Zoulou
Cy Endfield (1964)
Je craignais un film kitsch et colonialiste (après tout, il est sorti en 1964 alors que l'Afrique n'était pas encore entièrement indépendante) mais "Zoulou" s'avère être tout le contraire. 62 ans avant "L'Odyssee" (2025), la guerre est montrée sous son aspect le plus traumatique, une boucherie dont les soldats survivants sortent traumatisés. Le film a lancé la carrière de Michael CAINE qui joue le rôle d'un lieutenant de la haute société légèrement crâneur que son baptême du feu crame complètement, le laissant hagard et couvert de honte. Lui et le lieutenant John Chard (Stanley BAKER) qui se disputaient puérilement le commandement pour une histoire de préséance dans le grade de quelques mois oublient leur rivalité et perdent leur superbe pour ne plus être que des ombres errantes sur le champ de bataille à la fin.
Autre aspect majeur du film, la manière de traiter les combattants zoulous. Certes, ils ne sont pas individualisés mais leur armée est montrée comme aussi courageuse, disciplinée et tactique que celle des britanniques. C'est d'ailleurs ce qui élève le film au rang de tragédie quand les survivants du fort contemplent tels des zombies morts de soif et de fatigue le massacre à leurs pieds pendant que ce qui reste de l'armée zoulou entonne un chant leur rendant hommage.
Ainsi là où "Zoulou" fait très fort c'est qu'il célèbre le courage de ces hommes prêts à mourir pour leur sens de l'honneur (ce qui est aussi une manière implicite de rendre hommage à un pays qui a tenu tête complètement seul durant une partie de la seconde guerre mondiale à Hitler) tout en montrant qu'ils ne sont pas à leur place et n'ont rien à faire là, retranchés et engoncés dans leur tenue écarlate qui jure avec le paysage. Les guerriers zoulous font quant à eux corps avec leur terre et de chacune des séquences chantées émane une vibration à laquelle les guerriers britanniques sont incapables de répondre avec leur propre chant guerrier anémique. Une séquence qui n'est pas sans rappeler une autre guerre de territoire par le chant dans "Delivrance" (1972) une dizaine d'années plus tard. Par tous ces aspects, "Zoulou" est un film qui annonçait déjà le nouvel Hollywood et l'anti militarisme des "Little Big Man" (1970), "Apocalypse Now" (1976) et autres "Danse avec les loups" (1990).
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