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Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1928)

Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

"Easy virtue", film muet de Alfred HITCHCOCK un peu écourté et abimé par le temps introduit déjà tous ses thèmes de prédilection. Tiré d'une pièce de théâtre de Noël Coward ("Brève rencontre", adapté au cinéma par David LEAN est son œuvre la plus célèbre), il s'agit d'un film de procès. Même lorsque celui-ci semble prendre fin au bout de 20 minutes, il continue implicitement jusqu'au dénouement où il refait surface avec le même plan du juge qu'au début. La structure du film est en effet cyclique et sans issue. La "bonne" société patriarcale y juge une fausse coupable, à l'aune d'apparences accablantes: elle a osé poser pour un peintre qui la courtisait ouvertement et lui a légué sa fortune donc il est forcément son amant et il l'a débarrassé de son mari CQFD. Ce passé la poursuit (thème aussi récurrent chez Alfred HITCHCOCK que celui du faux coupable) jusque sur la Riviera où elle tente de refaire sa vie avec un nouveau prétendant. Mais celui-ci s'avère être un homme faible d'esprit vivant sous la coupe d'une génitrice abusive (combien de marâtres et de mère castratrices chez Alfred HITCHCOCK?) qui rejette l'intruse et finit par percer son secret avec un petit coup de pouce de la presse à scandales. Bref si le thème de la femme de petite vertu (ou jugée comme telle et de ce fait perdue de réputation) est complètement obsolète aujourd'hui, et l'histoire, pas exempte de longueurs en dépit de la brièveté du film, la mise en scène brillante de Alfred HITCHCOCK suffit à relever le niveau et l'actrice principale, Isabel JEANS (ex-épouse de Claude RAINS, le futur mari sous influence matriarcale dans "Les Enchaînés" ^^) (1945) est très émouvante, notamment dans sa réplique finale lorsqu'elle s'offre aux caméras à la sortie du tribunal et qu'elle leur dit "Shoot ! There is nothing left to kill !" ce qui a été traduit par "Allez-y, mitraillez-moi, je suis déjà morte!".

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Jabberwocky

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1977)

Jabberwocky

J'ai rarement vu une restauration produire des effets aussi spectaculaires que dans "Jabberwocky", le premier long-métrage réalisé par Terry GILLIAM. En effet celui-ci en dépit d'un budget modeste a créé un magnifique univers visuel qui s'était terni avec le temps. En retrouvant son éclat, l'image révèle des paysages ruraux de chateaux-forts nimbés d'une somptueuse lumière. Les mêmes que ceux de "Monty Python sacré Graal" (1975), l'œil du peintre en prime. Cela n'empêche pas de reconnaître le style Gilliam, récurrent de film en film, celui des courtes focales et des contre-plongées qui écrasent les personnages sous l'architecture, bouchent la vue et déforment les perspectives et les traits jusqu'à la caricature. Le Moyen-Age dépeint par Gilliam est pictural et en même temps il s'en dégage une impression de réalisme comme dans le film antérieur des Monty Python. C'est lié à une intimité avec cette époque dans ce qu'elle a de plus "terre-à-terre" c'est à dire sa violence et sa saleté. Celles-ci deviennent d'ailleurs les supports d'un long gag où la tribune royale d'un tournoi est progressivement recouverte de sang et de morceaux de chair sans que les personnages ne s'en émeuvent (un type de gag non-sensique récurrent chez les Python*). Mais de la saleté au sens propre à la saleté au sens figuré il n'y a qu'un pas et la crasse ou la poussière qui recouvre les dirigeants qui utilisant leurs vassaux comme de la chair à canon n'a rien de gratuit. A travers le Moyen-Age, Terry GILLIAM critique en réalité le fonctionnement de la société britannique des années 70 touchée par la crise et le chômage et désormais rétive comme le reste de l'Europe à l'immigration de travail venue des pays pauvres. Quant au "monstre" (emprunté à un autre univers de l'absurde, celui de Lewis Carroll) qui terrorise la contrée, il est cyniquement instrumentalisé pour manipuler les masses puisque les habitants n'ont guère envie de s'aventurer à l'extérieur et apaisent leurs angoisses en… consommant. Il est presque dommage que Terry GILLIAM finisse par le montrer (d'autant que ce n'est pas une réussite, contrairement aux plans où la caméra adopte son point de vue et où il est donc invisible) car comme le magicien d'oz, il aurait pu tout aussi bien n'être qu'une illusion.

