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Articles avec #cinema britannique tag

Downton Abbey 2: Une Nouvelle Ere (Downton Abbey 2 : a New Era)

Publié le par Rosalie210

Simon Curtis (2022)

Downton Abbey 2: Une Nouvelle Ere (Downton Abbey 2 : a New Era)

Le deuxième film dérivé de la série "Downton Abbey" (2010) est un beau cadeau aux fans de la saga. Certes, il y a belle lurette que celle-ci ronronne sur ses acquis, tirant un bien moindre parti des transformations économiques, sociales et culturelles du premier quart du XX° siècle que dans les premières saisons. D'autre part, un petit récap au début du film aurait été nécessaire tant les personnages superfétatoires se sont accumulés au fil d'épisodes eux-mêmes de plus en plus anecdotiques. Ainsi je n'avais gardé aucun souvenir de la nouvelle épouse de Branson qui se contente durant tout le film de jouer les potiches. Idem en ce qui concerne l'époux d'Edith ou celui de Daisy. Enfin le fan service façon "courrier du coeur" atteint des sommets, tous les personnages importants sans exception qui étaient encore célibataires parvenant durant le film à trouver l'âme soeur alors que chez certains, cela traînait depuis des années ou bien cela se résumait à une accumulation de déboires (l'approche de la fin définitive de la saga?)

Malgré cela, outre les qualités habituelles que j'ai signalé dans mon précédent avis (écriture, interprétation, magnificence des décors, costumes, coiffures etc.), l'idée de diviser l'intrigue en deux parties, l'une dans une superbe villa de la French Riviera et l'autre au château pendant un tournage de cinéma est astucieuse. Dans le premier cas, il s'agit pour Robert Crawley (Hugh BONNEVILLE) de lever un doute sur sa filiation en raison d'un leg inattendu que sa mère Violet (Maggie SMITH) reçoit d'un certain marquis de Montmirail (et non, pas de Jean RENO à l'horizon puisque ledit marquis est décédé, ça aurait été marrant de le voir avec Nathalie BAYE qui joue sa veuve). Cette petite virée près de Toulon est l'occasion de quelques scènes amusantes avec Carson (Jim CARTER) plus guindé que jamais même en proie au mal de mer et par 35 degrés à l'ombre. Dans le second, il s'agit très trivialement de trouver des fonds pour réparer le toit du château qui fuit de tous les côtés. Comme par le passé, la famille Crawley prouve ses excellentes capacités d'adaptation dont en réalité la noblesse britannique a cruellement manqué (faut-il le rappeler, la saga de Julian FELLOWES est une utopie sociale). Cela donne l'occasion aux cinéphiles de se régaler avec la reconstitution d'un tournage au moment de l'arrivée du parlant, dans l'esprit de "Chantons sous la pluie" (1952) avec une actrice photogénique mais à la voix de crécelle. Heureusement que Mary (Michelle DOCKERY) peut la doubler au pied levé alors que Moseley se découvre un talent de scénariste. Mary justement qui semble ne pas être heureuse en ménage (ce qui permet au moins dans son cas de faire disparaître de l'écran un personnage inutile dont l'acteur a sûrement refusé de rempiler et d'ajouter un peu de mélancolie à l'histoire) alors que la santé de la comtesse douairière vacille: un signe de plus qu'il s'agit de la Der des Der? Car le dernier plan le souligne parfaitement: celle-ci (et son interprète, la formidable Maggie SMITH) est irremplaçable.

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Goodbye (Hope Gap)

Publié le par Rosalie210

William Nicholson (2019)

Goodbye (Hope Gap)

