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Articles avec #comedie dramatique tag

Le Mari de la coiffeuse

Publié le par Rosalie210

Patrice Leconte (1990)

Le Mari de la coiffeuse

J'ai un avis extrêmement partagé sur "Le mari de la coiffeuse". D'un côté, cette rêverie ne manque ni d'originalité, ni de charme. J'ai aimé la sensualité qui se dégage du film, l'attention portée à la lumière, aux couleurs, aux goûts, aux odeurs, au toucher et à l'ouïe. C'est ce dernier sens qui m'a d'ailleurs le plus emporté. D'abord parce que la voix de Jean ROCHEFORT est un poème en soi et ensuite parce que toutes les musiques orientales que l'on entend dans le film constituent une source de dépaysement, un appel vers l'ailleurs. Le toucher occupe la seconde place à égalité avec la vue: la manière de photographier et de filmer la peau et les chevelures flamboyantes des femmes vont de pair avec l'orientalisme marqué du film. Seulement, ce qui ressemble à la projection d'un fantasme masculin a du mal à tenir sur la longueur. Au bout d'un moment, inévitablement, le film tourne en rond dans son tout petit périmètre. Car deuxièmement, à force de se répéter, le charme finit par se dissiper pour laisser place à une impression mortifère. Car le fantasme de cet homme consiste à épouser une coiffeuse, littéralement. Le bonheur dans l'amour fusionnel, replié sur soi-même et sa moitié dans le huis-clos d'un salon d'où chacun sort le moins possible, interagit le moins possible avec les autres ça finit par devenir étouffant et ça ressemble à une envie régressive de retourner dans le ventre de maman. Forcément, un tel amour est sans issue. Enfin, si écouter la voix de Jean ROCHEFORT est un délice, il y a un hiatus entre les fantasmes qui semblent émaner de l'esprit d'un adolescent en proie à ses premiers émois amoureux et sexuels et l'homme d'âge très mûr qu'il était déjà, sa partenaire érotique ayant évidemment l'âge d'être sa fille. Le film aurait pu jouer sur la nostalgie de ce bonheur perdu à l'aide de flashbacks où l'on aurait entendu Jean ROCHEFORT mais où son personnage aurait été joué par un autre acteur plus jeune. Cela aurait peut-être également permis de trouver une vraie fin au film qui se termine en queue de poisson.

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Deux soeurs (Hard Truths)

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (2024)

Deux soeurs (Hard Truths)

"Deux soeurs" est un film puissant, empreint de cette pâte humaine dont Mike LEIGH a le secret. Près de trente ans après "Secrets et mensonges" (1996), il retrouve Marianne JEAN-BAPTISTE pour interpréter le rôle de Pansy, une anti-héroïne que l'on est pas prêt d'oublier. Dès la première séquence, le ton est donné: Pansy se réveille en criant et en sursautant, comme si le retour à l'état conscient était un traumatisme. Et c'est le cas. Le rapport que Pansy entretient au monde est conflictuel. En proie à une colère inextinguible, elle passe son temps à déverser sa bile sur tout ce qui bouge. Ceux qui croisent son chemin subissent ses foudres ce qui donne une série d'esclandres au ton tragi-comique (car la dame a le sens de la formule qui pique). On a donc la version irascible d'un échantillon des albums de Martine avec "Pansy au supermarché", "Pansy chez le dentiste", "Pansy chez le médecin", "Pansy veut acheter un canapé" etc. Evidemment, ces anonymes qui réagissent à son agressivité avec plus ou moins de flegme ne sont que les boucs-émissaires d'une rage qui remonte à l'enfance. C'est là qu'intervient la soeur de Pansy, Chantelle (Michele AUSTIN) qui est son antithèse: solaire, joyeuse, bienveillante. Tout chez elle respire la joie de vivre, son salon de coiffure, son appartement coloré, sa complicité avec ses deux filles alors que l'appartement de Pansy est aseptisé par sa maniaquerie et que son mari (qu'elle ne supporte pas) et son fils (qui la désespère) s'isolent dans leurs bulles ou la fuient le plus possible. Désemparée par la négativité de sa soeur qui lorsqu'elle n'éructe pas ne cesse de se plaindre de tous les maux, elle tente de lui venir en aide, tente de comprendre pourquoi celle-ci est à ce point fâchée avec la vie, tente de la sortir de son marasme et de son isolement en organisant une réunion de famille (comme dans "Secrets et mensonges") (1996). Ce qui est fort, c'est que l'on ressent parfaitement la terrible souffrance qui se cache derrière le caractère impossible de Pansy et la rend aussi asociale que dépressive. Un malheur qui lui vient de son histoire personnelle (Mike LEIGH ne donne pas toutes les clés mais il semble qu'elle ait servi de paratonnerre) et qui est donc transmissible. Son fils Moses qui est obèse, désocialisé et sans situation semble porter sur ses épaules tout le malheur familial. Cependant, avec l'aide de Chantelle, Pansy comprend qu'elle n'en peut plus et qu'elle doit peut être enfin songer à déposer les armes.

