Images de la vie (Imitation of life)
John M. Stahl (1934)
J'avoue mon ignorance: avant la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque, je n'avais jamais entendu parler de John M. STAHL. J'ignorais que les somptueux mélodrames de Douglas SIRK étaient pour certains d'entre eux les remakes des années cinquante des films de John M. STAHL des années trente. Et en particulier celui que je préfère "Mirage de la vie" (1959) qui en VF devient chez John M. STAHL, "Images de la vie" (1934). Mais en VO, ils portent le même titre, "Imitation of life" car tous deux sont l'adaptation d'un livre de Fannie Hurst sorti en 1933 traitant à la fois de la question sociale, raciale et de la place des femmes dans la société américaine. Le film de John M. STAHL apparaît donc à la fois encore plus audacieux pour son époque que celui de Douglas SIRK en dépeignant une famille matriarcale, multiraciale et recomposée tout en étant si possible plus cruel encore en démontrant l'impossibilité de sortir de sa condition ou de trouver sa place dans une société ségrégationniste, raciste et hiérarchisée. Un plan absolument parfait résume entièrement le film, celui qui montre Bea et Delilah rejoindre en même temps leur chambre, chacune située à une extrémité d'un escalier à vis, mais l'une en haut, l'autre en bas: on ne peut pas mieux définir le lien qui les unit et qui les sépare en même temps. Le film de John M. STAHL se centre en effet sur la relation entre les deux mères. L'évidente complicité qui les unit, la similitude de leur situation (deux veuves élevant seules leurs filles) et la réussite de leur entreprise grâce à leur complémentarité est ternie par le racisme systémique qui infériorise Delilah et finit par la détruire. Paradoxalement, la cruauté de l'histoire racontée dans le film est tempérée par les prestations solaires de Claudette COLBERT et Louise BEAVERS ainsi que par des personnages secondaires hauts en couleur tels que celui d'Elmer (Ned SPARKS). On peut cependant regretter que Jessie, la fille de Bea soit aussi transparente dans le film de John M. STAHL ce qui déséquilibre un peu l'intrigue alors que la question du passing est en revanche abordée de façon plus tragique et plus réaliste, l'actrice jouant Peola, Fredi WASHINGTON étant métisse.
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