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Articles avec #cinema britannique tag

Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice)

Publié le par Rosalie210

Joe Wright (2006)

Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice)

Cette version de "Orgueil et préjugés" qui est la plus connue à l'international est moins convaincante à mes yeux que celle de Simon LANGTON pour la BBC. Et ce n'est pas une question de format car la scénariste du film de Joe WRIGHT réussit plutôt habilement à condenser le roman de Jane Austen. L'autre aspect que je trouve réussi dans le film, c'est son atmosphère. Il y a un vrai travail impressionniste sur le climat et la lumière qui se ressent dans plusieurs scènes-clés comme la première déclaration de Darcy sous la pluie et la deuxième où il émerge de la brume matinale avant que le soleil ne se lève sur les amoureux. Le lac qui borde la maison des Bennett est particulièrement photogénique.

Mais que ce soit dû à l'écriture des personnages ou à l'interprétation des acteurs, le film ne retranscrit pas suffisamment l'esprit du roman et arrondit tous les angles. Le caractère incisif du personnage d'Elizabeth (Keira KNIGHTLEY) par rapport à la société de son époque n'est pas vraiment mis en valeur, pas plus que les divisons qui traversent la famille Bennet. Dans le film, celle-ci s'entend bien avec sa mère et n'est pas plus choquée que cela par le comportement de ses sœurs ce qui jure avec le texte de Jane Austen. Le caractère frondeur de Elizabeth est souligné en mode individualiste pour en faire une jeune fille moderne je suppose à laquelle les spectatrices peuvent s'identifier. Les inégalités de classe et de sexe qui sont au cœur de la machinerie sociale dans laquelle elle est plongée ne sont montrés que d'une manière superficielle alors qu'ils sont au cœur du roman qui est d'abord une satire sociale avant d'être une rêverie romantique. Mais l'interprétation la plus problématique est celle de Matthew MacFADYEN qui ne retranscrit pas du tout la morgue aristocratique de Darcy. Celui-ci apparaît seulement timide, emprunté voire dépressif, bref c'est "the boy next door" même s'il vit dans un grand château ^^^^. Décontextualiser à ce point l'œuvre de Jane Austen c'est donner corps aux préjugés de tous ceux qui pensent que c'est juste de la littérature Harlequin pour les filles en mal de romantisme de gare et c'est vraiment dommage

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Robin des bois (Robin Hood)

Publié le par Rosalie210

Ridley Scott (2010)

Robin des bois (Robin Hood)

"Robin des bois" fonctionne comme une préquelle "pseudo-historique" à la célèbre légende du hors la loi au grand cœur mainte fois illustrée au cinéma. La volonté de réalisme affichée par le film enlève ce que cette histoire peut avoir de jubilatoire, de carnavalesque et de flamboyant (pas seulement à cause des célèbres collants verts flashy de Errol FLYNN que Ridley SCOTT n'avait pas le droit de réutiliser mais aussi par le renversement de l'ordre social qui y est opéré) sans pour autant en faire une œuvre historique satisfaisante. En fait ce "Robin des bois" aurait pu s'intituler "Naissance d'une nation" car il fonctionne comme un cours d'éducation civique (et patriotique) avec une grille de lecture anachronique à l'usage des anglais. L'histoire tourne autour de la trahison de Godefroy (Mark STRONG), conseiller du roi Jean (Oscar ISAAC) qui s'est vendu aux français. Face à eux, Robin (Russell CROWE) et son père de substitution, Sire Walter Loxley (Max von SYDOW) sont les défenseurs de la nation britannique et de ses valeurs puisque ce dernier transmet à Robin la Magna Carta (rédigée par le père de Robin dans la film, par les barons anglais dans la réalité historique), rejetée par le roi Jean à la fin du film (mais acceptée par lui plus tard dans la réalité historique) qui a servi de base à l'Habeas Corpus du XVII° siècle ayant contribué à mettre fin à l'absolutisme en Angleterre. Les intérêts de caste des nobles sont transformés dans le film en défense des intérêts du peuple tout entier tandis que le débarquement des français ressemble à un "6 juin 1944" à l'envers pour transformer ce moment en grande communion nationale. Or, la nation et le patriotisme sont des notions anachroniques, les appartenances identitaires étant au Moyen-Age dynastiques, claniques, communautaires ou encore régionales. Ainsi Richard Cœur de Lion, sa mère Aliénor d'Aquitaine et son frère Jean étaient aussi "anglais" que Marie-Antoinette était "française".