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Une femme de ménage

Publié le par Rosalie210

Claude Berri (2001)

Une femme de ménage

C'est un film neurasthénique et dont le scénario est cousu de fil blanc. Une énième romance entre un quinquagénaire et une jeune fille de 20 ans qui traduit l'écrasante domination du masculin et de son fantasme de filmer des filles jeunes et jolies essentiellement pour leur physique. Si en plus ce sont des Cosette en détresse qui ont besoin d'un sauveur, c'est encore mieux. Le cinéma français a souvent mal employé Emilie DEQUENNE, notamment dans ce film où elle minaude à mort. Il faut dire que son rôle d'allumeuse/briseuse de coeurs un brin simplette et versatile est si cliché, si creux qu'elle ne peut faire autrement. Heureusement, Jean-Pierre BACRI tient le film à bout de bras. Il apporte à son personnage de dépressif qui veut croire en une histoire perdue d'avance et qui se retrouve plus seul que jamais une profondeur qui le rend touchant, particulièrement dans les dernières séquences du film où il se prend dans la figure l'amère réalité. Et bien qu'elles n'apparaissent que quelques minutes, Catherine BREILLAT dans un rôle à contre-emploi, Axelle ABBADIE et Brigitte CATILLON réussissent à camper des personnages en crise qui offrent un instantané marquant d'une génération dont les ratages sentimentaux confinent au désarroi le plus total. Mais il aurait fallu leur donner une vraie place dans le film, or les actrices de plus de 50 ans sont moins décoratives que celles de 20, CQFD.

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Pas son genre

Publié le par Rosalie210

Lucas Belvaux (2014)

Pas son genre

Je suis loin de connaître la totalité de la filmographie de Emilie DEQUENNE, néanmoins pour ce que j'en ai vu, ce sont les belges qui ont su le mieux mettre en valeur son talent alors que le cinéma français l'a souvent sous-exploitée. Ainsi dans "Pas son genre", elle vole la vedette à son partenaire, Loic CORBERY et rayonne comme un soleil au point de faire émerger un autre thème que celui qui est présenté comme étant au coeur du film. Alors oui, bien sûr que "Pas son genre" raconte un impossible dépassement de différence de milieu socio-culturel à la manière d'autres films ayant traité le même sujet de façon plus ou moins subtile ("Le Gout des autres" (1999), "La Vie d'Adele - chapitre 1 et 2 -" (2013) etc.) Par-delà la différence de goûts, de références, d'activités qui n'est pas insurmontable (pas besoin d'être fusionnel pour former un couple viable) c'est le mépris de classe qui est le plus dévastateur. Rien de tel que le test de la rencontre inopinée entre le couple naissant et les amis de celui qui en constitue le membre le plus aisé pour s'en rendre compte: dans "Pas son genre" (2014) comme dans "Minnie and Moskowitz" (1971) ou "Les Amants du Capricorne" (1949), le plus défavorisé se retrouve brutalement éclipsé par une complicité de classe dont il est exclu, son partenaire, confus et honteux préférant l'ignorer. Une violence qui se traduit tellement bien sur le visage de Emilie DEQUENNE (dans une scène de carnaval qui n'a pas dû être choisie au hasard) qu'elle n'a pas besoin de l'exprimer par les mots. Et qui laisse la fin, celle où elle s'efface pour de bon du paysage ouverte à l'interprétation. Car comme je le disais plus haut, un autre thème émerge dans le film, celui qui questionne l'épanouissement dans le couple. Le personnage de Clément nous est présenté en amont de sa rencontre avec Jennifer comme un intellectuel de la rive gauche (ajoutant le parisianisme mondain considérant la province comme un exil punitif aux autres attributs de son appartenance bourgeoise) mais aussi comme un infirme émotionnel et relationnel. Un misanthrope froid, distant, taciturne, refusant de s'engager et de fonder une famille. A l'opposé, Jennifer, solaire et énergique est l'incarnation de la joie de vivre. Elle ne dégage que des ondes positives, que ce soit avec son fils, avec ses amis ou avec ses clients. Sa rencontre avec Clément agit comme un éteignoir. On la voit le porter à bout de bras, déployer de l'affection, de la tendresse pour deux (comme dans la scène du karaoké) mais à un moment donné, le manque de réciprocité la vide de son énergie d'autant qu'elle est suffisamment lucide pour comprendre qu'elle n'est pour Clément qu'un bouche-trou et que leur romance est surtout physique. Seulement voilà, elle a été façonnée par le mythe du prince charmant* comme l'ont été des générations de femmes avant elle et comme le sont encore trop de jeunes filles aujourd'hui, la rencontre amoureuse étant "vendue" comme l'horizon incontournable de l'accomplissement de soi. Ainsi, sous couvert d'analyse sociologique, c'est également à une analyse des rapports genrés aux résonances bien actuelles que se livre ce film d'une grande richesse et aussi d'une grande justesse. En disparaissant, Jennifer échappe à toutes les formes de domination que Clément, consciemment ou non lui impose et donc à son propre conditionnement de femme soumise, passive, ayant intériorisé son infériorité, si bien analysé dans le livre poignant de Christine ANGOT, "Un amour impossible" (2018). Ainsi contrairement aux apparences, le film de Lucas BELVAUX dépeint une émancipation féminine, bien aidé par une Emilie DEQUENNE impériale.

