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Articles avec #comedie dramatique tag

Le Grand amour

Publié le par Rosalie210

Pierre Etaix (1968)

Le Grand amour

Bien que "Le Grand Amour" soit un bon film, je l'ai moins aimé que "Le Soupirant" (1962) et "Yoyo" (1964). Le thème du film y est sans doute pour quelque chose. Pierre ETAIX change en effet de registre en passant de la comédie burlesque quasi muette en noir et blanc à la comédie dramatique dialoguée et en couleur sur les conventions bourgeoises, le délitement du couple et le démon de midi façon "7 ans de reflexion" (1955). Cela ne m'a jamais passionnée. De plus, la bande-son est moins riche qu'à l'ordinaire, le parlant devenant envahissant. Néanmoins les moeurs étriquées de la petite bourgeoise provinciale sont finement observées, la poésie surréaliste du cinéaste (et de son scénariste, Jean-Claude CARRIERE) fait merveille dans une narration non linéaire, brouillant les frontières entre le rêve et le réel, entre le passé et le présent, entre les images et le récit. On oscille entre un ton gentiment satirique et une certaine mélancolie. Car si le film est drôle, c'est la désillusion qui l'emporte. Les grands élans romantiques et romanesques de Pierre, symbolisés par la superbe scène du lit voyageur se heurtent à une réalité prosaïque qui repose sur une impossible intimité. Ce que symbolisent notamment les lits jumeaux mais bien séparés du couple bourgeois dont chaque membre joue la comédie à l'autre. Une comédie jouée d'avance d'ailleurs, chaque pièce du jeu étant présentée comme interchangeable.

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Le Club des miracles (The Miracle Club)

Publié le par Rosalie210

Thaddeus O'Sullivan (2023)

Le Club des miracles (The Miracle Club)

La promesse du titre est trompeuse: le film ne fait pas de miracle. Le scénario et la mise en scène sont convenus à l'extrême. Chaque scène surligne lourdement les enjeux et la progression dramatique est parfaitement prévisible. Prévisible et maladroite. Le thème du pèlerinage à Lourdes est survolé et finit par n'être qu'un décor unissant trois femmes liées par un secret guère palpitant. J'ai remarqué aussi qu'il y avait des passages confus et mous du genou comme ce qui tourne autour des maris (alors que cela aurait pu être au choix soit très drôle ou bien à l'inverse, dramatique voire tragique. Mais le réalisateur ne choisit pas entre ces deux voies et se contente d'un entre-deux peu satisfaisant). Bref, c'est une oeuvre médiocre qui ne vaut d'être vue que pour deux raisons: sa reconstitution d'époque, plutôt soignée et bien entendu son formidable trio d'actrices Maggie SMITH (dont c'est la dernière apparition au cinéma, à 88 ans), Kathy BATES et la trop rare Laura LINNEY. Dommage que cette dernière joue encore un rôle sacrificiel comme dans "Love Actually" (2003) alors que Kathy BATES se retrouve dans le rôle d'un personnage odieux la plupart du temps. Seule Maggie SMITH échappe en partie au cliché, non pas que son personnage ait été mieux écrit mais parce que l'on perçoit sa grande fragilité et que celle-ci nous émeut.

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3 hommes et un couffin

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (1985)

3 hommes et un couffin

Comme tant et tant de gens ayant connu cette époque, j'ai vu "3 hommes et un couffin" au cinéma à sa sortie, sans doute plusieurs fois, dans des salles pleines et je me souviens encore de ma mère (qui m'accompagnait étant donné mon jeune âge d'alors mais qui elle-même ne fréquentait pas les cinémas) riant aux larmes devant certaines des situations montrées dans le film. En le revoyant près de quatre décennies plus tard, j'ai été frappée par une évidence: toutes les scènes entre les trois hommes et le bébé n'ont pas pris une ride alors que celles qui montrent leur vie sociale apparaissent affreusement datées. Même s'il y a quelques longueurs et artifices dans le scénario, l'essentiel réside dans la relation qui se noue entre le bébé et ses trois pères, surtout les deux pères d'adoption d'ailleurs. En déplaçant les curseurs des rôles genrés, Coline SERREAU ne s'interroge pas seulement sur l'équilibre entre travail et vie de famille. Elle déconstruit un modèle de masculinité égocentrique ne reposant que sur la compétition virile et la recherche du plaisir sans limites. Avec un bébé dans les pattes, les trois hommes découvrent les responsabilités, les compromis qui résultent de la charge mentale mais aussi la tendresse. Seulement, il ne faut pas la montrer aux autres ce qui est source de situations ou de réparties comiques. Au final, "3 hommes et un couffin" se rapproche de "La Belle verte" (1996) en montrant une société marchant sur la tête remise à l'endroit. Le maternage est montré comme pouvant être aussi bien assuré par l'un que par l'autre sexe s'il se donne la peine de s'investir ce qui aboutit à la désopilante scène de confrontation entre Pierre et Mme Rapon (Dominique LAVANANT). Après le départ du bébé, l'aspect factice, vide, mécanique de la vie des trois hommes leur saute au visage au point que Jacques (Andre DUSSOLLIER) fait une couvade, Michel (Michel BOUJENAH) n'a plus d'inspiration alors que Pierre (Roland GIRAUD) tombe en dépression. Bref, comme les autres films de la réalisatrice, "3 hommes et un couffin" n'est pas seulement une comédie culte, c'est un film en avance sur son temps, ébranlant le patriarcat et ébauchant un nouveau modèle parental et familial.

