"Le petit Lord Fauntleroy" est le premier roman de littérature pour la jeunesse écrit par Frances Hodgson Burnett. Elle fait partie de tous ces auteurs et auteures qui construisent une littérature spécifiquement destinée aux enfants au XIX° siècle. "Le petit Lord" tout comme "Princesse Sara" acquit une renommée mondiale et durable, en témoigne ses nombreuses adaptations cinématographiques et télévisuelles (1914, 1921, 1936, 1974, 1980, la série animée japonaise de 1988, la version russe inédite en France de 2003).
Celle de 1921 (la deuxième donc) se caractérise par la performance d'actrice de Mary Pickford qui joue à la fois la mère de Cédric et Cédric grâce à des trucages et effets qui permettent aux deux personnages d'être réunis à l'écran et à Cédric de paraître plus petit que les adultes. Une fois de plus Mary Pickford est convaincante dans un rôle d'enfant de 10 ans (elle en a alors 29). De plus elle est travestie en garçon, poursuivant au cinéma une tradition bien ancrée dans le monde du théâtre depuis ses origines. Chez les grecs, les élisabéthains ou les japonais, le travestissement était lié à l'interdiction faite aux femmes de se produire sur scène. Mais à partir du moment où les deux sexes ont eu le droit de monter sur les planches, le travestissement a acquis un caractère plus ludique et transgressif. En endossant deux rôles, celui d'une mère conventionnelle douce et soumise et celui d'un jeune garçon androgyne libre et spontané, Mary Pickford ne fait finalement que traduire le dualisme de l'œuvre originale entre tradition (l'aristocratie de l'Angleterre victorienne) et modernité (les self-made-men de l'Amérique issus des classes populaires et moyennes: la marchande de pommes, M. Hobbes, Dick...) dont le mélange final fait encore l'attrait du livre. aujourd'hui.
Maurice Maeterlinck est une figure de proue du mouvement symboliste de la fin du XIXeme siècle et du début du XXeme siècle. Outre le livret de sa célèbre pièce "Pelléas et Mélisande" mise en musique par Debussy, il est internationalement connu pour "L'Oiseau bleu", une pièce de théâtre pour enfants qui fut transposée à l'écran dès 1910. Le film de Maurice Tourneur date de 1918. C'est sans doute la version la plus réussie de cette œuvre onirique et animiste que l'on compare souvent à "Alice au pays des merveilles" ou au "Magicien d'Oz" avec une touche de Dickens et de Grimm en plus.
Il n'y a pas vraiment d'intrigue dans "L'Oiseau bleu". Il s'agit d'un voyage imaginaire effectué par deux enfants de bûcheron, Tyltyl et Mytyl à la recherche d'un oiseau bleu capable de rendre la santé à la fille de leur voisine. Après avoir traversé le miroir (sous forme d'un diamant qu'il faut tourner), ils découvrent l'âme qui se cache dans les objets et animaux familiers de leur maison. Un passage qui fait penser aux gluons de la géniale série des années 80 "Téléchat". Avec eux, ils se rendent au pays du souvenir où ils retrouvent leurs grands-parents et leurs frères et sœurs, au palais de la nuit où se cachent les pires tourments, au jardin des bonheurs simples de la vie, dans la forêt et au pays de l'avenir des enfants pas encore nés où ils découvrent leur futur petit frère.
Pour traduire l'atmosphère de cet univers, Tourneur et son équipe utilisent tous les moyens que leur offre le cinéma en matière de lumières, de trucages, de montages pour un résultat visuellement splendide. Certaines séquences s'inspirent du théâtre d'ombres chinoises, d'autres des ballets russes, d'autres encore ressemblent à des tableaux avec l'usage du cadre dans le cadre. Hélas la pellicule est abîmée par endroits, altérant certaines images.
Un court-métrage qui résume parfaitement le paradoxe Griffith, cinq ans avant "Naissance d'une nation": une grande maîtrise formelle au service d'un récit raciste.
La beauté du film provient de plans fixes composés comme des tableaux vivants. On se croirait chez les frère Lumière, sauf que chez Griffith il y a une succession de plans et donc un montage. Néanmoins, les cadres choisis pour filmer l'action sont peu nombreux et reviennent souvent: un champ de marguerites, une forêt avec des cascades en arrière-plan, un jardin, un escalier, l'entrée d'une maison, la roulotte et la tente des bohémiens.
Mais ces plans, esthétiquement superbes, n'ont pas été choisis au hasard. Ils ont une valeur symbolique. La maison, le jardin et le champ sont le domaine des fermiers. L'escalier relie ce domaine "civilisé" à celui des pulsions sauvages symbolisées par le gitan, la forêt et ses cascades. Ce dualisme est en effet mis au service d'un récit qui met en scène la phobie des relations interraciales. Il tourne autour de deux jeunes filles romantiques (dont l'une est jouée par Mary Pickford qui n'avait alors que 18 ans). Dédaignant les ouvriers agricoles qui les courtisent, elle sont tentées par l'aventure avec un beau gitan qui s'est installé avec les siens non loin de chez elles. Sauf que celui-ci passe de l'une à l'autre sans scrupules et devient violent lorsque le père tente de défendre la "vertu" de ses filles. Pourchassé par les ouvriers agricoles en colère (le lynchage n'est pas loin), il est obligé de s'enfuir et les jeunes filles finissent dans les bras des fermiers. La terreur suprême des racistes, celle du métissage est donc écartée, voilà ce que disent in fine les marguerites dont la blancheur n'échappe à personne en dépit de l'image en noir et blanc.