* Mythe analysé notamment par le sociologue Jean-Claude Kaufman dans son livre "La femme seule et le prince charmant".

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18 ans après

Publié le par Rosalie210

Coline Serreau (2003)

18 ans après

C'est vraiment dommage que cette suite de "3 hommes et un couffin" (1985) soit si bâclée. Parce que l'énergie si communicative des films de Coline SERREAU est là mais gâché par un scénario paresseux et une mise en scène peu inspirée. Pour j'imagine faire plaisir au public du premier film, on reprend à l'identique le trio de pères conservé au congélateur pendant 18 ans dans leur appartement. Non mais qui peut croire que ces quinquagénaires (voire sexagénaire pour Roland GIRAUD) vivent encore comme s'ils étaient adolescents? De plus, si le trio d'acteurs est toujours aussi excellent, il est relégué à l'arrière-plan et n'a pas grand-chose à faire. Pourtant un trio d'hommes élevant ensemble un enfant, il y aurait eu de quoi dire mais le thème des nouvelles familles est à peine effleuré. Au contraire, il est recouvert par une intrigue censée plaire aux jeunes mais mal ficelée: celle du beau-père américain caricatural de Marie et de ses deux fils dont l'un est sa copie conforme et est donc un repoussoir et l'autre fait figure de vilain petit canard cachant évidemment en réalité un beau cygne. La métamorphose de Arthur n'est pas crédible car ce n'est pas avec quelques séances de musculation qu'on transforme un empoté en athlète (le rôle est tenu par James THIERREE qui n'est autre que le petit-fils de Charles CHAPLIN et cela se voit: non seulement il lui ressemble mais dans la dernière scène, il s'essaie au hip-hop avec une souplesse d'acrobate). Reste le personnage de la gouvernante (joué par Line RENAUD) et de l'amie de Marie flanquée de son petit frère mais ils sont sous-exploités. Le format numérique, censé apporter de la modernité au film ne semble pas non plus servir à grand-chose.

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Je rentre à la maison

Publié le par Rosalie210

Manoel de Oliveira (2001)

Je rentre à la maison

J'ai vu ce film d'une grande simplicité comme un "au revoir" de la part d'un réalisateur qui avait à l'époque déjà 93 ans (Manoel de OLIVEIRA est décédé à l'âge canonique de 106 ans en 2015!) Le thème de la mort et du deuil sont en effet omniprésents, de la première séquence, un long extrait de "Le roi se meurt" de Eugène Ionesco alors que trois oiseaux de mauvais augure arpentent les coulisses à la dernière, la plus belle de toutes, aussi muette qu'éloquente. Celle où un petit garçon observe son grand-père monter un escalier avec difficulté et comprend qu'il n'en a plus pour longtemps. Entre les deux, on voit Gilbert Valence, le vieux comédien joué par Michel PICCOLI se retirer discrètement du monde (d'où le titre, "Je rentre à la maison"), l'observant derrière une vitre, se faisant dépouiller de ses biens en pleine rue, chérissant ce qu'il appelle sa "solitudine" face à un agent qui insiste lourdement pour le (re)caser avec une jeune actrice après la mort brutale de ses proches*, prolongeant ses siestes, réalisant sur un plateau de tournage qu'il n'arrive plus à mémoriser son texte. Mais "Je rentre à la maison" fonctionne sur un paradoxe. Le fardeau du vieillissement et du deuil conduit Gilbert à se libérer de tout ce qui l'encombre si bien que le film est étonnamment léger, célébrant le bonheur des petites habitudes: déambuler dans Paris, boire un café, s'acheter des chaussures, discuter ici et là avec les passants, jouer avec son petit-fils, le regarder oublier systématiquement son goûter. Tout cela avec le même sens de l'épure que la scène finale et un grand talent pour faire passer l'émotion par l'image et non par la parole ce qui contraste radicalement avec les scènes théâtrales.

