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Big Eyes

Publié le par Rosalie210

Tim Burton (2014)

Big Eyes

"Big Eyes" résonne comme "Big Fish".  C'est la première filiation burtonienne à laquelle on pense, puisque les deux films ont en commun d'avoir un héros mythomane et affabulateur. Mais la comparaison s'arrête là. Car "Big Eyes" est aussi une formidable analyse des inégalités entre les hommes et les femmes dans le monde de l'art qui reflète celle qui existe dans la société.  On y voit des galeristes masculins, des critiques d'art masculins, des marchands d'art masculins, un public dominé et orienté par des goûts élitistes masculins dans lequel ce qui est féminin est taxé de niais, de kitsch, de sentimental, de commercial etc. Mais ce qui est particulièrement troublant dans "Big Eyes" qui est tiré de faits réels, c'est que cet art féminin méprisé, une fois usurpé par un escroc séducteur, beau parleur et expert en marketing puisse à la manière de Warhol ou de Magritte se retrouver décliné à l'infini sur les objets manufacturés des supermarchés tout en ornant les livres d'art, les cimaises des musées et même l'un des murs du pavillon de l'UNICEF lors de l'exposition universelle. L'effet miroir de la mise en abyme est garanti. Ainsi la manière dont "Les Inrocks" parlent du film est très révélatrice. Qualifiant les posters vendus par Walter Kane (Christoph Waltz) de "hideux", ils en arrivent à défendre ce dernier, qualifié de "raté magnifique" et suggèrent même que sans lui, Margaret (Amy Adams) n'aurait jamais vendu ses dessins. Walter Kayne lui-même convainc sa femme d'accepter d'être dépossédée de ses oeuvres car "personne n'achète des tableaux peints par des femmes"*. Sauf que l'argent de ces ventes est allé exclusivement au mari qui l'a dilapidé et que Margaret n'en a jamais vu la couleur ni avant, ni après son divorce. Le film qui se déroule pour l'essentiel dans les années cinquante et soixante la montre comme une victime d'un "american way of life" fondé sur le patriarcat qui l'emprisonne (elle doit s'échapper de chez ses maris successifs comme une voleuse sans rien emporter ou presque, subir leurs pressions et menaces, le prêtre qu'elle consulte lui dit de se soumettre, elle a du mal à trouver du travail etc.) et contrôle toute sa vie. Nul échappatoire puisqu'elle passe d'une aliénation à une autre. Seul le changement d'époque lui apporte enfin une porte de sortie. Quant au supposé mauvais goût de ses toiles** et leur aspect répétitif, celle-ci a des mots très justes pour expliquer l'étroitesse de ses sources d'inspiration: " Je n’ai jamais agi avec la liberté. J’étais une fille, puis une femme et ensuite une mère. Toutes mes peintures viennent de Jane*** parce qu’elle est la seule chose que je connais.” Une citation à rapprocher du passage dans lequel Jane Eyre (et à travers elle Charlotte Brontë) se plaint des vies restreintes des femmes qui se répercutent forcément sur leurs créations. Créations que Tim Burton ne juge pas. Il montre que les enfants aux yeux hantés de Margaret sont la projection d'une partie de son âme. Seule cette sincérité compte, c'est ensuite au spectateur de se faire sa propre idée. C'est ce qui rapproche d'ailleurs "Big Eyes" d'un autre de ses films, "Ed Wood" où il rendait hommage au "plus mauvais réalisateur de tous les temps" en montrant que tout acte créateur est fondamentalement positif et mérite le respect alors que ceux qui en profitent sont des ensembles aussi vides que la toile que Walter rend à la fin de son procès.

* Dans tous les domaines de l'art, les femmes ont souvent dû soit s'abriter derrière un nom d'homme ou un pseudonyme non genré, soit attribuer ou laisser attribuer la paternité de leurs oeuvres à des hommes.

** Les réalisateurs d'anime japonais ont subi dans les années 80 le même type de jugements de valeur, particulièrement lorsqu'il s'agissait d'adaptations de mangas pour filles: yeux énormes, style kitsch etc.

