcat pakistanais de l'autre qui veut l'empêcher de s'émanciper. Son frère Casim n'a quant à lui pas le courage de s'affirmer face à sa famille qui fait des projets pour lui en lui préparant un mariage arrangé avec une cousine et en construisant un logement annexe à leur pavillon. Or il est tombé amoureux d'une belle prof de musique blonde et catholique et il rêve d'ouvrir un club dont il serait le dj. Sa copine Roisin se heurte de son côté au puritanisme religieux de l'école catholique où elle travaille ce qui nous vaut la scène la plus violente du film. Du pur Ken LOACH où un prêtre refuse de lui renouveler son certificat de bonne conduite, indispensable pour qu'elle conserve son travail sous prétexte qu'elle a une relation hors-mariage avec un musulman. Cette scène est une véritable piqure de rappel pour tous ceux qui ont oublié ce que la religion pouvait avoir de paternaliste et d'intrusif en cherchant à régenter la vie privée de ses ouailles. Quant à la famille de Casim, elle est renvoyée aux limites consistant à élever des enfants en Ecosse tout en faisant comme si elle résidait toujours au Pakistan. Mais l'histoire du père de Casim qui se confond avec celle de son pays aide à mieux comprendre son comportement. Bref un film qui allie avec réussite légèreté relative et réflexion.
J'ai failli ne pas voir "Le dernier des juifs" étant donné que j'ai acheté la dernière place disponible dans une salle pleine à craquer. Heureusement que le film au sujet sensible a pu sortir dans les conditions prévues. Il s'agit d'un premier film à petit budget, plein d'imperfections (un rythme mollasson, des répétitions) mais attachant et pertinent, plus mélancolique que drôle. Le film repose sur la relation fusionnelle d'une mère et d'un fils séfarades (Michael ZINDEL et Agnes JAOUI) vivant repliés sur eux-mêmes dans un territoire réduit aux dimensions d'un modeste appartement de HLM de banlieue. Autour d'eux, c'est le désert, la communauté juive a fui le quartier devenu hostile, la synagogue et les commerces spécialisés ont fermé. Ruben Bellisha a beau essayer de cacher la vérité à sa mère en lui racontant des bobards, elle dépérit, incapable de partir mais incapable aussi de rester autrement que dans la nostalgie d'un passé fantasmé (parce que l'Algérie coloniale n'était pas vraiment un succès en terme de vivre-ensemble c'est le moins que l'on puisse dire!) Plus que "Goodbye Lenin" (2001) auquel on l'a comparé (un monde disparu que le fils cache par ses mensonges à la mère malade et alitée), c'est à "Jeanne Dielman 23, Quai du Commerce 1080, Bruxelles" (1975) que j'ai pensé en terme d'atmosphère entre désaffiliation et solitude. A cette différence près que Bellisha est une sorte de Pierrot lunaire dont l'incapacité à s'intégrer où que ce soit -y compris et surtout dans sa propre communauté, que ce soit en France ou en Israël, destination un temps envisagée- se marie avec son goût du mensonge, lequel lui sert à créer un monde sans clivages identitaires où il serait heureux. Son imperméabilité vis à vis des codes et son caractère tendre et doux lui permettent de rester imperturbable face aux attaques antisémites dont lui et sa mère font l'objet mais également de susciter la sympathie aussi bien chez les jeunes du quartier d'origine africaine que chez un vieux franchouillard adepte de la bonne franquette rouge-camembert sans parler de sa copine mariée que l'on devine d'origine arabo-musulmane. Bellisha est un avatar contemporain du juif errant, une figure chaplinesque que l'on voit s'éloigner avec sa valise et son baluchon pour un exil sans perspectives après l'échec de toutes les tentatives pour le récupérer.