"Goodbye", c'est "Une séparation" (2010) version british (et pourquoi pas alors que Bill NIGHY est le héros du prochain film de Oliver HERMANUS, "Vivre", adaptation anglo-saxonne du film de Akira KUROSAWA par Kazuo ISHIGURO, l'auteur de "Les Vestiges du jour" (1993) qui doit sortir en décembre). Soit la chronique douce-amère de la fin d'un couple marié depuis 30 ans et de leur fils adulte, un "no life" plus ou moins pris en otage par ses parents. Si la mise en scène est impersonnelle, le film est rehaussé par son écriture subtile et bien évidemment par sa brillante interprétation. Bill NIGHY est tout en retenue comme à son habitude mais confirme depuis quelque temps sa propension à exprimer la fragilité de ses personnages ce qui le rend infiniment attachant alors que Annette BENING qui a conservé sa physionomie nature (ce qui l'embellit) parvient à nuancer son rôle plutôt ingrat de femme bafouée se réfugiant dans le déni, un certain degré de harcèlement et de chantage affectif... et la religion. Quant à Josh O CONNOR, lui aussi apporte beaucoup de nuances à un personnage renfermé et peu affirmé (à l'image du père) qui se retrouve dans la position inconfortable de l'intermédiaire que ses parents instrumentalisent. Pour peu que l'on aime ce travail sur la banalité du quotidien tout en demi-teinte, on appréciera particulièrement la grande finesse psychologique déployée par petites touches comme la tasse de thé que Grace laisse toujours à demi-pleine parce qu'elle "n'aime pas que les choses se terminent", offrant ainsi à son mari le moyen d'occuper le grand vide qui s'est installé entre eux en refaisant du thé. Plus tard, alors qu'il est parti depuis longtemps, on partage ses pensées en la voyant regarder son bureau où elle croit toujours l'apercevoir. Le vide lui est si insupportable qu'elle en vient à adopter un chien portant le nom de son ex-mari et à s'engager auprès de bénévoles à l'écoute de gens dans la détresse (étant donné que ses croyances religieuses l'empêchent d'envisager le suicide en dépit d'évidentes pulsions allant en ce sens). Du côté du mari, on remarquera la modestie de son nouveau foyer comparativement à l'ancien qui s'accorde avec ses propos quand il fait remarquer à son fils que l'homme a finalement besoin de peu de choses. Le film s'inscrit enfin dans les superbes paysages côtiers des falaises de Douvres.

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Good Morning England (The boat that rocked)

Publié le par Rosalie210

Richard Curtis (2008)

Good Morning England (The boat that rocked)

Je n'avais pas trop aimé le film lors de mon premier visionnage: j'avais trouvé cet entre-soi masculin un brin potache légèrement indigeste sur les bords. Un deuxième visionnage a quelque peu rectifié le tir. L'ambiance sur le bateau déglingué de Radio Rock flottant dans les eaux internationales de la mer du Nord est digne d'une cour d'internat mais chacun des DJ est un franc-tireur dont la simple existence est un défi à l'autorité. Sans eux, jamais la musique pop-rock qui était alors en pleine effervescence créatrice au Royaume-Uni n'aurait rencontré un tel écho. Le film est un hommage aux radios pirates telles que Radio Caroline ou Radio London. Dans les années 60, le pays était en effet mis sous cloche par une chape de puritanisme incarné par des dirigeants psychorigides sinistres qui contrôlaient les médias. La musique rock jugée trop sulfureuse était cantonnée aux marges des programmes officiels alors qu'elle constituait un échappatoire pour une grande partie de la société, particulièrement la jeunesse en quête de liberté et d'émancipation qui se branchait clandestinement sur les radios-pirates*. La guerre des ondes se déroulait donc off-shore, loin du contrôle d'un Etat qui pourtant avait su en son temps utiliser la radio comme outil de combat. Leur acharnement à faire taire les voix dissonantes est délicieusement tourné en dérision dans le film, y compris par les acteurs qui les incarnent (Kenneth BRANAGH qui va chercher l'inspiration du côté d'Hitler). Par contraste, les pirates turbulents et joyeusement immatures de Radio Rock en deviennent forcément sympathiques d'autant qu'ils sont interprétés par de grandes pointures qui s'en donnent à coeur joie: Philip SEYMOUR HOFFMAN dans le rôle du seul américain à bord qui se fait donner du "comte" est gargantuesque et sa rivalité avec le charismatique Gavin (Rhys IFANS) donne lieu à de belles idées de mises en scène. S'y ajoute un Bill NIGHY impérial, plein de classe et de rage et toute une ribambelle d'acteurs moins connus mais bien allumés...ou éteints pour les plus "babas" d'entre eux. Richard CURTIS est doué pour les films choraux mettant en scène de nombreuses vedettes et si souvent ça vole pas très haut, c'est transcendé par l'énergie et le panache des acteurs** ainsi que par la bande-son omniprésente.

