Lorsque Michel BLANC est décédé, c'est l'un de ses films récents qui a été le plus cité par les internautes. Preuve que contrairement à ce qu'avait dit une partie de la critique à sa sortie, "Les petites victoires" n'était pas destiné à être oublié une fois consommé. Sous-entendu, le cinéma populaire serait dénué de qualités cinématographiques. Alors certes "Les petites victoires" est un film sans prétention mais est une réussite dans son genre. D'abord son sujet: la lutte contre la désertification rurale, traitée sur le mode de la comédie, ça fonctionne tellement bien que cela donne les scènes les plus drôles du film. Celle de la boulangerie reconvertie en bistrot clandestin montre que le besoin de lien social est plus fort que le pain! Et celle dans laquelle les villageois se liguent pour faire croire à l'inspecteur du rectorat que la classe unique du village compte assez d'élèves pour ne pas être fermée va dans le même sens. L'increvable Marie-Pierre CASEY en guetteuse avec talkie-walkie, lunettes noires et bob Ricard, il fallait y penser quand même! Car les seconds rôles sont bien mis en valeur et sont portés pa des acteurs de talent, de India HAIR à Lionel ABELANSKI. Ensuite, le tandem-vedette fonctionne particulièrement bien, tant par le talent des acteurs que par l'écriture de leurs personnages en quête d'émancipation. Julia PIATON est très convaincante dans le rôle d'Alice, une jeune femme débordée qui se démultiplie pour sauver son village (elle est à la fois maire, institutrice, assistante sociale, psy, docteur...) au point de s'oublier elle-même. Ce qui n'échappe pas à Emile Menoux (Michel BLANC), ancien ouvrier du genre ours mal léché qui en réalité ne peut plus cacher son illettrisme, son frère avec qui il vivait venant de décéder. Lorsqu'il décide de retourner à l'école pour surmonter son handicap, on découvre que son frère le tenait sous sa coupe en lui cachant les lettres d'amour qu'il recevait. C'est pourquoi Emile comprend que Alice saborde sa vie affective par devoir filial vis à vis d'un père décédé et l'aide à "élargir son périmètre" et vice-versa. Enfin, le côté "éternel enfant" de Michel BLANC ressort particulièrement bien au travers de sa relation pleine de spontanéité avec les enfants de la classe unique du village. Tout semble tellement naturel que l'on oublie que l'un des élèves a plus de 65 ans et que l'on s'amuse beaucoup devant les réactions des uns et des autres.
On prend les mêmes et on continue: si vous avez aimé le premier volet, vous aimerez le second, "Indian Palace: suite royale". L'atout principal reste le même: le fabuleux casting qui réunit la crème des acteurs anglais que l'on a un évident plaisir à retrouver, une touche hollywoodienne en plus. Mais pour faire quoi au juste? Je me le demande encore tant le scénario de cette suite manque d'enjeux. La plupart des intrigues sont menées si mollement qu'elles s'essoufflent presque immédiatement. Il en va ainsi de la concurrence professionnelle et amoureuse entre Sonny Kapoor (Dev PATEL qui cabotine toujours aussi outrageusement) le gérant du Best Exotic Marigold Hotel et Kushal Kadania, beau gosse indien qui semble échappé de Bollywood. Ou encore d'un inspecteur mystère (Richard GERE) bien peu convaincu par sa mission mais qui dès son arrivée se met à draguer la mère de Sonny. A moins que ce ne soit Lavinia Beech (Tamsin GREIG vue dans "Tamara Drewe") (2009) qui a l'air de se demander ce qu'elle fait là. Car ce qui domine dans le film, ce sont les intrigues amoureuses entre des seniors qui pètent la forme, au point de reprendre pour certains une activité professionnelle et de se déhancher comme des diables lors d'une scène de mariage suivie d'une chorégraphie très bollywoodienne. Seule exception à cette débauche d'énergie, le personnage de Maggie SMITH qui jette un regard particulièrement mélancolique sur une fête d'où elle reste à l'écart. Alors pour conclure, il y a deux façons de voir le film. Côté pile, il s'agit d'un divertissement parfaitement superflu. Côté face, tout film qui fait jouer (a fortiori ensemble) des acteurs brillants et intègres tels que Maggie SMITH, Judi DENCH ou Bill NIGHY qui ont dû se battre pour ne pas disparaître derrière l'obsolescence programmée du monde du cinéma est digne d'intérêt.
