Digger
Alejandro González Iñárritu (2026)
J'ai beaucoup aimé le ton satirique de "Digger", ce "Docteur Folamour" (1964) du dérèglement climatique. Mais dans le rôle du major Kong, c'est Digger Rockwell, ce néo-Trump sauce Rockfeller qui avec sa pelle éructe "drill, baby, drill". Jusqu'au "drill" de trop et oups! catastrophe en chaîne doublé de "remèdes" douteux pires que le mal. Autour de lui, une armada de guignols savoureux s'agitent, du président moribond (John GOODMAN) au scientifique complaisant (Riz AHMED) en passant par la demi-soeur folle furieuse (Sandra HULLER hélas sous-exploitée) incarnant la bonne conscience des entreprises "vert(ueuses)".
Dans un style de malade qui bute (^^) très "Le Daim" (2019), Alejandro GONZALEZ INARRITU déploie la panoplie absurde de la domination virile made in USA (le pouvoir politique, militaire, financier) face à la nature, traitée comme le nouvel ennemi géopolitique à abattre. En même temps, il distille des indices qui nous font ressentir dès les premières images que cette prétendue domination s'exerce dans un monde en décomposition. Les animaux de Rockwell sont empaillés, exposés en trophées, son "mini-moi" est un chat androïde cachectique tout droit sorti du "Blade Runner" de Philip K Dick, la végétation n'est qu'un décor, l'eau s'infiltre dans les espaces les plus luxueux de son manoir et Digger lui-même devient de plus en plus bouffi et pathétique au fur et à mesure que la baudruche se dégonfle.
C'est que le film cache un double fond des plus astucieux, une mise en abyme qui nous invite à reconsidérer tout ce que nous croyons avoir vu, transformant la tragédie en une grosse farce (on en revient à "Docteur Folamour" (1964) ou plutôt "Folies fossiles"). Et Tom Cruise qui assume enfin son âge à l'écran tient là sans doute l'un de ses meilleurs rôles.
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