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Ange

Publié le par Rosalie210

Tony Gatlif (2024)

Ange

Il y a un passage que j'aime particulièrement dans "Ange", le dernier film de Tony GATLIF, c'est quand le personnage qui est musicologue explique ce qu'il recherche dans le contretemps de la musique tzigane "le contretemps, c'est comme quelqu'un qui se lève quand tout le monde est à genoux, c'est un peu provocateur". Que la musique puisse véhiculer des valeurs, une philosophie de vie, on y a pense pas forcément et pourtant Michel Berger (co-auteur d'un opéra rock peuplé de rebelles et de marginaux, "Starmania") le faisait déjà dire à France Gall dans "Il jouait du piano debout pendant que les trouillards sont à genoux et les soldats au garde à vous, ça voulait dire qu'il était libre, heureux d'être là malgré tout".

"Ange" est justement une formidable ode à la liberté, porté par un Arthur H. magnétique. Comme autrefois avec Romain DURIS, Tony GATLIF élargit sa famille de cinéma à des acteurs n'appartenant pas au monde gitan mais qui partagent leur âme. Avec sa voix rocailleuse, son physique un peu cabossé, son rapport viscéral à la musique, Arthur H. incarne formidablement un homme qui a rejeté son milieu d'origine pour choisir le mode de vie gitan, fait de nomadisme et de bringue.

Parce que leur histoire est jalonnée de persécutions, de rejet et de marginalité, les gitans préfèrent mobiliser leur énergie dans la célébration du présent que dans l'assurance d'un avenir incertain. Parce qu'ils ne possèdent rien (à commencer par une patrie), seule une transe de plusieurs jours leur permet de se sentir reliés au monde, même de façon éphémère. La transe musicale comme patrie des marginaux, c'était d'ailleurs aussi le thème majeur de "Sirat" (2024), les "teufeurs de la techno" pouvant donner la main aux "bringueurs de la gratte".

On ne sait pas ce qui a poussé Ange et son ami Marco (joué par un autre "adopté", Mathieu AMALRIC dont la carrière est une histoire de "débourgeoisement") à vivre comme les tziganes. Mais on a une formidable démonstration de cette communion à la fin du film qui célèbre leurs retrouvailles fraternelles et la reconnaissance du lien unissant Ange à sa fille Solea (Suzanne AUBERT) qui a dû s'incruster dans le van et dans la vie de son père pour se faire accepter mais y parvient par la musique et par la danse.

Vu le 13/09/2026   Tou

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