"Marche à l'ombre", premier film réalisé par Michel BLANC, c'est "Viens chez moi, j'habite chez une copine" (1980) avec un supplément d'âme. Un titre de RENAUD mais avec un "Téléphone"* à la main prêt à partir pour "New-York avec toi". "Marche à l'ombre" est un film en mouvement, un road movie dans lequel Paris n'est qu'une escale dans l'errance de François et Denis entre Athènes et New-York. Et encore, le Paris du film de Michel BLANC a de très forts accents africains et m'a toujours fait penser au clip de la chanson de Maxime LE FORESTIER, "Né quelque part" qui s'en est peut-être inspiré. Le déracinement est donc un puissant thème de "Marche à l'ombre" tout comme la fraternité qui réunit un temps clandestinement une communauté de migrants sous le même toit. Outre le déracinement et la fraternité, le troisième élément qui distingue "Marche à l'ombre" du film de Patrice LECONTE c'est la recherche de la beauté. Le personnage de François est sans doute l'un des plus beaux rôles (si ce n'est le plus beau) incarné par Gerard LANVIN (qui n'avait pas encore les tics de jeu qui me l'ont rendu par la suite si antipathique). En effet François a beau galérer dans un monde sordide, ce qui ressort de lui n'est qu'élévation vers les cimes du grand amour, indissociable de l'art comme le souligne la rencontre avec Mathilde (Sophie DUEZ) qui est danseuse, juste devant un cinéma. Et François est lui-même un musicien hors-pair (et sans doute trop idéaliste pour s'intégrer dans la société, comme autre loser magnifique, "Inside Llewyn Davis") (2013) qui avec ses companeros africains improvise des concerts si merveilleux qu'ils font oublier le minable squat dans lequel ils se sont réfugiés. C'est d'ailleurs par eux et aussi pour retrouver Mathilde qu'il part à New-York tenter sa chance. L'art, l'amour, la fraternité mais aussi l'amitié indéfectible qui unit François et Denis (Michel BLANC), poissard hypocondriaque ultra-"attachiant" qu'il protège comme un grand frère et qui nous fait rire avec des répliques rentrées dans les annales du cinéma, notamment la scène hallucinogène où il mélange loubards, renards et loup-garou ("les dents qui poussent").
* Jean-Louis AUBERT, ex-leader du groupe lui a rendu hommage le 4 octobre, révélant qu'ils avaient fréquentés le même lycée mais pas dans le même club.
"Viens chez moi, j'habite chez une copine" est un film de transition entre les précédentes réalisations de Patrice LECONTE avec les membres du Splendid et le premier film réalisé par Michel BLANC, "Marche a l'ombre" (1984). Celui-ci en co-signe le scénario et écrit les dialogues en plus d'offrir une variante de son personnage de Jean-Claude Dusse aux côtés d'un beau gosse "malabar" au coeur tendre joué par l'un des deux futurs "Les Specialistes" (1985) (du même Patrice LECONTE), ici Bernard GIRAUDEAU. On peut aussi souligner que le titre et une partie de la bande-son des deux films sont tirés d'une chanson de RENAUD et qu'ils ont le même producteur, Christian FECHNER. Bien qu'inscrite dans le registre de la comédie franchouillarde sans prétention, "Viens chez moi, j'habite chez une copine" s'en distingue néanmoins déjà par sa finesse d'écriture. En effet on peut se demander pourquoi Daniel qui a "tout ce qu'il faut pour être heureux" c'est à dire une vie bien rangée s'encombre d'un casse-pieds tel que Guy qui en très peu de temps va y mettre une pagaille monstre. Et bien peut-être parce que sa vie était trop rangée justement et qu'il s'ennuyait. Au moins avec Guy, on ne s'ennuie pas une seconde, c'est le remède à la routine! Héritier d'une longue lignée de personnages burlesques, le Guy de Michel BLANC est un agent du chaos à qui on pardonne tout à cause de son sourire candide et de sa fragilité intrinsèque. Ainsi Therese LIOTARD qui doit supporter ses frasques agit-elle avec lui avec beaucoup d'indulgence et une certaine dose d'ironie, le considérant comme un grand enfant. Un peu comme le faisait Margaret DUMONT avec les frères Marx. C'est pourquoi en dépit d'une liste de défauts longue comme le bras, ne garde-t-on en mémoire que son côté attachant et bien entendu la cascade de situations comiques qu'il créé par son comportement irresponsable, notamment en invitant de jolies filles (dont une ANEMONE pas piquée des vers en nymphomane) sous le nez d'un Daniel rapidement émoustillé par leurs charmes ou bien par ses combines foireuses et ses multiples maladresses.