* On retrouve cette tension entre puritanisme et esprit rock aux USA dans "ELVIS" (2020) par exemple. En France, la légalisation des radios libres est évoquée dans "Les Magnétiques" (2021). Si aujourd'hui, le pouvoir politique a cessé d'exercer son emprise sur la culture dans le monde occidental, il a été remplacé par le monde des affaires qui l'a tellement mercantilisée qu'elle est devenue largement inoffensive (et quand elle ne l'est pas, elle reflète les fractures sociétales d'aujourd'hui).

** Même les actrices dont le rôle est très réduit et formaté arrivent à tirer leur épingle du jeu notamment Gemma ARTERTON et Emma THOMPSON.

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C'est la vie (Downhill/When boys leave home)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1927)

C'est la vie (Downhill/When boys leave home)

"Downhill" ("La Descente" ou "La Pente" ou "C'est la vie" en VF), est un film muet de Alfred HITCHCOCK réalisé peu de temps après son premier film important "Les Cheveux d or / The Lodger" (1927). On y retrouve d'ailleurs Ivor NOVELLO dans le rôle principal qui est encore une fois magnétique même si à 34 ans, il n'avait plus vraiment l'âge d'incarner un étudiant. Bien que considéré comme mineur, c'est (encore une fois) un film a réévaluer dans l'oeuvre foisonnante de Alfred Hitchcock non seulement pour sa forme mais aussi pour le fond. Dès les premières images, on est frappé par la précision de la reconstitution des différentes couches sociales que va traverser Roddy dans sa descente aux enfers à commencer par un monde universitaire très anglais qui fait immédiatement penser à Poudlard. Comme dans "The Lodger", Hitchcock s'inspire de F.W. MURNAU pour économiser les intertitres et raconter au maximum par l'image ce qui confère à son oeuvre un caractère expressionniste affirmé. Il introduit des thèmes qui vont devenir des leitmotiv dans son oeuvre: celui d'une relation trouble entre deux étudiants (comme dans "La Corde") (1948), celui du fugitif (comme dans "Jeune et innocent") (1937) et bien sûr le plus important de tous, celui du faux coupable. Mais dans "Downhill", il ne s'agit pas d'un malentendu ou d'une erreur judiciaire mais d'une auto-punition. Dans ce qui apparaît à première vue être un pur mélodrame, Roddy endosse les fautes des autres et tombe toujours plus bas, littéralement. La question est alors, pourquoi tant de masochisme? La réponse est dans la structure de "Downhill" qui annonce toutes les figures géométriques obsessionnelles du réalisateur. Chaque épisode de la vie de Roddy se termine par la descente d'un escalier (ou ses variantes: escalator, ascenseur), illustrant les étapes de sa dégringolade dans l'échelle sociale. On retrouve également la figure du cercle puisqu'une fin inattendue et abrupte nous ramène au début, laissant le spectateur imaginer la suite (un nouveau départ après une éprouvante année initiatique?) Mais la figure la plus intéressante est celle du masque, de l'illusion et du miroir. En effet, chaque étape du parcours de Roddy reflète quelque chose de lui. Dans la première partie, il voit des enfants mendier et se moque d'eux sans se douter qu'il sera un jour à leur place: un exclu de la société. Dans la deuxième qui s'intitule "un monde d'illusions", un plan nous fait croire qu'il est devenu serveur avant qu'un changement de cadre nous révèle qu'il est en fait acteur. En effet dans cette partie, il se fourvoie en épousant une actrice qui ne lui cache même pas qu'elle veut lui piquer son fric et qu'elle a un amant (je soupçonne François TRUFFAUT de s'en être inspiré pour "La Sirène du Mississipi") (1969). Dans la troisième partie "illusions perdues", on le voit se faire payer pour danser avec des femmes plus ou moins âgées, évidemment il s'agit d'un cache-sexe pour évoquer la prostitution. Il se retrouve alors à raconter sa vie (et notamment l'imposture de son mariage) devant un personnage attentif qui s'avère être un travesti: une version cauchemardesque de lui-même? A chaque fois qu'il perd pied, il est question d'argent et de sexe. Issu d'un milieu très riche, il se laisse accuser à tort à la place de son ami au nom d'un "pacte de loyauté" et l'accusatrice ne cache pas qu'elle choisit de l'accuser lui parce qu'il est le plus riche des deux. Qu'expie-t-il exactement: le fait d'être riche ou bien celui d'être lié de trop près à cet ami? (Ou les deux). Dans la deuxième partie, il se laisse dépouiller de son héritage par une femme qui le trompe ouvertement comme s'il l'utilisait pour se payer une couverture. Et dans le monde de la prostitution où l'on paye pour coucher avec lui il découvre une fois les rideaux tirés qu'il est avec un autre homme. On voit donc bien que sous la couche mélodramatique, c'est un drame bien plus profond qui se joue sur fond de puritanisme religieux et de conventions sociales et qui rejoint bien évidemment les maîtres allemands qui ont tout appris à Hitchcock, à commencer par Murnau.

