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L'Obsédé (The Collector)

Publié le par Rosalie210

William Wyler (1965)

L'Obsédé (The Collector)

L'annonce du décès de Terence STAMP m'a donné envie de revoir son premier grand rôle au cinéma, celui de Freddie Clegg qui s'inscrit dans une longue lignée de psychopathes britanniques à l'allure angélique ("Psychose" (1960), "Le Voyeur" (1960) de Michael POWELL, "Orange mecanique" (1971) et même Hannibal Lecter, Terence STAMP jeune ayant plus d'un trait commun avec Anthony HOPKINS). "L'Obsédé" (que j'ai longtemps connu sous son titre en VO, "Le Collectionneur", beaucoup plus pertinent) est un huis-clos oppressant se déroulant principalement dans la cave voûtée d'une demeure gothique de la campagne anglaise (le réalisateur William WYLER adapte un livre du romancier britannique John Fowles) en même temps qu'une fine étude de caractères, celle du bourreau comme celle de la victime qui rend leurs joutes passionnantes et inquiétantes voire glaçantes (les deux acteurs n'ont pas volé leurs prix d'interprétation à Cannes). Les premières minutes, peu bavardes mettent en place le dispositif du film. Les différentes facettes de la névrose de Freddie Clegg se révèlent peu à peu, son isolement, son introversion, son "hobby" infantile et mortifère de collectionneur de papillons et son statut social de petit employé prédestiné à subir nombre d'humiliations. Jusqu'au jour où un gain aux paris sportifs (un grand classique du coup de théâtre au cinéma permettant de rebattre les cartes du destin!) lui permet de fomenter le plan de ce qui a l'air d'être une revanche sociale: achat du manoir, aménagement de sa cave, traque, enlèvement et séquestration de la jeune femme, étudiante en art qui appartient à la bonne société. Face à elle, il révèle l'étendue de sa perversité. Jouant le jeune homme transi d'amour, plein de déférence et prêt à se plier à tous ses caprices, il change de visage dès qu'elle tente de prendre le dessus sur lui (soit sexuellement, soit intellectuellement) devenant alors un tyran se délectant de son pouvoir de la maintenir en captivité, jouissant de sa déconfiture et de son désespoir. Il apparaît également comme un être pathétique dans sa quête vaine pour être aimé alors même que son seul mode relationnel fondé sur le rapport de forces interdit toute possibilité d'éclosion d'un amour authentique. Même empêchement sur le plan sexuel: se laisser aller serait perdre le contrôle qu'il a sur elle. Face à lui, le personnage de Miranda (Samantha EGGAR) n'est pas moins riche et nuancé. Logiquement terrorisée face au comportement imprévisible et parfois effrayant de son geôlier, elle essaye de le raisonner, voire de le manipuler en établissant une relation dans laquelle on se demande parfois jusqu'ou elle joue la comédie et jusqu'ou elle se perd tant certains moments peuvent passer pour ceux d'une comédie romantique. En même temps, on est sans cessé ramené au gouffre social et culturel qui la sépare de Freddie ainsi que le caractère sans issue de sa situation. Elle-même réalise très tôt que le piège dans lequel elle est enfermée est mortel. Comme son bourreau, elle alterne donc les passages où elle se montre très sûre d'elle, entreprenante voire arrogante et d'autres où elle est ramenée à son point de départ: l'impuissance ce qui lui donne à elle aussi des allures pathétiques.

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