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Articles avec #cinema britannique tag

Le Limier (Sleuth)

Publié le par Rosalie210

Kenneth Branagh (2007)

Le Limier (Sleuth)

Fan absolue du film "Le Limier" (1972) de Joseph L. MANKIEWICZ, j'ai beaucoup attendu avant de me décider à regarder le remake de Kenneth BRANAGH qui est pourtant un réalisateur que j'apprécie (contrairement à la critique française qui l'a pris en grippe et démolit systématiquement ses films). Néanmoins je trouve le résultat inabouti. Le film de Kenneth BRANAGH n'a pas la profondeur de celui de Joseph L. MANKIEWICZ. Peut-être parce que les enjeux de 1972 ne sont plus tout à fait les mêmes en 2007. Le film de Joseph L. MANKIEWICZ s'appuyait sur le clivage entre "sir" Laurence OLIVIER à l'accent distingué et un acteur d'origine prolétaire à l'accent cockney, Michael CAINE qui campait de plus un personnage aux origines ritales. Dans le film de Kenneth BRANAGH, en dehors de l'âge, on ne voit guère ce qui différencie Wyke et Tindle d'autant que c'est Michael CAINE qui campe désormais le richissime écrivain (il faut dire qu'entretemps, il a été anobli par Elizabeth II). Plutôt que Jude LAW, il aurait fallu embaucher un parvenu indo-pakistanais pour réactualiser la pièce d'Anthony Shaffer de façon pertinente. D'autre part, si l'idée de remplacer le décor rempli d'automates et de jeux de sociétés par une version 2.0 avec des caméras de surveillance et autres joujoux connectés est intéressante en soi, cela rend le film très froid et impersonnel. L'aspect dépouillé et design du décor ainsi que les jeux de lumières n'arrangent rien. Enfin, Branagh a décidé de changer la fin du film en rendant plus explicite l'attirance homosexuelle (à tendance sado-maso) entre les deux hommes. Le problème c'est que le résultat est pour le moins maladroit (voire balourd) et rend la fin du film très confuse. Heureusement que Michael CAINE sauve les meubles, il est magistral d'émotion contenue, rendant Wyke aussi pathétique qu'émouvant. Hélas, il se heurte à un mur car Jude LAW qui surjoue en permanence ne donne aucune substance à son rôle.

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Johnny English, le retour (Johnny English Reborn)

Publié le par Rosalie210

Oliver Parker (2011)

Johnny English, le retour (Johnny English Reborn)


"Johnny English le retour" ne bénéficie pas d'un meilleur scénario que le premier film de la saga et certains gags restent très primaires mais question mise en scène, il est bien supérieur. Plus rythmé, plus sophistiqué avec des parodies de passages obligés des films d'espionnage très réussies comme la retraite tibétaine, le tueur à gages à l'apparence inoffensive de femme de ménage chinoise ou les manifestations physiques du stress post-traumatique après l'échec d'une mission vue plusieurs fois en flashback (on retrouve ce leitmotiv aussi dans le deuxième OSS 117 de Michel HAZANAVICIUS, "OSS 117 : Rio ne répond plus") (2007). Les scènes d'action sont également très réussies, en particulier celle de la poursuite entre un Yamakasi adepte de prouesses acrobatiques et un Johnny adepte de solutions pragmatiques du genre ascenseur, échelle ou grue. Un grand moment burlesque qu'on a pu rapprocher de Jacques TATI ou de Blake EDWARDS et qui me fait également penser à la scène de "Les Aventuriers de l arche perdue" (1980) où Indiana Jones abat au pistolet un adversaire qui essayait de lui faire peur en maniant le sabre avec dextérité. Enfin si on peut déplorer l'absence de Ben MILLER, remplacé par un second couteau plus fade (Daniel KALUUYA) ainsi qu'un méchant d'opérette plus "fouine que taupe" (Dominic WEST) il est compensé par le casting féminin de choc entre la psychologue comportementaliste amoureuse de Johnny English (Rosamund PIKE une ancienne James Bond Girl) et la chef du M17 (Gillian ANDERSON, ex agent Scully de X-files).

