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Articles avec #brooks (richard) tag

A la recherche de mister Goodbar (Looking for Mr. Goodbar)

Publié le par Rosalie210

Richard Brooks (1977)

A la recherche de mister Goodbar (Looking for Mr. Goodbar)

Un film majeur dans la carrière de Diane KEATON, sorti la même année que "Annie Hall" (1977) avec succès mais invisible depuis des décennies pour une question de droits musicaux non négociés sur des supports domestiques qui en 1977 n'existaient pas encore. Maintenant que cette question est enfin réglée, on peut donc redécouvrir cette oeuvre typique du nouvel Hollywood, quelque part entre le "Panique a Needle Park" (1971) de Jerry SCHATZBERG, "Une femme sous influence" (1974) de John CASSAVETES et "Easy Rider" (1969) de Dennis HOPPER.

Theresa Dunn est une jeune femme en conflit avec sa famille catholique, tout particulièrement son père dont elle rejette les préceptes ultra-conservateurs. Dans un premier temps, elle suit la voie de sa grande soeur, Katherine (Tuesday WELD) qui se jette à corps perdu dans une soi-disant libération sexuelle qui au final la ramène au point de départ. Theresa quant à elle connaît une longue descente aux enfers sans retour possible. Marquée par une opération lourde liée à une scoliose d'origine génétique quand elle était petite, Theresa a son héritage en horreur. La saleté de sa cuisine, son refus de procréer, son errance nocturne dans les bars et dans les bras d'hommes sinistres soulignent sa révolte et une forme de nihilisme autodestructeur qui finit par tout dévorer sur son passage.

Peu à peu la Theresa Dunn altruiste qui enseigne le jour aux enfants sourds-muets de milieu déshérité (une filiation directe avec un autre film majeur de Richard BROOKS, "Graine de violence") (1955) disparaît derrière la Theresa Dunn qui s'abîme dans le monde de la nuit: alcool, drogues, hommes toxiques s'accumulent. Concernant ce dernier aspect, le film déploie une impressionnante galerie de salauds. Parmi eux, James (William ATHERTON) le travailleur social idolâtré par la famille de Theresa qui s'avère n'être qu'un affabulateur ou encore son premier amant, un prof marié (Alan FEINSTEIN) qui abuse de son autorité pour la séduire avant de la jeter dès qu'elle menace son confort bourgeois. Ces tartuffe propres sur eux, pur produit du puritanisme engendrent des monstres de refoulement qui hantent la dérive nocturne de Theresa. Parmi eux Tony (Richard GERE) le vétéran de la guerre du Vietnam drogué, instable et violent et Gary (Tom BERENGER) l'homo refoulé à la rage dévastatrice représentent une Amérique malade de ses tabous. Avec eux, Theresa plonge dans le cauchemar du "Cri" de Munch et la fin épileptique quelque part entre "Psychose" (1960) et "Frenzy" (1972) ne laisse pas indemne. Bande-son disco immersive d'anthologie (celle-là même qui a provoqué le blocage du film durant des décennies) et atmosphère urbaine mélancolique nocturne à la "Taxi Driver" (1976).

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Graine de violence (Blackboard jungle)

Publié le par Rosalie210

Richard Brooks (1955)

Graine de violence (Blackboard jungle)

Démodé "Blackboard jungle" comme j'ai pu le lire ici et là? C'est le meilleur film que j'ai vu, le plus juste et le plus intelligent sur le monde de l'enseignement. Avant-gardiste à son époque, engagé, et ce dès le générique avec la diffusion de "Rock around the clock" de Bill Haley (genre alors à ses débuts et dont ce fut le premier "hit"), il est devenu d'une brûlante actualité au fur et à mesure que les problèmes évoqués dans le film à propos de l'éducation de la jeunesse défavorisée et multiethnique des "quartiers" new-yorkais ont gagné d'autres pays, le notre faisant partie des plus concernés aujourd'hui. Le déni du droit à l'éducation pour tous, le racisme sous toutes ses formes (tant de la société majoritaire vis à vis des jeunes issues des minorités que des jeunes entre eux), la violence endémique et les problème de délinquance ("juvénile" disait-on en 1955 car il y avait encore besoin de le préciser), le mépris vis à vis de l'enseignement professionnel mais aussi vis à vis des profs sous-payés (là non plus, rien de nouveau sous le soleil) les innovations pédagogiques qui depuis ont fait leur preuves (comme les enregistrements oraux pour les cours de langue, la projection de films ou les activités parascolaires) permettant de toucher un public rétif à l'enseignement traditionnel (dans le jargon de l'éducation nationale, ça s'appelle des "apprenants récalcitrants" ^^), les attitudes variées des professeurs vis à vis de leur classe (de garçons, l'école étant alors non-mixte) allant du despote se croyant à l'armée au laxiste dépassé ou cherchant à manipuler les élèves en jouant sur leurs sentiments, les qualificatifs pour la désigner ("fosse aux lions", "cage aux fauves", "jungle" et "dressage" faisant écho à celui de "sauvageons" pour désigner les jeunes issus des cités en France) tout, absolument tout tape dans le mille. A tout cela s'ajoute la qualité de l'interprétation avec un Glenn Ford habité par son rôle de professeur débutant mais pugnace qui cherche des solutions et refuse d'abandonner et un Sidney Poitier charismatique en potentiel "grand frère" alors au seuil d'une brillante carrière à une époque où être afro-américain était encore synonyme de ségrégation dans certains Etats (et dans le milieu du cinéma). De ce point de vue, la fin du film dans lequel le professeur Dadier et lui font un pacte en s'encourageant mutuellement à continuer à tracer chacun leur route pionnière résonne comme une mise en abyme puisque Sidney Poitier fut le premier afro-américain à remporter l'Oscar du meilleur acteur.

Et pour finir, je citerai cet extrait dans lequel le professeur Dadier parle de sa conception du métier en forme de réponse à un film qui lui est bien postérieur "La Vie d'Adèle" de Abdellatif Kechiche (film dans lequel, je le rappelle, l'héroïne d'origine prolétaire devient enseignante ce qui est regardé de manière condescendante par le milieu de bobos artistes qu'elle fréquente: elle ne fait "que" transmettre, elle ne "créé" pas, selon eux.)

" Je veux enseigner parce que je veux créer quelque chose. Je ne suis pas un artiste, un écrivain, un ingénieur mais je veux aider à former de jeunes esprits pour sculpter des vies. Enseigner pour moi c'est créer".

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