Il y a des schémas récurrents dans l'emploi des acteurs. Comment ne pas penser à un "remix" entre "Je vous trouve tres beau" (2005) et "La Famille Belier" (2013) en regardant "Marie-Line et son juge"? Et ce en dépit du fait qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de Muriel Magellan, "Changer le sens des rivières" (un beau titre). En effet le thème du rapprochement des contraires et du choc des cultures m'a fait penser au film de Isabelle MERGAULT alors que celui de l'émancipation d'une jeune fille soutenant sa famille handicapée m'a paru proche du film de Eric LARTIGAU. L'histoire, assez invraisemblable ne tient que grâce à l'alchimie entre Michel BLANC et Louane EMERA. Ceux-ci parviennent à nous faire oublier les clichés autour des classes sociales qu'ils sont censés incarner ainsi que ceux liés à leur "complémentarité" (la jeunesse et la joie de vivre de Marie-Line en échange de la culture et des ambitions de son juge-employeur occasionnel-mentor-père de substitution). Il est difficile dans un film de cinéma d'évoquer la rencontre de deux êtres que tout oppose sans être schématique. Cependant on peut trouver la barque de Marie-Line particulièrement chargée entre son père invalide, sa mère suicidée, sa soeur délinquante (dont le surgissement dans le film est très maladroit d'ailleurs), ses goûts vulgaires, son inculture. En bref il ne manque que les spaghettis au dîner (ah non, ça c'est Abdellatif KECHICHE dans "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2" - (2013) lui aussi bourré de clichés mais que les critiques ont encensé contrairement au film de Jean-Pierre AMERIS). Si la trajectoire de Marie-Line est particulièrement appuyée, celle du juge n'est pas non plus particulièrement subtile et comme c'est un être solitaire, le réalisateur évacue la description de son milieu. Quand on pense ce que Claude SAUTET avait pu faire d'un tel argument dans "Quelques jours avec moi" (1988) on ne peut que regretter l'aspect convenu du film de Jean-Pierre AMERIS.
"Je vous trouve très beau" est une sorte "d'amour est dans le pré" avant la lettre. Enfin presque car dans un premier temps, ni Aymé Pigrenet (Michel BLANC), ni Elena (Medeea MARINESCU) ne cherchent l'amour. Leurs considérations sont bien plus terre à terre: le premier a besoin d'une femme pour faire marcher sa ferme et remplacer la sienne, décédée accidentellement. La seconde qui est roumaine a besoin d'argent pour offrir une meilleure vie à sa famille. La transaction est donc claire (hormis le fait que Elena cache à Aymé l'existence de sa petite fille). A partir de ce postulat, Isabelle MERGAULT dont c'était le premier film raconte la naissance d'une romance entre ces deux personnages si dissemblables. Ce n'est ni crédible ni original mais ça fonctionne: la magie opère à l'écran. Isabelle MERGAULT cueille de fragiles instants de grâce avec sensibilité, comme quand Elena met un tablier à Aymé presque en l'enlaçant ou bien quand Aymé caresse le lapin qu'elle tient dans ses bras et que l'on comprend que c'est elle qu'il aimerait caresser bien qu'il n'ose pas. Et les acteurs sont excellents. Medeea MARINESCU est pétillante et Michel BLANC dans un rôle à contre-emploi exprime toute sa sensibilité. On en oublie la lourdeur du monde rural dépeint dans le film à l'image de la choucroute en conserve ramenée soi-disant d'Allemagne par Aymé avec une troupe d'acteurs que l'on croirait sortie d'un film de Cedric KLAPISCH.