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Johnny English

Publié le par Rosalie210

Peter Howitt (2003)

Johnny English


En dépit de la prestation très drôle de l'excellent John MALKOVICH, du capital sympathie de Rowan ATKINSON et du talent de l'acteur qui joue Bough, Ben MILLER (que l'on retrouve avec plaisir dans le numéro 3, "Johnny English contre-attaque" (2018), ce premier "Johnny English" n'est pas une franche réussite. Trop poussif, trop statique avec des gags de niveau maternelle assez grossiers et des longueurs (tout ce qui tourne autour du personnage féminin joué par Natalie IMBRUGLIA est raté). Il n'en reste pas moins que Johnny English est un personnage attachant, un grand enfant bien servi par la bouille attendrissante de Rowan ATKINSON. Sa bêtise et sa maladresse dynamitent allègrement les fondements des films du type James Bond. A savoir le virilisme fondé sur la maîtrise et la conquête. Johnny English est un incapable notoire bien qu'il affirme le contraire ce qui ajoute au ridicule ("j'ai la situation bien en main", "vous jouiez encore à la marelle à l'école que j'utilisais déjà ce matériel") et sa virilité lui joue de sales tours que ce soit le chargeur du pistolet qui tombe, ou une partie du canon ou encore sa cravate qui se prend dans un rail de sushis.

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Johnny English contre-attaque (Johnny English Strikes Again)

Publié le par Rosalie210

David Kerr (2018)

Johnny English contre-attaque (Johnny English Strikes Again)

C'est toujours un plaisir de revoir sur les écrans <st_17619_st/>Rowan ATKINSON<st/>. Il se donne tellement à fond dans le rôle improbable de ce sous-doué de l'espionnage qu'on lui pardonne bien volontiers la légèreté du scénario, ses incohérences (il est bête en espion mais intelligent en professeur) et son caractère décousu. L'essentiel est que l'on passe un bon moment. Les gags ne sont peut-être pas toujours neufs mais ils restent drôles et font de ce film un petit concentré de réjouissances burlesques. Un genre qui au temps du muet a toujours privilégié le gag à la cohérence et à la vraisemblance il faut le rappeler. Johnny English dynamite involontairement plusieurs séquences (une réunion d'espions à la retraite, un restaurant chic, un navire à partir duquel se déroule les cyberattaques). Il est aussi définitivement fâché avec les nouvelles technologies ce qui nous vaut une scène très drôle où muni d'un casque de réalité virtuelle et lâché dans la nature il sème le désordre à Londres. Il finit d'ailleurs harnaché dans une armure du moyen-âge ce qui décrit assez bien où il se situe temporellement. Enfin il est bien épaulé par <st_17030_st/>Emma THOMPSON<st/>, hilarante dans le rôle du premier ministre britannique.

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The Bookshop

Publié le par Rosalie210

Isabel Coixet (2017)

The Bookshop

Ne pas se fier aux apparences: en dépit de son titre, de son casting, de sa géographie, de son style, il ne s'agit pas d'un film d'origine britannique. Le trouble n'en est que plus grand. Comme l'américain James Ivory, l'espagnole Isabelle Coixet a fait sien l'ADN du film historique british: tempo contemplatif, grande part laissée aux silences, non-dits et sous-entendus, cruauté feutrée, extrême pudeur dans l'expression des sentiments.

L'intrigue du film est très simple à résumer. A la fin des années 50, Florence Green, une veuve passionnée de littérature (Emily MORTIMER) décide de s'installer dans la Old House de la petite ville de Harborough pour y ouvrir une librairie. Mais elle se heurte immédiatement à l'hostilité des notables locaux et en particulier de Violet Gamart (Patricia CLARKSON) qui la considère comme un inacceptable corps étranger qu'elle ne peut contrôler. Elle lui fait donc une guerre d'usure dans laquelle les forces sont déséquilibrées. Violet est une femme de pouvoir, au cœur d'un réseau d'influences alors que Florence est une solitaire dont la puissance est intérieure et non pas sociale ou politique. Pas étonnant qu'en dehors de la petite fille qui l'aide à la boutique son seul allié soit l'ermite misanthrope du village, Edmund Brundish (Bill NIGHY absolument magnifique) qui vit reclus et passe ses journées à lire. Un écorché vif qui par le biais de la lecture trouve en Florence une âme sœur. Mais ces âmes sensibles n'ont pas leur place à Harborough (en ont-elles une quelque part d'ailleurs?). La bourgade fonctionne de façon communautariste et l'emprise des bourgeois sur le reste des habitants y est très forte. La différence y est bannie.