"Les Pires" est un premier film original et d'une brûlante actualité. Qualifié de "La Nuit americaine" (1973) du pauvre, il raconte l'histoire d'un tournage dans une cité défavorisée de Boulogne-Sur-Mer, la cité Picasso. Boulogne-Sur-Mer, toute proche de la ville de M. Madeleine et de la déchéance de Fantine dans "Les Misérables", cela fait aussi penser au film éponyme de Ladj LY tourné dans un autre épicentre du roman de Victor Hugo, Montfermeil qui s'interrogeait déjà sur le pouvoir de la caméra pour renverser les rapports d'oppression. Mais avec un angle bien différent. Pour leur premier film, les réalisatrices Lise AKOKA et Romane GUERET font preuve d'une grande intelligence en faisant une critique acérée des dérives de réalisateurs en quête de sensationnalisme et d'images choc au point d'en oublier toute éthique. A l'heure où l'on interroge de plus en plus ouvertement les abus des réalisateurs lors des tournages longtemps couverts par le droit de tout faire au nom de l'art, le film montre que cela ne concerne pas seulement la prédation sexuelle. La misère sociale et le voyeurisme qu'elle peut susciter est au coeur du film. On y voit un réalisateur flamand que l'on peut considérer comme un avatar de Bruno DUMONT ou des frères Jean-Pierre DARDENNE et Luc DARDENNE filmer plein cadre les parties les plus dégradées des barres de la cité, concocter un scénario qui semble être un pastiche de celui de "Sheherazade" (2018), caster les "pires cas sociaux" comme le fait finement remarquer l'une des recrues, la jeune Maylis qui oppose la muraille de son visage indéchiffrable et la rareté de sa parole à la caméra intrusive du réalisateur. Un choix qui d'ailleurs révolte également les habitants de la cité qui se retrouvent confrontés à une image dégradante d'eux-mêmes ce qui anéantit au passage les efforts des travailleurs sociaux pour les sortir du ghetto. Mais l'aspect le plus sensible de cette critique porte sur les manipulations du réalisateur sur ses acteurs amateurs, en particulier le plus jeune et vulnérable d'entre eux, le petit Ryan (joué avec beaucoup de présence par Timéo Mahaut). Alors que celui-ci est pris en charge pour apprendre à canaliser ses colères incontrôlables, le réalisateur qui connaît les paroles susceptibles de les déclencher les souffle aux autres petits garçons du groupe qu'il filme après leur avoir dit en plus de s'insulter avec leurs propres mots. Le tout dans le but d'extorquer à l'enfant quelques plans bien obscènes. Même comportement envers les adolescents dont il veut tirer une scène d'amour. Si la jeune Lily (Mallory WANECQUE qui crève l'écran et semble bien partie pour faire carrière) affamée d'affection et dévorée par les écrans se laisse prendre à ce jeu de miroirs, Jessy (Loïc Pech) ne supporte pas d'être traité comme un bout de viande et le fait vite savoir. Bref de quoi nourrir une réflexion salutaire.