* Une partie d'entre eux participent au film en tant qu'acteurs. Michael Palin interprète le rôle principal et le regretté co-fondateur des Python Terry Jones y joue un petit rôle, celui du braconnier qui apparaît en introduction et est la première victime du monstre.

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Agent secret (Sabotage)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1936)

Agent secret (Sabotage)

"Agent secret" (le titre en VO "Sabotage" est bien plus pertinent) fait partie de la période britannique de Alfred HITCHCOCK et a été tourné après "Les 39 marches" (1935) et "Quatre de l'espionnage" (1936). Mais contrairement à ces deux derniers films "Sabotage" est un drame austère d'une noirceur absolue. Si le principal point faible du film réside dans l'écriture bâclée des personnages et une interprétation dans l'ensemble peu convaincante, la mise en scène est déjà au sommet. En témoigne deux scènes restées dans les annales. D'une part celle où le jeune Steve transporte sans le savoir au cœur d'un Londres bondé une bombe dont nous savons à la minute près quand elle doit exploser et où en lui faisant subir divers contretemps (et en insérant sadiquement de nombreux plans d'horloge montrant l'heure qui tourne) Alfred HITCHCOCK joue avec nos nerfs. Cette scène a acquis par ailleurs au XXI° siècle un caractère prophétique: impossible de ne pas penser en voyant le bus exploser aux attentats de juillet 2005 qui avaient notamment soufflé l'étage supérieur d'un autobus à impériale à Tavistock Square et fait 56 morts (dont 14 parmi les passagers du bus)*. Et de l'autre celle de la scène d'explication à table entre Verloc (l'auteur de l'attentat) et son épouse (Sylvia SIDNEY) qui a découvert qu'il était responsable de la mort de son petit frère. La mise en scène (qui pallie le jeu terne des acteurs) suggère si habilement son envie de meurtre à elle et son envie de suicide à lui qu'il devient impossible de savoir qui a accompli le geste fatal. A la limite, ce qui est le plus expressif dans ce passage, c'est le couteau, ou plutôt la caméra qui l'anime. Si le personnage de Verloc (Oskar HOMOLKA) est assez opaque (en dehors de l'argent, on ne comprend pas vraiment ses motivations), celui de son épouse donne une idée assez déprimante de la condition de la femme, celle-ci apparaissant résignée et dépendante. Triste constat.

* Hitchcock pensait qu'il avait eu tort de faire mourir un enfant parce qu'il trouvait que c'était une manipulation détestable des sentiments des spectateurs (qui d'ailleurs ont rejeté le film à l'époque précisément pour cette raison). Mais cela contribue à donner à la scène son caractère réaliste dans lequel on peut reconnaître les sociétés d'aujourd'hui.

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Les Aventures du Baron de Münchhausen (The Adventures of Baron Munchausen)

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1988)

Les Aventures du Baron de Münchhausen (The Adventures of Baron Munchausen)


Une quinzaine d'années avant ses déboires avec Don Quichotte, Terry GILLIAM s'était déjà embarqué dans une grosse galère avec un héros à sa (dé)mesure en la personne de Karl Friedrich Hieronymus Freiherr von Münchhausen, mercenaire allemand dans l’armée russe, qui combattit les troupes turques avant de devenir l'un des mythomanes les plus célèbres de la littérature grâce à Rudolf Erich Raspe qui coucha par écrit ses prétendus "exploits" et Gustave Doré qui les illustra. Terry GILLIAM s'est approprié ce matériau originel (le choix de John NEVILLE pour incarner le baron est une référence directe à Gustave Doré dont il s'est beaucoup inspiré) en y ajoutant son imagination débridée, sa créativité visuelle et sa soif de liberté. Son film est donc un nouvel épisode métaphorique (après "Bandits, bandits…" (1981) et "Brazil") (1985) de sa lutte don quichottesque contre les moulins à vents des studios incapables de contrôler ce rêveur aux projets mégalomanes (autrement dit synonymes de gouffre financier). La scène où le baron s'envole toujours plus haut dans le ciel avec la belle Vénus toute droit sortie du coquillage de Botticelli (Uma THURMAN âgée de 18 ans dans son premier rôle) avant d'être brutalement ramené sur terre par le dieu Vulcain (Oliver REED) et la jeune Sally (Sarah POLLEY) est assez représentative de son rapport au monde ("Brazil" (1985) contient des scènes iconiques identiques). On peut en dire autant de la scène "fauchée" pour cause de dépassement de budget (mais qui est l'une de mes préférées) sur la lune, magnifique hommage à Georges MÉLIÈS et incroyable délire sur la dualité corps/esprit (Robin WILLIAMS comme Robert De NIRO dans "Brazil" (1985) y avance masqué, il est pourtant excellent). Car même si Terry GILLIAM est selon le journal le Monde un "maudit rêveur", il est aussi extraordinairement persévérant, réussissant toujours au final à concrétiser ses projets. C'est tout le sel du dénouement du film. Alors que le baron, surgissant sur une scène de théâtre tel un acteur a semblé tout au long du film n'offrir à son auditoire avide d'évasion (comme on a pu souvent le constater dans les périodes de guerre) qu'un dérivatif illusoire, voilà que lorsqu'ils se décident à ouvrir les portes de leur ville assiégée, ils découvrent que les turcs se sont enfuis, illustrant la phrase de Dumbledore à la fin des "Reliques de la mort", "Bien sûr que tout cela se passe dans ta tête Harry mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n'est pas réel?"