"Là ou l'on brûle des livres, on brûle aussi des hommes" disait Heinrich Heine en 1823. Cette maxime se vérifie dans le film, l'allusion à "Farenheit 451" de Ray Bradbury n'y est certainement pas fortuite, pas plus que celle à "Lolita" de Nabokov. La répression de l'esprit va de pair avec celle du corps. Tous les personnages sont de grands frustrés qui pallient leur souffrance soit en s'échappant hors du monde réel, soit en écrasant les autres. La rencontre d'Edmund et de Florence sur la plage ou le premier fait comprendre à la seconde qu'il va sortir de son silence pour la défendre est d'une grande intensité. Il en va de même du long moment silencieux ou Violet Gamart savoure de le tenir entre ses griffes et d'avoir le pouvoir de le broyer. 

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Le crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express)

Publié le par Rosalie210

Kenneth Branagh (2017)

Le crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express)

Kenneth Branagh étant peu apprécié en règle générale des critiques français, il n'est guère étonnant que son dernier film ait été fraîchement accueilli. Pourtant cette adaptation contemporaine du roman policier d'Agatha Christie ne m'a pas ennuyée une seconde. Tout simplement parce que Branagh qui a le sens de l'image et du rythme a eu la bonne idée de retourner la veste du roman en rendant intérieur ce qui était extérieur et vice-versa. L'intrigue policière centrale dans le roman étant éventée depuis longtemps, elle est un peu sacrifiée en dépit de son prestigieux casting faisant écho au film de Sidney LUMET (Judi DENCH, Michelle PFEIFFER, Penélope CRUZ, Daisy RIDLEY,Willem DAFOE, Johnny DEPP etc.)

Le principal intérêt du film repose donc sur les épaules du personnage de Hercule Poirot, revu et corrigé par Kenneth BRANAGH. Simple rouage de l'intrigue sans consistance dans le roman, il devient ici un héros à la fois surdoué et tourmenté, en inadéquation avec son environnement. Le prologue à Jérusalem dans la lignée des James Bond, Ethan Hunt ou Indiana Jones campe fort bien sa personnalité. Une perception manichéenne du monde, l'obsession de la perfection, la hantise du déséquilibre et de la faille qui est à l'origine de ses dons exceptionnels pour débusquer les coupables mais aussi de son « splendide isolement ». Son voyage à bord de l'Orient Express symbolise son cheminement vers l'acceptation en lui des zones grises de l'âme humaine, celles qui fracturent l'âme et brouillent les frontières entre le bien et le mal. L'avalanche qui bloque le train et fissure le verre du cadre contenant la photo du grand amour perdu constitue de ce point de vue un tournant irrémédiable. Poirot se retrouve pris au piège d’un dilemme moral sans autre issue que l’acceptation d’un déséquilibre dans le balancier de la justice. Ou il dénonce les coupables et cautionne une institution défaillante qui non seulement n’a pas joué son rôle mais a aggravé l’étendue du mal en faisant de nouvelles victimes. Ou il les couvre et doit mentir à l’institution judiciaire. Dans les deux cas, il y perd son intégrité. On comprend qu’il soit tenté un moment par le suicide. C’est cette dimension tragique, ce déchirement tout shakespearien « to be or not to be » qui m’a scotché au film. Branagh a réussi à faire sienne une œuvre qui a priori était très éloignée de lui. Il lui a insufflé une nouvelle vie en faisant de l’humanisation du détective un enjeu central.

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L'Armée des douze singes (Twelve Monkeys)

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1995)

L'Armée des douze singes (Twelve Monkeys)

Le plus grand film de Terry Gilliam avec "Brazil (1985)" dont il est par bien des aspects le prolongement. Terry Gilliam considère d'ailleurs que "L'Armée des douze singes" est le volet central d'une trilogie sur les mondes dystopiques qui a commencé avec "Brazil (1985)" et s'est terminée avec "Zero Theorem (2013)".