Ces réserves faites, il n'en reste pas moins que le film de Ridley SCOTT bien que ne lésinant pas sur le manichéisme primaire est divertissant et maîtrisé avec de belles scènes d'action et un sens aiguisé du décor et de l'esthétique de l'image.

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Les Chemins de la Haute Ville (Room at the Top)

Publié le par Rosalie210

Jack Clayton (1958)

Les Chemins de la Haute Ville (Room at the Top)

Le triomphe récent de "Parasite" (2019) a mis en lumière une dichotomie socio-spatiale entre les quartiers huppés situés sur les hauteurs et les bas-fonds prolétaires qui réactive celle que l'on trouvait déjà chez Akira KUROSAWA dans "Entre le ciel et l'enfer" (1963). Cette opposition de classe très géographiquement marquée se retrouve en Angleterre. Comme son titre l'indique "Les Chemins de la Haute Ville" (1958) est fondé sur un schéma assez similaire, celui d'un jeune homme pauvre mais ambitieux qui cherche à séduire la fille d'une famille fortunée pour grimper les échelons de la société. Il a servi de base au scénario de "Match point" (2005). En effet, comme dans le film de Woody ALLEN les ambitions de Joe sont contrariées par ses sentiments. Parallèlement à la cour assidue qu'il fait à la jeune Susan qu'il n'aime pas mais dont il a besoin pour se réaliser socialement il entame une liaison avec une femme plus âgée que lui et malheureuse dans son mariage. Certains pensent que le puritanisme anglais explique le choix d'une actrice française, Simone SIGNORET pour interpréter un rôle jugé sulfureux. Sauf que sa composition est bouleversante et échappe à tous les clichés (Simone SIGNORET a reçu un Oscar mérité pour ce rôle). Alice est une femme blessée et en manque d'amour mais elle a aussi une forte présence, une grande franchise et est d'une étonnante modernité. Il faut voir comment elle remet en place Joe qui lui fait une scène parce qu'elle a posé nue pour un peintre dans sa jeunesse ce à quoi elle rétorque que son corps est à elle.

Cependant Laurence HARVEY compose un Joe qui échappe au manichéisme. Sa motivation principale qui nous est signifiée dès le plan initial (un gros plan sur ses chaussettes élimées qu'il cache dans des chaussures impeccables) cache un profond sentiment de honte né dans les ruines de la guerre et une détestation de soi masochiste et autodestructrice. Sa conquête de Susan est ponctuée d'humiliations qui alimentent sa rage de parvenu alors qu'il renonce à l'amour vrai qu'il ressent pour Alice, un amour qui n'entre pas dans la norme et qui ne peut donc le servir. Reste alors la culpabilité et le sentiment amer d'avoir gâché sa vie. La réussite matérielle de Joe l'enfonce encore plus dans la haine de soi et l'une des dernières scènes dans laquelle il se laisse tabasser et traîner dans la boue sans réagir est extrêmement significative.

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Jeune et Innocent (Young and Innocent)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1937)

Jeune et Innocent (Young and Innocent)


"Jeune et innocent" est un film complètement jouissif pour qui aime Alfred HITCHCOCK. L'un de ces films "tranche de gâteau" qu'il affectionnait. Sa tonalité est résolument légère mais son efficacité redoutable. Et il offre une sorte de best-of made in English de ce que le réalisateur offrira de mieux dans sa période américaine:

- Un travelling mémorable (c'est le passage le plus célèbre du film) qui part du hall d'un grand hôtel rempli de danseurs et s'approche d'un orchestre de jazz composé de blancs grimés en noirs (car on ne se mélangeait pas à cette époque et Hitchcock s'amuse beaucoup à transgresser la règle avec le clochard Will qui s'est introduit dans l'hôtel grimé en bourgeois pour identifier le coupable) jusqu'au très gros plan révélant le tic des yeux de celui que nous savons être le vrai coupable. Hitchcock utilisera un plan virtuose similaire dans "Les Enchaînés" (1945).