*** Sa fille.

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I'm Not There

Publié le par Rosalie210

Todd Haynes (2007)

I'm Not There

"I'm Not There" est un bel objet arty ultra sophistiqué pensé par et pour les happy few qui se gargariseront avec les multiples références parsemées tout au long du film. Les autres soit l'immense majorité risqueront de rester à quai pour reprendre l'une des métaphores du film qui voit deux des avatars de Bob Dylan sauter à bord d'un wagon de marchandises. Par peur sans doute de tomber dans la soupe des innombrables biopics académiques reconstituant la vie et l'œuvre d'un artiste, Todd Haynes a choisi une démarche inverse radicale, celle d'éclater le récit en plusieurs fragments façon puzzle, chacun étant interprété par un interprète différent dans un style différent. Pour corser le tout et perdre un peu plus le néophyte, les séquences s'enchaînent sans lien entre elles comme on saute du coq à l'âne et aucun personnage ne se nomme Bob Dylan, son nom ne sera d'ailleurs jamais prononcé durant le film. Le problème est que le titre qui fait référence au caractère insaisissable de l'artiste aux multiples vies et identités EST une réalité. Il n'est tout simplement pas là, faute d'incarnation. Ce que l'on voit, ce sont des images au sens de représentations totémiques qui ne sont jamais ramenées à une simple dimension humaine. Poésie et intellectualisme ne font pas bon ménage. La première suscite l'émotion, le second tient à distance. Un peu plus de modestie aurait été de rigueur d'autant que Bob Dylan n'est pas le seul artiste génial sur terre. Quant à ses engagements, ils sont réduits à quelques images-signes en toile de fond qui contrastent cruellement avec l'univers showbiz-paillettes qui est lui surdéveloppé, de même que ses histoires de cœur tout aussi "poseuses" dont on a que faire: le segment avec Charlotte Gainsbourg mélangé à des images de guerre du Vietnam est particulièrement ridicule et c'est bien dommage car le talent de Heath Ledger tourne à vide. Celui avec Cate Blanchett qui offre la prestation la plus mimétique est cependant un monument de vanité narcissique et singe de façon fatigante le "Huit et demi" (1963) de Federico Fellini. Les autres segments sont parfaitement inutiles, notamment celui avec Ben Whishaw dont les propos abscons ne sont là que pour surligner lourdement le symbole rimbaldien du "je est un autre". Reste le plaisir d'entendre les chansons et les textes de Bob Dylan mais cela peut se faire aisément dans un autre cadre que celui-ci d'autant que en dehors du réseau des initiés, il est plus du genre à provoquer ennui voire rejet du bonhomme, assimilé à un personnage détestable infatué de lui-même.

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Au nom de la terre

Publié le par Rosalie210

Edouard Bergeon (2019)

Au nom de la terre

L'un des plus gros succès français de l'année 2019 n'est pas une comédie mais une tragédie qui met crûment en lumière une réalité dont la majeure partie de la population a peu conscience: l'épidémie de suicides chez les agriculteurs qui est l'un des multiples signes du mal profond qui ronge nos sociétés. Si on nous répète souvent qu'une femme meurt tous les 2 jours 1/2 sous les coups de son conjoint, on ne dit pas qu'il en va de même chez les agriculteurs. A partir de l'histoire de son propre père et grâce au soutien de Guillaume Canet qui l'interprète très justement dans le film (il a lui-même des racines terrienne, son père élevait des chevaux), Edouard Bergeon brise le tabou et raconte de façon limpide une tragédie vécue à huis-clos. Celle d'un homme broyé entre le marteau et l'enclume. Le marteau c'est l'héritage familial, incarné par un père (Rufus) dont le savoir-faire artisanal désormais obsolète s'est mué en mépris accablant pour son fils. Une fracture générationnelle entre le paysan et l'exploitant agricole entrepreneur qui reflète les mutations du secteur depuis les 30 Glorieuses en France. Fils qui par ailleurs s'est senti obligé de reprendre la ferme familiale alors que son rêve était d'élever des chevaux dans le Wyoming. L'enclume ce sont les exigences du système productiviste qui obligent les agriculteurs à s'endetter jusqu'au cou pour produire à la chaîne avec une multitude d'intrants* et à grande échelle une matière première de faible qualité et à bas prix, système qui les exploitent jusqu'à ce qu'ils y laissent la peau. Il n'y a pas que la nature qui est malade de ce système, ceux qui sont chargés de nourrir les hommes s'empoisonnent avec leurs propres produits phytosanitaires. C'est toute la chaîne du vivant qui est atteinte. Heureusement, la porte de sortie, c'est le fils (soit le réalisateur lui-même) à qui le père enjoint de ne pas reproduire le même modèle et d'aller voir ailleurs.

