Heat
Michael Mann (1995)
"Je suis ce que je pourchasse": cette phrase prononcée par Vincent Hanna le policier (Al PACINO) est la clé de "Heat". Elle le définit comme le miroir ou la face B ou encore le revers de la médaille ou le Yang de Neil McCauley, le truand (Robert De NIRO). Le fait de faire interpréter les deux personnages par deux légendes du cinéma qui ne s'étaient jamais donné la réplique dans un film mais avaient interprété vingt ans auparavant dans "Le Parrain, 2e partie" (1974) deux personnages liés par le sang mais séparés par le temps renforce cette impression de dédoublement. Le professionnalisme de ces deux hommes qui sacrifient tout à leur job créé un drame de la solitude et de l'échec qui donne au film sa vibration mélancolique. Le final en forme de cache-cache sur le tarmac d'un aéroport scandé par le fracas et les lumières aveuglantes des atterrissages n'est pas seulement virtuose en terme de mise en scène. Il atteint la dimension d'un requiem. Dans "Heat", l'éternelle histoire des gendarmes et des voleurs prend des accents shakespeariens comme dans "Le Parrain" (1972). Le braquage parfaitement exécuté mais raté au final en raison d'une erreur fatale de casting a des allures de compte à rebours pour Neil qui s'offre une dernière échappée romantique sans issue avant le grand plongeon. Quant au troisième mariage de Vincent, on peut mesurer son état à celui dans lequel termine sa belle-fille jouée par une Natalie PORTMAN encore adolescente. D'ailleurs et c'est à souligner, la réussite du film de Michael MANN s'explique aussi par un aspect souvent passé sous silence en raison du rayonnement des deux acteurs principaux: aucun personnage secondaire n'est négligé, ils ont tous une épaisseur humaine qui les rendent attachants, même lorsqu'ils ont peu de temps à l'écran ou qu'ils jouent des personnages peu recommandables à l'exception notable de Waingro le psychopathe et de son commanditaire ripoux Van Zant. On pense par exemple à Val KILMER qui joue Chris un personnage qui pourrait être comme un fils ou un petit frère pour Neil mais qui a lui-même une femme et un enfant qu'il met en danger par ses actes. Et alors que Charlene n'apparaît que dans peu de scènes, son rôle reste dans les mémoires parce qu'elle est montrée comme tiraillée entre le souci de protéger son petit garçon et les sentiments qu'elle porte à Chris et qu'elle ne veut pas trahir. La durée du film est ainsi pleinement justifiée dans ce qui s'apparente (encore une fois comme "Le Parrain" (1972)!) à un opéra tout en bleu et noir dans lequel chasseur et chassé, si loin mais si proches communient un bref instant avant d'être séparés à tout jamais.
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