Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Notre Salut

Publié le par Rosalie210

Emmanuel Marre (2026)

Notre Salut

C'est la correspondance entre ses grands-parents qui a fourni à Emmanuel Marre la matière de son film. On ressent cette origine épistolaire dès les premières minutes en entendant la voix off de l'épouse de Henri Marre (Swann Arlaud) venu seul à Vichy quelques mois après l'instauration de l'Etat français pour vendre son bouquin "Notre Salut" et tenter de saisir les opportunités qui se présentent au milieu du chaos. Finalement à force d'insistance, il finit par décrocher un poste au CLC (commissariat à la lutte contre le chômage) de Limoges qui vient occuper et remplacer les locaux de la CGT, tout un symbole. C'est le début d'une carrière de petit bureaucrate, un exécutant zélé totalement concentré sur sa tâche subalterne (fournir de la main-d'oeuvre, des camions, du carburant) sans jamais se poser de questions sur la nature de la machine dont il est l'un des rouages. L'homme apparaît dans toute sa médiocrité, sa stupidité aussi que souligne un personnage beaucoup plus fûté que lui dès les premières séquences. La cécité géopolitique de Henri Marre est telle qu'il reste persuadé que Vichy est un régime souverain et régénérateur du peuple français alors même que les allemands ne cessent de le bafouer en pillant allègrement sa main-d'oeuvre ou en envahissant la zone libre. Jamais il ne se pose de questions où n'élève d'objections face au traitement réservé aux juifs, n'y voyant que des opportunités à saisir (l'appartement où il fait venir sa femme et ses enfants) ou une affaire comptable et administrative déconnectée du réel. Il s'avère également d'une extrême veulerie, fuyant Vichy dès que celui-ci devient ouvertement fasciste pour se réfugier auprès d'un groupuscule d'extrême-droite purement théoricien.

Le problème c'est que Emmanuel Marre ne parvient pas à rendre ce personnage de petit gris du régime de Vichy intéressant. Certes, la reconstitution de l'Etat français est soignée et se veut réaliste mais voir des fonctionnaires empiler des dossiers et taper à la machine ce qui devait effectivement être la norme n'est guère palpitant. Pas plus que de s'écharper sur le mot qualifiant la relation avec l'Allemagne ou l'internement des juifs ne suffit pour faire ressentir "la banalité du mal". Le film manque d'enjeux dramatiques et de relief: les collègues de Henri sont trop vite esquissés, notamment celui qu'on lui demande au final de dénoncer parce qu'il refuse de collaborer au STO et la francisque qu'il juge trop "féodale" (il ne semble pas avoir capté que Vichy était une dictature). Le pire reste cependant la relation avec son épouse tout aussi médiocre que lui qui n'apporte strictement rien au récit. Là où un Jonathan Glazer parvenait de façon glaçante à montrer que les rêves de réussite petit-bourgeois des Höss se nourrissaient de la réalité monstrueuse du camp juste par la suggestion sensorielle, Emmanuel Marre ne fournit aucun contrepoint au huis-clos petit-bourgeois des Marre: l'horreur, qu'elle soit le fait de Vichy ou des allemands reste une pure abstraction. Et le choix de musiques anachroniques décalées pour renforcer le malaise, qu'elle soit allemande (Alphaville), autrichienne (Opus) ou bien composée par un juif allemand ayant fui le nazisme en 1938 (Gershon Kingsley) procède du même procédé cérébral, renforçant l'impression d'irréalité du film qui par ailleurs se termine en queue de poisson.

Commenter cet article