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Maison de poupée (A Doll's House)

Publié le par Rosalie210

Joseph Losey (1973)

Maison de poupée (A Doll's House)

J'ai pensé à "Fanny et Alexandre" (1982) en regardant "Maison de poupée". L'atmosphère de conte de noël nordique sans doute mais aussi le poids de l'oppression patriarcale sur Nora, infantilisée et piégée par son mari Torvald jusqu'au point de rupture. Celui-ci lui dénie le statut d'adulte et d'être humain autonome et pensant en lui donnant des surnoms qui la rabaissent au statut de petite chose fragile et dépendante, en contrôlant (et jugeant) ses dépenses et même en lui interdisant de manger des sucreries. Néanmoins le symbole le plus étouffant de ce contrôle reste la boîte aux lettres fermée à clé (qu'il est évidemment le seul à avoir) et qui devient un véritable instrument de torture (et de suspense) au cours du récit. Pourtant la fragilité est bien du côté de cet homme dépeint comme malade et obsédé par le paraître à qui Nora sauve la vie en se mettant en danger sans même qu'il s'en aperçoive. Cela ne rend son attitude que plus ignoble lorsqu'il le découvre.

Joseph LOSEY excelle à rendre ce drame étouffant en jouant sur l'enfermement des personnages dans le cadre domestique. Un autre film auquel j'ai pensé et qui décrit une situation d'emprise d'un homme sur une femme au sein de ce même espace (mais en version sadomasochiste) est "Martha" (1973) qui date exactement de la même année et qui a été réalisé par Rainer Werner FASSBINDER. D'ailleurs dans les deux cas, le mari ne fait que reprendre le rôle du père une fois celui-ci mort. L'acte de Nora consistant à contrefaire la signature du père pour pouvoir emprunter de l'argent et sauver son mari est donc déjà en soi une première transgression libératrice.

Néanmoins, Nora ne serait jamais parvenue à se libérer sans son amie Kristine. Celle-ci incarne une autre forme d'aliénation féminine, ayant dû renoncer à celui qu'elle aimait pour épouser un homme riche afin de pourvoir aux besoins de sa famille (sous-entendu privée d'homme ce qui souligne une fois de plus l'absolue dépendance économique des femmes de cette époque). Plus tard, devenue veuve, elle prendra sa revanche en retrouvant son ancien amour devenu l'usurier et le maître-chanteur de Nora. Son action lui permettra à la fois de réparer son propre couple tout en ouvrant les yeux de Nora sur la réalité du sien.

C'est à ce niveau que l'époque de réalisation du film à savoir le début des années 1970 percute de plein fouet le drame du XIX° de Ibsen. En confiant les rôles de Nora et de Kristine à Jane FONDA et à Delphine SEYRIG, deux icônes militantes féministes de ces années-là, Joseph LOSEY créé un effet de résonance extraordinaire.

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