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Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

Publié le par Rosalie210

John McTiernan (1999)

Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

D'ordinaire, l'original est meilleur que la copie. Mais dans le cas de Thomas Crown, c'est l'inverse. La copie est meilleure que l'original. Le film de Norman JEWISON a beau être culte, il est dévoré par les tics et les clichés. Celui de John McTIERNAN s'amuse avec le film d'origine tout en le dépoussiérant. Les hommages sont multiples allant de la reprise de la chanson-titre "Les moulins de mon coeur" composée par Michel LEGRAND à l'apparition de Faye DUNAWAY dans le rôle de la psychanalyste de Thomas Crown. Même Pierce BROSNAN dans le rôle-titre est un hommage car le premier choix pour incarner le personnage en 1968 était Sean CONNERY, Thomas Crown ayant plusieurs points communs avec James Bond (l'élégance, le raffinement, le goût de l'aventure). Enfin le film conserve son caractère de polar ludique hérité de Alfred HITCHCOCK et l'accent mis sur le marché de l'art et en particulier celui des tableaux de maître renforce le lien avec "La Mort aux trousses" (1959) (pour rappel Eva Marie SAINT était la première star pressentie pour jouer Vicki). Mais John McTIERNAN qui est assez prodigieux dans les mises en scène d'escape game nous propose une nouvelle partie à l'intérieur d'un musée qui préfigure le revival de "Lupin : dans l'ombre d'Arsene" (2020) avant de se manifester dans le monde réel avec le tout récent casse du Louvre. John Mc Clane n'étant pas assez classe pour de tels lieux, il est remplacé par le célèbre milliardaire blasé en quête de sensations fortes. Plus que le jeu de séduction avec Rene RUSSO qui n'apporte pas grand-chose de plus à l'original, c'est la virtuosité du spectacle d'illusionnisme offert par les toiles de maître qui donne au réalisateur ses plus brillantes idées de mise en scène. La séquence des chapeaux melon est tellement virtuose et jubilatoire qu'elle est devenue culte à son tour et ajoute une pierre à l'édifice bien garni des oeuvres de René Magritte qui ont inspiré le cinéma. Par-delà ce jeu d'illusionnisme, le "fils de l'homme" devient une métaphore de Thomas Crown lui-même qui en possède une copie même si la scène de démultiplication fait également penser à "Golconde". Ces tableaux dressent le portrait d'un homme sans identité qui se nourrit du désir des autres comme le montre le vol du tableau de Monet "Saint-George-Majeur au crépuscule". Ce n'est pas parce qu'il lui plaît qu'il le vole mais à cause de la valeur pécuniaire que les autres lui accordent, supérieure à celle de toutes les autres oeuvres du musée. Il en va de même avec le Manet qu'il vole juste parce qu'il plaît à la femme dont il est amoureux. A travers ces tableaux, c'est aussi à une mise en abyme que nous invite John McTIERNAN puisque le jeu entre original et copie est tel qu'il déborde même du film, toutes les oeuvres représentées possédant des doubles, des homonymes ou des variantes dans la réalité ce qui est renforcé par des dialogues qui entretiennent volontairement la confusion sur leurs titres et leurs auteurs. Quant aux versions que l'on voit dans le film, ce sont toutes des copies conservées dans un musée imaginaire créé spécialement pour le tournage* d'un film qui par son caractère réflexif rappelle qu'il est lui-même la déclinaison d'une oeuvre originale.

* A ce propos, je recommande l'article de Jean-Philippe Trias, "Le musée imaginaire de Thomas Crown" dans l'ouvrage collectif Muséoscopie, fictions du musée au cinéma édité aux Presses universitaires de Nanterre en 2022. Un chapitre est également consacré à Alfred HITCHCOCK.

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