Un excellent cru que ce dernier film de Quentin DUPIEUX à ranger aux côtés des petites perles surréalistes que sont "Realite" (2015) et "Au Poste !" (2018), mes deux films préférés du réalisateur. Du premier, il partage la structure gigogne brouillant les frontières entre rêve et réalité et emboîtant même les rêves les uns dans les autres: c'est un festival de cadres dans le cadre rempli de réjouissantes surprises. Du second, il reprend l'influence de Luis BUNUEL ce qui est une évidence, les deux artistes surréalistes espagnols ayant étroitement collaboré, notamment sur "Un Chien andalou" (1929). Il pleut des chiens morts dans "Daaaaaali!" mais c'est surtout la trame de "Le Charme discret de la bourgeoisie" (1972) que l'on retrouve dans le dernier Quentin DUPIEUX. Dans le film de Luis BUNUEL, des bourgeois qui essayent de se réunir pour dîner sont interrompus par des situations plus absurdes les unes que les autres. Dans "Daaaaaali!", c'est la petite journaliste jouée par Anais DEMOUSTIER qui tente dans toutes les variations possibles et imaginables d'obtenir un entretien du peintre, lequel le fait capoter là encore de façon systématiquement absurde. Enfin, si le titre étire le nom du peintre, c'est à la fois pour souligner son comportement clownesque et parce chaque a du titre correspond à l'un des six acteurs qui l'interprète. La distorsion de l'espace-temps est l'une des caractéristiques du film de Quentin DUPIEUX. On y voit Dali se rencontrer à deux âges différents ou bien entrer dans un tunnel avec un visage et en sortir avec un autre ou bien trouver le repas si interminable qu'il en sort sur une chaise roulante ou encore (l'une des séquences que j'ai préférée), marcher le long d'un couloir d'hôtel sans pour autant se rapprocher de la journaliste incarnée par Anais DEMOUSTIER. Les différentes incarnations du peintre sont inégales et fort heureusement, Quentin DUPIEUX a laissé la part du lion aux deux meilleures, celle de Edouard BAER, impérial et celle de Jonathan COHEN, incroyablement expressif. Je l'avais détesté dans "Une annee difficile (2022)" mais là il m'a complètement bluffé!
"Le Péril jeune" est un film culte de la première moitié des années 90. Plus exactement un téléfilm commandé par Arte dans le cadre d'une collection sur les années lycée et qui s'est autonomisé du lot pour sortir au cinéma avec le succès et la postérité que l'on sait. D'ailleurs à la même époque, Arte avait commandé une autre série de téléfilms sur l'adolescence, "tous les garçons et les filles de leur âge" d'où sont sortis également quelques films importants transposés au cinéma dont "Les Roseaux sauvages" (1994) de Andre TECHINE avec Elodie BOUCHEZ qui jouait également dans "Le Péril jeune". Ces films ont en effet permis d'apporter un renouveau dans le regard porté sur l'adolescence et du sang frais dans le cinéma français. Le casting du film de Cedric KLAPISCH comporte plusieurs futures stars, Romain DURIS en tête qui avait 19 ans, dont c'était le premier rôle et qui crevait l'écran. Cedric KLAPISCH venait de dénicher son Antoine Doinel avec lequel il allait tourner par la suite sept films dont la trilogie de l'auberge espagnole traitant également de thèmes proches. On voit déjà dans "Le Péril jeune" (qui n'était que le deuxième film de Klapisch) s'esquisser une famille de cinéma avec des seconds rôles tels que Zinedine SOUALEM ou Marina TOME et même Renee LE CALM qui prononce la phrase donnant son titre au film. Cedric KLAPISCH lui-même fait plusieurs caméos dans le film ce qui deviendra son habitude.
"Le Péril jeune" est emblématique des films de jeunesse de Cedric KLAPISCH quand celui-ci savait saisir les changements à l'oeuvre dans un quartier, dans la famille ou dans la jeunesse avec justesse et légèreté tout en l'inscrivant toujours dans une certaine mélancolie. Je suis nostalgique de cette période de sa filmographie car je trouve que sa patte s'est depuis considérablement alourdie. L'idée de génie de "Le Péril jeune", outre le refrain "on s'était dit rendez-vous dans 10 ans" qui fait fonctionner le film en flash-backs, l'inscrivant d'emblée dans un cadre nostalgique de jeunesse révolue et de passage de témoin avec l'attente de la naissance d'un enfant, c'est le personnage de Tomasi. Sa disparition le transforme en symbole, l'incarnation de l'adolescent rebelle, fauché au zénith de sa jeunesse ce que les dernières images transcrivent parfaitement. Il s'inscrit dans une lignée qui évoque aussi bien James DEAN que Jim MORRISON d'autant que ce dernier appartient à la même époque que la jeunesse du film, à savoir la première moitié des années 70 marquée par le rock, la contre-culture, l'émancipation des filles mais aussi la montée du chômage de masse et la drogue, bref l'angoisse du "no future" qu'incarne parfaitement Tomasi, cet être solaire qui porte en lui la mort.