* Depuis que l'exploitation agricole a été avalée par le système capitaliste elle n'est plus qu'un maillon de l'agro-industrie qui génère des milliers d'emplois et de bénéfices dans la construction d'engins agricoles, les biotechnologies, les engrais, la distribution, le marketing ou les industries agroalimentaire alors que l'exploitant qui produit la matière première à faible valeur ajoutée dépend des cours et des exigences de la PAC (politique agricole commune de l'UE) qui le subventionne en échange d'une productivité maximale.

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Rush

Publié le par Rosalie210

Ron Howard (2013)

Rush

Je déteste les concours de testostérone et la formule 1, en revanche j'adore Daniel Brühl ("Goodbye Lenin!", "Inglourious Basterds") et les histoires de nobles chevaliers/samouraï qui comme chez Akira Kurosawa ("La Forteresse cachée") sortent grandis de leur mano a mano viril. Car l'histoire de la rivalité entre ces deux champions de F1 aux tempéraments opposés qu'ont été James Hunt (Chris Hemsworth) et Niki Lauda (Daniel Brühl) dans les années 70 aurait tout à fait pu se passer au Moyen-Age et leurs bolides (McLaren contre Ferrari) auraient alors été remplacé par une épée ou un sabre. Niki Lauda aurait pu alors arborer fièrement ses blessures de guerre sans que des journalistes de caniveau ne tentent de le pipoliser. D'ailleurs James Hunt en corrige un en bonne et due forme afin de lui rappeler que sa lutte avec Niki Lauda se situe à un autre niveau. Autrement dit l'histoire de ces deux hommes est intemporelle et universelle, elle relève du conte. Avec les caméras embarquées, on est plongé au cœur de l'action durant les séquences de course hyper-dramatisées très spectaculaires mais relativement peu nombreuses alors que par ailleurs on se régale des rugueux échanges verbaux de ces deux hommes qui lorsqu'ils se frottent l'un contre l'autre produisent des étincelles tant ils sont opposés et complémentaires à la fois. James Hunt le britannique c'est la tête brûlée qui vit à 300 à l'heure, un play-boy hédoniste style rappeur bling-bling qui brûle la chandelle par les deux bouts et considère son sport comme un moteur à adrénaline alors que Niki l'autrichien est un technicien besogneux, ascétique, méthodique et scientifique. Si le manque de sérieux (apparent) de James Hunt est une entrave, c'est l'impopularité de Niki Lauda, être quasi-asocial qui s'avère être le plus lourd handicap dans la course au succès. Tous deux sont par ailleurs arrogants et tête à claques mais ils se donnent tellement à leur sport qu'on ne peut pas rester indifférent devant leur engagement jusqu'au-boutiste et le spectacle qui en résulte. Un véritable matériau de fiction pour film à suspense haletant et plein de rebondissements.

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Neverland (Finding Neverland)

Publié le par Rosalie210

Marc Forster (2004)

Neverland (Finding Neverland)