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Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1934)

Le Chant du Danube (Waltzes from Vienna)

"Le Chant du Danube" fait partie des films les moins connus de Alfred HITCHCOCK sans doute parce que sa diffusion est devenu au fil du temps une rareté. Il existe pourtant en DVD zone 2, seul ou à l'intérieur d'un coffret. Mais Hitchcock n'avait pas beaucoup d'estime pour ce film si l'on se fie à ce qu'il en disait dans ses entretiens avec François TRUFFAUT. Selon moi, il avait tort. Déjà parce qu'il y a toujours quelque chose de bon à retirer d'un film de Alfred HITCHCOCK, même considéré comme mineur. Et ensuite, parce que bien qu'atypique dans sa filmographie, "Le Chant du Danube" porte bien sa signature et est plus inventif, dynamique et intéressant (tant sur le fond que sur la forme) que d'autres films qu'il a pu faire à la même époque (par exemple "Junon et le paon") (1929) ou même ultérieurement ("Joies matrimoniales") (1941).

Il est difficile de définir le genre auquel appartient "Le Chant du Danube", c'est selon moi l'un de ses charmes. Il s'agit de l'adaptation d'une opérette, "Walzer aus Wien" (le titre du film en VO) de Heinz Reichter, A.M. Willner et Ernst Marishka, créée à Vienne le 30 octobre 1930 sur des musiques de Johann Strauss père et fils arrangées par Erich Korngold. Pourtant, le résultat à l'écran n'a rien à voir avec ce que l'on pourrait craindre: une grosse pâtisserie meringuée façon "Sissi" (1955). Il est bien question pourtant de pâtisserie dans "Le Chant du Danube" et aussi de biographie romancée, et évidemment de musique mais c'est pour mieux échapper aux clichés. Alfred HITCHCOCK créé un film extrêmement libre (surtout pour l'époque) qui si je devais le définir se situe quelque part entre le récit d'émancipation et la comédie à tendance burlesque. Il fait le portrait particulièrement attachant de Johann Strauss junior dont le génie créatif est étouffé par un père castrateur et une fiancée possessive. Mais un troisième personnage, la comtesse Helga von Stahl lui apporte au contraire une aide décisive (et un grand souffle de liberté). On est charmé par la manière très imagée (et rythmée) avec laquelle Hitchcock transcrit la genèse de la création de la célèbre valse de Strauss junior "Le Beau Danube bleu", la façon dont il parvient à la faire entendre au public ainsi que par quelques moments où la comédie s'emballe jusqu'aux limites de la transgression notamment au début et à la fin, bâties sur le même modèle. Une fin qui m'a beaucoup fait penser à l'acte II du "Mariage de Figaro"* dont le sous-titre est "La folle journée".

* Pour mémoire, il s'agit du moment où le comte surgit chez la comtesse, persuadé de son infidélité, pour y débusquer Chérubin qui s'est caché dans le cabinet adjacent. Mais Chérubin parvient à sauter par la fenêtre et Suzanne a le temps de prendre sa place juste avant que le comte n'oblige la comtesse à ouvrir la porte du cabinet. Dans "Le Chant du Danube", le comte, persuadé que sa femme le trompe avec Strauss junior se précipite chez lui pour se faire ouvrir la porte de sa chambre mais ce n'est pas non plus la personne à laquelle il pense qui en sort à la suite de péripéties savoureuses que je ne dévoilerai pas.