Une masterclass avec Agnes JAOUI dans la ville rose, cela ne se refuse pas. Certes, on dira qu'un cours magistral n'a rien de très cinématographique. Que les personnages secondaires ont du mal à s'imposer. J'ajoute pour ma part que l'histoire de Noémie, le personnage joué par Agnes JAOUI est pétrie de clichés sentimentaux censés certes nourrir ses scénarios. Mais la mise en abyme est un peu facile. L'homme qui trente ans après s'être fait larguer soupire encore après son premier amour comme un adolescent attardé, saigne du nez en la voyant et conserve pieusement sa lettre d'adieu sans l'avoir ouverte, c'est plus pathétique que vraiment touchant. Mais passons sur tous ces défauts. L'intérêt du film est ailleurs. D'abord dans la présence de Agnes JAOUI que l'on pourrait écouter des heures sans se lasser. Le réalisateur, Frederic SOJCHER qui est également scénariste et professeur d'université à la Sorbonne trouve en elle un alter ego pour exprimer et transmettre la passion du cinéma. La mise en abyme fonctionne cette fois de façon positive étant donné le charisme de la réalisatrice et scénariste qui dans un rôle taillé pour elle explique aux élèves comment écrire un bon scénario. Pas de recettes mais des pistes destinées à stimuler l'imagination tout en ancrant les récits dans un vécu (dans toutes ses dimensions) ainsi que quelques exemples dont celui de Paul SCHRADER (un autre réalisateur-scénariste) élaborant l'histoire de "Taxi Driver" (1976) ou du moins donnant une version de cette élaboration contredite par un élève qui en donne une autre, sans doute plus proche de la vérité mais Noémie préfère la légende (la vérité, ce serait plutôt le goût de Agnès ^^). L'autre aspect réussi du film, c'est le cadre. D'après le journal "La Dépêche", "Le Cours de la vie" (2022) est le premier film tourné intégralement à Toulouse, principalement dans les locaux de l'ENSAV, la troisième école de cinéma française mais personne n'en parle s'amuse à dire son directeur fictif dans le film, Vincent (Jonathan ZACCAI). Il serait peut-être temps d'en parler davantage alors de cette école et aussi de la cinémathèque, située juste à côté dans un bâtiment identique et qui est la deuxième de France. Des institutions phare de la rue du Taur qui donnent sur la place St-Sernin, autre lieu filmé abondamment puisque c'est là que les protagonistes font leur pause déjeuner. Le progressif refoulement hors du centre-ville des parkings a libéré de l'espace pour des esplanades, des cafés et des restaurants autour de la splendide basilique et du lycée où j'ai fait mes études. Des lieux plein de charme et qui n'avaient jamais été aussi bien mis en valeur.
Cet excellent court-métrage, découvert aujourd'hui dans le cadre d'une conférence consacrée au code Hays est une charge satirique contre la censure qui sévissait aux USA depuis le XIX° siècle avec la loi Comstock contre l'obscénité qui touchait aussi bien la contraception que l'expression artistique. Il s'agissait d'élever moralement les migrants qui entraient par millions à cette époque aux USA en leur inculquant les valeurs américaines puritaines des WASP. Donc "exit" l'immoralité sous toutes ses formes (drogue, alcool, délits et crimes, luxure, nudité...). Le film "Pruning the Movie" dont on ne connaît pas le réalisateur fait partie d'une série de courts et de longs métrages se moquant ouvertement de la censure sortis dans les années 10. Un notable (inspiré d'un véritable censeur de l'époque) réunit un comité pour décider des coupes à effectuer dans un film pas encore sorti sur les écrans. C'est vraiment très drôle, on voit d'abord la scène non censurée puis la réaction choquée des spectateurs, notamment une mémère prude assise à côté du censeur, puis un carton indiquant le changement à faire, carton souvent plein d'ironie ("coupez cette jambe"! "coupez ce couteau"!), puis on voit la scène retouchée qui en devient parfois loufoque ou absurde, notamment lorsque le "brigand" devenu un "fripon" porte des coups à une femme à l'aide de fleurs puis l'endort en versant de l'huile de ricin dans son verre (en lieu et place de la drogue illicite initiale). Vraiment délicieusement impertinent.