Les écrivains à succès sont une manne inépuisable pour le cinéma qui non content d'avoir adapté leurs œuvres les plus connues depuis les origines tente depuis une trentaine d'années d'expliquer leur genèse au travers d'éléments biographiques plus ou moins romancés. Le résultat est le plus souvent assez lisse et académique et ce "Neverland" s'il constitue un spectacle familial de bonne facture ne s'élève guère au-delà. Il avait cependant le potentiel pour aller (beaucoup) plus loin mais s'il était entré de plain-pied dans la personnalité tourmentée de James Barrie, il aurait sans doute perdu les enfants en route. Au moins on a pas droit à la sempiternelle histoire d'amour à l'origine de l'inspiration du chef d'œuvre du siècle. Avec les problèmes de virilité de James Barrie qui le maintenaient dans une zone grise d'homme-enfant pré-pubère, cela ne pouvait pas fonctionner. Donc ce n'est pas une histoire d'amour qui est à l'origine de "Peter Pan" mais une histoire de deuil. Ou plutôt un double deuil: celui du frère aîné de James et celui du père de Peter, l'un des fils Llewelyn Davies qui lui ont inspiré les personnages de sa célèbre pièce puis du roman "Peter et Wendy" devenu ensuite "Peter Pan"*. James a trouvé une solution en s'évadant dans un monde parallèle sur lequel il règne en maître comme son héros Peter Pan alors que Peter refuse de continuer à rêver et se comporte en adulte avant l'âge. Le principal intérêt du film réside dans les échanges des deux personnages qui de plus sont interprétés par Johnny Depp et Freedie Highmore qui rejoueront peu après la même histoire d'homme-enfant et d'enfant-homme dans "Charlie et la chocolaterie" de Tim Burton. Autre aspect intéressant, la double lecture possible du parcours de James Barrie dont les centres d'intérêt peu conventionnels et la capacité à réenchanter le monde poussiéreux du théâtre au début du XX° siècle est aussi vu par la bonne société comme un comportement déplacé voire dangereux. Même si le mot pédophilie n'est pas prononcé, il est suggéré et on pense forcément à la fascination de Michael Jackson pour le personnage de fiction créé par James Barrie dont rien ne rappelle dans le film à quel point il est démoniaque**. Et pour cause car le rappeler, ce serait revenir aux troubles sexuels de James Barrie que le film évite le plus possible d'évoquer.

* La mère des quatre fils Llewelyn Davies, Sylvia n'est autre que la tante de Daphné du Maurier. Elle meurt à son tour d'un cancer en 1910. Kate Winslet qui l'interprète apparaît trop bien portante quand on la compare aux photos d'époque de la véritable Sylvia.

** Peter Pan dépeint en réalité un univers mortifère (Neverland est construit sur une négation ce que ne retranscrit pas la traduction française) qui a pour maître un démon castrateur qui inverse l'ordre des générations (c'est lui qui offre la main du capitaine Crochet en pâture au crocodile qui symboliquement a "avalé le temps") et se constitue un gynécée idolâtre dont il excite les rivalités tout en restant inaccessible. Quant aux enfants, influençables, il lui servent de faire-valoir.

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Whitney

Publié le par Rosalie210

Kevin MacDonald (2018)

Whitney

Les fans de Whitney Houston seront soit comblés, soit déçus par le documentaire de Kevin MacDonald qui mêle images d'archive et entretiens de ses proches face caméra. Ce sont en effet moins ses performances vocales qui sont au cœur du film que les raisons de son succès qui paradoxalement sont également celles de sa déchéance physique, professionnelle, matérielle et morale. En effet, ce qui ressort beaucoup, ce sont les problèmes affectifs et identitaires de la jeune femme, modelée très tôt par sa famille (le clan puis avec les dollars l'empire Houston) pour sortir du ghetto et plaire à l'Amérique WASP (d'où son rejet par une partie de l'Amérique noire qui l'avait renommée "Whitey"). Une famille toxique en dépit de nombre de membres talentueux mais restés dans l'ombre comme Cissy la mère de Whitney qui fut choriste d'Aretha Franklin ou ses cousines Dionne et Dee Dee Warwick également chanteuses. Du choix de son prénom (en référence au personnage d'une série mettant en scène la middle class blanche) à ses études dans une école privée catholique puis à une carrière orientée vers des tubes grand public, tout a été fait pour blanchir Whitney. Avec le succès que l'on sait mais au prix d'un déracinement, d'une perte d'identité et de repères qui l'a plongé dans le chaos et fait d'elle la marionnette de tous les appétits et névroses de son clan. Entre son père (et d'autres) qui l'ont exploité financièrement, sa mère et ses cousines qui ont pu profiter de son succès par procuration sans parler de celle qui l'a en plus abusé sexuellement, son demi-frère avec lequel elle a plongé dans la drogue jusqu'au cou, son mari jaloux d'avoir moins de succès qu'elle et qu'elle avait épousé tout en restant proche de sa directrice artistique Robyn Crawford avec laquelle elle avait eu une relation qui remontait à son adolescence, tout cela constituait une charge que n'a pas non plus supporté la fille de Whitney, Bobbi Kristina morte trois ans après sa mère dans les mêmes circonstances (overdose et noyade dans la baignoire). Le film effectue un parallèle non dénué de fondement avec Michael Jackson, lui aussi un afro-américain blanchi dressé et exploité par sa famille qui avait de gros problèmes d'identité. Néanmoins le manque de personnalité de Whitney Houston et le fait que les chanteuses à voix ne soient pas ma tasse de thé constituent des limites à mon intérêt pour ce documentaire.

