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Le Boucher

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1970)

Le Boucher

"Le Boucher" m'a fait l'effet d'une énorme claque et me hantera longtemps. Le film navigue en permanence entre la surface faussement tranquille de sa chronique villageoise et les profondeurs de l'inconscient où se nichent les pulsions inavouables. La surface, c'est le quotidien apparemment tranquille et sans histoire d'un patelin du Périgord de la fin des années 60 avec ses petits commerces, son école, sa mairie, son église, son café, son "idiot", ses commérages, ses fêtes de mariage... on se croirait parfois dans un documentaire d'époque. Alors oui, la quiétude du village est troublée par un premier meurtre, puis un deuxième, puis un troisième mais l'argument est tout trouvé, c'est l'oeuvre d'un "vagabond"! Pas question d'admettre que le serial killer se trouve au centre du village. L'imaginaire le laisse à la porte. C'est aussi comme ça que fonctionnent Hélène David (Stephane AUDRAN) et Paul Thomas (Jean YANNE). Elle, maîtresse-femme (à tous les sens du terme) qui occupe une position d'autorité et offre aux autres le même masque impassible tout en contrôle. Lui, affable et serviable avec une attitude empreinte de bonhomie. Sauf qu'il y a anguille sous roche. Sa façon à elle d'esquiver l'intimité avec "Popaul" en s'entourant en permanence des élèves de son école. Rien que ce surnom en dit long sur la place inoffensive où elle pense (consciemment) l'avoir mis dans sa vie: celle d'un (grand) enfant. Sa façon à lui de parler de la guerre, de la mort, du sang. Avec détachement, sans aucun affect. Alors qu'il a fait deux guerres: Indochine et Algérie (thématique "taboue" brisée régulièrement par les cinéastes de la nouvelle vague). On devine qu'il y a de profondes blessures là-dessous. Des blessures, des refoulements qui ne peuvent se dire. Mais qui font leur chemin dans les profondeurs de la grotte de l'inconscient. Même au début du film, quand tout semble cordial et jovial, le gentil "Popaul" est quand même boucher de son état et manie le couteau pour trancher dans la viande avec dextérité. Et impossible d'ignorer que le surnommer ainsi pour une femme célibataire qui prétend pratiquer l'abstinence sexuelle, ça ressemble quand même furieusement à un lapsus. Logiquement, tout ça ne peut que mal finir. Pour éclairer la lanterne d'Hélène sur la véritable nature de Popaul, il y a ce briquet qu'elle lui a offert et qu'elle retrouve près d'un cadavre ("light my fire"). Seulement elle est allé trop loin dans son mensonge pour revenir en arrière et il en est de même pour lui. Donc ils continuent de jouer la comédie mais de plus en plus faux. Jusqu'à ce que l'angoisse monte en Hélène lors de scènes de suspense au tempo hitchcockien où elle tente d'empêcher le monstre d'entrer. Mais la tension est trop forte et se dénoue dans un bain de sang. On repense à Alfred HITCHCOCK qui filmait les scènes de meurtre comme les scènes d'amour et vice-versa lors de l'incroyable dérive nocturne des deux (non) amants. Jean YANNE s'y confesse dans un monologue tragique et poignant qui remue jusqu'au fond des tripes. Et à titre personnel, même si la fin ne le montre pas, j'ai eu la certitude que le destin d'Hélène était scellé: elle irait se racheter en allant le rejoindre au fond du Styx.

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