*La révolution #MeToo n'était pas encore passée par là et c'est l'aspect du film sans doute le plus daté.

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En tongs au pied de l'Himalaya

Publié le par Rosalie210

John Wax (2024)

En tongs au pied de l'Himalaya

"En tongs au pied de l'Himalaya" n'a rien de révolutionnaire même s'il démonte quelques clichés sur les autistes, à commencer par celui de l'autiste surdoué. Tiré du one woman show autobiographique de Marie-Odile WEISS qui joue le rôle d'une directrice de la maternelle un peu effacée, le film a le mérite de nous plonger dans le quotidien d'une famille (presque) ordinaire devant gérer les troubles de leur fils. Comme souvent en pareil cas, la révélation du handicap fait éclater le couple. Audrey LAMY est plutôt convaincante dans le rôle de Pauline, une mère dépassée mais aimante qui se bat pour que son enfant ne soit pas rejeté par l'école mais qui a tendance à se noyer face à ses problèmes, lesquels ne sont pas édulcorés (l'intolérance aux bruits, les troubles cognitifs, les stéréotypies et crises d'anxiété face aux changements, la faible tolérance à la frustration etc.) Pour ne rien arranger, Pauline dont la vie est plutôt déréglée et qui peine à joindre les deux bouts est entourée d'hommes adultes immatures, notamment son frère paumé vivant encore dans un appartement appartenant à leur père, lequel semble plus préoccupé par ses chats que par sa famille à qui il n'accorde pas d'attention réelle. Les déficiences de l'institution scolaire vis à vis de l'inclusion se réduisent au cas individuel d'une institutrice hypocrite (Tatiana GOUSSEFF) tandis que les différents dispositifs d'aide existants (AESH, groupes de parole, référente MDPH etc.) s'avèrent un poil idéalisés. La question du sous-financement et du manque d'AESH n'est par exemple pas posée. Plus embêtant, le film fait porter toute la responsabilité de l'éducation d'Andréa et toutes les défaillances à la mère. Aucune scène ne montre comment se débrouille le père qui semble n'avoir aucun problème dans la gestion de son enfant. Cette inégalité de traitement interroge. En bonus, l'apparition de Jean-Pascal ZADI qui depuis "Tout simplement noir" (2019) (film que John WAX avait co-réalisé avec lui) a fait de son réalignement dentaire un running gag, le film étant avant tout une comédie sympa au premier abord mais réactionnaire au bout du compte.

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Le Roman de Jim

Publié le par Rosalie210

Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2024)

Le Roman de Jim

Les frères Larrieu surprennent avec ce mélodrame adapté d'un roman de Pierric Bailly, loin de leur registre habituel. Encore que la place centrale des paysages de montagne dans leurs films ne se démente pas, bien que l'histoire se passe dans le Jura (lieu où se passe l'intrigue du roman) et non dans leurs Pyrénées natales. Mais si la gestion de l'espace est leur point fort, ce n'est pas le cas de celle du passage du temps. Les personnages que l'on voit évoluer à l'écran (hormis Jim) ne changent guère alors qu'on est censé les suivre sur 25 voire 30 ans pour Aymeric. Or qu'ils aient 16, 30, 50 ou 60 ans, ils paraissent tous avoir l'âge des acteurs et aucun effort sérieux n'est fait pour les rajeunir ou les vieillir. Cela aplatit bien des enjeux, comme la différence d'âge entre Aymeric qui est censé avoir une vingtaine d'années quand il rencontre Florence qui elle a le double de cet âge, le scénario insistant sur le fait que sa grossesse est tardive. Cela aurait permis de mieux comprendre les dysfonctionnements de ce couple. Autre problème, la direction d'acteurs est des plus erratiques. Le pire, ce sont les prestations de Bertrand BELIN qui est ectoplasmique et de Laetitia DOSCH qui joue les évaporées libertaires alors que son personnage est en réalité machiavélique et réactionnaire. Heureusement, la prestation de Karim LEKLOU, justement récompensée aux César est formidable. Il parvient à créer un personnage émouvant et crédible de loser qui ne trouve pas sa place dans le monde, un personnage sans malice, sans carapace et sans ambition qui se fait exploiter sans réagir par un peu tout le monde (il porte le chapeau d'un cambriolage dans lequel il n'a été qu'un suiveur, il joue le père bouche-trou auprès d'un enfant sur lequel il n'a pas de droits si bien qu'il se fait jeter comme un malpropre une fois que la mère n'a plus besoin de lui etc.) Cette passivité pourrait agacer mais le contexte socio-culturel dans lequel il vit l'explique en partie: c'est un homme englué dans la précarité et qui n'a jamais quitté véritablement la région. Un homme que l'inconnu effraie, dont l'estime de soi est très basse, le sentiment de légitimité très faible et qui préfère se résigner et souffrir en silence plutôt que de se battre. Heureusement que la sincérité de l'amour qu'il a porté à Jim va finir par porter ses fruits et l'amener à une salutaire remise en question, même si une fois de plus, ce n'est pas le fruit de son initiative.