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Mr. & Mrs. Bridge

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1991)

Mr. & Mrs. Bridge

Sous sa forme classique, un film tout en cruauté feutrée comme les aime James IVORY. Sa finesse d'observation et sa manière délicate d'exprimer les non-dits de personnages aliénés font une fois de plus mouche. Car le film dépeint un couple fossilisé dans un monde en mutation. D'une certaine manière, les Bridge sont des dinosaures comme l'était Stevens le majordome dans "Les Vestiges du jour" (1993). Les deux histoires se déroulent d'ailleurs à la même époque (années 30-années 40). Ils sont donc condamnés à disparaître. Walter (Paul NEWMAN) qui est avocat (mais on le verra très peu à son travail) est l'archétype du conservateur américain. Un vieux réac rigide qui n'a jamais dû sourire une seule fois dans sa vie d'adulte mais qui est plein de certitudes sur tout. Sa femme India (Joanne WOODWARD) est quant à elle l'archétype de l'épouse au foyer puritaine et soumise. Son mal-être ne peut donc s'exprimer qu'indirectement et inconsciemment, à travers celui, plus déclaré de l'une de ses amies ou bien à travers des actes manqués dont James IVORY est friand: un gâteau préparé pour son mari qui qui s'avère raté à l'image de leur mariage sans joie ou encore la scène finale dans laquelle elle se retrouve emprisonnée dans sa voiture ensevelie peu à peu sous la neige. Leurs trois enfants rejettent ce modèle mortifère mais ne savent pas très bien par quoi le remplacer. Ces enfants sont d'ailleurs le maillon faible du film, ils sont peu creusés et antipathiques, dénigrant leur mère mais jamais leur père. Quelque chose de pas net semble relier ce père et la fille aînée qui souhaite devenir actrice, voyager et être libre. Il suffit d'écouter les paroles du fiancé de la deuxième fille pour comprendre qu'elle ratera son mariage. Quant au fils, il ignore sa mère sans que l'on comprenne pourquoi. Ces relations parents-enfants survolées donnent au film un aspect inachevé, dommage.

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Indian palace (The Best Exotic Marigold Hotel)

Publié le par Rosalie210

John Madden (2012)

Indian palace (The Best Exotic Marigold Hotel)

C'est le coeur un peu serré que j'ai regardé "Indian Palace" en apprenant le décès de Maggie SMITH que j'aimais beaucoup. "Indian Palace" est le croisement improbable entre "Slumdog Millionaire" (2008) (le gérant de l'hôtel est interprété par Dev PATEL qui tenait le rôle principal du film de Danny BOYLE mais qui en fait des tonnes ici) et une "Maison de Retraite" (2020) en forme de palais délabré dont les sept pensionnaires sexagénaires ou septuagénaires appartiennent à la crème des acteurs britanniques. L'Inde n'est en effet qu'un décor exotique pour riches seniors en pleine crise existentielle et il y a quelques relents néocolonialistes dans cette approche qui enfile les clichés comme les perles sur l'Inde, ses habitants et leur culture. Il n'en reste pas moins qu'on a tellement de plaisir à retrouver cette formidable troupe d'acteurs qu'on s'attache à leurs personnages en quête d'une nouvelle vie. Judi DENCH est délicate émouvante en veuve qui réalise qu'elle n'a pas eu d'intimité dans son couple, Maggie SMITH joue avec humour et mélancolie un personnage de vieille fille aigrie complètement dévitalisée qui finit par se découvrir une nouvelle vocation. Tom WILKINSON interprète un homosexuel nostalgique qui souhaite avant de mourir retrouver son amour de jeunesse. Bill NIGHY et Penelope WILTON forment un couple en crise. Enfin Celia IMRIE et Ronald PICKUP cherchent l'aventure. Le film vaut donc avant tout pour la subtilité de ces acteurs qui à l'image de leurs personnages sont en fin de vie (outre Maggie SMITH, Tom WILKINSON et Ronald PICKUP nous ont également quittés) et chacune de leur apparition reste un cadeau, quel qu'en soit l'écrin.

