On ira
Enya Baroux (2025)
Bonne pioche avec ce film que j'ai pourtant choisi par défaut. Je voulais voir comment Enya BAROUX allait traiter un sujet déjà abordé par Stephane BRIZE dans "Quelques heures de printemps" (2011) avec dans le rôle de la candidate au suicide assisté en Suisse la même actrice, Helene VINCENT. Et bien, elle fait mieux que lui qui était tombé dans le piège d'une atmosphère grisâtre et morose et avait sombré dans le didactisme et le convenu hormis dans le dénouement. Rien de tel dans "On ira" qui célèbre le mouvement et la fantaisie pour vivifier une atmosphère plombante. Comme son titre l'indique, "On ira" est un road-movie et a été justement comparé à "Little Miss Sunshine" (2005). Le but du voyage n'est pas le même et le personnage fédérateur est octogénaire au lieu d'être une fillette mais on ressent un peu la même atmosphère décalée avec des personnages hauts en couleur voyageant en camping-car. Autour de Marie, le personnage de Helene VINCENT gravitent en effet son fils quadragénaire mais totalement immature (David ALAYA) sa petite-fille adolescente au caractère bien trempé (jouée par une vraie découverte, Juliette GASQUET) et Rudy un auxiliaire de vie paumé interprété par Pierre LOTTIN qui squatte chez ses clients et ne semble avoir pour seule famille qu'un rat prénommé Lennon. Néanmoins, il est le seul à savoir le secret de Marie qui n'arrive pas à le dire à sa famille et invente un prétexte bidon pour les faire venir avec elle en Suisse. La difficulté à communiquer et le mensonge sont d'ailleurs partagés par le fils qui dissimule à quel point il est un raté criblé de dettes et la petite fille qui a ses règles pour la première fois mais n'en parle à personne. Cela donne lieu à des quiproquos amusants tout comme l'amour démesuré de Rudy pour Lennon qui n'inspire que dégoût aux autres. De belles idées ponctuent le trajet. Parmi elles, il y en a deux qui m'ont particulièrement plu: la partie de bowling, un moment de joie partagée qui se termine en psychodrame mais pour montrer que cet épisode a au final rapproché les quatre voyageurs, la réalisatrice leur fait garder aux pieds les chaussures de bowling, toutes identiques qu'ils ont emporté dans leur fuite. Et la rencontre avec une communauté gitane "miroir" d'eux-mêmes puisqu'ils sont en plein rite funéraire mais ce rite n'est pas du tout triste, au contraire, il est un acte de communion qui permet à la famille de passer ensemble un dernier heureux moment. Au final, sans édulcorer la douleur et la gravité du sujet, "On ira" aide à bien mourir et aussi à bien vivre.
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