Encore un film culte que je n'avais jamais vu, sinon par extraits. Cette mise en pièce de la France sous l'occupation, je l'ai trouvée un peu inégale. Les coutures du patchwork se voient un peu trop. Alors du côté du meilleur, il y a la composition inénarrable de Gerard JUGNOT dans la peau d'Adolfo (!) Ramirez, un gestapiste français avide de revanche. Je soupçonne d'ailleurs très fortement Jean-Paul ROUVE de s'en être inspiré pour le personnage collaborationniste odieux qu'il interprète dans "Monsieur Batignole" (2001) réalisé par ce même Gerard JUGNOT. De façon plus générale, comme dans les années 80, la France n'assumait pas encore son passé vichyste (c'est l'époque où Mitterrand apportait encore des fleurs à Pétain), le film est très en verve pour épingler les collabos. Il faut voir la façon dont Jean YANNE dans la peau d'un milicien susurre à ses interlocuteurs venus se plaindre des dégâts causés par l'occupation allemande dans leur château "et au fait, dans votre famille, il n'y a pas de juifs?" Sans parler du retour de Ramirez "junior" en parfait petit facho bolivien dans le pastiche de "Les Dossiers de l'écran" à la fin. Nul n'ignore qu'un certain nombre de nazis se sont réfugiés en Amérique latine après la guerre où ils ont fait souche. Et puis bien sûr, il y a la dernière demi-heure et le numéro hilarant de Jacques VILLERET dans la peau du demi-frère d'Hitler interprétant à l'heure allemande le "Je n'ai pas changé" du latin lover Julio IGLESIAS. Mais en fait ce qui m'a posé problème provient de l'hommage assumé qu'est "Papy fait de la Résistance" à Louis de FUNES (qui venait juste de mourir et qui aurait dû jouer le rôle du Papy finalement interprété par son complice, Michel GALABRU). En effet Jean-Marie POIRE veut coller ensemble deux morceaux qui s'ajustent mal: "La Grande vadrouille" (1966) bien sûr mais aussi la série des "Fantomas" (1964). C'est de cette source, celle des romans feuilletons et des films de Louis FEUILLADE (bien avant Andre HUNEBELLE) que provient "Super-Résistant", le personnage joué par Martin LAMOTTE, un justicier masqué qui ressemble à Arsène Lupin mais qui comme Zorro ou Batman a une double identité puisque le jour, il joue le rôle d'un coiffeur efféminé, une couverture insoupçonnable. Mais aussi une caricature assez gênante. Par ailleurs, le personnage de "Super-Résistant" vient percuter une page d'histoire tragique en la déréalisant complètement ce que ne faisait pas "La Grande vadrouille" (1966). La scène de la rafle de résistants qui commençait ainsi très bien avec notamment le personnage joué par Jacques FRANCOIS ou "le plus petit rôle du film" confié à Bernard GIRAUDEAU (complice de Michel BLANC qui comme d'autres membres du Splendid, Josiane BALASKO et Thierry LHERMITTE vient faire son petit cameo) se termine ainsi dans la facilité alors qu'elle aurait pu donner lieu à une brillante parodie comique de "L'Armee des ombres). (1969)
Bien que "Le Grand Amour" soit un bon film, je l'ai moins aimé que "Le Soupirant" (1962) et "Yoyo" (1964). Le thème du film y est sans doute pour quelque chose. Pierre ETAIX change en effet de registre en passant de la comédie burlesque quasi muette en noir et blanc à la comédie dramatique dialoguée et en couleur sur les conventions bourgeoises, le délitement du couple et le démon de midi façon "7 ans de reflexion" (1955). Cela ne m'a jamais passionnée. De plus, la bande-son est moins riche qu'à l'ordinaire, le parlant devenant envahissant. Néanmoins les moeurs étriquées de la petite bourgeoise provinciale sont finement observées, la poésie surréaliste du cinéaste (et de son scénariste, Jean-Claude CARRIERE) fait merveille dans une narration non linéaire, brouillant les frontières entre le rêve et le réel, entre le passé et le présent, entre les images et le récit. On oscille entre un ton gentiment satirique et une certaine mélancolie. Car si le film est drôle, c'est la désillusion qui l'emporte. Les grands élans romantiques et romanesques de Pierre, symbolisés par la superbe scène du lit voyageur se heurtent à une réalité prosaïque qui repose sur une impossible intimité. Ce que symbolisent notamment les lits jumeaux mais bien séparés du couple bourgeois dont chaque membre joue la comédie à l'autre. Une comédie jouée d'avance d'ailleurs, chaque pièce du jeu étant présentée comme interchangeable.