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Chaussure à son pied (Hobson's Choice)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1954)

Chaussure à son pied (Hobson's Choice)

Je ne connaissais pas ce film mais lorsque j'ai vu à l'occasion de son passage sur Arte qu'il était réalisé par David LEAN, j'ai foncé et je ne l'ai pas regretté. Il s'agit du dernier film de la première période de sa carrière, britannique, intimiste, en noir et blanc, accordant une grande importance aux décors et aux ambiances et fortement imprégnée d'une conscience sociale et d'un désir de changement. Mais bien que se déroulant dans le même monde que ses adaptations de Charles Dickens, le ton de "Chaussure à son pied" est celui d'une comédie, genre qui contrairement au drame permet la subversion et David Lean ne s'en prive pas. Bien que ce ne soit pas son genre de prédilection, il en maîtrise le rythme et offre un spectacle mené tambour battant par un cordonnier veuf porté sur la bouteille qui tyrannise ses trois filles adultes qui tiennent sa maison et son commerce, sa misogynie rance s'exprimant sans retenue lorsqu'il est au pub. Ca pourrait être triste et mélodramatique, ça ne l'est pas du tout. D'une part Charles LAUGHTON ridiculise son personnage, ses excès alcoolisés le conduisant inéluctablement à la déchéance, symbolisée par une chute au fond d'un trou. De l'autre, sa fille aînée, Maggie (Brenda DE BANZIE) qui est une femme de tête douée en affaires est déterminée à s'émanciper de l'exploitation paternelle qui a fait d'elle une "vieille fille" sans pour autant retomber entre les griffes du patriarcat. Tout en aidant ses soeurs moins futées, elle a une idée de génie qu'elle va mettre en oeuvre avec une persévérance sans faille ce qui va bouleverser son existence ainsi que celle de l'ouvrier local, William Mossup (John MILLS), sorte de Oliver Twist adulte qu'elle va sortir de son aliénation sociale, symbolisée là encore par la place qu'il occupe à la cave. La métamorphose de ces deux personnages soumis de la société victorienne en forme de revanche et l'évolution de leur relation est filmée avec la même subtilité, la même sensibilité que les élans de "Brève rencontre" (1945), notamment les passages où William Mossup prend conscience qu'une autre existence est possible pour lui. Personnellement, j'ai pensé autant à "Smoking" (1992) (qui est le film du plus anglais des cinéastes français, Alain RESNAIS où la différence de classe joue un rôle déterminant) qu'à "Lady Chatterley" (2006).

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Les enquêtes de l'inspecteur Wallander (Wallander)

Publié le par Rosalie210

Philip Martin (2008)

Les enquêtes de l'inspecteur Wallander (Wallander)

La Suède est une riche terre d'auteurs de polars ayant atteint une notoriété internationale. Parmi eux, Henning Mankell a écrit 12 romans policiers mettant en scène Kurt Wallander, inspecteur du commissariat d'Ystad, petite ville située dans le sud de la Suède. Ceux-ci ont été adapté plusieurs fois en série. Celle de la BBC, connue pour son travail de qualité compte quatre saisons de trois épisodes et est une adaptation de ces 12 récits, pas forcément dans l'ordre ce qui a nécessité des adaptations pour que l'évolution des personnages récurrents, à commencer par celle de Kurt Wallander reste cohérente.