- Le thème du faux coupable charmeur en cavale fait beaucoup penser à "La Mort aux trousses" (1959). Et ce d'autant plus qu'il y a un passage où la fille du commissaire, Erica tombe dans un grand trou et est sauvée de justesse par Robert. La façon dont le visage d'Erica est filmé, les mains qui ont du mal à se tenir, tout fait penser à la scène du Mont Rushmore, la couleur en moins.

- Dans la scène de la plage d'où procède le malentendu qui accuse Robert, Hitchcock filme au ralenti des mouettes comme un présage funeste qui fait penser immanquablement à "Les Oiseaux (1962).

Mais le film ne doit pas être réduit à ces références écrasantes. C'est une délicieuse comédie policière proche de la screwball avec son renversement des rôles masculin et féminin (la référence s'impose d'autant plus que Derrick DE MARNEY qui joue Robert endosse un rôle à la Cary GRANT). C'est l'homme qui s'évanouit et est vigoureusement ranimé par une jeune fille intrépide qui avec sa guimbarde s'avère être le moteur de l'action. leur odyssée offre à Hitchcock le plaisir savoureux de caricaturer de nombreuses institutions britanniques (justice, police, famille, piliers de comptoirs) avec en particulier deux flics à la Dupond-Dupont qui m'ont fait beaucoup rire.

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Les Chaussons rouges (The Red Shoes)

Publié le par Rosalie210

Michael Powell et Emeric Pressburger (1948)

Les Chaussons rouges (The Red Shoes)

"Les Chaussons rouges" est un chef d'œuvre d'art total. Tout y passe: la littérature avec l'adaptation du conte éponyme d'Andersen, la peinture avec l'utilisation éclatante et profonde de la couleur, la musique et la danse qui sont au cœur de l'histoire puisque le film repose sur la mise en abime de la création puis de la représentation d'un spectacle où art et vie se confondent, comme dans "Les Enfants du paradis" (1943). Et enfin le cinéma sans lequel le morceau de bravoure des dix-sept minutes de ballet dans lequel l'héroïne traverse les contrées fabuleuses et fantasmatiques de son imaginaire n'aurait pas été possible (pour mémoire seul Vincente MINNELLI a osé inclure dans son film un morceau de ballet d'une durée comparable dans "Un Américain à Paris") (1951).

"Les Chaussons rouges" fait par ailleurs partie des films matrices incontournables de l'histoire du cinéma. Et pas seulement parce qu'il fait penser à "Black Swan" (2010) dans le sens où il montre une ballerine se faire vampiriser par sa passion de la danse jusqu'à en perdre la raison et la vie. S'y rajoute le pacte faustien avec l'impresario Boris Lermontov (dont le double dans le ballet est le cordonnier tentateur qui fait danser la jeune femme jusqu'à ce qu'elle en meure*), fascinant personnage dont la folie intérieure est remarquablement retranscrite par Anton WALBROOK. Son incapacité manifeste à aimer (à commencer par lui-même comme le montre la séquence saisissante où il met un coup de poing dans son miroir) fait de lui un épouvantable tyran épris d'absolu qui détruit tout autour de lui, à commencer par l'amour qui unit sa danseuse vedette au compositeur Julian Craster (Marius GORING), union que l'on peut voir comme celle de la musique et de la danse. Comme Vicky (Moira SHEARER), Julian a passé une sorte de pacte méphistophélique avec Boris Lermontov qui s'est approprié son oeuvre. Comment ne pas penser à "Phantom of the Paradise" (1974) et son compositeur qui se fait voler ses créations et la femme qu'il aime par un producteur vorace? Brian De PALMA est un admirateur inconditionnel du film de Michael POWELL et Emeric PRESSBURGER tout comme la plupart des réalisateurs américains de sa génération avec une mention toute particulière pour Martin SCORSESE dont l'une des principales collaboratrices est la veuve de Michael POWELL, la monteuse Thelma SCHOONMAKER. Il a été également à l'origine de la restauration numérique du film et le cite quasiment dans toutes ses oeuvres.

* Thème que l'on retrouve aussi dans un autre conte d'Andersen, "La petite sirène" où celle-ci pour devenir humaine doit renoncer à sa voix et souffrir atrocement des jambes tout en dansant avec une gracieuse perfection. Et son échec à séduire la prince la condamne à la mort.

