Chabrol ou l'amour fou
Virginie Apiou (2026)
En 35 minutes seulement, Virginie APIOU réussit à condenser l'essence du cycle Hélène produit par Andre GENOVES et réalisé par Claude CHABROL. Le travail de montage visuel et sonore qui permet de faire rimer la musique de Pierre JANSEN, les sons et images à l'écran constitue le socle de cette réussite qui restitue l'unité du cycle. Celui-ci est comparé à "la comédie humaine" de Honoré de Balzac qui est mentionnée par l'institutrice de "Le Boucher" (1970). Et de fait, il s'agit de saisir des individus pris dans la toile de leur milieu social et qui en dépit de leurs aspirations "un désir qui s'extrait de la sauvagerie" (à l'amour fou comme dans "Le Boucher" (1970), "Les Noces rouges" (1973) ou "La Femme infidele") (1968) ou de leurs efforts pour paraître "avant-gardistes" (comme dans "Les Biches" (1967) ou "Juste avant la nuit") (1970) ne parviennent pas à s'en extraire. Le documentaire met en évidence la dichotomie entre les intérieurs, souvent des maisons bourgeoises, lieux de représentations qui fonctionnent comme des pièges et l'extérieur, le paysage français qui dans sa partie sauvage symbolise l'explosion des pulsions. Entre les deux, le trajet, à pied, en voiture, en tram est particulièrement mis en valeur, cheminement ou odyssée intérieure, souvent devant les yeux d'un enfant qui joue le rôle de témoin innocent ou qui se retrouve pris dans la bataille de ce qui se joue sous ses yeux ("Que la bete meure" (1969) et "La Rupture" (1970) sont aussi des films d'Illiade!). L'importance de la gastronomie est mise en évidence, que les plats soient mentionnés avec gourmandise ou démolis lorsqu'ils sont jugés ratés (la séquence d'anthologie du repas de "Que la bete meure") (1969). Il en va de même des boissons qui procurent une évasion ou bien donnent du baume au coeur sans quitter les murs de son logis. L'art omniprésent sur les murs et la sensualité des corps filmés de près, notamment féminins procèdent de la même logique. Pour terminer, les inévitables références à Fritz LANG et Alfred HITCHCOCK, influences majeures de Claude CHABROL permettent d'évoquer l'aspect tragique de nombre de ses films qui sondent l'âme humaine sans la juger à l'image d'un Georges SIMENON.
/image%2F2429364%2F20260213%2Fob_7f9770_1497873-claude-chabrol-ou-lamour-fou-0.jpg)
/image%2F2429364%2F20220209%2Fob_32c62c_hqdefault.jpg)
Commenter cet article