Vera Drake
Mike Leigh (2005)
Il était temps d'écrire un avis argumenté sur ce chef d'oeuvre de Mike LEIGH qui a obtenu des dizaines de prix dans le monde dont le Lion d'Or et le prix d'interprétation féminine pour Imelda STAUNTON. Je l'avais déjà vu il y a une quinzaine d'années mais sa force de frappe m'a saisie à la gorge comme si je le découvrais pour la première fois.
"Vera Drake" est un film aussi poignant que déchirant. Il met en scène une femme simple et humble, non seulement sensible à la souffrance de son prochain mais qui agit à son niveau pour leur apporter de l'aide. C'est d'autant plus important que le contexte est rude. L'Angleterre de 1950 est encore en phase de reconstruction, souffre des pénuries dues à la guerre qui pèsent lourd sur les classes populaires et continue à panser ses plaies. Reg, le voisin accueilli par Vera est seul et démuni de tout: il va trouver chez elle un foyer chaleureux (l'acteur, Eddie MARSAN, profondément touchant, a d'ailleurs lui aussi obtenu un prix dans un second rôle). Le reste de la famille de Vera est en effet à l'unisson, chaleureux et solidaire à l'exception notable du fils quelque peu rigide et de la belle-soeur, Joyce, une pimbêche qui méprise la classe ouvrière à laquelle elle appartient pourtant, classe qu'elle rêve de quitter pour adopter le niveau de vie (et l'individualisme) de "l'american way of life".
L'aspect bouleversant du film résulte de la contradiction entre la profonde bonté de Vera et sa condamnation à deux ans 1/2 de prison, moins pour avoir mis en danger la vie d'une jeune fille que pour avoir violé la loi interdisant l'avortement. "Vera Drake" n'est pas le seul film qui dénonce une injustice à la fois légale et sociale mais en l'incarnant à travers un personnage aussi noble et altruiste que Vera, il la rend totalement insupportable. Mike LEIGH montre à travers le cas de la fille des employeurs de Vera (jouée par Sally HAWKINS) enceinte de son petit ami qui a abusé d'elle que femmes riches et femmes pauvres n'étaient pas logées à la même enseigne. Les premières pouvaient contourner la loi qui interdisait alors l'avortement avec l'aide complaisante (et grassement rémunérée) d'un psychiatre et se faire avorter en toute sécurité en clinique. Les secondes n'avaient que les faiseuses d'anges avec leurs méthodes artisanales et dangereuses. Contrairement à Lily qui rackette les filles pour les mettre en contact avec Vera, celle-ci ne demande rien et ne se rend pas compte que les moyens de fortune qu'elle utilise et qu'elle pense être plus doux que l'utilisation d'objets tranchants représente un danger tout aussi grand. Jusqu'au jour où elle est arrêtée parce que l'une des filles qu'elle a aidé a failli mourir. Vera est littéralement brisée, sa famille - qu'elle maintenait dans l'ignorance de ses activités - est foudroyée sur place. Imelda STAUNTON se fond dans ce personnage avec une justesse confondante au moins de nous faire entendre sa détresse sans les mots qui n'arrivent pas à sortir, ce besoin d'aider plus fort que la loi, plus fort même que la quiétude familiale.
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