Anna Karénine (Anna Karenina)
Clarence Brown (1935)
"Anna Karénine" est moins une adaptation du roman éponyme de Tolstoï qu'une illustration du savoir-faire hollywoodien des années 30 dans toute sa splendeur. Jamais le mot "star" n'aura autant brillé que lors de la première apparition de "La Divine" dans un nuage de vapeur (je pense que c'est une pure coïncidence mais cette scène me fait penser à la première apparition de Marilyn MONROE dans "Certains l'aiment chaud" (1959) également sur un quai de gare, également dans un puissant jet de vapeur mais dont le cadrage n'est plus de l'ordre de la sublimation romantique mais plutôt de l'assouvissement des instincts ^^.) Greta GARBO qui avait déjà interprété le personnage au temps du muet (avec son amant de l'époque John GILBERT) trouve le parfait écrin qui sied à son magnétisme. L'histoire est épurée, laissant dans l'ombre le contexte historique et les intrigues secondaires pour se concentrer sur le trio principal: Anna, son mari psycho rigide obsédé par son travail et sa réputation (impeccablement joué par Basil RATHBONE) et son amant Vronsky (joué par le fade Fredric MARCH). La mise en scène de Clarence BROWN (qui a remplacé George CUKOR qui était pressenti pour réaliser le film) met bien en lumière le dilemme d'Anna, déchirée entre l'espoir chimérique d'effacer les erreurs du passé en cédant à la flamme qu'elle éprouve pour le frivole Vronsky et celui, bien réel que lui porte son fils. En faisant le mauvais choix, elle perd tout dans une société qui ne pardonne aucun écart. En témoigne la scène où son mari, en position de juge suprême coupe définitivement le lien qui la reliait à Serguei, la précipitant vers l'abîme (suggéré par une descente d'escalier chancelante et un travelling arrière). Mais la fatalité suit comme une ombre Anna dès sa première rencontre avec Vronsky, marquée par le coup de foudre mais aussi de son propre aveu un "funeste présage": la mort d'un cheminot écrasé par le train. Lorsque Anna le reprend et que Vronsky la rejoint, un courant d'air glacé les enveloppe, annonçant également la tragédie à venir. Si la photographie éclaire magnifiquement le visage de Garbo, saisissant la moindre de ses expressions (mais elle joue avec tout son corps et les cadrages alternent entre gros plans et plans plus larges, mettant en valeur l'ensemble de son jeu), les scènes de groupe sont également très bien menées, alternant elles aussi entre des plans d'ensemble et des plans plus rapprochés permettant de saisir les enjeux émotionnels qui se nouent autour de Anna, Vronsky, Lévine ou Kitty (le deuxième couple de l'histoire de Tolstoï, volontairement laissé en arrière-plan dans cette adaptation).
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