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Chaplin

Publié le par Rosalie210

Richard Attenborough (1992)

Chaplin

Librement inspiré de l'autobiographie de Charles CHAPLIN, le biopic de Richard ATTENBOROUGH, réalisateur habitué aux grands sujets est inégal. Du côté négatif, il y a un fil directeur assez lourd avec les interventions intempestives d'un personnage fictif, l'éditeur du livre autobiographique de Chaplin (joué par un Antony HOPKINS mal employé) qui lui demande régulièrement des précisions, rectifications sur ses souvenirs. Il y a aussi une vraie difficulté dans le dosage des différents éléments du scénario. Fallait-il accorder par exemple la même importance à toutes les femmes de la vie de Chaplin? A mon avis non car elles défilent comme des figures de cire et on n'en retient rien alors que Edna PURVIANCE (dont la relation intime avec Chaplin est passée sous silence) et Paulette GODDARD ont eu un rôle très important en tant qu'actrices dans ses films (la première au temps du muet et la second, au temps du parlant). Ce reproche peut d'ailleurs être étendu à la plupart des personnages secondaires car la reconstitution de l'industrie hollywoodienne du début du XX° siècle est soignée mais hélas, trop survolée. Si bien qu'on passe directement des débuts de Chaplin chez Mack SENNETT avec une allusion dépréciative à une certaine Mabel amputée de son nom de famille et présentée comme n'ayant pas les moyens de son ambition créatrice (alors qu'aujourd'hui Mabel NORMAND a été réhabilitée comme réalisatrice auprès de Chaplin mais une femme qui dirige un homme, ça fait tache peut-être ^^) à la fondation de son propre studio en 1917 en sautant toutes les étapes intermédiaires. Et les célébrités quand elles apparaissent font là encore de la figuration (le couple Douglas FAIRBANKS et Mary PICKFORD par exemple). Enfin de façon générale, la vie privée de Chaplin (les problèmes psychiatriques de sa mère jouée par… Geraldine CHAPLIN, ses conquêtes, ses démêlés avec Hoover) prend trop de place et est abordée de manière répétitive (fallait-il montrer Hoover toutes les demi-heure à la façon des pubs MAAF et de leur slogan "un jour je l'aurai"?)

Mais il y a du bon aussi dans "Chaplin". D'abord le rôle-titre, cela a été assez souligné est magnifiquement interprété par Robert DOWNEY Jr. qui réussit à nous faire croire qu'il est Chaplin aux différents âges de sa vie. Et ce n'est pas un mince exploit car il est aussi bon dans les acrobaties du slapstick de sa jeunesse que dans la dernière scène où en tant que vieillard mélancolique, il jette une dernière fois l'œil dans le rétro pour regarder les scènes emblématiques de ses films (une très belle idée ce bouquet final qui permet de revoir des extraits entrés dans la mémoire collective des films "Le Kid / Le Gosse" (1921), "La Ruée vers l'or" (1925), "Le Cirque" (1927) etc.) Ensuite, bien que trop courte, la reconstitution du tournage d'un de ses premiers courts-métrages muets est parfaitement jubilatoire (là aussi le talent de l'interprète principal joue à plein). Procédé étendu dans une autre scène qui reprend les codes des films comiques muets dans un épisode de la vie de Chaplin (celui où il a dû se planquer avec ses bobines pour éviter qu'elles ne soient saisies par les avocats de sa première femme). Rien que pour le pur bonheur que dégagent ces scènes, le film vaut d'être vu!