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Quartet

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1981)

Quartet

"Quartet" de James IVORY (d'après le roman semi-autobiographique de Jean Rhys) est un sombre mais magistral récit d'emprise psychologique qui décortique avec finesse les tortueux ressorts d'une relation malsaine entre trois personnages avec un quatrième en arrière-plan. Trois plus un et non quatre car sinon il y aurait au moins parité et donc davantage d'égalité. Tandis que le film explore deux niveaux d'emprise: celle qu'exerce un couple bourgeois britannique sur une jeune fille créole privée de ressources après l'arrestation de son mari et celle que l'homme bourgeois exerce sur les femmes, y compris la sienne. L'inégalité fondée sur l'origine, la classe sociale et le genre se rejoignent ainsi impitoyablement.

La manière dont le couple de prédateur piège sa proie rappelle par certains aspects "Les Yeux sans visage" (1960) de Georges FRANJU. En effet il s'agit dans les deux cas de se faire passer pour des bienfaiteurs en offrant un toit à une jeune fille en détresse pour mieux l'utiliser et la jeter ou la détruire par la suite. La femme du couple joue les rabatteuses de gibier pour son mari affamé de chair fraîche. Mais elle-même est sous son emprise car c'est l'homme qui définit les règles du jeu, ce que démontrait déjà Agnès VARDA dans "Le Bonheur" (1965). C'est ainsi que le syndrome de Stockholm dont est victime Marya (Isabelle ADJANI qui a obtenu pour le rôle le prix d'interprétation à Cannes) qui tombe amoureuse de son tortionnaire fait écho à la soumission de Lois (Maggie SMITH) aux caprices de "HJ" (Alan BATES) qu'elle veut garder à tout prix. Derrière l'artiste mondaine cynique et hautaine perce l'amertume de la femme bafouée, avilie et humiliée qui cherche à sauver les apparences. Sous le vernis du mécénat se cache ainsi un sombre trafic de prostitution qui ne dit pas son nom. Mais à défaut de le dire, James IVORY montre dès les premières images le sort qui attend Marya avec en contrebas de sa chambre d'hôtel (plan annonciateur de sa chute) une "grue" qui lève un client. Et le dénouement sans issue la montre sur le point de passer entre les mains d'un autre pseudo "protecteur".

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Bombay Talkie

Publié le par Rosalie210

James Ivory (1970)