Ce n'est certainement pas par son scénario que ce film vaut encore aujourd'hui le coup d'œil. Il est obsolète, niais, rempli de clichés. Les personnages sont peu attachants à commencer par l'héroïne, la jeune Gwendolyn. Elle manque peut-être d'amour (la pauvre) mais elle fait tourner ses serviteurs en bourrique, vandalise la maison, jette par la fenêtre ses beaux vêtements ou les macule de boue (ce n'est bien entendu pas elle qui va nettoyer!) Quant aux cadeaux qu'elle reçoit pour son anniversaire, elle les snobe, ils font trop bébé. Devant de tels problèmes la compassion que l'on peut éprouver pour elle ne peut être que limitée.
L'intérêt du film est donc ailleurs. Tout d'abord dans la prestation de Mary Pickford qui parvient à nous faire croire qu'elle a 11 ans alors qu'elle en a 25. Sa (relative) petite taille est accentuée par le choix d'acteurs très grands, la mise en scène ainsi que les angles de vue de la caméra. Le résultat suscite le trouble d'autant que son jeu plein de vivacité et d'espièglerie sonne juste. Ensuite, la mise en scène met bien en valeur la solitude et l'enfermement de Gwendolyn par un jeu sur les reflets dans les miroirs et les vitres des fenêtres par lesquelles elle observe le monde extérieur dont elle est privée avec envie. Enfin la séquence finale onirique où droguée elle évolue dans un monde imaginaire (où l'on reconnaît sous une forme symbolique les personnes qui l'entourent) préfigure la veine psychédélique du cinéma de "Alice au pays des merveilles" au "Magicien d'Oz".
Dans ce court-métrage de trois bobines réalisé en 1921 Lloyd fait une satire des rêves d'ascension sociale des américains qui non seulement veulent réussir mais également intégrer la haute société européenne. Un clivage entre parvenus du nouveau continent et aristocrates de l'ancien que l'on retrouve également sur le "Titanic" de James Cameron dont l'action se déroule en 1913.
Malheureusement pour lui, Lloyd ne joue ni un aristocrate, ni un nouveau riche mais un larbin qui n'hésite pas à endosser les habits de la première catégorie: une entrée en scène particulièrement brillante! Un escroc en profite pour lui proposer de jouer un lord auprès d'une famille dont il souhaite séduire la fille. Outre la description satirique des manières peu raffinées de tous ces parvenus, le plaisir que l'on prend à voir ce film provient de l'inventivité avec laquelle Lloyd met en scène la révélation de sa véritable nature. Se prétendant excellent chasseur comme tout Lord qui se respecte, il se fait mousser avec des exploits imaginaires plus invraisemblables les uns que les autres dans lesquels il abat le gibier à tour de bras, mate les ours et même les lions. Le tout illustré de façon désopilante. Mais si dans la fiction il domine la nature, dans la réalité, celle-ci va se venger et de quelle façon! Lloyd va se retrouver désarçonné par un cheval furieux puis par une vache, coursé par un chien, encorné par une chèvre et piqué aux fesses par les becs des oies après avoir été délesté de son pantalon. Une humiliation fatale! De la même façon que la voiture échappait au contrôle du conducteur dans "Oh! La belle voiture", le bestiaire se retourne contre son persécuteur et le persécute à son tour. Le tout avec un rythme étourdissant!
Pour une fois, le titre français qui sonne ironiquement correspond au sens du titre en VO. "Get Out and Get Under" signifie en effet que dans les années 10 les conducteurs passaient plus de temps hors du véhicule qu'à l'intérieur tant les pannes étaient fréquentes.
L'histoire est des plus classiques. En parfait représentant de la classe moyenne américaine des années 20, Lloyd s'endette pour s'acheter une Ford T. Il compte bien épater la galerie avec ce symbole de réussite sociale mais très rapidement il perd le contrôle du véhicule qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Après s'être enrayée et avoir attiré tous les fâcheux du coin, la belle mécanique s'emballe, provoquant le chaos et une course-poursuite avec des policiers qui est le meilleur moment du film. Les ruses de Lloyd pour échapper à ses poursuivants sont inventives et hilarantes. Mais le film reste inégal notamment parce qu'il a bien du mal à démarrer (c'est le cas de le dire) avec une séquence de rêve sans rapport avec le reste du film et qui ne lui apporte rien.
