Vivaldi et moi (Primavera)
Damiano Michieletto (2026)
Esthétiquement, "Vivaldi et moi" est superbe. En plus, il commençait très bien. Une reconstitution soignée, une scène d'ouverture glaçante et métaphorique, une atmosphère digne de la servante écarlate avec ce gynécée d'orphelines formant un orchestre d'excellentes musiciennes mais cloîtrées, exploitées et mariées à des hommes riches contre de substantiels dons à l'Ospedale, l'institution vénitienne faisant office à fois d'hospice, d'orphelinat et de conservatoire de musique au sommet de sa gloire entre le XVII° et le XVIII° siècle. Vivaldi qui fut réellement maître de violon dans cette institution apparaît lui-même comme une sorte d'ennuque, un homme faible, fragile et souffrant pris dans les rouages du système, sa musique jouées par les orphelines servant à divertir les puissants. Il est d'ailleurs très secondaire dans l'intrigue et ne correspond en rien à son surnom "le prêtre roux" étant donné qu'il n'est pas roux dans le film et que sa prêtrise n'est jamais mentionnée. Le clergé brille d'ailleurs par son absence, sans doute jugé obsolète pour les spectateurs du XXI° siècle.
Cette volonté de plaquer une grille de lecture moderne se confirme dans la deuxième partie. Je n'ai pas lu "Stabat Mater" le roman de Tiziano Scarpa dont le film est l'adaptation qui imagine la vie de Cecilia, l'une des pensionnaires du conservatoire de l'orphelinat. J'ignore donc jusqu'à quel point le film est fidèle au livre. Mais ce qu'il donne à voir est d'une platitude et d'une invraisemblance totale. Comme par magie, la mère supérieure qui est pourtant montrée comme hyper rigide et qui accepte depuis des lustres de vendre ses ouailles s'émeut du sort de Cécilia, certes bien malmenée par l'ex-fiancé qu'elle a humilié pour échapper au mariage forcé, et l'aide à s'enfuir. Mais s'enfuir pour où? Le film ne donnera pas de réponse et pour cause, il n'y en a pas. Il s'agit de satisfaire le spectateur avec un thème féministe à la mode et non de montrer la réalité qui était qu'une jeune fille sans le sou et sans famille n'avait aucune chance de s'en sortir seule à cette époque, sinon éventuellement en tombant dans la prostitution. Remarquez les mariages forcés de l'Ospédale relevaient déjà de la même logique. Le conte de fées est définitivement frelaté.
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