Bombay Talkie

De James IVORY, on connaît surtout les joyaux british des années 1990 qu'il a réalisé et le récent succès de "Call Me by Your Name" (2017) a mis en lumière son talent de scénariste. Mais cette vision n'est que parcellaire. En effet James IVORY l'américain a bâti une œuvre transcontinentale sur quatre décennies avec le producteur indien Ismail MERCHANT et l'écrivaine-scénariste allemande d'origine polonaise (et indienne par alliance!) Ruth PRAWER JHABVALA. Il est donc logique que leur travail créatif touche chacun des continents où ils sont nés. "Bombay Talkie" réalisé en 1970 est parfaitement représentatif de cette multiculturalité. le titre fait référence au cinéma bollywoodien que de son propre aveu, James IVORY a voulu parodier. On retrouve donc dans le film cette image d'une Inde huppée et occidentalisée avec Vikram, le séducteur au sourire ultra-brite (Shashi KAPOOR) toujours au bras d'un prix de beauté sur une gondole à Venise ou sur fond de chorégraphie sixties anglo-saxonne. Cette parodie s'étend à un autre cliché que véhicule l'Inde auprès des occidentaux, à savoir les retraites spirituelles dans les ashrams avec un gourou-charlatan pour qui les plus grands spirites sont les riches américains qui savent mettre la main au portefeuille. Sans cette acidité et cette acuité de regard propre au trio, on se croirait chez Liz Gilbert ("Mange, Prie, Aime"). Car l'Europe n'est pas oubliée dans le film, bien au contraire puisque le personnage principal de l'histoire est l'écrivaine-scénariste britannique Lucia Lane (Jennifer KENDAL) dont le trio dresse un portrait remarquable de finesse (rehaussé par l'excellente interprétation de l'actrice). Lucia est une femme mûrissante plus immature que sa propre fille et dont l'égocentrisme n'a d'égale que la profonde détresse intérieure. Se comportant comme une petite princesse ne supportant pas qu'on lui résiste, elle sème la désolation autour d'elle en ayant une relation passionnelle avec Vikram dont elle détruit le mariage tout en manipulant Hari le scénariste (Zia MOHYEDDIN), homme de l'ombre au physique moins avantageux qui a le malheur d'être tombé amoureux d'elle. En même temps, Lucia est une étrangère incapable de s'intégrer en Inde ce qui donne tantôt des scènes comiques (celles de l'ashram), tantôt des scènes profondément mélancoliques. Le personnage aliéné qui ravage sa vie et celle des autres et finit par contempler tristement son désert affectif annonce Hugh GRANT dans "Maurice" (1987) ou Anthony HOPKINS dans "Les Vestiges du jour" (1993).

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Aliens, le retour (Aliens)

Publié le par Rosalie210

James Cameron (1986)

Aliens, le retour (Aliens)

"Aliens, le retour" est une suite réussie de "Alien, le huitième passager" (1979). James CAMERON qui était alors au début de sa carrière établit des éléments de continuité avec le chef d'oeuvre de Ridley SCOTT tout en développant son style propre. Si l'on retrouve donc une grande quantité d'éléments faisant écho au premier film (personnages, objets, plans, éléments de mise en scène dont une dernière demi-heure de climax particulièrement prenante se terminant par l'explosion non d'un vaisseau mais d'une planète et l'expulsion de l'alien caché du vaisseau de secours), on a affaire ici à une version XXL spectaculaire remplie d'action et d'effets spéciaux qui fait plus penser à un film de guerre SF du type "Starship Troopers" (1997) qu'au huis-clos anxiogène intimiste du premier volet. Mais James CAMERON a un véritable talent pour jouer sur les échelles. Il ne perd jamais de vue son personnage principal et lui donne même une ampleur qu'il n'avait pas chez Ridley SCOTT. Avec James CAMERON, Ripley (Sigourney WEAVER) devient l'un de ces personnages féminins particulièrement forts qu'il affectionne. Et si le titre du film de Cameron est au pluriel (car de même que les protagonistes humains, le nombre d'aliens à combattre est démultiplié), Ripley se retrouve à livrer un duel avec la reine-mère des aliens et l'un des enjeux du film se focalise sur la maternité (il y a quelque chose de "L'origine du monde" jusque dans le titre). L'exploration de l'espace dans le premier film cède ici la place à sa colonisation avec le même cynisme des dirigeants consistant à envoyer au casse-pipe les citoyens ordinaires pour s'emparer de terres et de spécimens extra-terrestres afin on l'imagine de les transformer en machines de guerre à leur service. C'est contre cette monstruosité que s'insurge Ripley qui défend toujours l'humain contre les intérêts géopolitiques ou militaires. Dans le premier film, elle affrontait Ash, le robot androïde scientifique programmé par la compagnie pour ramener l'alien. Dans le deuxième, elle affronte son avatar, Burke (qui bien que fait de chair et de sang est bien moins humain que le robot androïde les accompagnant, Bishop. Cameron souligne à plusieurs reprises que les robots sont à l'image des humains qui les créent). C'est pourquoi le combat de Ripley contre la reine-mère alien peut se lire à plusieurs niveaux. Au premier degré, il s'agit de sauver Newt, la seule survivante de la colonie que Ripley adopte comme une fille de substitution (sa fille biologique étant décédée sans descendance au cours des 57 ans que Ripley a passé à dériver dans l'espace en hyper-sommeil entre le premier et le deuxième film). Au second, ce combat a pour enjeu l'avenir de l'humanité car si en tant que femme et mère, Ripley n'agit pas, sa destruction est programmée. Une vision des années 80 toujours aussi pertinente de nos jours.