Un film de trois bobines qui se déroule principalement à bord d'un train-couchettes. Plus exactement sous le train, puis dans le train, puis sur le toit du train. Lloyd utilise le moyen de locomotion comme machines à gags de manière très efficace et n'hésite pas à multiplier les situations périlleuses en casse-cou qu'il était. La séquence dangereuse où il court sur le toit du train en sens inverse de la marche avec l'entrée du tunnel à moins d'un mètre de sa tête fait frissonner. Les scènes dans les couchettes rappellent tellement "Certains l'aiment chaud" qu'on se demande si Billy Wilder ne s'en est pas inspiré. D'autant que pour surveiller Dolly, la petite fille dont il a la charge, Lloyd est obligé de lorgner dans le cabinet de toilettes des femmes. Celui des hommes privé de miroirs les oblige à faire leur toilette à l'aveugle au milieu des soubresauts du train: gaffes garanties!
D'autre part Lloyd s'avère être un pro du système D. Il n'a pas de billet? Il en vole un à un voyageur en retard qui n'arrive pas à monter à bord. Il cède sa couchette à Dolly et n'en a pas pour lui-même? Il réussit à faire montrer deux ivrognes dans la même couchette et s'empare de celle qui reste vacante. La gamine lui demande un verre de lait? Il tire le frein d'arrêt d'urgence et va en chercher directement sur le pis de la vache dans la ferme en face de laquelle ils se sont arrêtés. Le contrôleur les poursuit? Il fait semblant de faire descendre Dolly puis la récupère à l'arrière du train etc.
Enfin la séquence inaugurale est une référence à un film de 1917 réalisé par Maurice Tourneur et dans lequel jouait Mary Pickford, "Une pauvre petite fille riche". Sauf qu'à l'inverse du film de 1917, Dolly est aimée par sa bonne jouée par Mildred Davis.
Harold Lloyd est à tort considéré comme moins important que Chaplin et Keaton. Pourtant "From hand to mouth", l'un de ses meilleurs courts-métrages comiques réalisé en 1919 a une parenté avec l'un et l'autre. D'une part il rappelle fortement le "Kid" et "Une vie de chien". Ici Lloyd ne joue pas au col blanc mais au SDF affamé qui cherche toutes sortes d'expédients pour assouvir son appétit aidé d'une gamine (Peggy Cartwright qui a commencé sa carrière bébé dans "Naissance d'une nation" en 1915!) et d'un chien. D'autre part la géniale scène de course-poursuite finale où Lloyd entraîne à sa suite de plus en plus de policiers ressemble beaucoup au style Keaton, de même que celle où il poursuit à vélo le gang qui a enlevé la riche héritière.
C'est le premier film d'Harold Lloyd avec Mildred Davis qui remplaçait alors Bebe Daniels partie travailler avec Cecil B. DeMille.
"Harold chez les pirates" est l'un des tous premiers films de deux bobines d'Harold Lloyd. Ayant plus de moyens, il dispose également de plus de comédiens et de figurants. Par conséquent le film est plus ambitieux. Il est construit autour d'une inversion des rapports de classe et de sexe. Harold qui appartient à la haute société oisive voit son projet de mariage capoter à la suite d'une soirée trop arrosée. Ce n'est pas sa fiancée qui souhaite rompre le mariage mais la mère de celle-ci. Harold se retrouve alors soudain naufragé puis prisonnier d'un équipage de femmes pirates qui l'obligent à travailler à leur service. Et comme par hasard leur chef n'est autre que la terrible belle-mère castratrice qui pourchasse Harold, l'empêche de fricoter avec la séduisante pirate Bebe et ne rêve que le voir sauter du navire. Heureusement (pour Harold) ce matriarcat oppressif n'était qu'un cauchemar et l'ordre patriarcal peut reprendre ses droits, ouf.
C'est également l'un de ses derniers films avec Bebe Daniels. Après une longue et fructueuse collaboration de près de 140 films avec Lloyd celle-ci y mit un terme pour travailler avec Cécil B. DeMille.
Le titre qui possède de multiples sens pourrait être traduit par "Défoncé et étourdi." C'est en effet sous l'empire de l'ivresse (bibinesque mais aussi amoureuse) que notre héros se met à jouer les funambules sur une corniche étroite située à 20 mètres du sol. Il y retrouve Mildred Davies en pleine crise de somnambulisme qui en jouant les filles de l'air provoque des frissons à chacun de ses mouvements. Tombera? Tombera pas?
Près d'un siècle après son tournage, ce film provoque toujours des palpitations et soulèvements d'estomac auprès d'un public pourtant gavé d'effets spéciaux en tous genres. Des trucages, il y a en bien sûr: la technique d’Harold Lloyd, identique dans tous les films utilisant la hauteur était de faire construire une fausse façade de quelques étages au sommet d’un building. Il faisait empiler des matelas devant la fausse façade en cas de chute. Le résultat donne le vertige. Et lui hérisse les cheveux, comme dans "Le Manoir hanté".
Même si cette séquence est le clou du film, le reste n'est pas à dédaigner et comporte de bons gags, essentiellement dus encore une fois à l'ivresse: apparitions et disparitions, cascades, jeu avec la sonnette de l'hôtel, avec une porte à miroir...
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)