L'Abandon
Vincent Garenq (2026)
A partir d'un sujet encore brûlant et propice à toutes les récupérations politiciennes (au point de brouiller nombre de critiques qui peinent à distinguer ce qu'elles pensent réellement du film des enjeux qu'il soulève), le réalisateur, Vincent GARENQ a fait un travail de documentation dont on peut saluer la rigueur. Il a notamment écrit le scénario en collaboration avec la soeur de Samuel Paty et s'est éloigné du livre de Stéphane Simon beaucoup plus accusatoire vis à vis des institutions pour se focaliser sur une mécanique infernale dans laquelle le professeur mais aussi l'ensemble de son établissement s'est retrouvé englué. On voit globalement une communauté dépassée par la violence et la rapidité de la vidéo virale et mensongère sur les réseaux sociaux, incapable d'y faire face avec des outils qui ne sont pas prévus pour ça. Une gardienne de loge qui reçoit des insultes, une principale (Emmanuelle BERCOT) à qui on demande de rédiger des protocoles administratifs inadaptés à la menace d'une intrusion terroriste et un professeur complètement sidéré par une fatwa numérique qui le prend pour cible. Ni l'un ni l'autre ne parviennent malgré les excuses, les tentatives d'explication et d'apaisement à arrêter cette spirale mortifère. "L'Abandon" est donc celui d'un homme laissé à son sort mais aussi celui d'une collectivité dont on mesure avec effroi la terrible impuissance. S'y ajoute les dysfonctionnements entre les différentes polices et un individualisme au sein même de l'établissement avec des collègues pas toujours solidaires. Antoine REINARTZ fait ressentir le désarroi et la solitude de son personnage qui semble se ratatiner et se liquéfier un peu plus chaque jour. Sa vulnérabilité de piéton qui n'a qu'une capuche pour se dissimuler et la bonne volonté de ses collègues véhiculés pour le protéger sur les trajets entre le domicile et le collège est précisément ce qui frappe l'esprit. Un manque de protection élémentaire lié à une sous-estimation dramatique de la gravité de la situation par l'Etat qui s'avèrera fatal.
Si le film est donc une réussite en soi, il adopte un point de vue qui laisse en suspens nombre de questions brûlantes: le poids de la mémoire coloniale, les inégalités, la question de la manière dont la laïcité est enseignée ou encore la mécanique mentale du terroriste. L'objet peut-être de films futurs?
/image%2F2429364%2F20260519%2Fob_404cf4_l-abandon-114443-47564.jpg)
/image%2F2429364%2F20220209%2Fob_32c62c_hqdefault.jpg)
Commenter cet article