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Les Duellistes (The Duellists)

Publié le par Rosalie210

Ridley Scott (1977)

Les Duellistes (The Duellists)

Ridley SCOTT aime bien au soir de sa vie et de sa carrière revenir sur les traces de ses premiers films (à l'exception de "Gladiator" (1999), les plus marquants). Après "Alien Covenant" (2017), le voici en train de réaliser "The Last Duel" (sortie prévue en janvier 2021 en France) dont le trait d'union avec son premier film "Les Duellistes" ne se réduit pas au titre mais également dans le choix de tourner dans les mêmes paysages du sud-ouest de la France (plus précisément en Dordogne, près de Sarlat, j'ai d'ailleurs une amie qui a eu la chance d'y faire de la figuration lorsque l'équipe s'est posée le mois dernier à Monpazier classé parmi les plus beaux villages de France ^^). Un retour aux sources qui rappelle combien Ridley SCOTT est non seulement un grand directeur d'acteurs, mais également un grand metteur en scène qui accorde beaucoup d'importance au décor et à l'atmosphère qu'il dégage (j'ai eu moi-même la chance de me promener dans l'un de ceux qu'il a choisi pour "Blade Runner" (1982) lorsque je suis allée à Osaka).

Le scénario des "Duellistes", tiré d'une nouvelle de Joseph Conrad est volontairement énigmatique ce qui permet de multiples interprétations. On y voit sur une quinzaine d'années deux officiers napoléoniens prisonniers d'un étrange code d'honneur se confronter l'un à l'autre en marge de leur activité principale qui est de servir l'Empereur jusqu'au bout de sa folie guerrière. Néanmoins les deux hommes ne peuvent être confondus et ont même des caractères diamétralement opposés au point de finir pour l'un tout en blanc et pour l'autre tout en noir. Armand d'Hubert (Keith CARRADINE) est un homme placide, réfléchi, amoureux de la vie qui considère son métier comme un service. Cependant il se laisse entraîner dans une spirale mortifère dont il ne sort pas indemne comme le montre l'extraordinaire séquence des soldats gelés durant la campagne de Russie où il semble laisser une part de lui-même. Son antagoniste, Gabriel Féraud (Harvey KEITEL) est en revanche une tête brûlée belliqueuse et fanatiquement dévouée à Napoléon au point de se confondre avec lui. Animé par des pulsions de mort, il ne semble vivre que pour la guerre et la vengeance. C'est lui qui enclenche l'engrenage fatal du duel avec Armand d'Hubert pour un motif futile et ne cesse de le poursuivre par la suite avec acharnement. C'est pourquoi la fin est aussi magistrale. Tuer Féraud aurait été trop facile et au final, cela lui aurait rendu service. Le laisser vivre en le privant de son obsession existentielle est autrement plus cruel pour lui. Le voilà obligé (horreur!) de méditer du haut d'un panorama à couper le souffle sur une boucle de la Dordogne comme son idole, Napoléon exilé à Sainte-Hélène pendant que son rival enfin libéré retrouve sa femme enceinte.

Le film se singularise également par sa splendeur visuelle. Ridley SCOTT est de ce point de vue aussi formaliste que Stanley KUBRICK et "Les Duellistes" ressemble beaucoup plastiquement à "Barry Lyndon" (1975) avec de multiples références picturales: natures mortes qui évoquent l'usure progressive des protagonistes ainsi que les tableaux romantiques de ruines noyées dans la nature, utilisation éblouissante de la lumière et des paysages du sud-ouest. Bref c'est un régal pour les yeux et comme son illustre modèle, "Les Duellistes" est un film historique extrêmement vivant et vibrant sur lequel le temps n'a pas de prise.

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Mary Reilly

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (1996)

Mary Reilly

Dans les années 90, il était à la mode de revisiter les grands mythes fantastiques sous un angle romantique. C'est ainsi qu'après le "Dracula" (1992) de Francis Ford COPPOLA, Stephen FREARS a proposé une nouvelle version de "L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde" de Robert Louis Stevenson. En fait comme pour son chef d'oeuvre "Les Liaisons dangereuses" (1988), il a fait un pas de côté en adaptant non pas directement l'œuvre originale mais une variation écrite par Valérie Martin et qui a pour particularité d'adopter le point de vue de sa servante, Mary Reilly. Il a d'ailleurs repris une bonne partie de l'équipe des "Liaisons dangereuses" de Christopher HAMPTON pour le scénario à John MALKOVICH pour le rôle du docteur.