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Le Scaphandre et le Papillon

Publié le par Rosalie210

Julian Schnabel (2007)

Le Scaphandre et le Papillon

"Le Comte de Monte-Cristo" écrit en 1845 par Alexandre Dumas fait partie de mes livres préférés depuis l'adolescence. Moins pour son histoire de vengeance que pour la relation qui unit Valentine de Villefort à son grand-père, M. Noirtier, presque entièrement paralysé à la suite d'une attaque sans que son intelligence n'en soit affectée. Elle parvient à établir la communication avec lui grâce à ses clignements de paupière. A l'aide d'un dictionnaire qu'elle récite dans l'ordre alphabétique jusqu'à ce qu'il l'arrête, lettre par lettre, elle peut traduire sa pensée en formant des mots puis des phrases. Un dispositif qui demande beaucoup de temps, d'intuition et de patience mais qui permet à Noirtier de surmonter son impuissance corporelle pour intervenir de façon décisive dans l'intrigue. 

Il n'est guère surprenant que "Le Comte de Monte-Cristo'" soit un livre-totem pour Jean-Dominique Bauby (Mathieu Amalric) et Noirtier, son double fictionnel. Ex-rédacteur en chef du magazine "Elle", Bauby fut atteint à la suite d'un accident cardiovasculaire en 1995 du "syndrome de l'enfermement" décrit par Dumas au XIX° siècle, une pathologie neurologique rare diagnostiquée en 1947 qui laissent intactes les facultés intellectuelles et la conscience tout en paralysant entièrement le corps à l'exception des paupières et des yeux. Bauby se décrit ainsi comme un esprit libre (le papillon) dans un corps sarcophage (le scaphandre). Grâce à l'aide décisive de femmes dévouées (une orthophoniste jouée par Marie-Josée Croze et une assistante scripturale jouée par Anne Consigny), il parvient  à rédiger un livre autobiographique (dont le film est l'adaptation) en utilisant les mêmes outils communicationnels artisanaux que Noirtier (depuis l'informatique a permis aux victimes du locked-in syndrome d'écrire leurs textes de façon autonome en enregistrant leurs mouvements d'iris). 

Pour permettre au spectateur de s'immerger pleinement dans la perception du monde de Bauby après son accident, le réalisateur choisit de tourner en caméra subjective et de suivre fidèlement le livre, c'est à dire le fil de la pensée non linéaire de son auteur dont les seules libertés résident dans l'imagination et la mémoire. Si les personnages du film ne peuvent pas entendre la voix intérieure de Jean-Dominique, le spectateur lui, le peut et se régale en suivant les méandres d'une pensée en mouvement riche et alerte qui ne s'apitoie jamais sur son sort, nous fait sourire bien souvent avec des remarques pleine d'à-propos tant sur lui-même que sur les autres et s'évade régulièrement dans des souvenirs ou des rêveries qui témoignent de son appétit de vivre (comme une scène orgiaque de dégustation de fruits de mer entrecoupée de baisers avec son assistante, plaisirs sensoriels qui lui sont désormais inaccessibles).

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Rocketman

Publié le par Rosalie210

Dexter Fletcher (2019)