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Gosford Park

Publié le par Rosalie210

Robert Altman (2001)

Gosford Park

"Gosford Park", c'est l'alliance (fructueuse) de la misanthropie acide de Robert ALTMAN et de l'écriture aiguisée alliée à une connaissance anthropologique du milieu aristocratique de Julian FELLOWES (milieu dont il est lui-même issu et qu'il connaît sur le bout des doigts) pour un résultat dense et passionnant. La première partie est une étude de mœurs qui reprend les principes de "La Règle du jeu" (1939) de Jean RENOIR avec un montage établissant un parallèle entre l'univers des maîtres et celui des domestiques avec à la place du pilote André Jurieux, un acteur et compositeur américain ayant réellement existé Ivor Novello (Jeremy NORTHAM), admiré des domestiques mais méprisé des aristocrates les plus snobinards. Un mépris réciproque car les américains considèrent de leur côté avec dédain le monde décadent de leurs anciens colons. Un monde hiérarchisé et codifié jusque dans les moindres détails (places à table, uniformes, noms employés pour désigner les gens de maison, protocoles du petit déjeuner différent selon le genre et le statut marital, multitude des couverts à table et écartement entre eux mesuré à la règle, pièces dévolues à des tâches telles que le cirage des chaussures ou le nettoyage de l'argenterie, rite de la chasse à courre etc.) qui n'a pas encore disparu en 1932 (l'époque du film et aussi des "Les Vestiges du jour" (1993) qui se situe dans le même milieu). Le personnage de Henry Denton (Ryan PHILIPPE) apprend à ses dépends que jouer sur les deux tableaux est impossible: il ne fait pas longtemps illusion et réussit l'exploit de fédérer les deux camps contre lui. La deuxième partie se rapproche davantage d'une comédie policière en huis-clos dans le style Cluedo. D'ailleurs elle s'inspire du "Noël de Hercule Poirot" de Agatha Christie. Elle a pour principal mérite de faire émerger des secrets jusqu'ici bien gardés.

Il est également intéressant de comparer "Gosford Park" et "Downton Abbey" (2010), série réalisée et écrite par Julian FELLOWES qui avait été conçue au départ comme un prolongement du film de Robert ALTMAN. Car si l'on retrouve bien évidemment le même univers jusque dans ses moindres détails ainsi que la finesse et la causticité de l'écriture alliée à un regard affûté sur une société en évolution (surtout dans la saison 1 qui est parfaite alors que dès la saison 2, les intrigues sentimentales et rebondissements dignes d'un roman de gare gâchent déjà un peu le plaisir) sans bien sûr oublier Maggie SMITH en douairière dans les deux œuvres, il y a une différence "existentielle" qui saute aux yeux. Les relations humaines dans "Downton Abbey" ne sont ni cruelles, ni sordides. Dans "Gosford Park", la cruauté et le sordide sont partout, dans les relations familiales et dans les relations de couples (presque toujours en raison de questions d'argent), dans les relations entre domestiques (rivalités, alcoolisme, menaces de viol) et aussi bien sûr dans les relations entre maîtres et domestiques. Mary Maceachran (Kelly MACDONALD), la bonne de la comtesse de Trentham subit moultes humiliations dont celle dès l'ouverture du film de devoir rester plusieurs minutes sous une pluie battante à devoir attendre que sa maîtresse daigne monter dans sa voiture puis à lui ouvrir son thermos. Surtout le château de "Gosford Park" fait penser à du Zola ou à du Maupassant avec son maître de maison (Michael GAMBON) qui exerce son droit de cuissage sur ses subordonnées (ouvrières puis domestiques) enfantant autant de tragédies que d'expressions de l'inégalité des classes autant que celles de la domination d'un sexe par l'autre.