L'idée du film que certains trouvent trop retenu, trop en demi-teinte est justement de laisser entrevoir ou de passer par la métaphore en accord avec une époque et un lieu nimbé de brumes masquant des gouffres insondables. Ainsi Mary Reilly apparaît comme l'âme sœur du docteur Jekyll, la seule capable de le comprendre et de percer ses secrets, quitte à aller fouiller au fond des siens. Le décor sert admirablement le propos du film, Mary étant obligé à chaque fois qu'elle se rapproche de l'âme du docteur de passer par le labyrinthe complexe de son laboratoire, séparé du reste de la maison par une cour intérieure et qui symbolise la personnalité scindée de Jekyll/Hyde. Mary elle-même a selon ses propres dires une ombre en elle, celle que lui a laissé son père sadique et incestueux et qu'elle porte comme une croix (d'où son dos toujours un peu voûté et ses cicatrices). Derrière son apparence conforme aux attentes vis à vis des femmes de ce temps et de ce milieu (soumission, effacement, discrétion etc.) se cache une âme tourmentée, attirée comme un aimant par Hyde qu'elle désire autant que Jekyll se consume pour elle. Les pulsions sexuelles non satisfaites étant dévastatrices, pas étonnant qu'elles se transmuent en pulsions mortifères, Mary côtoyant sans arrêt l'abîme du sexe et de la mort et entrevoyant des scènes de carnage derrière les portes quand ce n'est pas une anguille évocatrice qui se tortille entre ses mains. Si le jeu de Julia ROBERTS est un peu terne, celui de John MALKOVICH est étonnant de sobriété même dans le rôle de Hyde qu'il rend au final très proche de son modèle initial.

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Au Nom du Père (In the Name of the Father)

Publié le par Rosalie210

Jim Sheridan (1993)

Au Nom du Père (In the Name of the Father)

"Au nom du père" que je n'avais pas revu depuis très longtemps fait partie de ces films qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus jusqu'à la dernière seconde. Le titre a une double signification, politique et religieuse d'une part (des innocents crucifiés sur l'autel de la raison d'Etat), intime de l'autre (la relation très forte d'un père et d'un fils victimes de la même erreur judiciaire).

Le film raconte l'histoire vraie de Gerry Conlon qui parce qu'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment et qu'il avait un profil de coupable idéal (irlandais et délinquant) se retrouve condamné avec une partie de sa famille à une lourde peine de prison pour un attentat qu'il n'a pas commis. Bien que se situant dans le contexte du conflit en Irlande du nord dans les années 70, le film est très actuel en ce qu'il expose les fragilités de toutes les démocraties confrontées au terrorisme. Face à la pression populaire qui exige des coupables et une politique sécuritaire, l'Etat réagit en prenant des mesures d'exception qui bafouent les libertés individuelles et facilitent les erreurs judiciaires (il est rappelé dans le film que les gardes à vue avaient été prolongées à sept jours sans la présence d'un avocat ce qui donnait aux policiers toute latitude pour abuser de leur pouvoir. C'est de cette manière qu'ils parviennent à extorquer de prétendus aveux à Gerry). Quant à la suite de l'affaire, c'est à dire la dissimulation de preuves pouvant innocenter Gerry et les siens et le refus de rouvrir le dossier en dépit de l'arrestation et des aveux du vrai coupable, elle relève d'un scandale d'Etat digne de l'Affaire Dreyfus. Pour des raisons d'efficacité narrative, la machine judiciaire est incarnée par un seul homme, Dixon (Corin REDGRAVE) mais Jim SHERIDAN rappelle à plusieurs reprises que s'il est mouillé jusqu'au cou dans cette sale affaire, il bénéficie de l'appui de tout l'appareil d'Etat. Par ailleurs, l'adversaire de l'Etat britannique, l'IRA n'est pas davantage épargné par le réalisateur, sa violence terroriste (y compris envers les siens lorsqu'ils compromettent ses actions) et ses méthodes mafieuses étant également soulignées. Ce qui est remarquable, c'est que cet affrontement à grande échelle se double de celui qui se joue entre un père et son fils qui en dépit de leur communauté de destin, de leur nature fondamentalement semblable et d'un amour filial très fort sont séparés par un abîme d'incompréhension. Gerry apparaît longtemps comme un adolescent rebelle et immature qui juge son père faible et sermonneur. Pourtant c'est la peur que l'on s'en prenne à lui qui le fait craquer et sa nature profondément non-violente le fera finalement revenir vers lui pour l'aider dans son combat judiciaire pour faire reconnaître leur innocence avec l'aide d'une avocate intègre pugnace, Gareth Peirce (Emma THOMPSON). Daniel DAY-LEWIS et Pete POSTLETHWAITE sont tous deux remarquables.

