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Tirez sur le pianiste

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1960)

Tirez sur le pianiste

Avec son deuxième film après "Les Quatre cents coups" (1959), Francois TRUFFAUT tente et réussit quelque chose de très différent mais de tout aussi personnel. Après Jean-Pierre LEAUD qui le représente au cinéma sous les traits d'un adolescent, il se trouve un nouveau double, adulte cette fois en la personne de Charles AZNAVOUR qui d'ailleurs possède une certaine ressemblance avec lui. "Tirez sur le pianiste" peut être vu comme un hommage au cinéma américain qui a nourri les papes de la nouvelle vague (Jean-Luc GODARD, Francois TRUFFAUT, Jacques DEMY etc.) mais le roman noir de David Goodis (auteur également de l'oeuvre adaptée au cinéma sous le titre "Les Passagers de la nuit" (1946) avec le duo Humphrey BOGART et Lauren BACALL) est transposé dans la France populaire des années 60 et le film qui en résulte, s'il appartient incontestablement au genre du film noir est à la fois décalé et autobiographique. Décalé parce que les personnages ne correspondent pas aux archétypes attendus et pour cause: Francois TRUFFAUT est aussi à l'aise dans le monde des gangsters qu'un éléphant dans un magasin de porcelaines. Alors il fait de son personnage principal un anti-héros chétif et rongé par la timidité et de ceux qui le poursuivent des pieds nickelés drôles et bavards. Surtout, la double identité du personnage principal, Edouard Saroyan le grand concertiste classique devenu Charlie Kohler le pianiste du bastringue où se produit Bobby LAPOINTE (on entend notamment "Marcelle" et "Framboise") n'est que le reflet de celle du réalisateur, écartelé entre son passé délinquant (symbolisé par les frères de Charlie) et son statut d'artiste célèbre. Avec ce film, Francois TRUFFAUT inverse également les rôles en inventant "l'homme fatal". "L'homme fatal" est l'homme de pouvoir et d'argent qui vient s'immiscer entre le pianiste et la femme qu'il aime. Qu'il se nomme Edouard ou Charlie, qu'il joue pour la haute bourgeoisie ou dans les pianos bar, le même schéma se reproduit: il se retrouve sous la coupe d'un impresario ou d'un patron qui vient faire obstacle au bonheur après lequel il court, provoquant à chaque fois un drame et une cassure dans sa vie. On retrouve d'ailleurs dans ce film la dualité vierge/putain qui caractérise nombre de femmes de l'univers de Francois TRUFFAUT. Pas seulement par le biais de la prostituée jouée par Michele MERCIER qui s'avère également très maternelle mais à l'intérieur même des personnages féminins, que ce soit celui de Thérèse (Nicole BERGER) qui cède aux avances de l'impresario pour favoriser la carrière d'Edouard ou celui d'Hélène (Marie DUBOIS) qui perd le respect de son patron quand elle se met à lui parler vulgairement. Les discours des personnages masculins, obsessionnellement tournés vers les femmes sont complètement polarisés, à l'image de la dualité du pianiste et de son environnement, cave et arrière-cour d'un côté, chalet de montagne et lieux mondains de l'autre.

L'héritage de "Tirez sur le pianiste" est remarquable, que ce soit aux USA avec Martin SCORSESE ou Quentin TARANTINO (un film comme "Inglourious Basterds" (2009) m'y fait penser particulièrement) ou en France avec Jacques AUDIARD (comment ne pas penser à "De battre mon coeur s'est arrete" (2005)?) ou encore en Espagne avec "They Shot the Piano Player" (2022).

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