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Romuald et Juliette

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (1988)

Romuald et Juliette

"On a souvent besoin d'un plus petit que soi". Ce vers de Jean de la Fontaine correspond parfaitement à la fable sociale qu'est "Romuald et Juliette". Revoir les longs-métrages de Coline SERREAU qui n'ont cessé de se bonifier avec le temps, c'est réaliser à quel point elle était avant-gardiste. Car on pense aujourd'hui à un film comme "Intouchables" (2011) en regardant "Romuald et Juliette". Et effectivement, Romuald (Daniel AUTEUIL) souffre lui aussi d'un handicap. Il est aveugle. Pas au sens littéral bien sûr. Mais il s'agit d'un homme naïf qui ne comprend rien à ce qui se trame dans son dos, que ce soit au bureau où une machination se forme pour le compromettre et le chasser de son poste de PDG ou chez lui. Juliette en revanche n'a pas les yeux dans sa poche et observe le ballet des comploteurs alors que personne ne fait attention à elle. Car le poste qu'elle occupe, femme de ménage nettoyant les bureaux la nuit, fait d'elle une invisible. D'ailleurs, lorsqu'elle sort de sa réserve pour ouvrir les yeux de Romuald, celui-ci ne la croit évidemment pas. Mais c'est pourtant chez elle qu'il vient se réfugier lorsque les emmerdes déferlent sur lui. Il devient à son tour un invisible, préparant sa revanche avec l'aide de celle qui lui a ouvert les yeux. C'est gai, vif, enlevé, spirituel et outre le plaisir de retrouver Daniel AUTEUIL dans une comédie, c'est le film qui a révélé Firmine RICHARD qui est d'un naturel épatant*. De façon tout à fait malicieuse, Coline SERREAU réactualise le vers de La Fontaine en montrant une femme noire et pauvre qui non seulement mène sa barque seule mais vient en aide à un homme blanc et riche. C'est donc lui qui va devoir ramer pour la mériter.

* Et on découvre aussi de jeunes acteurs appelés à faire par la suite une belle carrière comme Isabelle CARRE, Jose GARCIA ou Guillaume de TONQUEDEC.

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Toute une vie

Publié le par Rosalie210

Claude Lelouch (1974)

Toute une vie

"Toute une vie" est une grande fresque s'étendant sur trois générations, même si c'est la dernière des trois, celle des années 60-70 qui se taille la part du lion. Il paraît qu'il existait une autre fin d'anticipation allant jusqu'en l'an 2000 mais la version que propose Arte s'arrête en 1974. Claude LELOUCH voit grand, mêlant petite et grande histoire à celle du cinéma pour raconter finalement une simple rencontre amoureuse un peu à la manière de "Les Demoiselles de Rochefort" (1966) ou de "Deux moi" (2019) (les futurs amoureux se croisent sans se voir ou se ratent) mais en beaucoup plus grandiose. Le résultat est toutefois inégal. Autant les premières séquences en noir et blanc évoquant la Belle Epoque, la Grande Guerre et la Shoah sont très réussies évoquant à chaque fois une variante de la rencontre amoureuse dont la dernière est la plus émouvante, autant ça se gâte à partir des années 60. Claude LELOUCH veut tellement mettre d'événements que cela devient un défilé sans plus guère de rapport avec l'histoire de ses personnages: mort de Marylin, assassinat de Kennedy, guerre d'Algérie et du Vietnam, guerre froide, premier pas sur la lune, élections de 1965, mai 68 etc. tout cela est évoqué en quelques secondes sans pour autant dater le film. Car à partir des 16 ans de Sarah (Marthe KELLER) en 1962, on a l'impression d'être en permanence sur un plateau de variétés kitsch des années 70 façon Maritie et Gilbert Carpentier en raison de l'omniprésence de Gilbert BECAUD et de ses chansons que Claude LELOUCH ne sait pas doser. Pas plus que les propos sentencieux du père de Sarah (Charles DENNER) ou les mouvements de caméra ostentatoires dans lesquels il pratique l'auto-citation (le tournoiement autour de Andre DUSSOLLIER sur la plage de Deauville ça rappelle forcément "Chabadabada"). Heureusement, les acteurs sont formidables. J'ai regardé essentiellement ce film pour Marthe KELLER qui interprète trois générations de femmes dont la richissime et blasée Sarah mais Andre DUSSOLLIER est très bon également dans le rôle du petit voyou qui parvient au cinéma par des chemins de traverse (la publicité et le porno). Néanmoins, parvenue à la fin du film je suis restée perplexe sur leurs atomes supposés crochus.

