Rose
Markus Schleinzer (2026)
"Rose", c'est "Le Retour de Martin Guerre" (1981) version féministe et queer. Le réalisateur, Markus SCHLEINZER a été l'assistant de Michael HANEKE sur "Le Ruban blanc" (2009) et cela transparaît dans la mise en scène austère, les images composées comme des tableaux et le choix d'un noir et blanc somptueux. Le film se distingue aussi par l'extraordinaire interprétation de Sandra HULLER qui lui a valu l'ours d'argent à la dernière berlinale. Sa composition en vétérane et gueule cassée de la guerre de 30 ans est réellement troublante. L'histoire de Rose met en lumière une réalité tue: l'implication de femmes dans ces conflits, rendue possible par le chaos ambiant. Tant qu'un soldat savait tenir un mousquet, obéir aux ordres, marcher, se fondre dans le groupe, les officiers fermaient volontiers les yeux sur les "singularités" physiques. De fait non seulement Rose sait se battre mais on découvre au fil de l'histoire qu'elle a adopté les codes de ses pairs en les mystifiant à l'aide de subterfuges (bandeau pour la poitine, prothèse pour l'appareil génital). Le problème, c'est qu'une fois la paix revenue, la reconstruction de l'ordre moral patriarcal est devenu une priorité comme le démontre plus récemment le retour des femmes au foyer à la fin des deux guerres mondiales. Rose qui n'a aucun avenir en tant que femme suite à la balle qui l'a défigurée se voit contrainte d'usurper l'identité d'un mort pour tenter de se réinsérer. Mais à la première défaillance, le mensonge est découvert et l'ordre moral s'abat avec d'autant plus de force que Rose qui sait se battre, qui sait lire, qui possède une terre et qui s'est mariée sous son identité d'homme avec une autre femme (parce que l'intégration à la communauté l'y a obligé) représente une menace existentielle pour cette communauté. Le film laisse d'ailleurs une place substantielle à Suzanna, l'épouse de Rose qui passe du statut de fille soumise à son père à épouse complice et affranchie qui le moment venu devra également "payer". Ceci étant, il ne faut pas oublier que le réalisateur, Markus SCHLEINZER s'appuie sur des archives historiques et que seuls les échecs ayant donné lieu à des procès sont documentés. Les cas de ces couples et de ces familles que l'on qualifierait aujourd'hui d'homoparentales devaient être plus fréquents qu'on ne le pense mais ils sont passés sous le radar de l'Histoire.
Comme on peut le voir dans "La Chambre des officiers" (2001).
Son châtiment rappelle la fin de "Boys don't cry" (1998) mais il est laissé hors-champ, la mise en scène étant clinique.
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