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Bandits, bandits (Time Bandits)

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1981)

Bandits, bandits (Time Bandits)

Deuxième long-métrage de Terry GILLIAM après "Jabberwocky" (1976), "Time Bandits" (1981) est encore fortement marqué par l'influence des Monty Python. Le film est en effet construit comme une succession de sketches à dominante nonsensique jouant sur le franchissement de portes spatio-temporelles: la bataille de Castiglione pour l'épisode napoléonien, la forêt de Sherwood pour celui concernant Robin des bois (John CLEESE), la ville de Mycènes avec Agamemnon (Sean CONNERY, très charismatique comme toujours) face au minotaure, l'épisode sur le Titanic et enfin celui qui se déroule dans la forteresse des ténèbres où l'Etre Suprême qui tire les ficelles de l'ensemble ressemble beaucoup à l'historien de "Monty Python sacré Graal" (1975) et où les anachronismes sont légion.

Néanmoins, ce film marque aussi la transition vers le premier grand film de Terry GILLIAM, "Brazil" (1985). Il y a d'abord le casting, bien sûr avec Michael PALIN, coéquipier des Monty Python au scénario et dans un petit rôle, Ian HOLM dans le rôle de Napoléon et Katherine HELMOND dans celui de la femme de l'ogre. Il y a surtout une première séquence "programmatique" qui sur un mode satirique et burlesque annonce la dystopie à venir de Terry GILLIAM. On y voit deux mondes qui s'affrontent. D'un côté, celui, bassement matérialiste des parents, consommateurs frénétiques qui passent leur temps de loisir affalés sur des canapés entourés d'emballages (symbole d'hygiénisme?) à donner leur temps de cerveau disponible au dieu audimat qui leur bourre le crâne avec un stupide jeu télévisé ("Your Money or your life" présenté par Jim BROADBENT) basé sur l'appât du gain et l'humiliation. On pense à toutes les séquences de l'émission "Le Zapping" (renommée "Vu" après sa disparition de Canal + en 2016) montrant les réactions hystériques des gens au sein de jeux tels que "Money Drop" ou encore aux jeux faisant leur miel de l'humiliation des candidats ("Intervilles" par exemple ou pire encore "N'oubliez pas votre brosse à dent"). De l'autre, celui de leur fils, Kevin qui leur tourne ostensiblement le dos et s'évade dans son monde imaginaire comme le fera quelques années plus tard Sam Lowry pour échapper à un monde cauchemardesque. A tout cela, il faut rajouter des leitmotivs visuels typiques de Terry GILLIAM comme celui des nains et des géants, celui du "bout du monde" ou encore l'intégration d'œuvres d'art (Joconde, masque d'Agamemnon).

Le résultat est un film intéressant mais mal maîtrisé. Il trahit en particulier les faiblesses de Terry GILLIAM au niveau narratif, l'aspect souvent décousu de ses intrigues (ce que la richesse et l'inventivité visuelle ne compense pas), la tendance à réduire les personnages à des caricatures ce qui confère trop souvent un aspect "carton-pâte" dénué de vie à l'ensemble. C'est d'ailleurs pourquoi ses meilleurs films sont toujours l'adaptation ou la réinvention d'une œuvre préexistante ("1984" pour "Brazil" (1985), un ensemble de récits du XVIII° siècle pour "Les Aventures du baron de Münchausen" (1988) un scénario écrit par Richard LaGRAVENESE pour "Fisher King" (1991), "La Jetée" (1963) de Chris MARKER pour "L Armée des douze singes" (1995), ou le roman éponyme de Hunter S. Thompson "Las Vegas Parano") (1998)

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Alien, le huitième passager (Alien)

Publié le par Rosalie210

Ridley Scott (1979)

Alien, le huitième passager (Alien)
Alien, le huitième passager (Alien)


"Alien, le huitième passager" fait partie de ces films mythiques que j'ai vu sur le tard un peu à reculons tant mes nerfs supportent mal le genre horrifique. Mais il s'agit d'un grand film, à la mise en scène admirable de maîtrise (notamment par sa gestion du suspense dans la plupart des scènes, suscitant une montée progressive de l'angoisse) et à la thématique extrêmement riche. De ce fait, bien que réalisé en 1979, il a conservé intacte toute sa force de frappe.