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La Belle verte

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (1996)

La Belle verte

Je me suis laissé prendre par ce film qui m'a rappelé "Candide" pour son caractère de conte philosophique faussement naïf. Sauf qu'à la sortie, il a été largement descendu en flammes par la critique, a connu un succès en demi-teinte en salles et n'a été redécouvert et réhabilité que bien plus tard. Sans doute était-il trop en avance sur son temps. Qu'une réalisatrice de comédies se permette de tailler en pièces la civilisation occidentale considérée comme le modèle à suivre, le nec plus ultra du développement, la Rolls Royce du monde a dû être perçu à l'époque comme un insupportable blasphème par ses têtes pensantes. Mais près de trente ans plus tard, ce monde soi-disant si enviable a perdu de sa superbe avec les effets néfastes du productivisme en terme de santé publique et d'environnement, l'explosion des inégalités sociales, la malbouffe ou encore le mouvement Metoo qui a révélé l'ampleur de l'écrasement des femmes par les hommes à tous les échelons de la société. Le monde "extra-terrestre" inventé par Coline SERREAU ressemble en fait beaucoup à celui des indiens précolombiens que Terrence MALICK a reconstitué dans "Le Nouveau monde" (2006): un monde dans lequel les hommes vivent simplement, sans technologie, sans urbanisme, sans hiérarchie, sans argent, ne produisant que la nourriture (végétarienne) nécessaire pour vivre et consacrant leur temps au développement de leur corps et de leur esprit. Une espèce complètement adaptée et connectée à son environnement naturel comme le montre les "concerts de silence" qui ressemblent beaucoup à de la méditation (chez Terrence Malick, ils pratiquaient une sorte de Qi-Gong). Tout cela évidemment dans un cadre magnifique qu'ils ne cherchent pas à transformer. Sauf que ce monde extra-terrestre est en fait présentée comme une humanité évoluée, donc un futur peut-être possible. On comprend en effet qu'aucun de ses habitants n'aie la moindre envie de se rendre sur la terre, qualifiée "d'arriérée". Et quand Mila (Coline SERREAU) se dévoue, c'est pour mieux faire ressortir l'absurdité de notre monde. Vu par ses yeux, il apparaît toxique à tous les niveaux: nourriture transformée immangeable, eau traitée chimiquement imbuvable, air irrespirable à cause du CO2 et de la nicotine (c'était avant l'interdiction du tabac dans les bars et restaurants), bruit, stress, artificialisation des sols, fascination pour le métal. Mais à la manière d'un François Terrasson, géographe auteur de "La civilisation anti-nature", Coline SERREAU établit le lien avec les émotions et relations humaines, détruites par le stress, le mensonge, le mépris, la cupidité, le goût du pouvoir etc. Les scènes les plus drôles sont celles dans lesquelles Mila utilise ses pouvoirs psychiques pour "déconnecter" les gens de leur société mortifère. Vincent LINDON qui joue (comme d'habitude chez la réalisatrice) le rôle d'une tête à claques devient le principal allié de Mila et dans une tirade bien sentie recadre sévèrement un automobiliste énervé (Francis PERRIN). Les institutions en prennent plein la figure, de même que les loisirs de masse. Même un concert de musique guindé prend une allure beaucoup plus fantaisiste après le passage de la "fée Mila".

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La Crise

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (2001)

