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Les Roches rouges

Publié le par Rosalie210

Bruno Dumont (2026)

Les Roches rouges

C'est le troisième film de Bruno Dumont que je vois et le premier je pense qui peut se rattacher à l'époque où il faisait du bon cinéma. En tout cas, il y a une rigueur et une dramaturgie assez frappantes. Comme dans "La Villa" de Robert Guédiguian, la caméra choisit de théâtraliser un décor quasi-unique, filmé sous tous les angles, celui de la commune de Saint-Raphaël dans le Var, plus précisément le quartier et le cadre naturel du Dramont dans le massif de l'Estérel. Durant tout le film on naviguera entre le viaduc ferroviaire, la plage, quelques superbes villas de vacances, une route et le paysage sauvage des roches rouges du massif de l'Estérel qui plongent directement dans la mer. Un cadre absolument superbe et magnifiquement éclairé.

C'est dans ce cadre transformé en bulle quasi désertée par les adultes que va pouvoir se déployer une dramaturgie portée par six jeunes enfants divisés en deux clans. D'un côté Géo, Rouben et Manon qui se déplacent en mini-quad et s'amusent à sauter depuis les rochers dans l'eau en bravant l'interdit de la gendarmerie. Et de l'autre, Eve, B et Do qui viennent les rejoindre. Une idylle se forme entre Eve et Géo, plutôt bien acceptée par Rouben et Marion (qui semble cependant très attachée à Géo) mais B et Do le voient d'un sale oeil: les règlements de compte ne sont pas loin. Tout cela est vu à hauteur d'enfant donc l'essentiel reste un jeu, néanmoins il y a un vrai suspense tragique lorsque Géo blesse B et lorsqu'il se décide à sauter d'une hauteur vertigineuse, on craint vraiment pour sa vie. 

Il faut accepter une certaine lenteur, de nombreuses répétitions totalement volontaires puisque les enfants sont enfermés dans un cadre immuable dont ils ne sortent qu'une seule fois pour aller à Vintimille voir le grand-père d'Eve. Des répétitions qui sont autant de variations à partir d'une même géographie (le viaduc filmé en plongée, en contre-plongée, à son niveau, à différentes heures de la journée scandées par le passage des trains). Il faut également accepter la rareté des dialogues, les enfants parlant très peu et pas toujours très distinctement ainsi que des sonorités faisant corps avec la nature. Au final ces petits corps perdus ou ballotés dans une nature grandiose produisent un contraste que personnellement j'ai trouvé beau et émouvant.

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