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Inception

Publié le par Rosalie210

Christopher Nolan (2010)

Inception

"Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. Ni le bien, qu'on m'a fait, ni le mal, tout ça m'est bien égal"*. Si les personnages d'"Inception" étaient semblables à la chanson qu'ils utilisent pour leur indiquer qu'il est bientôt  l'heure de se réveiller parmi les différentes strates de rêves dans lesquels ils sont plongés, il n'y aurait pas "d'Inception". Il n'y aurait pas de coffre à secrets, de phrase malentendue ou mal interprétée, d'acte manqué ou funeste revenant hanter son protagoniste. Il n'y aurait pas de question non résolue telle que "suis-je responsable de la mort de ma femme?", "Pourquoi n'ai-je pas pris le temps de regarder le visage de mes enfants avant de partir?" ou "suis-je un raté aux yeux de mon père?". Ainsi "Inception" derrière ses allures de labyrinthe du casse de l'esprit est aussi une gigantesque thérapie visant à offrir à des personnages tourmentés le repos de l'âme. Peu importe au fond de distinguer le vrai du faux comme le montre la réponse que Cobb implante dans l'esprit de Fisher (qui est d'ailleurs peut-être la vérité, qui sait! Ce qui compte au fond, c'est qu'elle le libère) et la fin volontairement ouverte où l'on se demande si Cobb (Leonardo DiCAPRIO) est véritablement revenu dans la réalité ou s'il ne rêve pas encore. Comme dans "Interstellar" (2014), des personnages qui se sont arrachés de la pesanteur terrestre et des êtres qu'ils y aimaient se perdent dans une autre dimension et ont toutes les peines du monde à revenir au point de ne pas y parvenir comme le montre le personnage de Mal (Marion COTILLARD).

En plus de ces questionnements philosophiques et psychologiques, "Inception" est un grand film de structures virtuoses qui met un peu de temps à démarrer car il lui faut le temps d'exposer son dispositif complexe. Mais quand il se déploie dans toute sa splendeur il en met plein la vue avec ses différents rêves emboîtés aux temporalités différentes mais qui interagissent les uns avec les autres. Ainsi en est-il de la chute du van au ralenti qui provoque les scènes d'apesanteur surréalistes de l'hôtel et les scènes de réveil successif, strate après strate. Les références utilisées par Christopher NOLAN sont nombreuses. Il s'est beaucoup inspiré pour le scénario et certaines scènes de "Paprika" (2006) de Satoshi KON et d'ailleurs le début du film est un clin d'œil au Japon avec notamment un décor dérivé de celui du château Nijo à Kyoto. Mais sur le plan formel, le réalisateur auquel on pense le plus en dehors du "Blade Runner" (1982) de Ridley SCOTT (film également sous influence japonaise et très "architecturé") c'est Stanley KUBRICK, un architecte de l'image explorant l'espace dans "2001, l'odyssée de l'espace" (1968) et flirtant avec le cauchemar paranormal dans "Shining" (1980) (le choix du couloir d'un hôtel comme décor majeur pour le film n'est pas dû au hasard). Evidemment la saga "Matrix" (1998) ne peut pas être occultée à cause notamment de la similitude des va et vient permanents entre monde réel où les personnages sont réveillés et mondes virtuels où pendant qu'ils dorment, on retrouve leur image dans une autre dimension entre rêve et jeu vidéo. "Inception" comme "Matrix" sont des films-métaphores de l'art cinématographique lui-même puisque pendant que notre corps repose dans un fauteuil, notre esprit s'affranchit des contingences du réel pour aller à l'autre bout du monde, sous l'eau ou dans l'espace, dix siècles plus tôt ou mille ans plus tard (sans parler du fait qu'il peut aussi reconfigurer la personnalité physiquement et psychiquement par l'identification aux héros de l'histoire). Des œuvres littéraires ont également influé sur le film, notamment celle de Borges (elle imprègne toute l'œuvre de Christopher NOLAN) et "Alice au pays des merveilles".

