Nos plus belles années (The Way We Were)
Sydney Pollack (1973)
"Nos plus belles années" témoigne de l'éclectisme de Sydney POLLACK aussi à l'aise avec le western et le thriller qu'avec la comédie et le mélodrame. Néanmoins, on peut relever deux constantes chez lui: Robert REDFORD avec qui il a tourné sept fois et un regard critique sur l'Amérique dont il déconstruit les mythes tout en restant fidèles aux genres de l'âge d'or de son cinéma et à ses grandes stars glamour. C'est sans doute ce qui a conduit à le classer comme un cinéaste de l'entre-deux: entre classicisme hollywoodien et Nouvel Hollywood. "Nos plus belles années" est ainsi un mélodrame digne de la tradition des années 50 et 60 (on pense aux maîtres du genre et en premier lieu à Douglas SIRK) mais avec un arrière-plan aux airs de pamphlet politique puisque Sydney POLLACK tente d'articuler petite et grande histoire: celle de son couple antinomique aux grandes convulsions ayant agité l'Amérique de 1937 à 1950: la crise, la guerre et le maccarthysme. Mais je trouve le résultat personnellement trop tiède, surtout si je le compare à des oeuvres plus frontalement engagées comme "Les 3 Jours du Condor" (1975) ou "Jeremiah Johnson" (1972). C'est en grande partie lié à l'écriture du personnage de Hubbell, vraiment trop lisse. Sans doute pour ne pas trop égratigner l'image de Robert REDFORD, il apparaît comme mou, indécis, sans caractère si bien qu'en dehors de sa beauté (et de son talent d'écrivain dont on ne peut guère se rendre compte, celui-ci ne transperçant pas l'écran), on se demande ce que Katie peut lui trouver. Car contrairement à lui, pur rejeton de la classe dominante WASP, Katie qui est juive, communiste et issue d'un milieu modeste est une passionaria qui ne rend jamais les armes. On sait dès le départ que ce mariage de la carpe et du lapin est voué à l'échec mais force est de constater que Robert REDFORD et Barbra STREISAND irradient à l'écran. Sur la longueur cependant, le film s'essouffle là où il devrait s'enflammer: dans la description des ravages du maccarthysme sur le milieu du cinéma hollywoodien. On ne ressent pas suffisamment ses effets sur le couple, même si Hubbell est prêt à faire des compromis(sions) sur ses scénarios, on ne sait pas lesquelles. On ne voit pas non plus assez à quel point quitter New-York pour Los Angeles représente une perte de sens pour Katie, un traumatisme comparable à celui d'un déracinement. Au contraire, elle est montrée comme celle qui s'accroche dans le couple, qui lui sacrifie tout alors que Hubbell, plus froid et distancié est prêt à s'en détacher à tout moment. En dehors de quelques scènes où Katie jette un froid dans les réunions des amis de Hubbell où elle ne trouve pas sa place, on reste dans un flou artistique savant qui rend la chute abrupte, presque gratuite là où elle devrait paraître évidente.
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