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Articles avec #cinema polonais tag

Deep End

Publié le par Rosalie210

Jerzy Skolimowski (1970)

Deep End

"Deep end" est le troisième côté d'un triangle dont les deux autres seraient "Blow-up" (1966) et "Repulsion" (1965). Leurs points communs? Se situer au coeur du swinging London alors qu'ils ont été réalisés par des cinéastes étrangers (dont deux polonais en exil) et pas toujours en Angleterre (la piscine de "Deep End" se trouve à Munich). Qu'à cela ne tienne! Il y a une atmosphère dans "Deep End" qui capte le spectateur. Cela tient beaucoup à l'unité de lieu, cette piscine décrépite et glauque mais aux couleurs pop éclatantes que l'on retrouve également dans l'East end où se déroule les lieux annexes de l'histoire qui semblent n'être qu'une extension des obsessions du héros. Celui-ci est un adolescent de 15 ans qui en franchissant le seuil de l'établissement pour son premier travail tombe dans une fosse aux serpents dont il ne parvient pas à s'extraire. Le film de Jerzy SKOLIMOWSKI peuplé de fantasmes inassouvis (plutôt crades) est par ailleurs hanté par le proxénétisme et la prostitution. Mike (John MOULDER-BROWN) devient le toy boy de vieilles rombières en mal de sensations fortes alors qu'il développe une obsession pour sa collègue plus âgée, Susan (Jane ASHER) qui s'amuse à souffler le chaud et le froid avec lui. Il faut dire que Susan est insaisissable, jouant de ses charmes auprès de plusieurs hommes et arrondissant ses fins de mois dans un club de strip-tease. Mais celui auquel elle est fiancée est surtout riche et Mike apprend donc que pour l'attirer dans ses filets, "diamonds are a girl's best friend". La marchandisation du sexe et des corps va de pair avec la transformation de Susan en femme-objet par Mike. Celui n'est en effet pas du tout un héros positif, développant pour la jeune femme une fétichisation malsaine qui le fait se frotter contre son image et poursuivre son ombre lors d'une séquence particulièrement marquante dans laquelle il erre dans le quartier de Soho entre le club chic et donc inaccessible où elle s'amuse avec son amant et le food-truck où il s'empiffre de hot-dogs (une symbolique pas très fine). Le tout sur une bande son très recherchée allant de Cat Stevens au groupe Can. Logiquement, le désir mortifère culmine dans la scène finale.

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Eo

Publié le par Rosalie210

Jerzy Skolimowski (2022)

Eo

Les tribulations d'un âne, "EO" (l'équivalent de "Hi-Han" en polonais) qui passe de maître en maître comme son lointain ancêtre "Au hasard Balthazar" (1966) de Robert BRESSON mais avec une plus grande amplitude géographique puisque son périple commence en Pologne et se termine en Italie. Si le rôle de l'âne reste le même à savoir témoigner (en martyr) de la folie des hommes qui ont créé un monde insensible aux êtres vivants, le long-métrage a un caractère bien plus expérimental qui a pour but de nous immerger dans la vision du monde de l'âne. Ainsi, chacune de ses mauvaises expériences (qui sont nombreuses) se traduisent par un "trip hallucinogène" qui a fait dire à certains que le film ressemblait à un Terrence MALICK sous ecstasy. La couleur rouge envahit l'écran avec en plus des effets de lumière stroboscopiques ou de caméra tournoyante et des bruitages anxiogènes. La maltraitance animale ne se réduit pas à celle que subit l'âne, la plupart des animaux qu'il rencontre vivent en cage et sont promis à l'euthanasie ou à l'abattoir. De toutes façons, lorsque EO parvient à arracher quelques instants de liberté, ce n'est pas mieux: il manque se faire écraser sur la route ou faucher par une pale d'éolienne ou une balle de chasseur quand il n'est pas pris pour punching-ball par une bande de supporters fortement alcoolisés.

En dépit de son inventivité et de ses qualités plastiques (Jerzy SKOLIMOWSKI est également peintre), j'ai trouvé que le réalisateur ne parvenait pas à maintenir sa proposition jusqu'au bout. Dans la dernière demi-heure, le propos oublie presque l'âne pour se focaliser sur des intrigues humaines, d'abord avec un camionneur assez louche puis un prêtre endetté dont la mère est jouée par Isabelle HUPPERT (dont on se demande ce qu'elle vient faire là). Ces scènes assez ridicules de surcroît nous sortent du film. D'autre part, les changements de situation de l'âne sont incessants ce qui ne permet pas de creuser quoi que ce soit. Ainsi la relation de proximité avec la jeune fille Cassandra est réduite à l'état d'ébauche alors qu'elle était centrale dans "Au hasard Balthazar" (1966) et il en va de même des différents humains avec lesquels l'âne interagit alors que Bresson prenait le temps de les faire exister à l'appui de sa fable religieuse. Les défenseurs de la cause animale sont montrés comme contre-productifs parce que là encore, ils sont traités en quelques secondes là où dans "Okja" (2016) ils étaient bien plus développés et donc nuancés. "Okja" montrait aussi une relation forte entre un animal et une humaine-médiatrice tout comme "Princesse Mononoké" (1997) avec là encore une réponse nuancée, Hayao MIYAZAKI ne cherchant pas à éluder ses propres contradictions d'être humain sensible à la nature mais vivant dans une société capitaliste et industrialisée.

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