La figure circulaire revient d'une manière obsédante dans "L'Armée des douze singes", instaurant une atmosphère carcérale, claustrophobique, étouffante. Le générique donne le ton: le motif d'une ronde d'où tente de s'échapper l'un de ses membres sur la musique d'un tango lancinant joué à l'accordéon. Puis nous plongeons directement dans l'univers post-apocalyptique de 2035 où les survivants se terrent comme des rats dans les sous-sols et sont enfermés dans des cages pour subir des expérimentations scientifiques, tels des cobayes humains. Parmi eux, James Cole (Bruce WILLIS), un "repris de justice" dont le seul crime est d'avoir conservé sa liberté d'esprit (les scènes de confrontation entre Cole et les scientifiques rappellent celles de Sam et de ses tortionnaires dans "Brazil (1985)"). Le passé étant la source du présent et du futur, Cole est envoyé en 1990 (soit l'époque contemporaine de la réalisation du film) ce qui nous permet d'observer par nous-même les "racines du mal": un monde déjà régimenté par une science toute-puissante qui impose ses normes (rationalité, contrôle, réduction du vivant au rang d'objet technique, culte de la consommation) et enferme les déviants à l'asile de fous où ils sont abrutis de drogues. Cole y rencontre un alter ego en la personne de Jeffrey Goines (Brad PITT), un militant anti-consumériste et défenseur des animaux en rupture avec son père scientifique. Avec une ironie grinçante et désespérée, Gilliam dégomme la prétendue toute-puissance de la science en montrant ses failles (par deux fois, Cole est envoyé par erreur dans des époques où il n'a rien à y faire) et la finalité autodestructrice du pouvoir. Enfin lorsque l'on arrive au dénouement du film, on se rend compte qu'il s'agit d'une boucle temporelle sans début, ni fin.

La figure du cercle est indissociable de celle de la spirale, l'autre grand motif de "L'Armée des douze singes" rythmé par ses vortex spatio-temporels. Grand film de cinéphile comme l'était déjà "Brazil (1985)", "l'Armée des douze singes" est à ce jour l'ultime excroissance du séquoia de "Vertigo (1958)" d'Alfred HITCHCOCK qui avait auparavant étendu ses ramifications dans "La Jetée (1963)" de Chris MARKER dont "L'Armée des douze singes" constitue un remake étendu. Quant à Hitchcock, il est cité directement lorsque Cole et Kathryn (Madeleine STOWE) vont se cacher dans un cinéma qui diffuse du Alfred HITCHCOCK en boucle (logique!). Mais sur les quatre films annoncé par l'enseigne du cinéma ("L Inconnu du Nord-Express (1951)", Vertigo (1958), "Psychose (1960)" et "Les Oiseaux (1962)"), seuls deux d'entre eux sont montrés, la séquence la plus longue étant logiquement celle du séquoia de "Vertigo (1958)". Elle annonce la transformation de Kathryn en blonde (sur la musique de Bernard HERRMANN) afin de matérialiser la vision de la femme qui obsède Cole depuis la première image du film dont on ne sait s'il s'agit d'un rêve ou d'un souvenir. "L'Armée des douze singes" partage en effet avec "Vertigo (1958)" et "La Jetée (1963)" une confusion permanente entre la réalité, le rêve, la mémoire et la folie. Mais contrairement à "Vertigo (1958)", l'apparition de Katryn blonde ne s'accompagne pas d'une lumière verte mais rouge. Il ne s'agit pas en effet d'une vision mortifère mais d'un pôle de résistance de la vie sur la mort (l'amour, la passion, la liberté d'esprit de Cole). D'ailleurs Gilliam a également joué avec les prénoms (dans le film de Alfred HITCHCOCK, un acteur prénommé James embrasse un personnage prénommé Madeleine. Dans "L'Armée des douze singes", un personnage prénommé James embrasse une actrice prénommée Madeleine ^^). Gilliam ayant une imagination très picturale, il puise cet idéal féminin dans la célèbre "Naissance de Vénus" de Botticelli qui revient dans plusieurs de ses films dont "Brazil". Quant à la séquence de l'asile, elle sort tout droit du film de Milos FORMAN "Vol au-dessus d un nid de coucou (1975)", le rôle de Brad PITT rappelant celui tenu par Jack NICHOLSON. Brad PITT qui n'était pas encore une star nous gratifie de la prestation la plus remarquable du film. Tel un diable sorti de sa boîte, il offre une interprétation azimutée et hystérique en phase avec les personnages de cartoons de Tex AVERY qui sont diffusés sur une télévision située à l'arrière-plan. Il est avec Cole ce singe rebelle qui tente de s'échapper du cercle à la manière des Marx Brothers passagers clandestins dans "Monnaie de singe (1931)" (Gilliam fait un parallèle avec le titre du film des Marx mais joue aussi sur les sonorités du mot Monkey, key signifiant clé [de l'évasion]).