Rocketman

J'ai été globalement déçue par le film que j'ai trouvé à la fois convenu, poussif et sans relief. L'idée de renouveler le genre très codifié du biopic à l'aide de la comédie musicale était bonne mais je n'ai pas trouvé le résultat magique alors que j'adore la plupart des chansons d'Elton John. Il manque un grain de folie dans les chorégraphies qui les auraient rendues plus percutantes et un point de vue moins lourdement psychologisant sur l'artiste. Non que ses traumatismes d'enfance ne soient pas importants mais cela ne suffit pas à expliquer son génie. Car on nous présente surtout Elton comme un être névrosé et dépressif pour expliquer son besoin d'évasion dans un univers extravagant et coloré (en plus du fait que le déguisement et le théâtre sont de bons remèdes à la timidité). L'indifférence de ses parents qui ne l'ont pas désiré est montrée comme étant à l'origine de sa soif d'exister ainsi que de ses multiples addictions (qui ont pour fonction de combler le vide affectif). Ok mais sa flamboyance ne peut s'expliquer seulement en réaction à un environnement mortifère. Par exemple ses relations amicales et amoureuses sont survolées alors qu'elles sont essentielles dans sa créativité. Idem sur ses sources d'inspiration. Car son travail de composition n'est jamais véritablement abordé, c'est plutôt la bête de scène et les affres du show business qui sont mis en avant. Ce qui manque aussi beaucoup à mon sens, c'est une véritable contextualisation historique. En effet être homosexuel en Angleterre dans les années 70-80 n'était pas aussi évident qu'aujourd'hui et la difficulté de s'affirmer différent ne peut se résumer aux quelques propos péremptoires de la mère ou au comportement masculiniste du père. L'iconoclasme d'Elton John bouscule l'ensemble de la société. Enfin seule la première partie de sa carrière est couverte par le film, c'est frustrant. Dans le genre, j'ai préféré "Bohemian Rhapsody" (2017) qui est inégal mais fait mieux ressentir l'énergie et le talent de chaque membre du groupe.

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Mary Shelley

Publié le par Rosalie210

Haifaa Al-Mansour (2018)

Mary Shelley

Parfois il vaut mieux ne pas écouter les critiques et suivre son intuition. La réalisatrice du superbe "Wadjda" (2013) ne pouvait pas, même dans le cadre formaté des studios hollywoodiens, avoir totalement perdu son talent. Et de fait, ce "Mary Shelley" tout en respectant les conventions du biopic moderne (histoire d'amour, œuvre expliquée par la vie etc.) est d'une âpreté inhabituelle pour un film de ce genre. Pour parvenir à écrire "Frankenstein", Mary Shelley (Elle FANNING) va devoir s'écarter du droit chemin et traverser "la vallée des ombres". En effet, Charlotte Brontë dans "Jane Eyre" explique très bien en quoi les horizons limités dans lesquels évoluaient les femmes de l'époque victorienne entravaient leurs capacités créatrices. Mary ne fait pas exception à la règle. Sa passion pour les romans gothiques ne parvient pas à se transmuer en une œuvre originale parce que celle-ci qui n'a que 16 ans au début du film manque de vécu. Néanmoins elle trouve une source d'inspiration dans la vie tumultueuse de sa mère, une ardente féministe morte peu de temps après l'avoir mise au monde. Comme le reste de sa famille est plutôt insignifiant (les idées libérales du père ont inspiré Percy Shelley mais en tant que père, il est transparent) à l'exception de sa demi-soeur Claire qui va suivre ses traces, Mary ne va pas avoir beaucoup de difficultés à s'en échapper. Mais il n'en reste pas moins que les issues (tant psychiques que matérielles) passent par la dépendance vis à vis d'un homme (c'est d'ailleurs la même chose pour "Jane Eyre"). C'est dans l'analyse de la relation entre Mary et Percy ainsi que l'étude de leur environnement que le film est le plus intéressant. En effet après avoir commencé de façon idéalisée à l'image des romans que lit Mary, leur histoire prend une tournure de plus en plus amère lorsqu'elle doit partager le mode de vie chaotique et dissolu de Percy qui passe le plus clair de son temps à fuir les créanciers, à boire et à séduire. Son entourage, à l'image de Lord Byron (qui a fortement inspiré Rochester, personnage typiquement byronien) n'arrange pas les choses. Haifaa AL MANSOUR insiste sur la difficulté pour les femmes à se faire une place parmi ces écrivains narcissiques, décadents et immatures même si Percy Shelley tout comme dans un autre domaine Pierre Curie ont joué un rôle essentiel pour que l'œuvre de leurs compagnes soit reconnue publiquement. Le confinement et les contraintes pesant sur les femmes victoriennes ne sont finalement pas si éloignés de ceux que subissent les femmes saoudiennes et on observe que dans les deux cas ce sont les hommes qui fixent les règles du jeu dans la vie de couple en ignorant ce que peut ressentir leur femme. Bref, sous ses airs classiques voire académique, le film donne à réfléchir et est plus pertinent et audacieux qu'il n'y paraît.

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