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Le Brio

Publié le par Rosalie210

Yvan Attal (2017)

Le Brio

Un film qui montre sans le dire une forme de discrimination positive (Neïla is "the one") non dénuée de calculs (donner à l'université Panthéon-Assas une image plus inclusive, blanchir un professeur accusé de propos racistes sur les réseaux et en passe d'être exclu par un conseil de discipline) sans parler du schéma convenu remettant au goût du jour l'histoire de Pygmalion et de Galatée à la sauce assimilationniste (je n'ai jamais été fan de "My Fair Lady" (1964) et de ses avatars). Bref "Le Brio" est de ces films pavés de bonnes intentions autant que de clichés qui se laisse néanmoins regarder. Principalement parce que le duo d'acteurs (Daniel AUTEUIL/Camelia JORDANA) fonctionne mais aussi parce que bien que cela ne soit qu'effleuré, l'apprentissage de la rhétorique est intéressant, notamment l'utilisation du livre de Schopenhauer, "L'Art d'avoir toujours raison" qui a dû être l'un des livres de chevet de Roy Cohn, l'avocat qui a "formé" le jeune Donald Trump, sujet du film "The Apprentice" (2024). On mesure néanmoins le fossé qui sépare le film de Ali ABBASI de celui de Yvan ATTAL, lequel ne décrit finalement qu'un parcours programmé vers la réussite individuelle selon les codes et les normes de la société occidentale. Le conflit de loyauté de Neïla entre ses deux cultures n'est pas réellement interrogé alors que la langue comme la culture française sont en constante évolution sous l'effet des multiples apports de la diversité ce qu'il aurait été intéressant de montrer également.

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Le Jardin Zen (Hamon)

Publié le par Rosalie210

Naoko Ogigami (2025)

Le Jardin Zen (Hamon)

Une satire sociale étonnamment "cash" dans cette société feutrée qu'est le Japon. Un Japon qui on s'en doute, ne va pas très bien et dont la réalisatrice, Naoko OGIGAMI ausculte les maux, voire les traumatismes avec beaucoup de causticité. Le délitement de la famille traditionnelle est au coeur de son récit, centré sur une épouse maniaque jusqu'à la névrose, écartelée entre son besoin de paix intérieure et celui de se venger d'un mari qui l'a abandonnée au moment de la catastrophe de Fukushima, lui laissant leur fils mais aussi son père à charge (impotent et lubrique, on pense à "Il reste encore demain") (2023). On comprend donc parfaitement ses pulsions de meurtre quand son mari revient sans crier gare quelques années plus tard pour reprendre sa place dans la maison parce qu'il est sur la paille et rongé par le cancer. Mais cela entre en contradiction aussi bien avec sa volonté de paraître zen qu'avec les attentes de la société japonaise envers la "bonne épouse et la bonne mère". D'un côté la pression du voisinage, les traditions et l'embrigadement de la secte où Yoriko a trouvé refuge qui vénère l'eau mais extorque des fortunes à ses fidèles. De l'autre, une collègue de travail sans filtre qui attise son désir de vengeance. Il s'agit de la seule personne avec laquelle Yoriko se montre naturelle et donc des seules scènes où l'eau apparaît véritablement puisqu'elles se retrouvent à la piscine. Mais cette collègue qui fonctionne comme un miroir est en réalité à la dérive. Dans la maison de Yoriko, l'eau est simplement simulée par le jardin sec et la secte la vend en bouteilles dans des contenants parfois périmés. Les sentiments tenus sous cloche forment l'essentiel du film, le refoulé affleurant sous des dehors très lisses tel cet appartement rempli de poubelles que découvre Yoriko à l'opposé de son hygiénisme forcené. Il faut attendre la scène finale pour qu'on ressente une véritable libération, par le rire et par la danse, le tout sous la pluie, enfin.

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