Enfin "L'Armée des douze singes" par son aspect millénariste fait penser à deux manga qui lui sont contemporains:
- Tout d'abord "X" des Clamp (1992-2002) qui est une libre adaptation de l'Apocalypse selon saint Jean (dont un extrait est cité dans "L'Armée des douze singes"). On y voit s'affronter sept sceaux et sept anges, les premiers cherchant à sauver l'homme et les seconds, à le détruire pour sauver la terre.
- Ensuite "20th Century Boys" d'Aoki Urasawa (1999-2006) qui narre comment une secte apocalyptique dirigée par Ami précipite la fin du monde en répandant sur terre un virus semblable à celui d'Ebola (c'est également une arme biologique qui est responsable de la mort de 99% de l'humanité dans "L'Armée des douze singes").

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Full Metal Jacket

Publié le par Rosalie210

Stanley Kubrick (1987)

Full Metal Jacket


"Full Metal Jacket", l'avant-dernier film de Kubrick est une éprouvante initiation où celui-ci démontre avec une impressionnante rigueur formelle par A+B comment la machine de guerre US déshumanise ses jeunes recrues et combien il est difficile voire impossible de conserver un tant soit peu sa personnalité et son libre-arbitre une fois qu'on a mis les doigts dans l'engrenage militariste. Un thème cher à Kubrick, même en dehors de ses films de guerre ("Orange mécanique" en est le plus bel exemple).

"Full Metal Jacket" se divise en deux grandes parties reliées par une transition un peu faible. La première partie est consacré au conditionnement des recrues par le terrifiant et grotesque sergent-instructeur Hartman (L. Lee Hermey), lequel utilise l'humiliation et les brimades pour les mettre au pas et détruire leur personnalité et leur humanité (considérée comme une impardonable faiblesse). On peut d'ailleurs faire un parallèle avec les camps de concentration: les recrues portent un uniforme, ont les cheveux rasés et sont affublés de sobriquets dévalorisants en lieu et place de leurs noms véritables ("Blanche-Neige", "Grosse Baleine", "Guignol" etc.) Les plans-séquences se succèdent, montrant la répétition des mêmes entraînements de forçat, des mêmes chants virilistes, des mêmes insultes racistes, antisémites, sexistes, homophobes jusqu'à ce que le bourrage de crâne produise ses effets: l'adaptation servile ou le pétage de plombs sanglant. Il n'y a que deux voies possible. Kubrick nous montre dès cette première partie que les efforts de "Guignol" (Matthew Modine) pour conserver son individualité sont voués à l'échec, il finit par rentrer dans le rang et même par se montrer plus zélé que les autres lors de l'expédition punitive contre "Grosse Baleine" (Vincent d'Onofrio).

La deuxième partie montre ce que ce conditionnement produit sur le terrain. Là encore les efforts du dénommé "Guignol" pour préserver son identité de sujet pensant et critique dans le conflit échouent et il sombre corps et âme dans la pire des visions du monde, celle du darwinisme où on tue pour ne pas être tué. La scène du sniper filmée comme une partie d'échecs est une grande leçon de mise en scène mais c'est aussi une leçon d'histoire. Kubrick filme ce qu'est un conflit asymétrique entre une armée et une guérilla qui a l'avantage du terrain. Un ennemi invisible et insaisissable réussit à abattre méthodiquement plusieurs hommes et à terrifier tout un groupe qui l'imagine puissant et musclé... alors qu'il s'agit d'une frêle jeune fille isolée. Et le conditionnement de la première partie de révéler non seulement sa cruauté (ça on le savait déjà) mais aussi son insondable bêtise. De quoi faire réfléchir sur les causes de l'échec des USA au Vietnam et du traumatisme durable de ses soldats.

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Retour à Howards Ends (Howards Ends)

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1992)

Retour à Howards Ends (Howards Ends)

"Retour à Howards End", comédie de mœurs et satire sociale âpre est à la fois un film cruel et lucide sur l'époque édouardienne et l'inéluctable mutation de sa société. Il s'agit de la troisième et dernière adaptation d'un roman de E.M. Forster par le trio James Ivory, Ismail Merchant et Ruth Prawer Jhabvala après "Chambre avec vue" en 1986 et "Maurice" en 1987.

