Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Nastassja Kinski, une vie à soi

Publié le par Rosalie210

Marie-Gabrielle Fabre (2023)

Nastassja Kinski, une vie à soiNastassja Kinski, une vie à soi
Nastassja Kinski, une vie à soiNastassja Kinski, une vie à soi

Le titre est sans doute une référence à l'essai de Virginia Woolf, "Une chambre à soi" qui analyse les causes des difficultés d'accès des femmes à la création artistique et plus généralement à l'autonomie. L'émancipation est en effet au coeur de ce documentaire passionnant rempli d'archives inédites qui permet de cerner les contours d'une personnalité unique longtemps inféodée aux besoins des autres.

Le parcours hors-normes de Nastassja KINSKI c'est d'abord le paradoxe de porter un nom célèbre tout en n'ayant pas eu de parents dignes de ce nom. Ecrasée par un père tyrannique et incestueux qui l'a abandonnée dans sa petite enfance, elle a été négligée par une mère immature dont elle a dû partager les errances au point d'avoir dû très jeune renverser les rôles et la prendre en charge pour sa propre survie. On réalise alors combien son premier rôle au cinéma dans "Faux mouvement" (1975) reflète ce qu'elle était à 13-14 ans: une vagabonde privée de voix par une figure paternelle totalitaire et une mère aux abonnées absents. Le paradoxe d'un cinéma à la fois salvateur puisqu'elle y trouvera un port d'attache et une seconde famille et destructeur en ce qu'il poursuit son instrumentalisation par les adultes, principalement les hommes dominant ce milieu. Entre leurs mains, Nastassja KINSKI devient une lolita devant se plier à leurs fantasmes, principalement axés sur le viol et l'inceste.

C'est dans ce contexte qu'elle décroche son premier rôle majeur dans "Tess" (1979) de Roman POLANSKI. Une rencontre paradoxale comme l'est ce réalisateur aujourd'hui indissociable des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Roman POLANSKI coche toutes les cases: amateur de "nymphettes" comme l'aurait dit un certain Bernard PIVOT, il devient son pygmalion dans une relation d'emprise qui en évoque d'autres épousant le même schéma patriarcal (Benoit JACQUOT et Judith GODRECHE pour ne citer qu'eux). En même temps, "Tess" la propulse sur la scène internationale et lui ouvre les rôles de premier plan auprès de cinéastes majeurs et bien qu'ayant dû se libérer de l'emprise de Roman POLANSKI qui cherchait à contrôler sa vie, elle est restée proche de lui. Sans doute parce qu'en dépit de tout, il a été un repère en lui ouvrant les portes du cinéma (son premier "lieu à elle" d'après ses propos qui résonnent avec le titre du documentaire) en lui donnant un rôle valorisant et qui lui ressemble, celui d'une jeune fille intègre et tenace face à l'adversité. Sans doute aussi parce qu'il l'a aidée à s'améliorer sur le plan artistique et qu'ils ont nombre de points communs. Une rencontre qui lui a donc donné les clés pour son émancipation future alors même que son adolescence délinquante lui avait valu quelques jours de prison en Allemagne en 1978 quand elle était encore mineure. Comme quoi rien n'est tout noir ou tout blanc alors que notre époque déteste les nuances de gris...

L'autre cinéaste marquant de sa carrière, c'est Wim WENDERS. Polyglotte, sans racines et sans frontières, comme elle et comme Roman POLANSKI. Alors qu'il est précisé dans le documentaire qu'elle refusait de rejouer pour un même cinéaste (sans doute par peur de tomber sous son emprise), elle a fait une exception pour lui, tournant dans trois de ses films, un à chaque décennie entre les années 70 et les années 90. Comme pour "Tess", ceux-ci constituent des repères, enregistrant des étapes-clés de sa vie. Son adolescence erratique et sous emprise dans "Faux mouvement" (1975), son émancipation d'un homme possessif (et bien plus âgé, toujours...) et son accès à la maternité dans "Paris, Texas" (1984) qui fait d'elle en même temps une icône gravée à jamais dans l'histoire du cinéma. "Si loin, si proche!" (1993) enfin qui définit bien sa relation au cinéma, faite d'éclipses pendant lesquelles elle se consacre à ses enfants pour qui elle a voulu être la mère qu'elle n'a pas eu. Oui, un destin hors-normes qui donne envie de la revoir très vite sur les écrans ("Tess" (1979) ressort en version restaurée mais on a également envie de voir tous les films confidentiels qu'elle a tourné et qui n'ont jamais été distribués en France).

Commenter cet article