Ce qui frappe dans ces récits, outre qu'ils mettent en lumière les aspects les plus sombres de la société suédoise (comme d'ailleurs dans les livres de nombre des homologues de Mankell, Stieg Larsson ou Camilla Läckberg par exemple), c'est l'incapacité de l'inspecteur à prendre la moindre distance émotionnelle sur les enquêtes qu'il mène. Se prenant de plein fouet la violence auquel il est confronté, Wallander s'immerge jusqu'au cou dans ses enquêtes et en ressort un peu plus abîmé chaque fois, comme s'il devait prendre sur lui toutes les souffrances du monde. Cette dimension sacrificielle est d'ailleurs explicite dans l'épisode 3 de la saison 3 "Avant le gel" où des fondamentalistes chrétiens ayant "péché" s'immolent pour racheter leurs fautes mais aussi celles d'autrui. Le sentiment de culpabilité dont il souffre est si profondément ancré en lui qu'il songe à démissionner de la police pour avoir tué un homme alors qu'il était en état de légitime défense et que l'homme en question représente un spécimen de ce que l'espèce humaine produit de pire. Par conséquent, Kurt Wallander (brillamment interprété par Kenneth BRANAGH) traîne péniblement sa silhouette alourdie solitaire et dépressive comme on porte une croix d'épisode en épisode alors que le générique mélancolique (dont la chanson, interprétée par Emily Barker est judicieusement intitulée "Nostalgia") fait ressortir la profondeur de son blues. En dépit de la variété des enquêtes, c'est l'immuabilité de sa vie qui reste en mémoire, du goût pour les lieux retirés du monde aux nombreux trajets en voiture d'un environnement rural omniprésent (lacs, champs, forêts) ou encore son style négligé et son manque total d'hygiène de vie. Un leitmotiv récurrent est celui où après s'être endormi le plus souvent tout habillé dans un fauteuil ou un canapé, l'inspecteur est brutalement réveillé par la sonnerie elle aussi immuable de son portable. Logique dans ses conditions que le bonheur auquel il aspire comme tout un chacun reste hors de sa portée, ses échecs amoureux se caractérisant là encore par leur répétition sans parler de ses relations difficiles avec son père et sa fille.

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All Is True

Publié le par Rosalie210

Kenneth Branagh (2018)

All Is True

A force d'adapter les pièces de son idole, William Shakespeare à l'écran, il était inéluctable que Kenneth Branagh en vienne à interpréter le dramaturge lui-même dans ce qui est une biographie romancée (forcément au vu du peu d'éléments dont on dispose sur cet écrivain dont certains discutent encore aujourd'hui la paternité des oeuvres) et crépusculaire (rien à voir avec le très léger "Shakespeare in love", grand succès public made in Harvey Weinstein de la fin des années 90).

"All is true" qui fait partie des films de Kenneth Branagh jamais sortis sur les écrans français mais qui est maintenant disponible sur Netflix est esthétiquement d'une grande beauté, que ce soit dans le travail sur les couleurs dans les scènes d'extérieur ou sur la lumière dans celles d'intérieur (inspirées de la peinture hollandaise). Sur le plan du contenu, c'est un peu plus faible. Kenneth Branagh a choisi d'évoquer les dernières années de la vie de Shakespeare, mis en retraite forcée après l'incendie du théâtre du Globe à Londres en 1613. Il retrouve à Stratford-Upon-Avon la famille qu'il a délaissée, sa femme Anne, plus âgée que lui (Judi Dench) et ses deux filles adultes qu'il connaît mal, ainsi que le fantôme de son fils mort à l'âge de 11 ans dont il n'a pas fait le deuil. Si l'intrigue est un peu répétitive et le jeu des acteurs un peu trop contenu, le fait est que son développement est intéressant. A une époque où (on nous le rappelle) les hommes interprétaient sur les planches tous les rôles puisque les femmes étaient interdites de scène, la famille de Shakespeare l'oblige à se soucier de leur sort. Et il n'est guère reluisant. Anne est analphabète (un comble pour l'épouse de celui qui est devenue le symbole de la langue anglaise), Susanna est mal mariée à un puritain qui la néglige et l'étouffe en même temps et qu'elle est accusée de tromper. Judith est une célibataire aigrie qui culpabilise d'avoir survécu à son jumeau, mis sur un piédestal par son père avant même sa mort. Comme dans la société grecque antique, hommes et femmes menaient des vies séparées et étaient étrangers les uns aux autres. Conséquence logique, dans ces conditions, l'éclosion des sentiments amoureux était favorisé par la proximité entre personnes du même sexe. Ainsi lorsque le comte de Southampton (Ian McKellen), muse de Shakespeare vient lui rendre visite, celui-ci lui déclare sa flamme, littéralement, à se demander si ce n'est pas ça qui a mis le feu au Globe ^^.