*Evidemment, que ce soit intentionnel ou pas, on ne peut s'empêcher de penser aussi à "La Môme" (2007) qui a ouvert les portes d'Hollywood à Marion COTILLARD, protagoniste importante du film de Christopher NOLAN.

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Pink Floyd: The Wall

Publié le par Rosalie210

Alan Parker (1982)

Pink Floyd: The Wall

Qui ne connaît l'hymne protestataire d'Another brick in the wall commençant par "we don't need no education, we don't need no thought control" et le clip en partie animé où l'on voit des élèves d'une école anglaise portant d'horribles masques tomber dans une machine à fabriquer de la chair à saucisse, le boucher n'étant autre que leur professeur? Ce n'est que l'un des moments phares du long-métrage musical de Alan PARKER, sorte de cauchemar sous acide mélangeant prises de vue réelles et animation et non-linéaire dans sa narration (mais cohérent tout de même) où une star du rock (prénommée Pink ^^ et jouée par Bob GELDOF mais inspirée en partie de la vie de Roger WATERS) traverse paradoxalement depuis la chambre d'hôtel où il s'est bunkérisé 40 ans d'histoire individuelle et collective. Tout y passe: première et seconde guerre mondiale, concerts rock transformés en grand-messe nazie avec Pink en SS puis pogroms dans les quartiers de Londres, guerre du Vietnam et ses manifestations étudiantes violemment réprimées par la police et métaphoriquement, guerre froide et son rideau de fer détruisant tout sur son passage (dans la séquence animée, les fleurs deviennent des barbelés, l'enfant devient un SS qui fracasse le crâne de son père et le patrimoine historique est détruit lorsqu'il se trouve dans la zone du mur ce qui s'avère être tristement prophétique, la chapelle de la réconciliation à Berlin ayant été détruite 3 ans après la sortie du film parce qu'elle gênait la visibilité au niveau de la frontière entre les deux murs). Une vision de l'histoire contemporaine sombre et torturée voire nihiliste qui correspond aux troubles mentaux de Pink, lequel oscille d'un état apathique à de brusques explosion de violence où il ravage tout sur son passage. Dans ses hallucinations, il redevient un bébé prostré en position fœtale voire une poupée de chiffons soumis à des adultes terrifiants: sa mère étouffante, son professeur tyrannique, sa femme infidèle (et les femmes en général) transformées en plantes carnivores, le juge qui l'écrase ou encore l'impresario qui coûte que coûte veut le faire monter sur scène. Ce trip aux frontières de la folie que l'on peut voir comme une peinture de la shizophrénie (d'un côté le dépressif solitaire vautré devant sa TV, de l'autre le meneur de foules) est aussi une parabole sur l'autisme. Pink subit des brimades depuis son enfance, est incompris, isolé et rejeté. Il finit par vivre coupé du monde, incapable de communiquer avec qui que ce soit et passe son temps immergé dans un bocal à poissons (ses créations puis quand cela tourne au carnage, la TV ou la piscine de son hôtel). Dans une scène ultra significative, on le voit trier et aligner avec soin les débris issu du saccage de sa chambre d'hôtel comme si il avait besoin de recomposer un monde qui lui appartienne après avoir détruit celui des autres. Les séquences nazies où les violences s'abattent sur les minorités peuvent être interprétées comme une auto-flagellation puisque Pink est différent (le premier groupe a avoir été exterminé par les nazis étaient d'ailleurs les handicapés) de même que la condamnation finale consistant à abattre le mur et à l'exposer aux yeux de tous.

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