Jeff Bridges, star malgré lui
Charles-Antoine de Rouvre (2025)
Quelle bonne idée d'avoir consacré un documentaire à Jeff BRIDGES, acteur aussi discret que confondant de naturel que j'avais découvert dans "Fisher King" (1991) qui reste à ce jour l'un de mes films de chevet. Je m'étais alors demandé pourquoi on n'entendait jamais parler de lui. Le film répond à cette question, il en fait même son axe directeur. On apprend que Jeff BRIDGES a fait ses premiers pas dans le cinéma avant même de savoir marcher grâce à sa famille, notamment son père, Lloyd BRIDGES surtout connu pour ses rôles à la télévision et son frère aîné, Beau BRIDGES avec qui il a joué dans "Susie et les Baker Boys" (1989). Tout en suivant leurs traces et en démontrant l'étendue de son talent dès les années 70 dans des rôles variés, notamment aux côtés de grandes pointures comme Clint EASTWOOD dans "Le Canardeur" (1974) de Michael CIMINO, Jeff BRIDGES s'est évertué à tourner le dos au star-system en se mettant en retrait et en menant une vie sans histoire. Cette attitude éclaire d'autant mieux le rôle le plus emblématique de sa carrière, celui de Jeff Lebowski dans le film "The Big Lebowski" (1998) des frères Coen. Une rencontre évidente entre des artistes en décalage avec le rêve américain et son idéologie. Le Dude qui doit sa cool attitude et une partie de sa garde-robe à l'acteur qui l'interprète est même un genre d'anti-héros assez parfait lancé au coeur du réacteur tel un chien dans un jeu de quilles. Le culte qui s'est développé a posteriori autour du personnage et du film a paradoxalement fait sortir Jeff BRIDGES de l'ombre et lui a valu une reconnaissance aussi tardive que méritée.
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