Le superbe cottage qui donne son titre au film évoque l'éden inaccessible, celui d'une société qui vivrait en harmonie alors qu'elle est fracturée par le conflit de classes. A priori, il ne s'agit que de la résidence secondaire de la richissime famille Wilcox, représentant de la vieille bourgeoisie d'affaires très conservatrice. Henry Wilcox (Anthony Hopkins) et ses enfants dédaignent cette propriété, lieu de naissance de l'épouse, Ruth Wilcox (jouée par Vanessa Redgrave). Celle-ci ne semble jamais s'être remise d'avoir été arrachée à son terreau natal et dépérit à vue d'oeil. Elle symbolise une aristocratie qui s'étiole à force d'être repliée sur elle-même. Mais elle revit lorsqu'elle fait la connaissance de Margaret Schlegel (Emma Thompson), la sœur aînée d'une fratrie de la bourgeoisie intellectuelle plus moderne et émancipée que celle des Wilcox. Cette différence sociale entre ancienne et nouvelle bourgeoisie suffit pourtant à dresser des murs entre les deux familles. L'idylle esquissée entre le cadet Wilcox et la sœur de Margaret, Helen (Helena Bonham Carter) est tuée dans l'œuf. Et quand Ruth veut inviter Margaret à visiter Howards End, le reste de la famille déjoue ses plans et va jusqu'à détruire le testament improvisé qu'elle avait rédigé sur son lit de mort et où elle léguait son bien à Margaret. Mais l'ironie du sort fera qu'après bien de cruelles péripéties, celle-ci deviendra réellement propriétaire du lieu.

Mais comme la bourgeoisie ne suffit pas à représenter toute la société et ses transformations, Howards End ne peut représenter l'éden sans que le peuple n'y retrouve sa juste place. C'est à la suite de péripéties encore plus cruelles que celles qui opposent les Wilcox et les Schlegel que le fils de Léonard Bast (Samuel West), modeste employé de bureau tirant le diable par la queue deviendra le seul héritier de la magnifique propriété des Wilcox.

Comme dans ses autres films, on est ébloui par la finesse de l'interprétation et la façon dont Ivory la met en valeur par sa mise en scène pleine de nuances et de sensibilité.

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Noblesse Oblige (King Hearts and Coronets)

Publié le par Rosalie210

Robert Hamer (1949)

Noblesse Oblige (King Hearts and Coronets)

"Noblesse oblige" est la comédie la plus brillante des studios Ealing dont l'activité s'étendit sur une dizaine d'années entre la fin de la seconde guerre mondiale et le milieu des années cinquante. Il s'agit d'un jeu de massacre qui reprend la comptine des "6 petits nègres" (motif récurrent, on le retrouve implicitement dans "Tueurs de dames") et plusieurs codes du film noir. Le premier d'entre eux consiste à adopter le point de vue du serial-killer qui nous offre la confession de ses crimes peu avant son exécution. Le film est donc un long flashback ponctué par les remarques aussi flegmatiques que cyniques de ce narrateur qui est aussi le protagoniste principal de l'histoire. Le deuxième est de lui adjoindre en tant qu'âme sœur une garce blonde, vénale et manipulatrice. Décrit ainsi on se croirait dans "Assurance sur la mort" sauf que le bureau du détective, les chapeaux de feutre et les trench coat sont remplacés par d'élégants châteaux anglais où l'on peut s'entretuer élégamment entre aristocrates. Le film est une satire sociale qui fonctionne à plein régime et où tout le monde en prend pour son grade. Louis, le personnage principal (Dennis Price) est du moins en apparence un arriviste dont l'ascension sociale s'effectue au fur et à mesure qu'il élimine les obstacles qui le séparent de son titre de duc. Sibella (Joan Greenwood), son pendant féminin, cherche avant tout à faire un beau mariage. Quant à la famille d'Ascoyne, elle représente l'aristocratie dégénérée dans toute sa splendeur. Le fait que Alec Guiness joue les 8 rôles est une idée géniale. Cette octuple performance hautement comique n'est pas gratuite. Elle souligne de façon frappante la tare de l'endogamie qui est la reproduction du même. Louis a le tort de représenter l'altérité, le métissage, sa mère a fait une mésalliance avec un chanteur italien et a été reniée par la famille. Ses actes criminels ont pour réelle motivation le désir de vengeance des humiliations, du rejet et du mépris subis par lui et par sa mère. Cela fait de lui une sorte de Monte-Cristo qui en plus de détruire les d'Ascoyne ne s'épargne pas lui-même comme le montre la fin du film.

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