Une vieille maîtresse
Catherine Breillat (2007)
Catherine BREILLAT s'était déjà frottée au polar mais avec "Une vieille maîtresse", elle s'attaque au film en costumes, à l'adaptation littéraire et au vertige hitchcockien avec son héros tiraillé entre une blonde virginale à la Grace KELLY (Roxane MESQUIDA) en qui il place tous ses espoirs et une espagnole brune incendiaire aux faux airs de Carmen ou d'Esmeralda (Asia ARGENTO) dont il n'arrive pas à se défaire. Cette incapacité à trancher causera sa perte. En effet la gémellité des deux femmes ne fait que se renforcer au cours du récit qui fonctionne comme un jeu de miroirs et de doubles sur fond d'érotisme fétichiste. Vellini nous est présentée dans les vêtements et la pose de la Maja Vestida de Goya car son érotisme émane tout autant de son corps que de sa parure et plus loin dans le récit Hermangarde pose comme la Maja Desnuda, le pendant du premier tableau, dans une nudité marmoréenne liée à son statut de femme enceinte sacralisée. Pourtant les enfants conçus avec l'une et avec l'autre connaîtront le même destin avorté, soulignant qu'il s'agit en réalité des deux moitiés d'une même personne, séparées par la névrose de la maman et de la putain. Si le personnage principal, Ryno de Marigny (Fu'ad Ait AATTOU) est assez transparent malgré son indéniable beauté physique à l'image de son personnage passif qui subit les événements, Asia ARGENTO crève l'écran en gitane provocante tandis que Roxane MESQUIDA est réifiée à l'extrême, comme si elle était une toile peinte ou une statue.
Catherine BREILLAT a également opéré un télescopage de siècles littéraires en confrontant l'oeuvre originale de Barbey D'Aurevilly datée de 1851 à celle de Choderlos de Laclos via le personnage de la marquise de Flers (Claude SARRAUTE), la grand-mère d'Hermangarde qui a vécu sa jeunesse à l'époque des "Liaisons dangereuses" et semble en retrouver une seconde (jeunesse) en écoutant le récit de Ryno de Marigny. Seulement la marquise de Flers est issue d'une époque où la séduction était une question de stratégie alors que le romantisme de Barbey d'Aurevilly est viscéral, sombre et torturé. La marquise de Merteuil est mise échec et mal par l'irruption d'une Emily Bronte ibérique échevelée et indomptable.
Splendide esthétiquement et très riche à explorer, le film souffre cependant par moments d'une écriture ampoulée liée au style littéraire de Barbey d'Aurevilly qu'a choisi de garder la réalisatrice. Cela se manifeste surtout dans les tirades de Ryno de Marigny qui semble réciter sa leçon plus qu'incarner un personnage.
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