La Crise

C'était un bonheur de revoir ce film absolument jouissif. Comme dans "Chaos" (2001), Coline SERREAU ne s'embarrasse pas de préliminaires, elle entre directement dans le vif du sujet en nous plongeant en même temps que son personnage (joué encore une fois par Vincent LINDON) dans un maelstrom de bruit et de fureur. Aussi égocentrique que son avatar de "Chaos" (2001), Victor reçoit coup sur coup deux grosses claques: bim, il est largué par sa femme, bam, il est mis à la porte de son boulot. N'étant pas du genre introspectif, Victor se met en mode "geignard" sauf que personne ne l'écoute. Il serait presque à plaindre si lui aussi ne se fichait pas comme d'une guigne des problèmes des autres. Coline SERREAU s'amuse alors à porter à ébullition son dispositif cacophonique où tout le monde parle et où personne ne s'écoute, le tout sur fond d'instabilité généralisée, tant dans la vie professionnelle que familiale. Son sens de la mise en scène fait merveille, notamment au coeur d'une famille se recomposant sous nos yeux où on se perd malgré les vaillants efforts de Michele LAROQUE. Dans un formidable numéro de "Mme Loyal", elle tente d'expliquer à Victor (vite dépassé tout comme nous) qui est avec qui, qui est l'enfant de qui et qui est le demi-frère ou la semi-soeur de qui. Bon courage pour y comprendre quelque chose! Mais le clou du spectacle, c'est bien sûr le moment d'anthologie où la mère de Victor (jouée par Maria PACOME) annonce à sa famille qu'elle se barre avec un homme plus jeune. Sous chaque mot perce la jubilation de la ménagère qui ayant atteint 50 ans estime qu'elle a assez donné, rien reçu en retour et qu'il est temps d'arrêter les frais et de commencer à vivre pour soi. La soeur de Victor (jouée par Zabou BREITMAN) s'en inspirera pour défendre son indépendance par rapport à un homme qui tente de l'envahir sans son consentement.

Cette satire énergique des travers de la société moderne aborde donc le féminisme sous l'angle du droit des femmes à disposer d'elles-mêmes mais aussi donc les ravages de l'individualisme et également les rapports de classe et le racisme d'une manière qui frappe aujourd'hui par sa pertinence. En effet Victor qui appartient à la bourgeoisie se retrouve flanqué d'un partenaire prolo (Patrick TIMSIT) qu'il méprise. Seulement voilà, Michou est chômeur, lui aussi. Et sans filtre. Lorsque les bourgeois chez qui il s'est invité sont choqués de l'entendre dire qu'il est raciste (non pas parce qu'ils ne le sont pas eux aussi mais parce que ce n'est pas politiquement correct de le dire), il leur rétorque que c'est tellement plus facile d'être contre le racisme quand on habite Neuilly que quand on habite Saint-Denis! Et ce n'est pas la sociologie du vote RN qui dira le contraire! On le voit, Coline SERREAU n'a pas le verbe dans sa poche et sait user de dialogues percutants. Couplé à une mise en scène pleine de vivacité mais jamais brouillonne, son film rappelle la screwball comédie à l'américaine, sauf que le conflit y dépasse celui des sexes pour toucher toutes les fractures de nos sociétés (elle aborde également le conflit entre les générations au travers de la malbouffe, les médecines alternatives etc.) Des comédies de cette trempe, on en redemande!

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Yoyo

Publié le par Rosalie210

Pierre Etaix (1964)

Yoyo

Enfin je découvre le chef-d'oeuvre de Pierre ETAIX dont j'ignorais à peu près tout. Mais le film, un bijou de poésie burlesque suffit à lui seul à faire son portrait. Dès les premières séquences, il se place dans le sillage de Jacques TATI dont il a été l'assistant. On reconnaît un héritage commun aux deux hommes dans l'utilisation des bruitages dans la première partie muette et dans la critique burlesque de la société des trente glorieuses dans la seconde partie. Yoyo ou Hulot sont les avatars français des années 60 des Charlot, Malec, Frigo ou Harold du slapstick américain muet (auxquels on peut rajouter ceux du parlant: Laurel et Hardy, les Marx Brothers, Groucho étant d'ailleurs cité à plusieurs reprises) mais il y a spécifiquement dans Yoyo une touche d'élégance aristocratique qui rappelle fortement Max LINDER qui fut leur ancêtre à tous. Cette prouesse d'avoir réussi à créer un personnage-somme qui réunit tous ceux qui l'ont précédé s'accompagne d'un croisement fécond avec sa passion du cirque qui tout autant que son talent de dessinateur le rapproche de Federico FELLINI. "Yoyo" a été réalisé avant "Les Clowns" (1971) auquel il a participé mais dans un passage du film, la troupe de Yoyo arrive dans un lieu où figure une affiche annonçant le spectacle de Zampano et de Gelsomina alias les personnages de "La Strada" (1954). Mais la spécificité de "Yoyo" par rapport à tous ces modèles revendiqués est de s'inscrire dans les événements de la grande histoire sur deux générations, des années vingt aux trente glorieuses. Ainsi que de construire le père et le fils sur une contradiction qui structure tout le film. Contradiction entre la vie de châtelain et celle de saltimbanque, entre nomadisme et sédentarité, entre responsabilités et libertés. Les allers-retours d'un pôle à l'autre de ces deux choix de vie opposés relèvent d'un dilemme très humain que l'on retrouve aussi bien dans le western que dans le road-movie sans parler d'un gag d'effeuillage de chaussure qui semble tout droit sorti de "Gilda" (1945)!

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