Phoenix
Christian Petzold (2014)
Un miracle ne se reproduit jamais deux fois. Christian PETZOLD a commis la même erreur que Wim WENDERS avec "Don't come knocking" (2005) (pâle copie de "Paris, Texas") (1984) et "Si loin, si proche!" (1993) (suite de "Les Ailes du desir") (1987). Il a tenté de retrouver la recette magique de son précédent film, "Barbara" (2012) à partir des mêmes ingrédients: un ancrage historique lourd, un climat de suspicion amoureux et politique, le même duo d'acteurs (Nina HOSS et Ronald ZEHRFELD). Mais un état de grâce n'est pas une formule, c'est une alchimie qui échappe au contrôle même du réalisateur, qui ne s'explique pas mais qui se ressent. C'est pourquoi ce qui semblait couler de source dans "Barbara" (2012) paraît si artificiel dans "Phoenix". Les ficelles sont tellement énormes qu'elles détruisent la possibilité même de croire au dispositif. Christian PETZOLD a d'ailleurs non seulement repris les éléments de son précédent film mais il a calqué l'intrigue sur un autre, mille fois copié par ailleurs et souvent bien mieux, "Vertigo" (1958). La greffe entre son style clinique et l'intrigue baroque de Alfred HITCHCOCK ne prend donc pas. Le film ne suscite aucun trouble, d'aucune sorte. Pas un instant on ne croit que l'homme qui propose à Nelly de se faire passer pour sa femme afin de toucher son héritage est son ex-mari. Le fait qu'il ne semble jamais la reconnaître sous prétexte qu'elle a fait reconstruire son visage n'explique pas pourquoi il ne reconnaît pas sa voix, ses gestes, son écriture. Par ailleurs si les non-juifs ayant sous la pression du régime nazi divorcé et abandonné à leur sort leur conjoint juif constituent une réalité documenté, le cumuler avec une trahison active, puis une mise en scène cynique destinée à toucher l'argent de la défunte, c'est un peu beaucoup pour le même homme. D'ailleurs l'acharnement de Nelly à vouloir retrouver cet être abject ++ et à longtemps s'aveugler sur sa vraie nature est tout aussi incompréhensible tant le personnage est juste conçu comme une allégorie de l'Allemagne et non comme un être humain.
Plutôt que ce grand théâtre, maintenu jusqu'à la scène finale, il aurait mieux valu se focaliser sur l'amie de Nelly dont la personnalité et le parcours semblent autrement plus naturels. C'est dommage car Nina HOSS est remarquable mais elle joue dans le vide.
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