L'idée de départ était séduisante. Suivre la déambulation nocturne de deux inconnus choisissant spontanément de s'offrir une parenthèse hors du temps. Qui n'a pas fantasmé un jour de s'abandonner aux surprises de la nuit, période propice à l'intimité et au lâcher-prise? Hélas, après une entrée en matière percutante qui règle d'emblée la question de la tension sexuelle entre Aymeric (Alex LUTZ) et Nathalie (Karin VIARD), le film s'enfonce dans un ennuyeux bavardage ponctué de lieux communs sur le couple. La vulnérabilité des personnages n'émeut guère, tant elle semble reposer sur du nombrilisme, du genre "regardez comme je suis malheureux, regardez comme je souffre". De plus, Alex LUTZ bafouille beaucoup au point qu'il devient difficile de saisir la teneur de ses propos. Karin VIARD a quant à elle tendance à surjouer, surtout au début. Leurs "aventures" de noctambules sont toutes plus improbables les unes que les autres et la fin également purement fantasmagorique est incompréhensible. Bref, je ne suis jamais entrée dans ce "délire" plein de vacuité.
Erich von STROHEIM transforme une opérette légère de Frantz Lehar en satire des moeurs des classes dirigeantes corrompues par l'argent, le sexe et le pouvoir. Il injecte même un côté franchement tordu à l'histoire d'une "petite" danseuse américaine courtisée par deux princes héritiers d'un trône imaginaire d'Europe balkanique. Tordu comme le sourire carnassier de Mirko (Roy D'ARCY), l'odieux prince héritier qui prend un plaisir sadique à torturer ceux qu'il domine. A commencer par son cousin, second sur la liste des héritiers au trône, Danilo (John GILBERT). Si lors d'une remarquable scène d'introduction, ce dernier apparaît infiniment plus sympathique que Mirko, réagissant de façon enthousiaste à la vue de l'auberge où il doit résider là où son cousin manifeste de la colère et du mépris à l'idée de dormir dans une porcherie (allusion à la présence de ces animaux de ferme ainsi que de flaques de boue non loin de l'entrée, une facétie de plus du réalisateur), Danilo se comporte comme un séducteur sans vergogne considérant que le corps des femmes de l'auberge lui appartient. Les deux hommes rivalisent d'audace pour séduire Sally la danseuse (Mae MURRAY) lors de scènes menées de main de maître, notamment lorsqu'il faut jouer des pieds et des jambes sous la table. Celle-ci tombe sous le charme de Danilo mais se ferme comme une huître dès que ses instincts de prédateur deviennent manifestes ce qui l'arrête net. Une véritable intimité finit par se créer entre eux que Eric von STROHEIM filme avec intensité, que ce soit dans une alcôve ou lors d'une scène de danse ou encore après un duel. Evidemment, les parents royaux s'offusquent de cette mésalliance qu'ils parviennent à déjouer mais lorsque Sally devient la richissime veuve du vieux baron concupiscent et infirme qui finance le royaume en sous-main (qui heureusement pour elle claque lors de leur nuit de noces, il semblait porter sur lui les verrues de la syphilis), elle devient "bankable", excitant encore plus les appétits malsains de Mirko qui peut ainsi faire d'une pierre deux coups: mettre la main sur des millions et détruire définitivement son cousin dont la nature joyeuse s'est muée en désespoir. Bref, tout un art du contraste qui en fait une oeuvre fascinante, à la fois populaire et personnelle tant le réalisateur se l'est appropriée.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)