Nuits blanches (Le Notti bianche)
Luchino Visconti (1957)
Drôle de film, étrange et inégal. Fabuleuse atmosphère onirique, perfection plastique de la photographie et du décor de Livourne reconstitué dans les studios Cinecitta avec son entrelacs de ponts et de canaux et ses ruines d'après-guerre hantées par toute une faune de sans-abri, belle mise en scène mais au service d'une intrigue désuète. Je n'ai pas lu la nouvelle originale de Dostoïevski qui a également inspiré "Two Lovers" (2007) de James GRAY mais difficile d'adhérer à la foi exaltée de Natalia (et au jeu parfois outré de Maria SCHELL) envers le retour d'un homme de passage (Jean MARAIS, hiératique à souhait) dont le fantôme encombrant s'interpose pourtant constamment entre elle et Mario (Marcello MASTROIANNI), rendant leur histoire d'amour impossible et donnant à ce dernier le rôle peu enviable de celui qui tient la chandelle à une ombre. J'ai cependant préféré regarder le film du point de vue de Mario, un rêveur qui projette sur Natalia des sentiments violemment contradictoires (tantôt passionnément épris, tantôt la rejetant et la traitant de folle) sans parvenir pour autant à se consoler avec la prostituée (Clara CALAMAI) tant le retour à la réalité jette un froid. Le film raconte surtout l'errance nocturne de Mario et Natalia dans la ville à travers leurs chimères respectives qui finit par tourner en rond malgré quelques fulgurances, particulièrement lors de la scène féérique où tombe la neige ou celle de danse rock en rupture avec l'intemporalité du reste du film. Nuits Blanches est un improbable attelage de réalisme poétique à l'ancienne (on a beaucoup comparé "Nuits Blanches" aux films de Marcel CARNE des années 30) et de mouvements de caméra inspiré par le cinéma de Jean RENOIR, pape de la Nouvelle Vague dont Luchino VISCONTI fut l'assistant.
Arte diffuse en ce moment "Nuits Blanches" de Luchino Visconti. Je ne l'avais jamais vu, sauf à travers la vision passablement déformée qu'en donne Christophe Honoré dans "Marcello Mio" ou encore celle, autrement plus subtile qu'en donne Jacques Demy dans "Lola". "Nuits Blanches" est un film étrange, un huis-clos hors du temps pourtant traversé par les éclats de la réalité contemporaine de l'époque (des ruines de l'après-guerre à la scène de musique et de danse rock), un film international où deux des trois acteurs principaux (Maria Schell et Jean Marais) sont doublés en italien, un film lorgnant vers le réalisme poétique de Marcel Carné tout en utilisant des mouvements de caméra issu du cinéma de Jean Renoir (dont Visconti fut l'assistant). C'est surtout une splendeur esthétique contrastant avec une intrigue désuète tournant un peu en rond. La palette de jeu de Marcello Mastroianni allant du burlesque à la tragédie impressionne.
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