Le premier long-métrage de Ridley SCOTT s'intitulait "Les Duellistes" (1977). Il s'agissait déjà d'une lutte pour la survie entre un "sage" et un "fou" en milieu hostile, tellement hostile d'ailleurs que le décor semblait déjà absorber les personnages, les fondre en lui. Pas étonnant qu'à l'opposé de l'intérieur du vaisseau de "2001, l'odyssée de l'espace" (1968) froid, net et clinique, celui du Nostromo soit sale, sombre, nébuleux et obstrué, comme l'intérieur d'un corps vivant. C'est Ridley SCOTT qui l'a rendu ainsi pour accentuer la sensation d'oppression et de claustrophobie caractéristique du film qu'il souligne également par de nombreux surcadrages notamment lorsqu'il filme les sas qui se referment comme les mâchoires d'un monstre sur les personnages. Car ce qui est au cœur "d'Alien", ce qui est aboli par ce dispositif, c'est la limite claire et nette entre l'humain et l'inhumain, la chair et l'acier, le "nous" et le "eux". Il y a bien sûr la nature même des animatroniques qui font leur apparition à la fin des années 70 et qui sont des robots recouverts de latex permettant de donner aux monstres une dimension charnelle et sensuelle, voire même humanoïde (ce qui préfigure la thématique principale de "Blade Runner") (1982). Il y a les peintures d'êtres biomécaniques du plasticien Hans Ruedi Giger qui a conçu le vaisseau alien du film et avec d'autres, l'alien lui-même, être sans visage, sans regard et donc sans âme à la forme hybride et mutante entre insecte, parasite et animal, entre amas de chairs molles et mâchoire d'acier. Il y a enfin le goût de Ridley SCOTT pour les univers brumeux qui estompent les contours et surtout son obsession de l'écoulement liquide qui s'infiltre partout. Dans "Alien", plus le film avance et plus on nage dans une ambiance moite et visqueuse (comme dans l'intérieur d'un corps humain, encore une fois). Les mâchoires de l'Alien sont en acier mais pleines de filaments de bave. Au fur et à mesure que l'étau se resserre, les corps se recouvrent de sueur. L'affrontement entre Ash (Ian HOLM) le fou et Ripley (Sigourney WEAVER) la sage est aussi un affrontement d'humeurs: le visage du premier se recouvre d'une substance blanchâtre épaisse qui trahit sa nature inhumaine alors que le sang sort de la narine de la seconde qui est 100% humaine. Le liquide semblable à de l'acide que contiennent les pinces de la créature (sous sa forme de "facehugger") est capable de percer toutes les coques du vaisseau et bien entendu elle s'avère également capable sous cette forme non seulement de se greffer sur le visage humain en le privant de son identité mais aussi de le pénétrer et de le féconder ce qui est à la racine du dégoût ou de la peur qu'inspirent certains invertébrés, les araignées et nombre d'insectes à la plupart des êtres humains. Ce sont en effet les nombreuses pattes et tentacules qui inquiètent de par leur capacité invasive. A l'inverse, le vaisseau est filmé comme un amas de boyaux qui digère les membres de son équipage un par un à la façon des "Dix petits nègres" de Agatha Christie (bien qu'ils ne soient que sept parmi lesquels on reconnaît aussi John HURT dans le rôle de Kane et Harry Dean STANTON dans celui de Brett). "Alien", influencé par le cinéma du nouvel Hollywood est de ce fait indissociable de son contexte, celui d'une Amérique traumatisée par la guerre du Vietnam qui lui a fait perdre son innocence en lui faisant réaliser que le mal n'était pas à l'extérieur d'elle mais en elle. Car "Alien" est aussi un film engagé, un film politique. Comme dans les "Les Sentiers de la gloire" (1957), le film met en scène (en hors champ) des décideurs cyniques face à des exécutants (cols blancs et cols bleus) qui ne savent pas qu'ils sont destinés à servir de chair à canon (du moins jusqu'à ce que Ripley le découvre). Comme pour "Blade Runner" (1982), Ridley SCOTT avait imaginé une fin radicalement pessimiste qu'il a dû "adoucir" mais qui a eu le mérite de proposer une alternative crédible à l'apocalypse: faire émerger une grande héroïne de SF, véritable icône féministe comme alternative à la civilisation techniciste machiste et faire accéder à la célébrité son interprète dont c'était le premier rôle majeur.

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