Sale comme un Ange
Catherine Breillat (1990)
Catherine BREILLAT s'empare du film de genre, à savoir ici le polar pour y injecter ses obsessions. Comme dans "36 fillette" (1987), l'acte sexuel devient une lutte au corps à corps entre Barbara, une jeune femme qui se cherche et ne se satisfait pas du rôle qui lui est attribué (épouse, ménagère et objet sexuel) et Georges, un homme bien plus âgé, solitaire, usé, rempli du dégoût de lui-même. Il faut dire qu'il a de quoi être dégoûté de lui-même tant sa "persona" sociale est rebutante. Georges Deblache coche toutes les cases du flic beauf, raciste et misogyne. Quoique son coéquipier, Théron, le mari de Barbara, le surpasse peut-être encore dans le masculinisme crasse. C'est d'ailleurs une remarque de trop "ça requinque" devant Georges à propos du rapport sexuel qu'il vient d'avoir avec Barbara qui déclenche sa révolte silencieuse à l'aide d'un plan couperet où elle se retourne, visiblement choquée. Les deux hommes se tirent vers le bas, formant à eux deux un boys club évaluant toutes les femmes de leur commissariat à l'aune de leur potentiel baisable. Georges cependant comme Maurice dans "36 fillette" (1987) apparaît surtout pathétique et paumé. Le fait que son meilleur ami soit un truand (le présentateur du mythique Ciné-club, Claude-Jean PHILIPPE) révèle à quel point lui non plus ne sait pas où est sa place. Catherine BREILLAT a beaucoup de talent pour réunir des duos originaux, ici Claude BRASSEUR absolument remarquable et LIO dont on peut mesurer aujourd'hui le caractère engagé et visionnaire de sa carrière au cinéma dans les années 80.
Avec ça, Catherine BREILLAT nous plonge sans fard dans une atmosphère urbaine blafarde typique de la France du début des années 90 à base de néons de commissariats, de bars-PMU miteux, de confinement à l'intérieur des habitacles de voitures, d'habitations maussades qui n'est pas sans rappeler celle de "Le Garcu" (1995) de Maurice PIALAT à qui elle avait confié le scénario de "Sale comme un ange" mais il l'avait refusé. On pense aussi à "L.627" (1992) de Bertrand TAVERNIER, film contemporain de "Sale comme un ange" d'autant que Nils TAVERNIER, son fils, joue le rôle de Théron.
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