Jay Kelly
Noah Baumbach (2025)
Heureusement que Noah BAUMBACH est là pour relever le niveau des longs-métrages produits et diffusés par Netflix. Parce que de ce côté-là, le bilan est plutôt maigre. On arguera que la place du cinéma est en salles. Je suis bien évidemment d'accord mais sans Netflix, Alfonso CUARON n'aurait pas pu réaliser "Roma" (2018) à cause notamment de l'usage de la langue espagnole. On a assez vu dans l'histoire du cinéma des longs-métrages se faire avorter ou massacrer pour se réjouir quand une nouvelle voie s'ouvre leur permettant d'exister sans se faire dénaturer et d'être diffusés à grande échelle. L'idéal serait évidemment que Netflix trouve son compte dans l'exploitation en salles de ses longs-métrages ce qui lui offrirait sans doute en retour plus d'opportunités.
Ce préalable étant posé, j'ai trouvé "Jay Kelly" excellent. Plus ambitieux narrativement et géographiquement que les films auxquels Noah BAUMBACH nous a habitués. Alors certes, on dira qu'une fois de plus le monde du cinéma se regarde le nombril mais le film séduit par ses pas de côté. Comme dans la série "Dix pour Cent" (2014), l'agent de la star est aussi important dans l'intrigue que la star elle-même. Alors que le film dépeint la déroute d'une vedette vieillissante qui achève de faire le vide autour de lui par son comportement égocentrique et inadapté, Ron apparaît comme le dernier des fidèles. Pourtant sa position, très ambigüe est rappelée à de maintes reprises: il n'est ni un parent, ni un ami mais un employé qui empoche 15% (et non 10% comme en France) des gains de la star. Ce mélange entre l'argent et les sentiments, le travail et l'intime, Ron le paye au prix fort en étant vampirisé par la star pour laquelle il doit se rendre totalement disponible au détriment de sa propre famille. Et ce sans pour autant être autorisé à franchir le cercle de ses intimes puisqu'il est payé pour ça. C'est la leçon que lui rappelle crûment le personnage joué par Laura DERN, ancien crush de Ron mais qui a préféré y renoncer pour se préserver. Autre surprise, le choix de faire jouer Ron par un Adam SANDLER parfait dans un contre-emploi (il l'était déjà, parfait dans le rôle déjà décalé de "Punch-Drunk Love : Ivre d'amour" (2002) de Paul Thomas ANDERSON, film dans lequel je l'ai découvert). De même, dans le rôle principal, celui de Jay Kelley, George CLOONEY surprend dans un registre bien plus mélancolique que d'habitude. A travers des flashbacks parfaitement dosés, on mesure l'étendue du désastre de la vie intérieure de cet homme qui coche toutes les cases de la réussite selon l'idéologie de l'American way of life mais ne peut rien faire seul, ni garder quiconque auprès de lui. Là-dessus, le film s'avère brillant dans sa mise en scène en commençant par nous faire croire à l'existence de relations familiales et amicales autour de lui (comme il le croit d'abord lui-même) avant de dissiper l'illusion avec une certaine cruauté. Au-delà de l'image dans laquelle il s'est enfermé, Jay Kelly n'est qu'un ensemble vide. Le rapport de Jay Kelly au réel est le fond du problème et se manifeste soit par des scènes morbides (Jay Kelly confronté au décès de son mentor et à la perspective de sa propre fin), soit au contraire par un humour déjanté qui culmine lors d'une très longue séquence complètement surréaliste à bord d'un train de la SNCF en partance pour l'Italie dans laquelle Jay Kelly tente de se mêler à la plèbe pour retrouver sa fille (sans se soucier en enfant capricieux qu'il est des soucis qu'il donne à son équipe). N'ayant jamais pris cette ligne (qui ressemble à un TGV à l'extérieur mais à un intercité à l'intérieur), je ne sais si la vision donnée du train est réaliste mais la séquence "panne de climatisation", ça m'est arrivé pas plus tard que cet été!
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