Vertige d'un soir/La Peur
Viktor Tourjansky (1936)
"La Peur" également connu sous le titre "Vertige d'un soir" est une adaptation française de la nouvelle de Stefan Zweig 18 ans avant celle de Roberto Rossellini avec Ingrid Bergman. Viktor Tourjansky le réalisateur d'origine ukrainienne fait partie des nombreux cinéastes ayant fui la Russie pour la France après la Révolution d'octobre 1917. Sa version, scénarisée par Joseph Kessel offre une esthétique typique des années 30 qui n'est pas sans rappeler par sa sophistication et ses intérieurs art déco le raffinement d'un Ernst Lubitsch. Ce rapprochement avec le cinéma d'Hollywood concerne aussi les acteurs, en particulier Charles Vanel dans le rôle du mari avocat à qui je trouve dans ce film des airs de Spencer Tracy. En revanche, Suzy Prim qui joue les maître-chanteuses possède une gouaille typiquement parisienne qui s'oppose en tout points à la classe bourgeoise de Gaby Morlay dans le rôle de l'épouse adultère terrorisée.
Le film, fidèle au livre, dissèque l'usure du couple dont l'épouse paye au prix fort sa passade en s'enfonçant dans le mensonge. Elle ne parvient plus à se dépêtrer de son amant qui la poursuit de ses assiduités et de sa logorrhée sentimentale puis tombe sous la coupe de la prétendue petite amie de celui-ci qui se met à la faire chanter. Tiraillée entre la peur et la culpabilité, prise au piège de sa condition sociale, de ses devoirs conjugaux et familiaux, Irène perd pied dans une mécanique infernale qui fait penser quelques décennies plus tard à celle de "La Victime". La fin dévoile les ressorts cachés de l'emprise qu'elle a subi et donne le vertige.
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