La promesse du titre est trompeuse: le film ne fait pas de miracle. Le scénario et la mise en scène sont convenus à l'extrême. Chaque scène surligne lourdement les enjeux et la progression dramatique est parfaitement prévisible. Prévisible et maladroite. Le thème du pèlerinage à Lourdes est survolé et finit par n'être qu'un décor unissant trois femmes liées par un secret guère palpitant. J'ai remarqué aussi qu'il y avait des passages confus et mous du genou comme ce qui tourne autour des maris (alors que cela aurait pu être au choix soit très drôle ou bien à l'inverse, dramatique voire tragique. Mais le réalisateur ne choisit pas entre ces deux voies et se contente d'un entre-deux peu satisfaisant). Bref, c'est une oeuvre médiocre qui ne vaut d'être vue que pour deux raisons: sa reconstitution d'époque, plutôt soignée et bien entendu son formidable trio d'actrices Maggie SMITH (dont c'est la dernière apparition au cinéma, à 88 ans), Kathy BATES et la trop rare Laura LINNEY. Dommage que cette dernière joue encore un rôle sacrificiel comme dans "Love Actually" (2003) alors que Kathy BATES se retrouve dans le rôle d'un personnage odieux la plupart du temps. Seule Maggie SMITH échappe en partie au cliché, non pas que son personnage ait été mieux écrit mais parce que l'on perçoit sa grande fragilité et que celle-ci nous émeut.
Comme tant et tant de gens ayant connu cette époque, j'ai vu "3 hommes et un couffin" au cinéma à sa sortie, sans doute plusieurs fois, dans des salles pleines et je me souviens encore de ma mère (qui m'accompagnait étant donné mon jeune âge d'alors mais qui elle-même ne fréquentait pas les cinémas) riant aux larmes devant certaines des situations montrées dans le film. En le revoyant près de quatre décennies plus tard, j'ai été frappée par une évidence: toutes les scènes entre les trois hommes et le bébé n'ont pas pris une ride alors que celles qui montrent leur vie sociale apparaissent affreusement datées. Même s'il y a quelques longueurs et artifices dans le scénario, l'essentiel réside dans la relation qui se noue entre le bébé et ses trois pères, surtout les deux pères d'adoption d'ailleurs. En déplaçant les curseurs des rôles genrés, Coline SERREAU ne s'interroge pas seulement sur l'équilibre entre travail et vie de famille. Elle déconstruit un modèle de masculinité égocentrique ne reposant que sur la compétition virile et la recherche du plaisir sans limites. Avec un bébé dans les pattes, les trois hommes découvrent les responsabilités, les compromis qui résultent de la charge mentale mais aussi la tendresse. Seulement, il ne faut pas la montrer aux autres ce qui est source de situations ou de réparties comiques. Au final, "3 hommes et un couffin" se rapproche de "La Belle verte" (1996) en montrant une société marchant sur la tête remise à l'endroit. Le maternage est montré comme pouvant être aussi bien assuré par l'un que par l'autre sexe s'il se donne la peine de s'investir ce qui aboutit à la désopilante scène de confrontation entre Pierre et Mme Rapon (Dominique LAVANANT). Après le départ du bébé, l'aspect factice, vide, mécanique de la vie des trois hommes leur saute au visage au point que Jacques (Andre DUSSOLLIER) fait une couvade, Michel (Michel BOUJENAH) n'a plus d'inspiration alors que Pierre (Roland GIRAUD) tombe en dépression. Bref, comme les autres films de la réalisatrice, "3 hommes et un couffin" n'est pas seulement une comédie culte, c'est un film en avance sur son temps, ébranlant le patriarcat et ébauchant un nouveau modèle parental et familial.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)