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Comme il vous plaira (As You Like It)

Publié le par Rosalie210

Kenneth Branagh (2006)

Comme il vous plaira (As You Like It)

Cinquième adaptation de Shakespeare par Kenneth BRANAGH (après "Henry V" (1989), "Beaucoup de bruit pour rien" (1993), "Hamlet" (1996) et "Peines d'amour perdues") (2000), "Comme il vous plaira" n'est jamais sorti en salles en France contrairement à ses prédécesseurs ce qui explique en partie sa moindre notoriété. Mais en partie seulement. Cette comédie fondée sur les quiproquos et le travestissement est une oeuvre mineure de Shakespeare qui est donc très loin d'atteindre le niveau d'un "Beaucoup de bruit pour rien". De plus, comme dans d'autres films de Kenneth BRANAGH, l'intrigue est transposée dans un contexte différent de l'oeuvre d'origine (ici le Japon de la fin du XIX°) mais après un début assez énergique, le film s'enlise dans une série de dialogues assez rasants dans la forêt que ni la mise en scène, ni l'interprétation ne viennent relever. Le spectateur s'ennuie donc beaucoup devant tant de platitude, à peine relevée par quelques passages au début et à la fin où l'esthétique japonisante est très réussie (que ce soit au niveau des décors, des costumes ou des génériques reprenant l'esthétique de l'estampe). Je pense que Kenneth BRANAGH a voulu rendre hommage au "Ran" (1985) de Akira KUROSAWA, magnifique transposition du "Roi Lear" dans le contexte du Japon féodal. C'était une fausse bonne idée tant l'inverse ne fonctionne pas. Evidemment l'aspect factice de la transposition ressort d'autant plus que le casting est tout sauf japonais et que l'explication censée apporter un minimum de vraisemblance historique à ce cosmopolitisme ne correspond pas du tout à l'intrigue de Shakespeare (les héros ne sont pas des négociants venus commercer dans les ports francs mais des nobles qui se disputent un duché). Cette version de "Comme il vous plaira" est donc passablement à côté de la plaque en plus d'adapter une oeuvre parfaitement anecdotique.

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Les Amants passionnés (The Passionate Friends)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1949)

Les Amants passionnés (The Passionate Friends)

On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, autrement dit la romance passionnelle et la sécurité matérielle et affective. Faute de parvenir à choisir, Mary Justin (Ann TODD) se retrouve écartelée entre son mari (Claude RAINS) et son amant (Trevor HOWARD) qu'elle connaît depuis sa prime jeunesse, auquel elle a renoncé mais qu'elle ne peut oublier. Et quand elle espère enfin avoir tourné la page, le destin s'en mêle et c'est reparti pour un tour! Les flashbacks enchâssés n'aident pas le spectateur à s'y retrouver (l'apparence des personnages ne change pas d'un iota malgré le temps écoulé sans parler de quelques projections fantasmatiques qui viennent rendre le scénario encore plus confus) et on peut être agacé par ce personnage de femme qui ne veut prendre aucun risque dans la vie et refuse de s'engager auprès des deux hommes qui l'aiment (à celui auquel elle offre son coeur elle refuse de partager sa vie et à celui qu'elle épouse, elle refuse son coeur). Néanmoins, Ann Todd offre une prestation suffisamment douloureuse pour parvenir à émouvoir. Quant à Claude Rains, il est impérial dans le rôle complexe d'un homme froid en apparence mais bouillonnant à l'intérieur et capable de beaucoup plus d'humanité qu'on ne l'imagine. David LEAN, le spécialiste des histoires d'amours impossibles qui adapte un roman de H.G. Wells ne parvient pas à se hisser au niveau de son magnifique "Brève rencontre" (1945) réalisé quatre ans plus tôt (ce qui explique à mon avis la moindre notoriété de ces amants passionnés), néanmoins il évoque les affres de la passion, de l'indécision, de la jalousie, des regrets avec beaucoup de subtilité. Les scènes avec Steven se déroulent volontairement dans des grands espaces naturels magnifiant leur amour (lac, sommet enneigé de montagne) ou bien dans des intérieurs aux baies vitrées donnant sur une vue splendide alors que Howard doit se contenter de voir sa femme dans le cadre étriqué de son bureau.

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